PIERRE LEBRUN
aux sources étrangères. Inspirée par Schiller, jouée par Talma et M>'* Mars, sa pièce de Marie Stuart^ si pathétique dans le troisième et le cinquième acte, fit couler bien des larmes en 1820; et, reprise quarante ans plus tard, elle obtint presque la même fortune qu'au premier jour.
Après cette soirée qui réjouit les esprits dégagés de préventions, et scandalisa les autres comme un attentat contre le dogme des unités, M. Lebrun, toujours attentif aux occasions propres à solliciter la verve, ne s'énerva point dans les délices d'un succès ; mais il s'embarqua pour la Grèce sur le Thémistocle^ vaisseau d'Hydra, fameux entre tous, et commandé par Tombasis, le glorieux navarque des Cyclades. Ce départ était un beau lendemain de victoire. Car il allait saluer une terre sacrée, sa seconde patrie, et conquérir des sympathies à cette cause libérale dont les intérêts eussent été mieux sauvegardés, si l'œuvre commencée par les poètes n'avait pas été terminée par les diplomates. Il arrivait au bon moment, avant l'invasion des philhellènes, à la veille d'une résurrection, lorsque toute l'Europe fixait ses regards émus sur ce peuple qui, petit par le nombre, mais grand par les souvenirs, se réveillait enfin d'un long sommeil. Aux mouvements généreux qui transportèrent alors bien des Ames, devenues depuis sceptiques par la faute de l'expérience, se mêlait encore pour Tauteur d' Ulysse l'accomplissement d'un vœu personnel. Car l'humaniste s'était promis de faire ce pèlerinage,et de contempler, aussi lui, sa chère Ithaque.
4M LES porns DB nummoN.
Improvisés pour la plupsjl tous la gmI àomi ïk réfléchissait la limpide sérénité, lai dianta que hu dieta son enthousiasma sa reUseDt anoora aaaa dé» plaisir, non loin de Chateaubriand et de lord Byroo^ C'est que la Yia est inséparable de la vérité. Or M. 1^ brun sut voir ayec ses yeux, sentir ataa son cirar ; at oattc bonne toi suffit à rendra ses pâataraseipressivea. D'autres nous saisiront plus sflraBMat par la magniflcenoe d'une prose éblouissante, oa Vémt^ gie pittoresque d'un lyrisme aussi ardent que oolen. MaiS| si l'on aima la sensation discriUi on aa sert point indillérent à on album de voyage, où m ranaontrent des esquisses semblables à oella-d i
Oui disait que la Grèce était déshéritée ? Montrei-lQi, montrsi-iai ostta voûte eocbantêt^ Gt transpaient azur ouTart de toatee partes 06 ti profoadémeat j'enfonce mes regtrds ; Ce joor ê{ lumineui, scintillante rosée, Qai deêcend sur les monte. t*éiève de la SMr,
Redaeeend, remonta dane l*air/ Et plant encore du ciel, sans ces$e inépaisée. Montrez-lui de ces monts I# snave contour. Et de leort liortioni rindioible hamoaia t Montras^^loi eeUe mar, laraiaa, bleoa, oaia» Belle des bords .charmants qu'elle pare 4 soo ia«r.
Ceux qui préfèrent des teintes plus dessin plus serré apprécieront au moins, daiia< criptions, un tour naturel, et parfois on Ion m^om qui prérient à propos toute tentation de suristra ksi sentiments i ou d'etagérer les impressions par et* piperies involontaires qui dupent à la fois Tantavr ei le leetaur. Ici, par exemple, noua sommas m
PUBRBE LEBRUN. M
qaH ne ponate {dus de laarien sur le Parnasse* On n'y eottlle que des ndtius eicellentSi Quant à la fini* taine CastaJie^ elle n'est point tarie ; mais un poète ent la honte^ 6 piolanation I de Yoir un ftne s'y désaltérer.
C'en est bit anssi des menteuses périphrases bux« quelles un témoin oculaire substitue enfin la fran« cliise dn mot propre* Car il n'est pas rare de renoon* trer chec H. Lebrun des traits précis et lestes comme « joli Ters oft, pariant du Klephte et de ses gaietés beUîqocuaeS) il dit :
Du pistûldt joyetti il fait siffier ta balle.
Ailleurs sourient aux yeux des images toutes viveS| celles, par exemjie :
Bt je tdfi le TsiMean, sur l'oade alors gltoanti Fuir, si pencher la voile, ainsi qu'âne hirondeUei Quand rasant Tean» rapide, elle y trempe son aile*
EnfiOf Ton pourrait signaler msint passage remai^ quable par la souplesse d'une versification émancipée^ dont les coupes hurdies et l'allure dégagée justifièrent raocneil fait par les romantiques à rédairéur qui était allé de l'avant, et devait un jour^ par son active inaiaUnce) contribuer plus que tout autre à rélèctton acàdénûque de If • Victor Hugo.
Malgré les difiérences profi)nde8 qui les séparent, œs deux qpms se rapprochèrent même plus d'une kuf du moins par le choix dès sujets. Le poème lyrique dans lequd M. Lebrun^ acquittant ses dettes de gratilade (ce qu'on doit toujours honorer)| pleure al
460 LBS POETES DE TBANSmON.
éloqaemmeni la mort de son bienfailear, le prismonier de Sainte-Hélène, nVt-il pas annonoA tanl de strophes à jamais retentissantes qui firent wler «i loin la légende napoléonienne sur leurs ailes de fini ? Ce voisinage redoutable ne nous rendra donc pas injustes envers celui qui sonna le premier ctm:> de clairon, et cela, sans arrière-pensée politique, sans flatter la fibre populaire, mais par on élan àt reconnaissance qui lui valut un échec à rAcidémif française, et hi perte de la mince pension servie ju^ qu'alors à l'auteur de Tode sur la Grande Armée.
Ceux qui venaient de le frapper auraient b:^n voulu barrer aussi le chemin au Cid dAndakms^. revanche du candidat éconduit pour une orai^**: funèbre qui fut alors un acte de courage. Ma:- M. de Chateaubriand sauva de cette nouvelle taaaxe des amis maladroits. Car il couvrit de son égide une tragédie à laquelle on reprochait de prêter un vilain hUe à un personnage de race rojide. Après une longue quarantaine, elle finit donc par échapper à des obstacles sans cesse renaissants, inimitiés poSti* ques, hostilités littéraires, ou jalousies de comédiei». Bref, malgré des avaries, le navire enfin lancé voguait librement, lorsqu'à llieure où les vents hii semblaient favorables, sans cause ostensible, par ua ri*^ en apparence pacifié, loin des passes dangereuses, . sombra tout à coup, sous voiles.
Ses ennemis avaient été les plus forts. En essatir.: une fois encore de réconcilier les classiques H >^ romantiques par de mutuelles concessions, on mMi-