‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 59 sur 68 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Pierre Lkbiiun. Set aptitudes pricoem. Tout enfint, il ««t 4 «? -.• gué pir \t Premier Consul. Son Ode à ia Gnmde Armtt. L5r.«r«* iinoère qni n'eut rien d*ofliciel. Ode au Vaùsetm de tAm^èeUr^^. — Retraite de Tancar ville. Les inspirations de la sûUtadc. La i*»gédie d'Vfysse, et Louis XVllL Set MeviénieBnns. Jtmmi 4'Ar Super flumina Babyionis, Le novateur pntdeot. Marm Stma*" 1820. Ls Grèce, et les chants qu'elle lui inspire. Franchit*, et «s- cité d'accent. MM. Lebrun et Victor Hugo. £«a Mort de Sapo**"' Le Cid d'Andaioutie, Ses fantaisies légères. Cn ln»p sage prtLV icur. Coudu»ion.

Cette continuité d'insensibles progrès nous devien* dra plus manifeste encore, si nous abordons les œu« vres de M. Pierre Lebrun. Car elles pourraient écrr comparées à ces pays frontières où les langues «!-* deiu peuples voisins se pratiquent si oourammect que de leur mélange résulte parfois un idiome in* termédiaire, dont le vocabulaire composite a rina»n« vénient d*ëtre tout local. Puisqu'il parla d*abord celu. de TEmpire, ce régime peut à bon droit reveodiqutr un écrivain qui pleura ses revers, oodum il ait.: célébré ses victoires •

Né en 1785, il était dans sa douzième année k>r^ qu*un lettré, François de Neufcbâteau, ministre de rintérieur, distingua Téiégante facilité de ses prt> aiiers essais, et ouvrit les portes du Prytanée è ecl.^.

PIERRE LEBRCK. 44»

qui devait le remplacer à l'Académie française. A TAge où la plupart ignorent les lois de la prosodie, cet enfant précoce, venu de Provins, le pays des roses, mariait déjà très-joliment la rime et la raison. On se rappelle que ses aptitudes se révélèrent avec assez d'éclat pour attirer bientôt les yeux du Premier Consul, dans une de ces visites qu'au retour d'Ârcole et de Lodi il faisait à ses pépinières d'officiers. Le lycéen du Prytanée n'avait pas encore quitté les bancs, lorsque son ode à la Grande Armée parut au Moni-' ieur, presque en même temps que le bulletin d' Austerlitz. Nous avons dit précédemment un mot du malentendu qui fit attribuer ces vers et leur récompense à son homonyme, le chantre du Vengeur. Animé par cette méprise très-flatteuse pour un rhétoricien, il s'élança donc dans la carrière, sous les auspices de la reconnaissance et du patriotisme.

Aussi se gardera-t-on bien d'appeler officielles, comme tant d'autres, les strophes où tressaille avec sincérité Tenthousiasme du jeune homme qui, tout ému par le contre-coup des événements extraordi<naires où il voyait] la poésie en action, s'écria dès l'abord d'une &me toute française :

Aigle, je m'attache à ton aile ; Emporte-moi dans l'avenir l

Si l'originalité manque rarement à l'ardeur d'une conviction, nous ne saurions confondre des hommages spontanés avec le lyrisme de commande qui fit trop souvent partie du cérémonial dynastique «

IH LES POnn M TRANimON.

H. Lebrun eonnat si peu les e

teun qu'un jour sa tiftdeur ipparanU loi vtlot nCw

nngradeui reproche: «Ilideli Terre», ditl'b^

pereur, qui n'oubliaft pu ]m Ulnitf nir laequili i^

tait une fois uréU wa regard; ■ mais il aa oégGgi,

il s'endort».

Noo, il ne s'andonnit jamais pour laa œsaûw dans lesqueDas le sentinient national l'appelait, lai anaat,sons son cher drapeau, k on poste de eonlNl et d'honneur. Je n'en veux pour preuve qos U sonfOe de l'ode où, dans un style tout wUb iê m elasstqnes, et des meilleun, U lanQait à l'AiigMsnt cette bdllqueose menace t

Je vab «ni pUiBM d» H^tiM Ua TaiaMtn brillant d« biaott.

Qui, dus M >aperb« fortooe, Va d'an pAle i l'aotre porté :

D* roilM M loin oodornnlas, De iMnderolM èclaUntes n M coaronne, dani les ain ; ■1 Mal. av l'hnnUa dnwiiaa, At*c orv»"!' il v |>n>fni'Oe.

U liit : Je Mil. 1,

Il n'n !>«• In Ann* Im ftotle* Lr> mnlbrun Il n'apprtwii paa qaa wa Ne Mi*nl fiai iiorU ain Mur Ir cH r^l ilni tfor dti TMib (Mt Que U iu«r enMtde tmi VX uuv, s)*-M4frvr di taw> »ur

PIBBBB LEBRUN. Ul

A ime belle prophétie qoî ne devait pas s'aeoom.-. pUr, ou aui dithyrambes anilamméi qui aceora* pagnèFeat la grande afmée dans e3 voie tritffliphBle, Doiu prtftpoQs pourtant les fantaisiee duhos retentis* santés auxquelles M. Lebrun put s'abandonner à ^t^ir, loràqu'il fut mis h l'abri de la ooseeription P&r le patronage d'un haut fonctionnaire, le comte P^uiçais de Nantes, qui ne voulut pas exposer le TyrtéB da l'Empire h être enlevé par un boulet de ttanon, dans une da ces batailles qu'il chantait si bien, «lais à distance.

Nommé receveur des droits «réunis, suie être "•«ojetti à réaider au Havre, centra de son ressort *^°^tùs^tif, 1b titulaire de cette, modeste sinécure ■^^a 8'éUblir à TancarviUe, parmi les mines d'un an» V'I^Q manoir habité jadis par les Uontmorencj { et, . > BUF igg j^^g, ^ ^^ ^m, au milieu d'un site "^^tenr, dans une tourelle romantique, dont les co i^ mftmes rappelaient le moyen ftge, il vil s'éj ' « neuf saisons radieuses d qui lui permirent livrer tout eutier au bonheur prosent, & sas ^f* ftvorites, età&es raves d'avenir.

* Ce que nous disent ses conlidencas. Éoou-

|lir ^ 'a vais pour loute compagnie un beaul^

toute distraction quelques nicliesd'abeil-

Jt rfes*[uelle8 j'allais lire les Géorf/iques.

b-o/onde et large embrasure de croisée

compagnons Atlcnt ranp^és sur mes

, Corneille, '*"*rarqiie, Montaigne;

ui'nu- Clotilde de

Swmïïef Ronsard I c'éiBii beaucoup pour le temp». Avoir lu cent mille vers de Ronsard, en 1808, en plein Empire! Je goûtais déjà^ fHor avance j sources où s'est abreuvée et plongée la J'avais déjà découvert cette étoile de la Pléiade qu'on n'a crue retrouvée que de nos jours. Quant è Qolilde de Surville, je la savais par cœur, je Faimab, je croyais en elle. J'ai plus tard été instruit du dmd* songe, mais avec regret. Clotilde s'en est allée, héla« ! avec Ossian, hélas 1 avec tant d'autres illusions de ma jeunesse ! . • • Dans cette retraite éloignée de^ villes et des grandes routes, je passais donc mes jours, me préparant à de sérieux travaux, oommençant de grands ouvrages, écoutant le bruit loin* tain de nos victoires, ou le mouvement intérieur de mon Ame. Le vallon de Tancarville était ma IW Ckbâsa ; j'y célébrais mes bois, mes tours, ma sotutip. mon vieil if, ma roche de Pierre-Gante. Tout ce qui m'entourait était à moi, à moi, à la manière de Rousseau ; j'en étais plus que le maître, j'en étais le poesaiseur.»

Oui certes, ce séjour lui fut heureux. Car il \^ dérobait à des influences débilitantes, et à la eontâ* gion du faux ; il le rendit à luinnéme, il le rapprocha de la nature. Aussi la plupart des croquis esquisse» sous ces ombrages ont-ils une fraîcheur de y une aisance familière, et une naïveté de qui nous étonne, si Ton songe à leur date. Pli seraient la digne parure d'une «ntholQgieY P^ exemple les vers ingénieux qu'il adresse à Vif 0k Tam-

PI£RRE LEBRUN. ' 453

earmiley ou à ce Hêtre sur lequel il avait gravé son nom, l'élue intitulée Metour à la solitude^ le monologue philosophique sur la Mer et les .Boisj les Stances aux trois jeunes filles, qui agaçaient un cygne sur les bords d'un étang, et surtout cette pièce desCatocom6e^,qui,composéeenl812, nous montre un disciple d'Horace alliant la science du rhythme à la fermeté de Malherbe, et à la grftce de Racan :

Tout ce qui doit finir est de peu de dorée. La gloire I Ah ! la plus belle et la plus assurée Est-elle plus pour nous, dans le dernier séjour. Que tous les autres biens dont Tamonr nous enivre,

Et qui n'y peuvent suivre

Leur possesseur d'un jour 7

Ces travaux qui pour elle ont fatigué nos veilles, A quoi bon, si jamais du monde & nos oreilles Ne doit venir ici le sourd bourdonnement? Si, s'arrétant au seuil de la sombre demeure,

Pour nous ce bruit d'une heure

Gesse éternellement?

Que nous faut-il? un toit, la santé, la famille; Quelques amis, l'hiver, autour du feu qui brille ; Un esprit sain, un cœur de bienyeillant conseil. Et quelque livre, aux champs, qu'on lit, loin du grand

Assis, la tête à l'ombre, [nombre.

Et les pieds au soleil.

Noos voyons là que M. Lebrun n'avait point conversé sans profit avec les maîtres d'une double antiquité, celle de Rome, et la nôtre. Si cette page que nous abrégons nous venait du xvn* siècle, on s'en souviendrait encore aujoard*hui .

Bien d'autres motifs d'un dessin aussi net et d'une

494 LES POtrm DE THAKSITION.

couleur aussi juste pourraient s'offrir «?ee conflaor» aui suffrages les moins prodigues, et donner même à des superbes plus d*uue bonne leçon de goftt. Mais des notes tempérées n'étaient pas alors m hvmr, précisément .à cause de leur simplicité. Pour conque* rir les succès entiés, il bUait Tappardl des genrs nobles, et le faste des rimes solennelles. Tous les vait lants étaient donc tenus de prétendre à des eooroCH nés placées plus haut. Ainsi le voulaient des exigences qu'il ne faudrait point traiter légèrement; car elles eurent l'a? antage d'imposer l'effort, et d'animer les CGBurs.

Tout éloigné qu'il fût des coteries littér»ire$ où s'agitaient les impatients, M. Lebrun n'oo» blia donc point, parmi ses badinages, l*arèoe ooverte aux athlètes ambitieux d'ovations. Aussi flmtil par tenter, à son tour, les sujets héroïques. Mais il manqua l'heure propice. Car ce fut en iSliqu'CVyssr, sa première tragédie, fit son entrée en scène, presque en même temps que les Bourbons dans leur capitale. C'était jouer de malheur* Représentée en pleine invasion, devant des spectateurs doutoureosement distraits par le bruit des armes, pendant que le» chevaux des cosaques campaient dans les Tuileries et que l'Empereur gagnait l'exil, cette étude homérique affronta pourtant la concurrence du drame terrible dont la France tout entière était le théâtre. Mais un public dispos et rassis pouvait seul goûter une Imita tion habile où s'entrevovaient les beautés naïves et touchantes de l'Odyssée. Or, un grand deuil prêoeeo-

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pAit trop 11» esprits pour qu'ils fussetit capables de se détacher de leur idée fixe, et des angoisses présente8« Aussi s'avisdrent-ils de reconnattre le roi Louis XYIII dans Olysse rentrant à Ithaque, ayec Tunique res* eource de son arc et de ses flèches» Les uns s'égarèrent en commentaires injurieux pour un poète fidAle à ses affections, et les autres applaudirent à outrance aux malédictions de Télémaque s'éoriant avec cdère:

Mon héritage est las de se voir votre pi^oie*

Ces aveugles allusions étaient de pur hasard^ et M. Lebrun se garda bien de les encourager^ encore plus de les exploiter. Car, s'affranehissant spontané^ ment de tout lien politique par une démission qui le rendait indépendant, il ne songea plus qu'à demander aux lettres et à la vie privée le refuge de sa di« gnité, de ses regrets, ou de ses espérancesi Noua devrions nous arrêter Ici, sur le seuil d'une période nouvelle qui n'est plus notre sujet spécial. Mais, outre que rien ne finit ou ne commence brusquement) il convient d'achever le portrait d'un écrivain dont la physionomie nous montre par des signes frappants comment la poésie de l'Empire confine à celle qui suiviti Car c'est cbea lui surtout que nous saisirons les transitions qui vont directement de l'une à l'autre.

Elles apparaissent tout d'abord en pleine lumière, dès l'année i8U, dans les explosions où éclatèrent les civiques tristesses d'un cœur atteint profondé-

456 LES POETSS DE TRANSITIOII.

ment par les blessures de la patrie. Deux odes en font foi : Tunè dédiée à Jeanne dAre, la patronne de toutes nos revanches, et l'autre, où le psaume S^^er flumina Babylonis est paraphrasé par les larmes viriles d'un peuple vaincu, mais tombé noblanent, et sans désespérer de Tavenir,

Ces Messéniennes^ qui précédèrent celles de Casimir Delavigne, retentirent comme un cri de la odd* science nationale. A partir de ce jour, M. Lebrun remplit en quelque sorte un interr^e, dorant le* quel il fraye la voie aux triomphateurs qu'escorteront bientôt les fanfares de la popularité. « Atmami le$ nouveauiéi en novateur prudenin^ et soucieux de concilier les droits de la raison avec ceox de imagination, il y réussira dans une mesure propre à satisfaire les partisans du juste-milieu. Sans doote, ses origines le rattachent à la famille des classiques ; il relève surtout de Racine par la discrétîiHi de son pinceau, par Télégante pureté de Texpression, et la mélodie d'un style où nul mot ne détonne, où nulle aspérité ne sort de la trame. Hais ces prédikctiaos ne l'empêchèrent pas d'éprouver plus que la plupart de ses contemporains l'impatience des entraves, et la curiosité de l'inconnu. En même temps qn'U clôt une époque (ce qui est toujours un rôle infrratK il inaugure donc, mais modestement et sans tracts, la plupart des réformes appelées par les instincU de Topinion.

C'est ainsi quil fut un des plus empressés è rffEfnérer la tragédie par des emprunts puisés Ubmaer.t

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