‹ Tableau de la littérature française 1800-1815Chapitre 35 sur 62 · LE SÉNAT · texte numérisé non relu

LE SÉNAT

soflsea, un seul se souvint de lui-mèmo : ce fut (larnot, dont la franchise racheta des faiblesses trop prolongées*. « Vous dites, s'écria-t-il, que Bonaparte a opéré le salut du pays, et restauré la liberté publique. Est-ce donc une récompense à lui offrir que le sacrifice de cette mftme liberté? » Il s'en avisait un peu tard : aussi sa voix n'eut-elle aucun écho ; et la motion unanimement acclamée fut portée au Sénat. Cette fois, pour faire payer son adhésion, il mendia quelques privilèges, la haute surveillance de la presse, la garantie de l'hérédité, l'extension du droit de veto. Mais Napoléon fronça le sourcil; et, sans tenir compte de ces prières faites à genoux, il rédigea par la plume de Cambacérès les articles additionnels que la haute chambre convertit en loi, comme s'ils émanaient de son initiative. Avec le régime consulaire disparurent les derniers semblants de légalité. Lacretelle pouvait alors dire avec tristesse, dans son Traité sur l'art oratoire : « L'éloquence a perdu son empire : sa voix mémo s'est éteinte dans ce secret des conseils où s'agitent les grands intérêts, et se préparent les grands événements. La Loi en sort silencieusement, pour être inscrite dans nos cours de magistrature, d'où elle règne sur les citoyens, sans la majesté de la proclamation publique. » Désormais, la France entendra seulement le bruit des armes.

1. Cet homme d'un génie profond et spécial, mais à idées fixes y irritable d*orgueii et dUntelIigenoe étroite, s^était laissé circonvenir et duper.

216 L'ÉLOQUKNCE SOUS I/KMPIRE

S'il n'y avait que des fantArncs de législateurs dans ce Sénat qui voulut conserver surtout ses dotations, et acheta plus tard son existence par des lâchetés, que dirons-nous donc de ces députés anonymes que le choix d'un maître allait chercher dans les listes de notabilités oi'i la constitution byzantine de Siéyés avait parqué un peuple inerte? Ce titre même de Corps législatif semblait une dérision ; car il n'y avait là qu'un bureau d'enregistrement. Ainsi l'entendait Bonaparte qui ne cachait pas ses dédains, ou sa volonté de tenir dans l'ombre une chambre sans tribune, et bonne tout au plus à lui voter des subsides, au risque d'assumer l'odieux des mesures impopulaires. Toutes les fois qu'elle essayait d'échapper à sa consigne, il faisait rentrer sous terre son opposition tremblante. Ne Tavait-il pas menacée de « la niettre à la diète des lois », parce qu'elle venait de rejeter les premiers titres de son Code civil? Ne vit-il pas un acte de révolte, une insulte personnelle, dans l'élection de l'abbé Grégoire chargé de le complimenter, au lendemain du Concordat?

Du reste, les honneurs intéressés qu'il daignait parfois rendre aux prétendus représentants de la nation étaient presque aussi redoutables que ses défiances. Le 7 janvier 1804, un sénatus-consulte notifia au Corps législatif que le Premier Consul, voulant relever son importance, ouvrirait la session en personne, et mettrait sa garde au service de l'assemblée. Il lui fit mftme la faveur d'élire son

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