LE TRIBUNAT
vaines paroles ne tardèrent pas à devenir aussi impopulaires que suspects au pouvoir. Parmi les procès-verbaux des séances tenues par cette assemblée, la seule vivacité de langage qu'on puisse relever est cette violente sortie de Duveyrier : « Je rends hommage à la conscience libre et populaire de ceux qui ont voulu que les tribuns fussent assis au milieu du peuple*, que les soldats du peuple fussent placés au lieu de son premier triomphe. Je les remercie de nous avoir donné les moyens d'apercevoir de cette tribune l'endroit où le généreux Camille, donnant le signal d'un mouvement glorieux, arbora cette cocarde nationale qui vit naître tant de prodiges, à laquelle tant de héros doivent la célébrité de leurs armes, et que nous ne quitterons qu'avec la vie. Je les remercie de nous avoir fait apercevoir ce lieu où, si l'on osait parler d'une idole de quinze jours, nous rappelerions qu'on vit abattre une idole de quinze siècles. » Encore cette imprudence fut-elle, deux jours après, désavouée par son auteur qui témoigna son repentir, en demandant à prononcer le premier la promesse de fidélité destinée à remplacer la formule du serment.
D'ailleurs, Bonaparte savait couper court aux moindres velléités d'indépendance. Voulant que les discussions fussent menées au pas de charge, il soumit les tribuns à l'obligation d'une procédure sommaire expédiée dans un délai fixé. Proposées au