BAOUR-LORMIAN
descriptive. D y avait appris à ne point effaroucher des lecteurs ombrageux. Aussi s'empressa-t-il de substituer les demi-teintes et les nuances vaporeuses à la crudité des couleurs brutales. Les accents heurtés et barbares de la partition primitive devinrent donc une mélodie exécutée en sourdine par une harpe éolienne qui ménageait la délicatesse timorée des dilettantes. Les cr&nes humains où se buvait la bière et l'hydromel, dans le palais de Selma, furent ciselés en coupes si élégantes que les plus jolies mains se décidèrent sans peine à porter aux lèvres la liqueur emmiellée. Bref, Baour-Lormian se fit le Ducis d'OsBÎan, et lui donna ses entrées dans les salons.
Si fastidieuses que nous paraissent aujourd'hui ces rapsodies, où des acteurs qui ne vivent point ressemblent à d'immobiles statues de neige dont la blancheur glaciale simule de loin le marbre, mais va se fondre au premier rayon, il ne faut cependant pas traiter sans égard des fictions qui ont eu leur opportunité, puisqu'elles réussirent à captiver nos pères. N'oublions pas d'ailleurs que, dans les arts, la convention est parfois un de ces passages détournés qui, sans qu'on y pense, conduisent au naturel. Outre que les erreurs du goût ont leur logique, je dirais presque leur utilité provisoire, comme un breuvage qui élimine des humeurs vicieuses, et par conséquent épure le bon sens, celte invasion du paganisme Scandinave eut au moins son excuse dans la lassitude qui devait suivre les interminables redites des épopées calquées sur le patron d'Homère et de
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Virgile, ou plutôt de leurs ingrats imitateurs ; car il n*existait plus que des copistes de copistes. Les dieui et les héros aotiques n'avaient-ils pas fourni tant d'épreuves que la planche en était usée? U y eut donc l'attrait du changement dans TapparitioD de ces légendes, qui furent assez populaires pour que les noms d'Oscar et de Malvina n'aient point encore disparu tout à fait de notre caleodriert en dépit du ridicule auquel les expose leur déchéance.
Malgré l'uniformité lugubre de ce mer\eilleai qui n'a pas le moindre sourire, malgré Thorreur de ce ciel sombre et muet dont l'unique soleil e>t l'éclair de la foudre, et d'où les divinités ne parlent que par la voix des tempêtes^ malgré la rigidité d'une poésie où l'Ame et le cœur semblent pétrifiés et cri^ tallisés comme les stalactites de la grotte de Fingal, ces aventures encadrées dans un décor grandiuae durent étonner les imaginations par certains ddior^ de puissance et d'énergie qui contrastaient avec U fadeur des fleurettes cueillies, sur un Parnasse banal, par tous les fabricants de bouquets à Chbri». Ici du moins se respirait un air salubre qui avait baigné les grèves marines, et habité les cimes des glaciers. Ce souffle byperboréen, qui apportait U senteur des bruyères, produisit donc sur das neH* exténués TeOet d'une sensation réconfortante. Au sortir de ces boudoirs où Ion étouflait parmi « b^ myrtes et les roses » ^ les plus étiolés crurent renaUre. lious cette subite impression de fraîcheur. Elle