‹ Tableau de la littérature française 1800-1815Chapitre 20 sur 62 · H faut en effet excepter Benjamin Constant · texte numérisé non relu

H faut en effet excepter Benjamin Constant

CIIAPITBE IV

r -• L« Livr« (If* CAUema{/nê, 1810. — InAumicoti qui l'ont préparé. — Voyugo en Alloroagno, 1803. — La cour do Wolmar. — Accutiil iuit par Schiller et Gœthe. -* Mort de M. Neckcr. — Oorinno eu Italio; Schlof^ol. — Uccrudoacence do persécution. ^ I/ouvrago «Ht mU au pilon, 1810. — Mme de Slacîl prisonnl^rc à Coppot; évuHion. — i'Mition de Londrcii, 1813. — Dix amu'i'a ttciùl. — Ri^'aclion spiritualiMto contre le sensualUmo du dlx-huiti^m() siîicle. — Jncomp^itonce du critique Jugeant lu phlluMophiu allemande. — Retour au Hontiniont religieux. — DiUnnu) chrétien. — II. l/ogprit françait* et les littérature» étran«(*r(jH. — Panégyrique d'une nation ennemie, — Légilimes ombrug(!H du Pouvoir. — Préventions trop sympathiques do Mme de Sia^U. — Ses dettoH d'hospitalité. — Arrihre-pensée politiciue. — Sa Ofirmanitt réfutée par Henri Heine. — Circojiritunces atténuantes do cette teutomauie. — Le patriotisme el l'esprit de parti. -^ Conclusion.

En 1800, M*"" do StaCl n'était encore qu'une femme du dix-huitième siècle dominée par le goût exclusif de la raison et de l'analyse, par Taversion du mystique et du surnaturel. Ses instincts romantiques furent même taxés de timidité dans une brochure anonyme* dont l'auteur, tout en se reprochant « de blesser une immortelle », se permit le trait que voici : « Ce n'est qu'à genoux qu'elle ose nous supplier d'avoir du génie. » Mais, en 1810, il

l. Scrupuliiê iUUvaivoa de A/'"* (/« StaH.

n'en sera plus de même ; car, dans le livre de V Allemagne, se manifeste une conscience affranchie de ses préjugés philosophiques, sensible à l'émotion religieuse, et assez sûre de ses principes littéraires pour les formuler en une doctrine qui, tournée vers l'avenir, substitue franchement au sensualisme de Condillac l'idéalisme de Kant, à la frivolité de nos rimeurs mondains les effusions lyriques de la passion, à la routine mythologique le merveilleux des âges chevaleresques, aux antiques réminiscences la sève du sol national, et à des tragédies anonymes les hardiesses familièrement pathétiques du drame populaire.

On sait l'occasion de cet ouvrage où s'épanouit la pleine maturité de Corinne. En 1803, reléguée à quarante lieues de Paris, elle préféra l'exil à la surveillance d'une police tracassière, et s'empressa de franchir le Rhin pour opposer, dit-elle, l'accueil bienveillant des anciennes dynasties à l'impertinence « d'un soldat parvenu. » Il y avait trois ans qu'elle était déjà travaillée par l'idée fixe de s'initier à la connaissance du monde germanique ; car deux lettres adressées à M. de Gérando, l'une en 1800, l'autre en 1802, nous la montrent apprenant l'allemand, et très attentive au système de Kant récemment révélé par un superficiel essai de Villers. L'heure fut propice à cette enquête dirigée vers les sources d'une civilisation jusqu'alors à peu près ignorée, malgré sa proximité. En effet, à la voix de Lessing, le génie allemand s'était réveillé d'un sommeil sécu-

laîre; et notre disciple de la veille passait maître à son tour. Sans parler de la métaphysique, l'ode, l'élégie, la ballade, l'épopée, le drame et le roman avaient enfin brisé les entraves de l'imitation. Or, ce spectacle pouvait offrir plus d'un enseignement à un esprit qui voulait combattre le despotisme d'un homme en politique, d'une secte en philosophie, et d'une tradition en littérature. Son pèlerinage le conduisit d'abord à cette cour de Weimar dont le souverain, le duc Charles- Auguste, avait fait une capitale des lettres et des arts. M"'' de Staël y arrivait précédée par sa réputation. Mais ce prestige même intimida l'amour-propre des hôtes qu'une importune curiosité venait tirer de leurs habitudes et déranger dans leurs travaux. A l'approche de cette reine de salon, si brillante, si causante, si prompte aux questions et aux ripostes, les plus braves prirent peur, et furent tentés de battre en retraite, comme devant la Grande Armée.

Le 30 novembre 1803, Schiller n'écrivait-il piis à Goethe retenu pour quelques semaines à léna : « Pourvu qu'elle comprenne l'allemand, nous en aurons raison : mais lui expliquer notre religion (celle de l'art) en phrases françaises, mais lutter contre la volubilité française, c'est là une tâche trop rude. » Si encore on pouvait la traiter sans façon, comme fit Schelling avec Camille Jordan qui venait à lui tout armé des principes de Locke! « Locke! dit Schelling, je le méprise », et ce mot tranchant coupa court à toute discussion. Mais, pour cette

Madame de stâël loi

grande dame, il faut bien faire quelques frais, ce qui coûte à la galanterie tudesque . Et puis , le moyen de suivre « l'agilité vraiment extraordinaire d'une langue si fertile en paroles? » On a beau « se transformer en appareil auditif », c'est un tourbillon qui étourdit les têtes les plus fermes. Car, « elle veut tout éclaircir, tout comprendre, tout mesurer; elle ne vous concède rien d'obscur, rien d'inaccessible ; et ce qu'elle ne peut pas illuminer de son flambeau n'existe point pour elle. » Schiller se prêta pourtant, non sans maugréer, à un devoir de politesse et de patriotisme ; il finit même par y prendre une sorte de plaisir scientifique, d'autant plus que son gracieux sujet d'étude « le mit bien vite à l'aise » , comme l'avoue cette réflexion pédantesque : « En elle, tout est d'une seule pièce ; on n'y trouve aucun trait pathologique. Voilà pourquoi, malgré rimmense distance qui sépare notre pensée de la sienne, on peut tout entendre de sa part, et on se sent disposé à tout lui dire. » Aussi ce mutuel abandon se changea-t-il en sympathie réciproque ; et, la glace une fois rompue, il rendit pleine justice à ce parfait naturel « où il n'y a point de mélange, rien de faux, rien de pénible. » Il fut séduit par cet « esprit placé sur les sommets de la culture française, et par cette belle intelligence qui touchait à la puissance du génie. » Tout en lui refusant « le sens de ce que les Allemands appellent poésie », (car, en ce genre, elle ne s'assimile que la passion et l'éloquence), il admira

102 LA CRITIQUE SOUS L'EMPIliE

Ha lucidité, Ka décision, ses ftaillies spirituelles, (*i dé^:lara mn influence « aussi agréable que bienfaisante f»,

(AtH éloges ont du prix chez un poète qui composait alors le drame héroïque de Guillaume Tell; car il maudit plus d'une fois « cette envoyée du démon qui venait se jeter à son cou, au beau milieu de hon travail*, >p Aussi lui tardait-il d'avoir un remplaçant, et de ne pas faire plus longtemps Tintérim de Gœthe. « Venez, lui écrivait-il, venez don<: ; vous qui avez plus que moi Thabitude de la langue française, vous converserez avec elle fort aisément, h Pour le mettre en goût, il garantissait m^me << qu'elle lui apparaissait telle qu'il Vavail comh'uUe à priori. » Mais, en dépit de cette proin(;sH(* engageante pour un Allemand, YOlympien (it la sourde oreille. Il ne put se défendre d'un a;rtain émoi dans ce voisinage turbulent qui menaçait sa quiétude. Peut-être aussi craignaitril de s'cixposer à des regards trop clairvoyants. Laissant donc son ami subir le premier feu, il usa d'ajournements diplomatiques, et ne se pressa pas de le j'elayer dans un rôle d'initiateur qui embarrassait sa reH()onsabiIité. A son retour, un catarrhe opportun le retint môme au lit fort à propos jusqu'au jour où (les billets écJiangés eurent préparé l'entrevue solennelle. Elle nous vaut un portrait ob perce la

1, Il rappelait < la Phllodophe française ». Il faut lire la splriluello étude de M. Caro, intitulée Madame de. Staël et Gceûie. Voir la Fin du dir-huilunne nificle, tome II (Hachette).

mauvaise humeur d'un artiste qui n'aime pas à se voir troublé dans ses contemplations.

Cette page est assez importante pour qu'on la cite. La voici : « Sa personne était attrayante comme son esprit, et elle paraissait n'être point fâchée qu'on n'y fût pas insensible. Elle me disait un jour : « Je « ne me suis jamais fiée à un homme qui n'eût pas été « une fois amoureux de moi «... Soucieuse d'agir sur les sens, sur le sentiment, sur l'esprit, elle désirait exciter en nous une activité dont elle nous reprochait le défaut. Gomme elle n'avait aucune idée du travail en tant que devoir, et de la situation recueillie à laquelle doit se résoudre celui qui se l'impose, elle voulait une action continue, des effets soudains, une conversation et une discussion non interrompues.... Philosopher en société, c'est discourir vivement sur des problèmes insolubles. C'était son plaisir; et, de réplique en réplique, elle arrivait d'ordinaire jusqu'aux choses de Tesprit ou du sentiment, qui ne doivent se passer qu'entre Dieu et l'homme. Avec cela, elle avait l'habitude, comme femme et comme Française, de persister sur les points principaux, et de ne pas écouter exactement l'interlocuteur. Par là, elle m'inspira la fantaisie de contredire, de disputer sur tout, de la mettre souvent au désespoir par une opposition obstinée. C'est alors qu'elle était tout à fait aimable et faisait paraître avec le plus d'éclat la prestesse de ses ripostes. — J'eus aussi avec elle plusieurs conversations suivies, où elle se montrait encore fatigante à sa manière, parce qu'elle ne souf-

104 LA CRITIQUE SOUS L'fiMPlRË

frait pas sur les événements les plus graves un moment de réflexion. 11 fallait être aussi prêt que s'il s'était agi de recevoir un volant. Un jour, je lui soutins qu'elle était incapable d'un sérieux intérêt. Je dis qu'elle tombait chez moi comme une bombe, qu'elle m'étourdissait d'un coup violent, et voulait qu'aussitôt on sifflât sa petite chanson, et qu'on sautât d'un sujet â un autre. Ce langage était fait pour lui plaire; car il lui fallait exciter une passion, n'importe laquelle. »

Malgré les réserves ironiques d'un juge égoïste, peu sociable et impatienté par un certain air d^ndiscrétion, Gœthe ne put cependant échapper â l'enchanteresse, et loua dignement « ce grand esprit de femme » qui savait, en se jouant, tout éclairer de sa lumière, tout animer de sa flamme. Il était d'ailleurs trop fin pour ne pas comprendre que ce tête-à-tête devait profiter à sa gloire. Aussi se résigna-t-il à de petits ennuis compensés par le retentissement d'un livre dont l'initiative allait, suivant son expression, « faire la première brèche dans la muraille chinoise élevée entre l'Allemagne et la France. »

L'exploration commencée sous un tel patronage fut suspendue par le deuil qui rappela brusquement la fille de M. Necker. Mais, en quittant Weimar et Berlin, elle avait fixé près de sa personne, comme précepteur de son plus jeune fils, un critique plein de morgue, Guillaume Schlegel, qui exerça bientôt â ('oppet une sorte de dictature. Dans ce salon cosmopolite, où il introduisit toute une colonie germa-

Ir

nique, il usa jusqu'à Tabus des franchises accordées par une indulgente amitié aux âpres déclamations de sa verve souvent paradoxale. Si ses violences ne prévalurent pas contre les maîtres de notre scène, elles contribuèrent du moins à raffranchissement définitif d'un esprit qu'elles invitaient à secouer les derniers scrupules d'un goût jusqu'alors un peu défiant de ce qui venait du dehors. Le savoir encyclopédique d'un pareil guide devait être aussi précieux pour une excursion d'outre-Rhin qu'il l'avait été pour le voyage d'Italie ; mais sa collaboration fut indirecte, ainsi que l'attestent les dissentiments nombreux d'un écrivain qui, dans sa tentative de vulgarisation, resta bien Français par la mesure et la clarté.

Pour expliquer les origines d'un livre dont le patriotisme fut mis en cause, rappelons aussi les persécutions qui donnèrent à son auteur un droit de légitime défense. Si la gloire pouvait être une consolation de l'exil, la disgrâce de Corinne eût été adoucie par les hommages qui s'empressèrent autour d'elle, dans son château de Coppet, où se réunissaient, comme en un congrès européen, les plus illustres représentants de la science, de l'art, de la poésie ou de l'éloquence. Mais l'éclat de cette cour ne fit qu'irriter les colères d'un pouvoir qui, non sans raison, voyait là un foyer d'opposition et un asile ouvert aux mécontents. Vers la fin de mars 1807, au fond de la Pologne, Napoléon apprit tout à coup que M"'' de Staël avait été vue aux environs de

Paris*; et, aussitôt, Cambacérès reçut Tordre de renvoyer à Genève « cette véritable peste, qui continuait son métier d'intrigante. » Un post-scriptum ajoutait : « Ayez Tœil sur Benjamin Constant; je ne veux plus rien souffrir de cette clique, » Un mois après cette expulsion, le puissant homme de guerre qui commandait à six cent mille soldats se déchaînait encore en invectives dans une lettre où il disait à Fouché : « Cette femme est un vrai corbeau : elle croyait la tempête arrivée et se repaissait de folies. Qu'elle s'en aille dans son Léman ! » Le 25 décembre de la même anné(î, le baron de Sta(U, âgé de dix-sept ans, profita du passage de TKrnpereur à Chambéry pour solliciter la gr✠de sa mère. Mais il eut beau promettre qu'elle ne ferait plus de politique, 1(5 maître fut inflexible. « De la politique! répondit-il, n'en fait-on pas en parlant de morale, de littérature, de n'hnporte quoi?... Je n'y puis rien : c'est sa faute. Elle a de l'esprit, trop d'esprit : voilà pourquoi elh» est insubordonnée. Elevée dans le chaos d'une monarchie qui s'écroulait, et d'une révolution qui surgissait, elle a fait de tout cela un amalgame dangereux. Avec l'exaltation de sa tète, et la manie qu'elle a d'écrire sur tout, à propos de rien, elle pouvait se faire des prosélytes. J'ai dû y veiller. C'est dans l'intérêt de ceux qu'elle compromettait que je l'ai éloignée de Paris. Elle servirait de drapeau au faubourg Saint-Cermain. »

1. n lui avait été permis de quitter Coppet, parce qu'elle exprimait le dénir de p.'i»»ci' en Amérique.

Il y avait donc là de Tirrévocable ; et pourtant; malgré cet interdit, elle osa, en août 1810, s'aventurer jusqu'à Blois, dans le château de Chaumont, chez le vicomte de Montmorency, pour y surveiller l'impression de son livre. En le mutilant, la censure * semblait le tolérer ; mais elle se ravisa bientôt : car dix mille exemplaires de r Allemagne furent mis au pilon, sans qu'un seul pût échapper; et aux plaintes de la victime le duc de Rovigo répondit : « Nous ne sommes pas réduits, Dieu merci, à chercher nos modèles chez les races que vous admirez : votre ouvrage n'est pas français ; tair de ce pays-ci ne vous convient pas. » Cette lettre ironique se terminait par une sommation de départ et le refus d'un sursis demandé.

Au lieu de s'embarquer pour l'Amérique, comme elle en avait d'abord exprimé l'intention*. M"'* de Staël regagna donc Coppet ; mais elle s'y trouva prisonnière : car elle n^ put s'en éloigner au delà de deux lieues. Il est vrai qu'on lui proposa le pardon, si elle consentait à célébrer la naissance du roi de Rome; mais à ces avances elle riposta par ce mot dédaigneux : « Tout ce que je puis faire, c'est de lui souhaiter une bonne nourrice. » Réduite alors à souffrir jusque dans la personne de ses amis les plus chers, « exilés pour être venus la consoler », propageant partout « la contagion de son malheur », elle n'eut plus qu'une idée fixe, celle de se soustraire

1. On lui indiqua les ports de Lorient, La Rochelle, Bordeaux el Rochefort, comme les seuls où elle pût s'embarquer.

à l*espionnage qui surveillait ses moindres démarches. Un matin, au printemps de 1812, accompagnée de fies enfants, tète nue, sans avertir ses gens, elle monta en voiture comme s'il s*agiss2Ût d'une promenade, et réussit à s'évader. Mais, pour gagner l'Angleterre, il lui fallut passer par Moscou, qu'elle atteignit un mois avant l'arrivée de Napoléon. A la veille des événements qui allaient la venger (au prix de quelles douleurs!), la première édition de V Allemagne paraissait enfin à Londres, en 1815.

Ses Dix années d'exil nous racontent cette odyssée dramatique, dont les tristesses sont comme la préface d'un ouvrage moins littéraire que politique. En traversant des nations liguées contre nous, M"* de Staël eut le tort de partager, ou même d'animer les ressentiments de leurs princes. Dans un livre trop complaisant pour un peuple ennemi, ses représailles contre l'homme d'État qu'elle détestait lui dérobèrent donc parfois l'image de la France. C'est qu'il y a des jours sombres o(i il devient plus difficile de connaître le devoir que de l'accomplir. Aussi ne serons-nous pas de ceux qui accusent comme un crime l'erreur d'une âme passionnée. Disons plutôt que son patriotisme éclatait jusque dans ces méprises, et qu'elle crut servir son pays en protestant contre la toute-puissance de la force par la censure indirecte de l'Empire et l'apologie des vaincus. Mais, des allusions contemporaines ne suffisant pas à intéresser l'avenir, cherchons, parmi

ces traits de -satire, les vérités durables qui assurent le crédit du penseur et la fortune de son œuvre. Ce n'est pas qu'elle se prête aisément à l'analyse ; car lunité de l'ensemble ne tient point à la suite d'une exposition méthodiquement ordonnée, mais à la verve d'une éloquence toujours fidèle au culte des vertus publiques. Nous retrouvons donc ici les allures primesautières d'une causerie qui* doit son originalité même à l'imprévu de ses rencontres, à l'essor d'un enthousiasme inspfrateur, et aux élans d'une sensibilité rapide comme la flamme. Pourtant, si capricieuse que soit là succession des objets évoqués par une imagination improvisatrice, ils n'en forment pas moins un tableau, dont la physionomie est expressive et laisse une impression distincte. Ce qui nous frappe tout d'abord, c'est que M"® de Staël, avant La Romiguière et Royer-Collard, donna le premier signal du mouvement qui allait enfin restaurer la morale du devoir et les croyances du spiritualisme. Ce fut sous les auspices de Kant qu'elle déclara la guerre au sensualisme dont les extrêmes conséquences auraient été la négation de l'âme et de Dieu. Sans doute, elle manqua d'autorité, lorsqu'elle prétendit juger ce métaphysicien qu'elle appelait « un nouveau Curtius se précipitant, pour le combler, dans le gouffre de l'abstraction. » A force de contempler le nuage, elle y voit tout ce qu'elle désire voir. Elle se trompe encore plus gravement sur les autres systèmes entre lesquels se divisait alors le monde philosophique d'outre-Rhin ;

110 LA CRITIQUE SOUS L'EMPIHë

car elle leur attribue à tous la même source, comme à un seul fleuve qui roulerait les mêmes eaux jusqu'à son embouchure. Elle ne distingue pas la diversité des tendances ; elle regarde les adversaires du maître comme ses continuateurs. Elle confond avec le spiritualisme toutes les variétés d'un idéalisme qui parfois se perd dans les abîmes du néant. Elle prend des rêves pour des réalités, et la vaine poursuite de l'absolu pour sa conquête définitive. Mais coumient eùt^Ue compris ces dialecticiens que comprenaient mal leurs propres disciples? Soyons donc indulgents pour des malentendus qui se tournent toujours en protestations chaleureuses contre une école où la vertu même se réduisait à des calculs égoïstes. En réhabilitant la nature humaine calomniée par des sophistes, et en exaltant le désintéressement, l'esprit de sacrifice, la loi du devoir, le courage civil, l'indépendance du caractère, M"*" de Staël voulait apprendre aux sujets de l'Empire comment se forment des citoyens dignes de la Liberté.

Tandis que sa conscience repousse avec indignation des paradoxes qui sont les alliés naturels de l'anarchie ou du despotisme, son cœur s'ouvre au sentiment religieux. Jusqu'alors le christianisme n'avait été pour elle qu'un problème historique, ou une garantie d'ordre social. Dans son essai sur /7/ifluence des passions, la foi ne lui avait pas conseillé la résignation. Sous le cri de ses blessures on ne sent que le regret de la jeunesse et des illusions qui vont s'enfuir. Le stoïcisme apparent qui les rem-

place recouvre même un fond de rancmie contre la vie. Exclusivement rationaliste, le livre de la Littérature se bornait à respecter de loin des croyances superflues pour une fille de Jean-Jacques. Delphine, elle aussi, n'allait pas au delà; car, tout en désirant que les âmes se rapprochent par Tinmiortalité, elle demande au suicide la fin de ses souiïrances. Corinne sera plus soucieuse de sa dignité morale ; car, outre que les pompes du catholicisme italien séduisent son imagination d'artiste, Tamante délaissée connaît de mystiques défaillances, et s'élève parfois vers Dieu sur les ailes de la Prière. C'est que M"® de Staël, après la mort de son père, avait éprouvé une crise analogue à celle de Chateaubriand pleurant sa mère. Chez l'auteur de VAllemagne^ le Déisme des premières années commence donc à s'attendrir de plus en plus ; et ce qui n'était d'abord que Tinstinct d'une rêverie romanesque va devenir l'acte d'un cœur désenchanté qui trouvera, près de la Croix, sinon le bonheur, au moins le repos. Ne dit-elle pas : « 11 faut commencer l'histoire intime de l'homme par la religion, ou la sensation ; car il n'y a de vivant que l'une ou l'autre. Quand même la morale fondée sur l'intérêt personnel serait aussi évidente qu'une vérité mathématique, elle n'aurait aucun empire sur les passions qui foulent aux pieds tous les calculs... En pareil cas, le raisonnement ressemble au maître d'école de La Fontaine : personne ne l'écoute, et tout le monde crie au secours. » Elle confesse donc la vertu pratique de l'Évangile; et, ne craignant plus

112 LA CRITIQUE SOUS L*£MPmE

de le préférer à la philosophie, elle ajoute : « Celui qui le premier appela Dieu notice père en savait plus sur le cœur humain que les plus profonds penseurs de notre siècle. » Régénérer les àmea par d'idéales espérances, c'était vivifier les talents. Voilà pourquoi, pai'huit aux poètes comme à des apôtres, M"*' de Suiël disait : u Soyez croyants, soyez libres : respectez votre génie ; cherchez Timmortalité dans l'amour, et la divinité dans la nature. Sanctifiez votre cœur comme un temple, et Kange des nobles pensées ne dédaignera pas d'y apparaître. »

CaQ fut encore pour hâter la guérison de l'esprit français qu'elle lui conseilla, comme à un malade, le changement d'air et le régime des voyages. La tentative était périlleuse ; car, à l'heure où nos légions faisaient trembler l'Europe, lorsque rien de grand ne semblait exister en dehors de la France napoléonienne, il était téméraire de proposer à son émulation l'exemple d'une race étrangère et des modèles empruntés à d'irréconciliables ennemis. Il est certain qu'un panégyrique de VAlletnagne blessait la fibre nationale, et eut comme un faux air de désertion. On comprend du moins la mauvaise humeur de Thomme d'État qui tenait alors Tépée de la France, et voyait dans les clients de M"*" de Staël les plus ardents instigateurs d'une coalition nouvelle. Sans absoudre la violence qui persécute,

on excuse donc une colère analogue à celle que provoquèrent chez Richelieu les applaudissements donnés à Théroïsme du Cid, au moment 0(1 TE»pagnol harcelait nos frontières, s'emparait de Corbie» et fomentait à Paris même des conspirations ou des révoltes. Et pourtant, n'est-ce point un bienfait que d'avoir renversé les barrières élevées entre deux peuples par l'infatuation d'un patriotisme jaloux? Oui, il fallait mettre fin à l'isolement des intelligences, et à ces mesquines rivalités qui sont un obstacle à tout progrès. C'était donc rendre aux lettrés contemporains un signalé service que de les habituer à un goût moins casanier, d'élargir leurs horizons, et de les faire entrer dans le concert européen. D'ailleurs, en les initiant à une civilisation ignorée, Mme de Staël ne nous invitait pas, comme l'ont fait depuis certains docteurs, à nous dépouiller de nos qualités indigènes, pour en revêtir d'autres qui répugent à notre tempérament.

Au contraire, elle déclare que cette abdication serait un principe de faiblesse, et aggraverait un malheur par un ridicule ; car il n'y a rien de naturel, rien de vivant dans l'imitation, et l'on pourrait appliquer aux ouvrages qu'elle inspire l'éloge que Roland fait de sa jument qu'il traîne après lui : « Elle réunit, dit-il, toutes les qualités imaginables; mais elle a pointant un défaut, c'est qu'elle est morte*. »

1. Elle aurait pu ajouter que ces tentatives de métamorphose Bont peine perdue. C'est le cas de rappeler cette réflexion de Doudan : < Les idées des étrangers sont parfois étranges. Un de mes

114 LA CaiTIQUE SOUS L'EMPIRE

M** de Staël a su tracer une brillante esquisse de cet âge poétique qui mérite d'être appelé le siècle de Gœtbe; elle communique à sa peinture les couleurs de la vie. Mais, lorsqu'il s'agit de caractériser la race même, nos défiances s'éveillent, et le doute commence. Outre qu'un peuple ne découvre guère ses faiblesses ou ses vices à l'étranger qui le visite au galop, et l'interroge sans pratiquer familièrement sa langue, bien des raisons infirment non la bonne foi, mais la clairvoyance ou la compétence de l'observateur. Accoutumé à procéder par induc^ tion rapide plus que par réfleuon patiente, et n'ayant fréquenté que les régions aristocratiques où les mœurs sont en général cosmopolites, l'historien dut ignorer et méconnaître des éléments nécessaires à la ressemblance du portrait. Pour bien voir, l'incognito a ses avantages. Or, l'illustre Genevoise voyageait en sultane de la pensée, en souveraine, à la façon de l'impératrice Catherine traversant, pour aller en Crimée, ces décors d'opéra qui, dans le désert des steppes, simulaient toutes les fictions d'une prospérité artificielle. Son cicérone, Schlegel, était trop hostile à la France pour ne pas se prêter à ces mensonges ; car ils flattaient l'inclination se-

amis dînait à Constantinople chez un Turc qui a?ait passé du temps à Paris; or, à la fin du dtner, se peignant la barbe sans cérémonie avec sa fourchette, celui-ci disait : « J'adore la civilisation française et les bonnes manières. • — • C'est ainsi qu'on est apprécié par le.s étranger)). Quand ils veulent imiter nos mœurs, ils ne les entendent pas plus que notre langue. »

crête d'un témoin résolu d'avance à un optimisme qui allait acquitter ses dettes d'hospitalité. Nous n'irons pas jusqu'à comparer M"* de Staël à Napoléon passant une revue, et « distribuant des croL\ d'honneur littéraires à une liste d'élus décorés de ses citations louangeuses*. » Non : ce serait forcer la note; mais on ne peut nier un parti-pris de sympathie préventive qui rappelle les Lettrée anglaises de Voltaire. D'un côté comme de l'autre, on sent l'intention de venger des griefs personnels . et de faire, à nos dépens, la leçon au pouvoir. Il y a donc là trop de pages en présence desquelles nous sommes tentés de répéter avec Henri Heine : « Dans ce livre qui produit toujours sur moi une impression fâcheuse, je vois une femme passionnée tourbillonner comme une tempête à travers notre tranquille Allemagne, en s'écriant partout avec ravissement : « Oh ! quelle douce paix je respire ici ! » Elle s'était échauffée en France, et elle vint chez nous pour se rafraîchir. Le chaste souffle de nos poètes fit tant de bien à son cœur bouillant et embrasé! Elle regardait nos philosophes comme autant de sortes de glaces, elle humait Kant en sorbet à la vanille,

1. «Gomme le grand sultan abordait les gens avec ces questions brèves et soudaines : « Quel fige avez-vous? Êtes-vous marié? Combien d'enfants? Combien d'années de service? etc., > de même M»* de Staël demandait brusquement à nos savants : « Quel âge avez-vous? Êtes-vous kantien ou fi chtien? Qu'est-ce que vous pensez des monades de Leibnitz? > et autres choses pareilles, sans même attendre les réponses, tandis que son fidèle mameluk, son Rustan, Auguste-Guillaume Schlegel, les notait à la hâte dans »cs tablettes. » De V Allemagne^ Heine, t. II, p. 250.

116 LA CRITIQUE SOUS l/EMPlHE

et Fichte en pistache ! « Oh ! quelle charmante frai- « cheur règne dans vos bois ! s'écriait-elle constam- « ment. Quelle ravissante odeur de violettes I Comme « les serins gazouillent paisibleiment dans leurs petits « nids allemands I Vous êtes bons et vertueux ; vous « n'avez pas encore l'idée de la corruption de mœurs « qui règne chez nous, en France, dans la rue du ce Bac! »

Effacez de cette boutade un persiflage irrévérent jusqu'à la bouffonnerie, et vous aurez une idée de la Germanie chimérique imaginée par le Tacite du premier Empire. A l'entendre, ce serait une terre privilégiée, un paradis de purs esprits ne s'entretenant que de morale et de métaphysique. On n'y rencontre que savants ingénus, étudiants rêveurs, fiancés platoniques, patriarches contemplatifs assis sous les tilleuls de leur petite ville. On dirait que la nature humaine y retombe dans l'innocente enfance de l'Eden. Il n'est pas de nation plus naïve, plus désintéressée, plus « chevaleresque », plus incapable de fourbe et de violence. « Ils s'occupent de la vérité pour elle-même, sans penser au parti que les hommes peuvent en tirer; ils cherchent dans le ciel l'espace que leur étroite destinée leur refuse sur la terre. » Bref, leur royaume n'est pas de ce monde; « car ils ne se disputent que le domaine des spéculations, et abandonnent aux puissants le réel de la vie. » Voilà le mirage dont M"" de Staël a été dupe, et dont elle a propagé Tillusion. Responsable de celte légende, elle a peuplé de figures

débonnaires TÂrcadie qu'elle voulait opposer aux misères de la France impériale; car la haine de Napoléon est l'âme de ce roman où l'empereur joue le rôle d'un loup dans une bergerie.

Or cette idylle a reçu de tels démentis que, relue à distance, sous la sinistre lumière de 1870, elle nous semble aujourd'hui l'ironique satire d'une nation de proie dont les appétits rapaces ont été trop longtemps masqués par les groupes élégiaques d'Hermann et de Dorothée, de Werther et de Ghailotte, de Max et de Thécla. Si l'Allemagne de M"*" de Staël a réellement existé avant l'invention du canon Krupp, nous pouvons du moins affirmer que maintenant elle ne la reconnaîtrait plus. Elle s'étonnerait d'avoir été assez aveugle pour regarder comme une colombe cet aigle noir dont Henri Heine a dit : <c Ah ! maudit oiseau I si jamais tu me tombes entre les mains, je t'arracherai les plumes, et te rognerai les serres ; puis, je t'attacherai dans les airs au haut d'une perche, en point de mire d'un tir joyeux; et, autour de toi, j'appellerai les arquebusiers du Rhin. » Elle ne se pardonnerait pas d'avoir accordé « Vesprit de paix et de justice » à ces spoliateurs cauteleux qui pratiquent la théorie de la force primant le droit, et dont un patriote a pu dire : « S'il y avait une police générale pour l'Europe, ces gens-là seraient condamnés pour vol nocturne avec escalade et effraction. » Loin de chanter les délices d'une Salente ou d'une Bétique, elle aurait des explosions de colère contre « cette Prusse

refv:»î:\TA;* >c r:^::t,*k\(...<:r.t(' inx^vùcàs ^ d'un Tai^

M^i^ no ^^x i^rtfi ][va:> îr<N^ ^ï^x^'^nc^ ooniro uive leiiii>r.,A:"iVe à U.pt\;«^ T. ne fAi« \\\m\ Po{\t$i(it d<» cir-

ce fr.t j>Arro qiïVI^^ axa^u <\Mir*i><^ U Frîuwc, un ctinar co^t'^ro:*!. 05 j\uw ij^ie 1 A<î«unnio« élAil «a p'::> Oi\uA:e jiMïtssjukv. D'Aiilour:^^ oilo uo vtVui alors qiïo d^ns J Vîlo^iuc^^e^ des jxW^U^^ dtte^ philos*Vj^ht^, des hîsîoritM)?^ et dt^ criu<jnes^ prxNs d'une i^îiîo qvîî enriohissAit do neuxoAU mSi^ors Kt fortune do I osprii hinuAin. Oi\ Sohiîîer ei (wiMj^e nVureni \M)m rins^^lenco eipieilleuî^^ de ooîS |HS();M)lâ uuivei^ siiaint^s qui depuis se ;s^>«i eni5 leui^ ht^riUei^, Au Heu de décrier nt>s chejfs-d'oniMXN ilî% reiuiiueni publitpiement un u\;)^nirique hommA^:^ à no^ letlms ei à nos arts. Il fui donc juste de le^s iraîler comme des conciunens du nmnde ; ei raccueîl coïKlial que leur fil Corinne valait certes nùeux que le dénigtt>ment de ScJilejrtM. ce |>i)urfendeur de gx\a»U.s, digne anc(Mre des gallophobes qui, mesurani nos tVrivaii^s à la toise de Testhi^iique prussieime, les dtSdarcnl

1. C'est un Pmssi^n <iViV qui a dit ce mot ; « Jt n« m« OoTHi jamais à cette Prusso bigotô, À oe long hv^m^ «n gu^^troïi^glouion, vantard, avec s^on bâton de caporal qu'il trompe dnn^ilVAU In^nlto avant de frapper. Elle me déplntl coiio nal«rt> phtlo«i>ph«, chn^tienne et soldatesque, cc^tte mixture de hu'^rv^ blanche^ de men^ songes et de sable dt» Hrand(>bourg. Kilo n>o hi^tugne au plitd haut degré cette Prusse hypocrite avf>c sic'i sembUnts de sainteti^ ce Tartufe entre les fitils. • /)f IWUt^maifnt*, Kenri Keino,

impi'opres au service du génie germain, et décrètent notre décadence.

Après tout, si dans son livre M"' de Staël a dit beaucoup de mal des Français, ils ne lui en gardent pas rancune, parce qu'elle reconnaît en eux « le plus aimable et le plus spirituel des peuples. » Voilà un éloge qui absout toutes ses censures, et que les Allemands ne lui pardonnaient pas. Aussi leur amourpropre ne fut-il guère satisfait d'un peintre qui pourtant ne demandait qu'à les embellir. Ce mécontentement prouve que, malgré son excès d'indulgence, elle leur a dit plus d'une vérité, par exemple lorsqu'elle laisse entendre qu'il y a bien de l'alliage et des scories dans cette érudition dont ils sont si fiers, et qui resterait à l'état de lingot brut, si une main française n'en faisait pas une monnaie courante frappée à notre effigie. Son coup d'œil ne fut pas moins juste quand elle écrivit : « Les Allemands se plaisent dans les ténèbres ; souvent ils remettent dans la nuit ce qui était au jour... Dès qu'il s'agit de faire entrer leurs idées dans la tête des autres, ils en connaissent mal les moyens ; ils dédaignent non la vérité, mais la manière de la dire. »

Même en face de Gœthe, elle ne se laissa pas éblouir par le respect et l'amitié; car elle marque le point vulnérable, en démêlant sous son impassibilité les germes d'un scepticisme égoïste. Oui, en pleine apothéose du poète, il y avait un certain courage dans le jugement que voici : « On aperçx)it chez lui une philosophie dédaigneuse qui dit au bien

!«' Ll OXnoCB sous L'EMPIRE

-«un^ w „*■ : O^ doit *ire. puisque «la est S. -'.imai.^,-> .ii r.Fur humain est iléœuiageante. L»»« y e^ T^î«fé^.tte comme une chose assez •«ÛBa^;!. de q«lq« manière qu'on la passe ina* qu«>d .,., lapprofondit. agréable quand on :-sq.a»e. su«^,,ûl4e de maladies morales dont il .^: monr ta. Ion n'eo peut guérir.... Beaucoup p-.-tf roDdait queJquefois à tout ébranler dans le t.'A de sot-mêrDe.... Or, il n'est plus temps de &yi:a. m de mettre, à propos de toutes cboses, des Kkes ingénieuaes dans les deux côtés de la balanceil faut Ht livrer à la confiance, à l'enthousiasme que la jfBDesse immortelle de l'âme peut toujours entreimir en nous; cette jeunesse renaît des cendres m^nlps de la passion ; c'est le rameaJi d'or qui ne ppui sf Umv, et qui donne à la Sibylle l'entrée dans If» champs olyséens. h

..'■: ,■;: wruûi cf langage eût été digne de dé Aj>.s. •:> nh^jps cachés sous l'ambition mé- : . ^ ■: . : :■: ;i:....tftiphie tfop abstraite qui. se -^. : -sNu.-. .ti tv^T à*as ta i-ecberche du vrai- 1.., .-. • -;-.-.:.fT me As nuages et s'évanouir „ ...mn. ■ i-. .*: -v.-.Srirviïes transcendantes ne

-«'■■- •- "* "«^ »hmt-i: »ii chaos d'un panthéisme

T«.-*^ *^ : ->*>îij<sjihi; ' Mus il ne messied |)oint -. . M-. vi;.«cVi^le eu ces matières t. . .ili;<.iv 4r«>lnu9-nou8 d'oublier :^ A ft.». -.■ >ur\> H*çeJ et ses pareils u*.-,—. uiï^ fc-s ït'vhis à l'envers par une » tt : tyi.imiii i,»i» les abus de la

force, au profit d'un grand Empire germanique, devant lequel le droit national et le droit humain n'existent plus*. Voilà pourtant comment l'avenir devait répondre aux vœux de M'"'' de Staël. Tel est le poison que Faust distillait déjà dans son alambic ; car, un an après la publication de ce livre, elle put voir à l'œuvre les Hermann et les Werther enrégimentés par la Prusse et coiffés de son casque à pointe. Ce n'était plus cette fois un rêve, mais une réalité, la vision vraie de « l'Allemagne vivante, mangeante, buvante, jurante et fumante, » conduite au sac de la France par le vieux Blucher « ce pilier de tripots, qui avait toujours les cartes à la main et la pipe à la bouche, ce soudard qui, dans un ordre du jour, menaçait l'Empereur du fouet ou du bâton, s'il tombait vivant entre ses mains*. » Alors, j'en suis sûr, Mme de Staël dut éprouver, je ne dis pas des remords (car sa candeur la justifie), mais de profonds regrets mêlés de pitié pour les vaincus, et d'une haine trop tardive contre ses amis de la veille.

Nous ne lui ferons pas en effet l'injure de soupçonner son patriotisme. Déclarons plutôt qu'il en fut d'elle pour la France comme d'Alceste pour Célimène. Si elle s'irritait de ses défauts, c'était parce qu'elle la voulait paifaite ; et ses reproches ne

1. Voilà ce que démontre M. Caro dans son éloquent ouvrage intitulé les Jours d'Epreuve. (Hachette).

2. Nous citons un Prussien, Henri Heine, pour donner au témoignage plus d'autorité.

182 LÀ CRITIQUE SOUS L'ëMPIBE

visèrent qu'à Ten guérir : ils furent donc une forme de l'affection. — Par conséquent, sachons-lui gré de sa franchise et n'ayons pas la mauvaise grâce de nous en plaindre, car ce serait méconnaître un noble caractère dont nous dirons :

Ses fautes se cachaient dans Téclat de sa gloire.

Ce vers, on peut l'appliquer aussi à son style, pour excuser les taches qui le déparent. On s'en aperçoit à peine, parce qu'elle habitue son lecteur à considérer, comme elle le fait, les idées ou les intentions, et non les paroles ou les phrases. Ce naturel qui vient de l'âme, comment ne pas le préférer aux calculs d'une coquetterie qui se regarde et s'écoute? Sous sa plume, le dessin et la couleur manquent parfois de précision ou d'éclat. Mais que de feu, que de lumière! Si elle n'a pas, comme Chateaubriand, cette splendeur d'expression qui saisit l'imagination, combien de mots qui, partis du cœur, retentissent au cœur! Si elle n'agrée pas toujours au goût par la beauté de la forme, elle nous émeut sans cesse par le sublime du sentiment et de la pensée. Aussi quelle séduction dans cette sincérité involontaire comme la voix de la conscience !

Ici même, en dépit de sérieux griefs, il serait injuste de contester à M"® de Staël l'honneur d'avoir, avant tout autre, compris la diversité de l'esprit humain, et par suite, enseigné à ses compatriotes une tolérance qui allait agir victorieusement

sur les mœurs littéraires de notre siècle. Qu'il y ait trop de vague dans certaines échappées de doctrine, et surtout dans les chapitres qui intéressent le romantisme naissant, nous en conviendrons volontiers. Mais l'invention est-elle donc si commune qu'on ne doive rien passer à l'inventeur? Là où domine le préjugé, les à-peu-près ont encore leur prix et des pressentiments confus valent mieux que la routine. Aussi ne marchandons pas notre reconnaissance à Tinitiative de cette belle intelligence dont rhistoire nous offre le spectacle d'un développement logique , harmonieux et continu . Ses erreurs sont imputables aux circonstances plus qu'à sa responsabilité et ses mérites font aimer la personne autant que l'écrivain. Non seulement elle se tient debout, lorsque tout s'abaisse ; mais nous la voyons toujours tendre vers le juste et le vrai par une ascension qui épure sa raison, à mesure que se fortifie son talent. Après avoir débuté par les orages de la passion, elle se réfugie peu à peu dans un stoïcisme qui est déjà presque la résignation religieuse : puis vient le jour où la poésie et l'art s'associent aux clartés d'un spiritualisme chrétien, pour apaiser les derniers troubles dun cœur qui eût été définitivement pacifié, si, moins fidèle à ses convictions, il s'était contenté des joies égoïstes qui se réduisent à la jouissance du beau. Mais, croyant au progrès, il devait ignorer le bonheur et le repos, tant que la liberté manquerait à la France. C'est ce que prouve une fois de plus ce livre de V Allemagne

U4 L% CJ'IT:C?tB SOUS l'emfire

oi la /Tji' jo^ rf^ <^ir/>re de la politique. II en ré- *.'- \f^ q^'jJ r'--v-nji;> trop parfois» à une machine de iPj^rr^ djruT'ie ^^/^juir** TEinpire. Maïs cet esprit de ]fHrù r/^-D rtcouwe pas moins des visées d^avenir qiji rf^ïjw^jit été la gloire de noire âge, s'il avait tenu

Page 1