CHAPITRE r
Discrédit de l'éloquence au lendemain de la Révolution. Témoignages de M">* de Staël. Anarchie du Directoire. État des esprits. Scepticisioe, lassitude, indifférence qui suit les mécomptes. Bonaparte. — La Constitution de Tan VIIL Son mécanisme. Le Consulat contient *£mpire en germe. Théâtre ingrat pour Téloquence. — Le Tribunat. Velléités d'indépendance vite étouffées. Rôle sacrifié. Le groupe des libéraux : Daunou, Benjamin Constant. Éliminations. Le Sénat conservateur. Il enregistre des décrets. L'Empire : régime du silence. — Lb Corps législatif. Titre menteur. Le nihilisme parlementaire. Ses conséquences. Plus de contrepoids. Les revers. Isolement de l'Empereur. Les Cent-Jours : L'article additionnel. Expédient tardif. Impuissance.
Inaugurée par la Révolution avec un éclat incomparable, l'éloquence politique avait fini par se dégrader et se corrompre. C'est du moins ce que déclare, en 1800, un témoin impartial entre tous, M*"* de Staël, dans son livre de la Littérature y où bat sincèrement un cœur républicain. Cherchant les causes de cette décadence, elle l'attribue surtout au vice d'un état social « semblable à la mêlée d'un combat où ne retentissaient que des cris de fureur. »
19S L^ÉLOOCENCB SOCS L'IOCPIRE
De grands orateurs apparaj.ssent lorsque les partis se disputent l'as.'^entiiDent du pays, et comprennent la néces^^ité d'en appeler à la raison pabliqne. Mais, quand les passions n'ont pins d'antre ressource que la force, aucun rôle n'est pos5qble pour la pa^uasion. En recourant à la Teneur, la violence prétendit cependant jut^tifier par des discours les doctrines les plus absurdes ou les actions les plus injustes. Mais ce simulacre de discussion ne fut que le mensonge du fanatisme, et ne réussît qu'à produire Tanarchie des sentiments ou des idées. Dans un tel chaos, « à quoi sert-il d'accuser et» de défendre? Où est le tribunal capable d'absoudre et de condamna? Qu'y a t-dl de certain ? Si vous êtes audacieux, qui étonnerez-vous ? Si vous vous taisez, qui le remarquera? Où est la dignité, lorsque rien n'est à sa place? Y a-t-il difficulté de vaincre, dès qu'il n'existe aucune barrière? On peut prodiguer l'éloge ou l'injure, sans faire n^dtre l'enthousiasme ou la haine; car on ne sait plus ce qui doit fixer l'appréciation des hommes. » Toutes les invectives étant admises contre tous les caractères, nul n'a plus assez d'autorité pour flatter par son estime, on flétrir par son mépris. Dès lors, « la parole errante frappe l'air, sans but et sans effet. On peut en avoir peur, et s'en détourner comme d'un danger, mais non comme d'une insulte ; » car elle est destituée de toute valeur morale. Le respect de la vérité n'existant plus, les mots perdent leur vertu : insignifiants, exagérés, ampoulés ou grossiers, ils ne