‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 55 sur 68 · BAOUR-LORMIAN · texte numérisé non relu

BAOUR-LORMIAN

bla raviver ces intelligences atteintes d'asphyxie progressive.

Sans doute, ce fut encore une illusion ; car le remède était lui-même la recette équivoque d'un charlatanisme qui trompait ou déplaçait le mal, sans le guérir. Mais, avant d'arriver à la vérité du sentiment et de la couleur, il fallait peut-être traverser ces mensonges, ne fût-ce que pour n'y plus revenir. Ce furent donc comme les degrés qui acheminèrent nos pas encore douteux et t&tonnants vers les libres espaces et la lumière des vastes horizons. Le voile amortissant de ces brouillards devait insensiblement accoutumer des yeux débiles au grand jour des sommets où d'autres monteront d'un coup d'aile. Baour-Lormian n'eut point le pied assez sûr pour y parvenir ; mais si^ croyant escalader un des derniers pics, il a glissé maladroitement, et s'est brisé de roc en roc, il convient d'élever une humble croix à l'endroit de sa chute, comme ou ferait pour un touriste trop téméraire qu'une avalanche aurait écrasé, lorsque, seul et sans guide, il tentait l'assaut du mont Blanc.

Ajoutons, pour être cléments, qu'il posséda la science de l'harmonie, et même à ce point qu'un irrévérent disait : « Si on lui mettait du coton dans les oreilles, il ne ferait pas de vers. » Je sais trop que cette musique fut assez vide; mais elle eut pourtant l'avantage de préparer des moules disponibles, et de ménager en quelque sorte des chambres acoustiques à la beauté des sons, qui plus tard

allaient enûn nous faire entendre des sentîmenU et des pensées.

Telles sont donc les réserves qu'il est équitable -i*faire, avant de nous écrier avec Lebrun :

Vive Homère 1 que Dicn nous garde VA des Fingals, et des Oscan, Kt du suiilime ennui d'un barde, Qui chante an milieu des brouillards!

Ce barde, répétons-le, faillit s'avancer jusqn t la lisière de la terre promise. Mais il marchât en aveugle, sans voir devant lui la colonne de fe*: : car la fcii lui manquait, ou plutôt, il ne crut qi: a lui-même, c'est-à-dire aux expédients d'une împ-^»visation uniquement soucieuse des succès éph» lu^rr^ dus à l'à-propos. Voilà |)ourquoi ses Chant% yz-V ques n'ont pas eu meilleure fortune que s^es Yni: -« poétiques et morales^ funèbre écho des \uiis ff ïonn", dont il se fit le vulgarisateur bruyant, lor?quV!'*^ eurent mî< h la mode les jérémiades stpulcrale*, W cyprè:', \r< saules pleureurs, lesmau?(»Iéts, et cttv manie do lamentations qui fut, elle au>>i, un sij f précurseur du romantisme.

Baour-Lormian ne demandait qu'à reroeî! rr*rchappées de sensibilité vagabonde et anon}n:*. dont les in-'tincts ne savaient où se fixer; cir . éprouva plus que tout autre les iiiquii-tud»^ r s'agitaient autour de lui, dans un public fatigin^ *' ^ n^frains classieiues. Mais il était de ceux qui »e h sent mener, sans sa\oir où ils ^ont ; et cotte pin >:• J

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Tavenir vers laquelle l'attirait, à son insu, l'impulsion d'une force étrangère, le toucha seulement comme un paratonnerre qui appelle l'électricité pour la noyer dans un puits*

C'est que son style fut celui de tout le monde, l'opaque et incolore vocabulaire des traditions mortes. Son orthodoxie superstitieuse se contenta de rajeunir par des titres, ou des transpositions, les airs qu'il chantait sur le mode antique» De là vient qu'ils produisent reflet d'une parodie. Plus il cherche à innover, plus il parait suranné. On dirait un octogénaire qui veut faire le bellâtre, et se grime en muscadin. Il y a chez lui disparate entre le fond et la forme, désaccord entre le geste et la parole. Parfois, et cela dans ses meilleures rencontres, on croit entendre du Lamartine, mais traduit par Tabbé Delille. A tout prendre, il nous offre pourtant un intérêt historique ; car, dans ces dissonances qui détonnent, et dont la cause est une langue vieillotte s*appliquant à des sujets nouveaux, nous reconnaissons le conflit des tendances qui s'apprêtaient à se disputer l'empire.

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