‹ Tableau de la littérature française 1800-1815Chapitre 11 sur 62 · LE JOURNAL DES DÉBATS · texte numérisé non relu

LE JOURNAL DES DÉBATS

ment sa cause près de TEmpereur. Ce fut toute une affaire d'État; et la spoliation ne put être évitée que par un changement de direction. L'avocat du droit, Fiévée, ne sauva les intérêts des fondateurs qu'en consentant à prendre leur place. Cette crise fut signalée par un nouveau titre qui donnait aux Débats ime couleur officielle : il s*appela désormais le Journal de F Empire^ et l'on s'habitua peu à peu à le regarder comme un confident du souverain.

Mais cette dangereuse faveur ne fit que raviver des haines qui guettaient l'occasion d'une revanche. Elles furent activement servies par Fouché, le ministre de la police, qui vengeait ses rancunes personnelles, en ayant l'air de prendre sous son patronage les idées philosophiques et la libre pensée. En pleine Académie, M. Suard dénonça les collaborateurs de Fiévée comme partisans des Bourbons. Bientôt, on l'accusa de révéler à l'Angleterre l'état de nos armements maritimes, pour avoir annoncé que deux vaisseaux de ligne venaient d'être lancés dans le port d'Anvers. Or, cette note avait été empruntée textuellement au Moniteur, Sous ces vaines chicanes se cachaient les griefs de certains révolutionnaires devenus Césariens. Ils ne pardonnaient pas à des hommes d'esprit une modération qui condamnait leur passé. Voilà pourquoi, toujours prêts à intenter des procès de tendances, ils eussent volontiers fait revivre la loi des suspects contre des écrivsdns qu'il était plus facile de bâillonner que de

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réfuter*. Ces perfidies et ces calomnies en vinrent à leurs fins. « Je ne peux plus vous défendre, » dit un jour TEmpereur à Fiévée ; et, lui retirant ses pouvoirs, il les transmit à M. Etienne, qui, par ses opinions et ses amitiés, appartenait à Técole du dixhuitième siècle. C'était capituler devant des ennemis qui seraient entrés dans la place en conquérants, si le nouveau titulaire n'avait pas, à force de tact, essayé loyalement de concilier les traditions du journal avec les exigences de sa. dictature. Mais son adresse ne put conjurer d'impérieux caprices dont le dénouement fut, en 1811, Tacte d'un autocrate confisquant la propriété du journal, comme un butin de guerre, sans même excepter l'argent qui était en caisse, les papiers déposés en magasin, et les meubles du bureau de rédaction.

Ce coup de foudre justifie le Journal des Débats contre ceux qui lui reprocheraient d'avoir grandi à l'ombre de la pourpre impériale. Sachons-lui gré plutôt de ne s'être pas alors résigné sans murmure à l'obéissance passive. Si sa résistance fut presque imperceptible, la faute en est aux entraves qui réduisirent toute protestation à des allusions indirectes et fugitives. Il eut du moins le courage de défendre plus d'une victime, de rester fidèle à la gloire disgraciée, de louer constamment Delille dont le silence déplaisait fort, d'exalter Chateaubriand,

1. C'est co quo témoignent les notes adressées par Fiévée à r£mperottr.

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