Ce sont les expressions de Dussault
36 LA CRITIQUB SOUS L'EMPIRB
droit compilateur marcha de pair avec les écrivains plus ou moins classiques dont il n'était que le portevoix.
Mais, en ces jours de disette, ce fut surtout aux auteurs anciens que des affamés demandèrent leur pain quotidien. Dans le Mercure du 15 novembre 1809, M. de Jouy s'écriait : « L'avenir appellera notre âge le siècle des traductions. » Elles pullulèrent en effet de tous côtés, soit en vers, soit en prose; et, bonne ou mauvaise, chacune d'elles suscitait une légion de panégyristes ou de censeurs. Ils ne lâchaient pas leur proie avant d'avoir élaboré quatre ou cinq longs articles, sur lesquels s'abattait une nuée d'autres parasites avides de pâture. En face de ces interminables notices et de toutes ces gloses, on croit assister à une classe. La littérature de l'Empire n'était plus qu'une manufacture de versions latines. Mais, faisons trêve à l'ironie : outre que les ouvrages nouveaux avaient une médiocre valeur, et qu'il ne fut pas toujours commode d'en parler franchement, lors(iue l'auteur plaisait en haut lieu, il y a quelque chose de touchant dans la candeur avec laquelle chacun avouait l'insuffisance de ses études, et dans l'empressement qu'on mit à la réparer.
Un extrait de M. Thurot, analysant une traduction de VIliade par M. Aignan, débutait ainsi : « L'Iliade est le chef-d'œuvre d'Homère, et Homère, le plus ancien écrivain que Ton connaisse, est le plus grand des poètes qui aient jamais existé. » Ceci paraîtrait