‹ Tableau de la littérature française 1800-1815Chapitre 29 sur 62 · LES INSTITUTIONS · texte numérisé non relu

LES INSTITUTIONS

rites, de toutes les vertus qu'elle désirait. Sa longue absence l'avait bien servi ; car, isolé des partis qui achevèrent de se déconsidérer*, il n'eut qu'à paraître pour recueillir les fruits de leur défaite. Ses adversaires mêmes le regarddent comme un modérateur qui n'avait ni représailles à exercer, ni haines à satisfaire. Aux yeux de la majorité, il représentait la Révolution, et le principe de légalité, le seul qui, avec la gloire des armes, fût encore cher à une démocratie trop désabusée de la liberté*.

A son avènement, il y eut donc en haut résignation intéressée, en bas sympathie enthousiaste. Le Conseil des cinq cents une fois dispersé, il se fit parmi les plus récalcitrants comme un accord tacite pour accepter sans murmure les origines d'un pouvoir illégal, et ne le juger que sur ses actes. Ce désarmement instantané fut si universel que la seule protestation vint d'un homme obscur, le citoyen Barnabe, président du tribunal criminel de l'Yonne.

Et pourtant, il n'y avait pas à se méprendre sur la portée du mot que prononça Siéyès, lorsqu'il dit.

. 1. En un temps d'effervescence, les cinq bourgeois du Directoire n'avalent rien qui pût éblouir, il y eut là d'honnêtes gens. Mais c'est le cas de dire avec M. Thiers : a Tant pis pour un gouvernement, quand on lui impute tout à crime. L'une de ses qualités indispensables, c'est d'avoir cette bonne renommée qui repousse l'injustice. Quand il l'a perdue, cette impuissance le condamne à se retirer. »

2. Bonaparte disait au Conseil des anciens : c J'ai le secret de tous les partis. Toits sont venus sonner à ma porle.,.. C'est pour conserver ce que la Révolution a de bon que je me suis armé par votre ordie. »

206 l'éloquence SOUS L'EMPIRE

après le 19 Brumaire : « Messieurs, nous avons un maître. » On le vit bien par la Constitution de Tan VIII, oii la subtilité d'un métaphysicien sceptique servait les impatiences d'un despote. A la fois artificieuse et brutale, elle eut le double caractère de la ruse et de la force. Tantôt elle tourne les difficultés, tantôt elle les tranche comme par le fil d'une Opée. CVst un pacte entre un sophiste et un soldat. Persuadé, non sans raison, que la société voulait avant tout se sentir gouvernée, Konaparte n'aliéna pas la moindre part de l'omnipotence qu'un coup d'État lui avait mise en mains. Malgré certains ménagements qui sauvaient encore les apparences, l'imposture des mots ne trompa que les naïfs; or, ils étaient rares, après tant de mécomptes.

L'idée fixe d'un autocrate fut donc de maintenir dans le sentiment de leur néant des assemblées qui ne devaient parler et agir que par son ordre. On Conseil d'État chargé de rédiger les lois et de les défendre, un Tribunat qui faisait semblant de les discuter, un Corps législatif qui, assistant au débat, sans y prendre part, votait en silence ; un Sénat docile préposé à la garde de la servitude publique : voilà les rouages d'un mécanisme qui simulait le jeu de la monarchie parlementaire, mais faussé d'avance par la suppression du suffrage direct que remplaçait une liste de notabilités désignées par les ministres, ou plutôt par le Premier Consul. C'était là, suivant la maxime de Siéyès, « faire monter la confiance d'en baSf et descendre le pouvoir d'en haut. » Grâce à la

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