LE TRIBUN AT
le projet d'instituer des tribunaux spécialement destinés à réprimer le brigandage dans les provinces. Il comprit dès l'abord que cette justice d'exception pouvait devenir un péril pour les citoyens les plus inoffensifs; évoquant les souvenirs du Comité de salut public, il proposa donc le rejet d'une loi inconstitutionnelle. Mais elle n'en recueillit pas moins la majorité des suffrages ; et Français de Nantes qui eut mission de la défendre au conseil d'État s'attacha moins à réfuter les critiques dont elle était l'objet qu'à lancer l'invective contre ceux qui avaient osé les faire entendre. Sous son emportement grondaient les colères du Premier Consul qui, recevant une députation du Sénat, s'était écrié, la veille, en pleine audience : « Ginguené nous a donné le coup de pied de l'âne. Ils sont là douze ou quinze métaphysiciens bons à jeter à l'eau. C'est une vermine que j'ai sur mes habits ; mais, je ne me laisserai pas attaquer comme Louis XVI ; non, je ne le souffrirai point. » La sortie de Français de Nantes ayant été blâmée par Cambacérès et Lebrun comme une faute de convenance, Bonaparte leur ferma la bouche en s'écriant : v< Il faut prouver à ces gens-là qu'on sent les mjures, et qu'on ne veut pas les tolérer*. »
1. « Le premier nivôse an VIII, le gouvernement avait renvoyé au tribunal un projet concernant la formation des lois. Trots jou7*s seulement étaient donnés aux tribuns pour examiner toutes les dispositions, discuter et nommer les orateurs qui les soutiendraient devant le Corps législatif. Benjamin Constant^ dans un discours spirituel, attaqua cette proposition, qui rendait impossible tout examen approfondi. M™ de Staël devait, ce soir-là, réunir chez
212 i;élooukn(:ë: sous i/kmpikë
I/<^linûuati()n des noms les plus comproinm suivit lie pW'H cette uionaco. « Nous avons tmuré le tribunat, » (lisait un eonseiller d'IUat à M'"* de StaiU. « Vous voulez^ dire kTiUné^ » rt'pondit-elic». Ainsi dùcouronni'u) de tous les orateurs ou pul)licistes qui avaient encore une ombre de prestij^cî, cette assemblée devint plus (pie jamais, selon le mot de Boulay de la Meurlhcî, « un vice (pji impli(pialt contradiction. » Aussi te sénatus-consulte cpii lui donna le coup de gn\ce, le 1!) août 1807, ncî supprima-t-il qu'un mot. Du reste, on ne salirait plaindre des victimes
ollo pluHioum pciMonnoi dont la cuiivomation lui plaÎNait, maU qui tomilant toutfliiitu {'('«gimn nouveau. Kilo reçut dix hilletN d'excune, à cinq h«ur»H. Klle nupporlu. aHHez bien le premier et le second; nitilH, & meMuro que com billets ne liucti<^d^rent, elle commença à Hu troubler. Fouché, le Inndomuin, la luiNalt ntutider, et lui dirait que le Premier Coniiul la soupçonnait d'avoir i*xcilé Benjamin Constant. Un mois ap^^s, Benjamin Constant essuyait encore de sauver la plus prt^cieuso prérogative du tribunat, le droit de p<^tition. Il ne réusHisNait pas davantage. 1/opinlon ne lui en savait pas gré. Ce n'était plus vers ceit (généreux rêveurs qu'étaient tournées les oreilles : elles s'emplissaient du retentissement du canon de Maronf(o, %h prairial, an Vlll. M"*' de Buaumont éblouie elleu\t\\\9i fulmine contre M, Benjamin, Huovaleur pvrpHuHyfmuimi df tout ortlrt*, Uf toutfi modt^raiiuny et t^u'im deuvait bannir (la tout État potint*. Il a pensé ôlre renvoyé en Suisse, et avec lui M""* de Slaôl. ils en ont été quittes à (luu pr6s pour la peur; elle est cependant obligée de rester & Salnt-Uuen. Voilà ce qu'ils ont retiré de IHmpatintrf enfantine de jouar à Voppoêïtion^ sans bien savoir, comme dit Hioull'e, « ce que V( ut dire opposition, t — Uiouiïe en pariait & son aise : il allait être nommé prél'et do la Côte-d'Or, puis de la Meurtlie. Quant & M»*" do Staûl, elle devait errer pendant deux atis, sins loyer, fuyant la proscription de royaume en royaume. M'"* de Beaumont, si cllu oût vécu, se lût mise du cAlé de la persécuu*e; et elle eût cherché À serrer lus matns de Delphine, mallteureuso et désespérée. • (M. Bardoux, /ievuûdtÊ l)t*uj^ MtmdeH, \U Mpiembre, 1HB3.)