‹ Tableau de la littérature française 1800-1815Chapitre 12 sur 62 · LE JOURNAL DES DEBATS · texte numérisé non relu

LE JOURNAL DES DEBATS

de combattre des doctrines sympathiques au despotisme, et parfois de se taire, ce qui était l^uuique forme du blâme. On ne lui refusera pas non plus d'avoir consolé les honnêtes gens par la seule liberté qui fût possible, celle de la critique littéraire.

Elle eut alors plus d'à-propos que jamais. Après un tel déluge d'erreurs, le bon sens allait doue enfin retrouver, à son tour, cet air de nouveauté qui, en France, est indispensable au succès. Dans un article du Mercure^ Fontanes disait : « Loin d'être épuisées, toutes les matières sont neuves ; car tout ce qui était sage et utile a été contesté ou avili. C'est le droit ou plutôt le devoir des maîtres de tout raffermir, de tout remettre en honneur. » Oui, les idées justes étaient tellement méconnues que le rappel de souvenirs effacés passait pour invention. Parlant à un public qui n'avait rien appris, ou avait tout oublié, les écrivains purent donc recommencer l'éducation des intelligences, et leur faire un cours de principes élémentaires, sans s'exposer au risque de rebuter l'attention par des lieux communs, ou des vérités trop souvent redites. De là vient qu'il y çut une opportunité salutaire dans ces leçons que nous jugeons superflues. Rien n'était usé pour des lecteurs depuis longtemps sevrés d'instruction, et qui comprenaient la nécessité de se mettre en quelque sorte à l'école. Voilà pourquoi les critiques

1. Mercure, novembre 1809; article sur le discours de M. Teisseidre, professeur de belles-lettres au lycée Louis-le-Grand.

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leH mieux accueillis furent alors ceux qui ressemblaient ie plus à des instituteurs.

Du reste, la politique leur cédait le pas ; car elle se bornait à tenir le rostre des lois et des actes officiels : en dehors de la question anglaise que Napoléon abandonnait volontiers aux journaux, pour simuler Tentrain d'un mouvement national, le monde des idées militantes était donc, lui aussi, fermé par un rigoureux blocus. Dans ce vide, la littérature devint une ressource. Soumise à la surveillance d'une police qui ne lui pennettait aucun écart, elle dut sans doute se faire humble et discrète pour avoir la vie sauve; mais, à ce prix, elle n'excita pas trop les ombrages d'un maître qui vit avec plaisir la curiosité des hautes classes se porter vers des questions innocentes et propres à servir de dérivatif aux souvenirs, aux regrets ou aux espérances.

Dans cet asile se réfugièrent toutes les plumes privées d'emploi; parmi tant d'interdictions, force leur fut de s'ingénier pour découvrir des sujets de causerie; et les plus habiles chasseurs ne levaient qu'un assez maigre gibier. Il fallait bien se contenter des premiers livres venus, et, faute de mieux, donner le coup de grâce à une foule d'auteurs ridicules qui, aujourd'hui, n'auraient besoin d'aucune aide pour mourir solitairement dans T ombre. En ces jours de chômage, c'était une bonne aubaine que l'apparition de la moindre brochure, et même d'une simple préface. Un almanach obtenait la faveur d'un compte-rendu aussi légitimement qu'un poème

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