‹ Tableau de la littérature française 1800-1815Chapitre 22 sur 62 · C'est ce que dit Virgile · texte numérisé non relu

C'est ce que dit Virgile

NUDC altoe frondes et rami matris ofMicant Crescentique adimont fœlas, oruotqae fereniem.

2. Vuir notre Tableau de la liltéralure française^ t. I, p. 84.

donc à dire qu'à dater de ce jour René fut définitivement majeur, et ne releva plus que de lui-même. L'émigration et l'exil achevèrent de l'affranchir en le dépaysant. Si M"'" de Staël nous initiait à la littérature allemande, Chateaubriand put approcher de près Shakespeare et Milton; car une connaissance intime de l'Angleterre et de sa langue lui ouvrit ces sources toutes neuves. Son séjour à Londres eut d'ailleurs l'avantage d'être une sorte de studieuse retraite pour une imagination qui jusqu'alors n'avait goûté que les délices de la rêverie. Lui qui ne lisait guère d'autre livre que la nature et son cœur, il se vit réduit par les nécessités les plus urgentes à un labeur de bénédictin ; or, il y porta la passion qu'il mettait en toute chose, et l'inquiète curiosité d'un explorateur ardent à dévorer l'espace. C'est ce que prouve l'ouvrage qu'il publiait en 1797 sous ce titre : Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs rapports avec la Révolution française. Pour préparer le dossier de ce travail auquel il demandait le soulagement d'une noble pauvreté, il lui fallut improviser une enquête encyclopédique, et feuilleter les annales de tous les peuples anciens ou modernes. Cette course rapide fut pour lui un autre pèlerinage en pays inconnu ; il en rapporta des esquisses, des aperçus, des points de vue variés, mille impressions d'autant plus sincères qu'il allait à la découverte, sans guide, sans itinéraire, à l'aventure, comme un pionnier dans les savanes de

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Au iientiment de la iialure. à la richesse d'un incomparable pifKr/f^u, à la [xj^^tmon d'une littérature étrangère, et à rint^*Higence de» civilisations évanouies Chat^^aubriand annoeiait une vertu indispensable au critique comme au poète, je veux dire la générosité d'une âme fière et d'un caractère rebelle à toute es[)èce de joug. Car, si le politique eut ses faiblesses, ses travers, ses contradictions

OU ses fautes, nul ne saurait du moins accuser rhomme d'avoir démenti par son exemple ce que disait, en plein Empire, son discours de réception académique : « La liberté est nécessaire à Tami des Muses comme Tair qu'il respire. Elle élève son cœur, elle exalte son génie. Les arts peuvent, jusqu'à un certain point, vivre dans la dépendance, parce qu'ils se servent d'une langue qui n'est pas entendue de la foulQ. Mais les lettres qui parlent une langue universelle languissent et meurent dans les fers. La Liberté se réfugie près d'elles, quand elles sont bannies du milieu des peuples, » Cette religion de l'honneur littéraire nous garantit qu'en prenant sous son patronage les croyances de la vieille France, Chateaubriand n'accepta point comme alliés les écrivains enrégimentés pour servir, au profit du pouvoir personnel, les intérêts d'une restauration sociale. Ce groupe officiel n'eut donc rien de commun avec celui qui, parmi tant de tètes courbées jusqu'à terre, n'inclina jamais son front devant la Puissance et la Victoire. En défendant avec des hardiesses de novateur une double tradition qu'il allait vivifier sans jamais s'y asservir, il ne resta pas moins indépendant que M"^ de Staël combattant Bonaparte et ses institutions par les armes de la philosophie et la doctrine du progrès indéfini. L'orthodoxie de l'écrivain ne fut pas plus soumise que celle du chrétien ; l'un et l'autre eurent même des audaces qui alarmèrent jusqu'à leurs amis : car ce sera la destinée du publiciste d'être à

la fols une gloire et une gène pour les caases dont il était le champion chevaleresque, mais incommode.

Réfractaire à la discipline des coteries ou des sectes, Giateaubriaod n*est pas non plus préoccupé de mettre dans ses opinions ou ses sentiments cette unité de parade qui, sous prétexte de constance, dénonce parfois un esprit étroikou exclusif. Tandis que d'autres s'enfermaient dans une petite église hors de laquelleil n'y avait pas de salut, lui, il se fit un paiiibéon hospitalier pour tous les inventeurs qui, en tout temps et en tout pays, méritèrent, dans les genres les plus divers, d'être à jamais concitoyens de tous les âges. De même que le royaliste a des aspirations répuLlicaines. et le catholique des accès de scepticisme, il sera classique avec des saillies rêxoluiionnaires jusqu'au joiu* ou, ne voulant plus se reconnaître dans ses imitateurs, il reniera comme indigne toute une postérité dont il était le père. Ces fluciuaiions apparentes ne sont pas seulement le caprice d'une humeur mobile comme les vents, et le symptôme d'un orgueil ombrageux : j'y vois aussi la bonne foi d'ime conscience qui ne senchahie par aucun lien, et aime mieux s*abandomi^ à ses émotions que subir les engagements et la contrainte d*im parti pris.

A celte franchise de faniste qui ne s'assujettit jamais à un mol d'ordre et apprécie le beau sous toutes ses formes, se mêleront sans doute des compîiiîsTirices tixip induî^nt/e^ fH>ur sa propre manière: Ciir il e>i rare qu'en jugeant les talents un écrivain

illustre se désintéresse de lui-même, et ne fasse pas la théorie de ses qualités ou l'apologie de ses défauts. Mais, outre que ces confidences sont précieuses, on a trop volontiers conclu de cette partialité secrète que Chateaubriand cherchait partout et toujours une occasion d'apothéose. C'est oublier la candeur naturelle aux poètes qui visent à une renommée durable. Il y eut du moins, dans sa vie, une époque où, loin de s'infatuer jusqu'à l'aveuglement, il rechercha les conseils d'une amitié vigilante, et leur obéit avec la même docilité que Racine aux censures de Boileau. Nous voulons parler ici de Fontanes, et de l'influence qu'il exerça sur Chateaubriand.

On a toujours préconisé plus qu'il ne sied les personnages constitués en dignité; aussi La Bruyère avait-il bien raison de dire : « L'homme d'esprit, de mérite ou de valeur devient alors, en un instant, un génie de premier ordre, un héros, un demi-dieu. » Fontanes a bénéficié de cet engouement, même au delà du tombeau ; car on ne voulut pas voir les faiblesses de ce lettré délicat, mais trop craintif, qui n'osait prendre la plume que sous le regard des anciens, et avec leur permission. C'était bien le type de ces humanistes qui lisent, relisent, goûtent et dégustent Horace et Virgile, ne se lassent pas de citer leurs plus beaux vers, croient que l'unique supériorité possible est désormais la faculté de comprendre les modèles, et finissent par diviniser la paresse sous le nom de goût. Comme Andrieux, il fut de ceux qui ne marchaient qu'appuyés sur le bras d'un

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rie r, m r. variaient les calculs •îTJïie :i«:«is /a\oa* vu, par une ^- a M"^ de Staél. Fidèle .K ^ ;k Vfj'xAe française, com- Ti-'. ' ~ rr-j.' -- ".as- r*rC'izr.*r a;i zermanisme, à Tanglo- ;. ^.-^. 1 -'ji^r'.ï'.^ce. a %,i^:e prc-pagande qui lui pa- ^.^-r-ii^t ^rrir / .•i:r»r. i' x*s:;;r ou l'emphatique? Son :.u:K i^ ^'r^ r»rVM'^i cofi.rne dune offeose, et il * :r a.'.rr d a;i%i.'^: pîus irritable qu'il ne pouvait s.u-frir i#rï f-rfi.îL*fS s;ivaj:.tes ou ambitieuses d'un r.e p-.-I:;:ie. b: Lisre de la Littérature lui porta d- -Lc <iir j^ ht^ri-y. et ces mouvements d'impatience firent trr^p oublier les égards conmiandés par la courtoisie.

Mais, s'il eut des torts dans cette circonstance, il n'en fut pas moins le premier à présager la gloire du rêveur obscur dont les débuts provoquaient le sourire d'autres émigrés trop prompts à Tironie. « Laissez-le faire, messieurs, disait Fontanes; il nous passera tous. » Et pourtant, son atticisme devait être par nature antipathique à ce que Gha-

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