CHAPITRE VI
Chênedull^. Un poëU oé rop tôt, mort trop tard. Soo ^^'iLt rèreuse. Le TÎf seotimeot <le U nature. lafloenct* de Rirarvii H « KlopsUick. 11 rst égaré par «es guidée. Po«me de ia .Vcivrr. Tr *• tesne et deuil. L'in»f)ecteur d'Académie. Le Génie de m •'•'•-. Hardiesse du plan. 11 était fait pour la pastorale. Il W«*iit tr •{• :« -. Ses Études poétiques, U fêta les nouveaux venue. L'ari !»• (.t ^ culte.
Nous venons de voir que Baour-Lormiâo^ tout compte fait, n*eut point à se plaindre de sa destim-f . Elle lui donna même plus qu*il ne méritaiU (^r ;! n'avait que des dehors spécieux; et, s*il eût uvj plus tard, les circonstances n'eussent pas changé s^i tempérament. 11 serait resté ce qu'il fut, un ver&ià* cateur prolixe, capable de mettre en œuvre les idr^-» des autres, mais trop voué aux procédés, et trop cv péditif dans l'exécution pour prendre rang parmi lo chefs de chœur. Il n'en fut pas ainsi d'un géoéreui esprit, de Chénedollé, qui, trop longtemps nelr-uau fond de sa province, à distance du centre mmk n où les noms retentissent, vit son étoile tardive bVva* nouir dans Taurore de la Restauration.
Né, le 4 novembre 1769, à Vire, au pays dr$ Ba?* selin et des YauKelas, des Segrais et des Malherfcr. arrière-petit'ûls d'un poCte qui fut contemporain àe Uuileau, il connut, dès Tenfunce, les enivreoieou ce
CHËNEDOLLti. 431
la rêverie. « A neuf ans, nous dit-il, on me surprenait souvent immobile, sur notre balcon, le regard fixe, contemplant, durant des heures entières, les lumineux coteaux de Burcy, quand la chaleur frémissait ardemment dans les airs. » Du collège de Juilly, qui se souvenait de Malebrancbe et de son idéalisme platonicien, il revint au foyer paternel, le goût formé par une discipline forte, libérale et toute littéraire. C'était vers 89 ; mais nul souci politique ne troublait encore les joies de son retour ; car, en ses notes confidentielles, il se montre à nous prompt à jouir de son indépendance, naïvement enchanté par le réveil du printemps, errant avec volupté dans son Âr« cadie normande, partageant ses ravissements entre la nature et les livres familiers où il pouvait la retrouver, c'est-à-dire Buffon, Gessner, Bernardin de Saint-Pierre, et Rousseau. Ému d'un doux enthousiasme par la lecture de la Nouvelle Hélotse^ n'écrivitil pas un jour à Jean-Jacques pour solliciter la fin d'un manuscrit qui était en cours de publication : hommage d'admiration ingénue à laquelle l'ermite d'Ermenonville répondit avec une ironique, mais patriarcale bonhomie? Dans le journal où l'adolescent, épris de beaux songes et curieux d'interroger son ccBur, épanchait ses premières impressions, nous rencontrons, à chaque page, de fraîches ébauches qui sont les primeurs d'un talent pittoresque et réfléchi. Cette floraison se serait bientôt épanouie solitairement, et d'elle-même, si la Révolution, comme une gelée d'avril, ne l'avait tout à coup interceptée. Dès
m LES POETES DE TRANSITION.
que rt virent de criminels ezcèSi ChênedoUé saisit le flot des gentilshommes qui émigraient avec l«>ii*v illusions; car il était trop poOte pour ne pas obéir, comme Chateaubriand, à ce qu'il crut rhonneor. Il fit donc, aussi lui, campagne dans Tannée des prince^ : et, après les angoisses d'un inévitable désastre, il finit par se fixer à Hambourg, où l'appelait Rivanil. « Yenes, avaitK)n dit, nous vous mettrons en terre chaude, et tout ira bien. » U vint, en effet, et tout alla de mal en pis : car, au lieu de s'abandonner ain!** ment à son heureuse nature qui eût trouvé des ¥oie« faciles, cette intelligence, jusque-là disponible, dti'. subir le joug de celui que sa candeur noaunait « un grand homme, le dieu de la conversation » •
Dès lors, tremblante devant la fatuité de ses oracles, elle n'eut pas assez de ressort pour édiapper an charme fascinateur de l'éblouissant virtuose, dont h verve improvisatrice lui paraissait infaillible. Pour certains esprits trop défiants d'eux-mêmes, tr^ prompts à la sympathie, et doués d*une délicates^ toute féminine,c'est parfois un malheur que de tomber ainsi sous une tutelle où s'aliène leur franchise. Otte servitude est d'autant plus périlleuse qn^elle de%if ^^t douce à leur indolence, et que l'affection leur dén^h^ recueil. Or, Cbônedollé courut ce risque. Le tourb*!- Ion l'enveloppa si bien qu'il finit par ne plo« t'ap* partenir, et perdit le sens de ses propres aptitude : même quand il ces^a d*ètre sous la tyrannie de ci* patronage dangereux, il no put s'émanciper que ti* midemcnt. ïjc faux pli lui resta.