LE CORPS LÉGISLATIF
sortir des armées d'un sol épuisé n'avaient plus Tair d'un mouvement national ; ils ne paraissaient que l'effet mécanique d'une action administrative : car l'élan manquait aux âmes autant que les fusils aux bras, ou les bras aux fusils. A force d'abus, la dictature avait usé tous les ressorts capables de remuer une nation : on trouvait des soldats, mais non des hommes. L'horreur qu'inspirait jadis la guillotine, on l'éprouvait alors pour la guerre. La lassitude universelle étouffa jusqu'à la haine de l'étranger; car il y en eut qui regardèrent l'ennemi comme leur allié. Excédée par des maux intolérables, la nation capitulait, avant de combattre.
Napoléon reconnut enfin, comme il le dit plus tard, « que celui qui supprime les idées travaille à sa propre ruine. » Car, après avoir vu l'impuissance du despotisme, il essaya de la liberté comme d'un expédient, et lui demanda sa revanche. Loin de marchander au pays la possession de ses droits, il se montra aussi prodigue qu'il avait été avare*. Mais cette conversion d'un mourant trouva la France incrédule à un repentir trop intéressé pour paraître sincère*. Elle n'ajouta pas plus foi à ces assurances
1. 11 donna la liberté, sans restriction, avec une franchise indiscutable. Là, comme ailleurs, il fit, du premier coup, œuvre de maître.
2. Lorsque, débarquant de Plie d*Elbe, il mit le pied en France, il appela les habitants des Alpes citoyens. En continuant sa route, il ne parla plus que de Français. Arrivé à Paris, dans sa capitale, il prononça le mot de sujets. Dans trois proclamations par lesquelles il nommait Fourier préfet de Lyon, il se servit successivement des titres de citoyen^ de monsieur et de comte.
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que la coalition à des avances paciPiques; car la Liberté se souvient longtemps des injures qu'elle a subies, et ne ressuscite pas sous la main qui Ta tuée. C'est que Ton ne saurait changer par décret la nature des choses. Au lieu d>tre le salut, une concession qui ressemblait à une embûche ne fit donc que hilter, au profit des Bourbons, la perte du grand homme qu'elle désarmait à l'heure où, pour vaincre, il avait besoin d'un pouvoir illimité . Cinq ans plus tôt, l'article additionnel nous eût préservés d'une double invasion; mais, pour avoir attendu l'ordre impérieux de la nécessité, l'héroïque vaincu n'eut pas le mérite de son bienfait ; et dans cet abri légal un peuple aux abois ne voulut voir qu'un campement fragile, improvisé pour une halte par une dynastie en déroute.
Napoléon lui-même ne se résigna pas sans de secr^tes révoltes à la comédie que les libéraux lui faisaient jouer. Irrité d'une situation fausse, ne s'écriat-il pas un jour, douloureusement : « On me pousse dans une route qui n'est pas la mienne. On m'affaiblit, on m'enchaîne. La France me cherche, et ne me retrouve plus. Elle se demamde ce qu'est devenu le vieux bras de l'Empereur, ce bras dont elle a besoin pour dompter l'Europe. Que me parle-t-on de bonté, de justice abstraite, de lois naturelles? La première loi, c'est la nécessité : la première justice, c'est le salut public. A chaque jour sa peine, à chacun sa nature. La mienne n'est pas d'être un ange. Quand la paix sera faite, nous verrons. » Elle se fit, mais
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contre lui, parce qu'il avait compris trop tard que la liberté est la seule garantie tutélaire d'un souverairf et d'une nation. En effet, à Waterloo, ce ne fut pas seulement sous le poids de l'Europe qu'il succomba. Si les principes de 89, oubliés depuis vingt-cinq ans, et dédaignés de la coalition, supplantèrent en un jour, sans armée ni budget, le triomphateur de vingt ans et l'élu de cinq millions de suffrages, le secret de ce miracle fut dans le prestige des idées politiques abandonnées par l'Empire, et qui, formulées par la Charte de i815, devaient être la légitimité provisoire de la Restauration.
CtlAPITilK 11
1. l/Ku>OUfNCie OfKlctSLlK. — M. "tR KoNTANKl. — Lotira au K<sn<in\ HormpnrlA, 15 noAt 17U7. — L« proscrit do VruaMor, — Hrumiilre : Mo^u du Wnidilniflon. - l.« fln courtisan. — .Sa fttVftur. ' 1.0 pn'^didiMit du Corp» iï^Ki^latif (1H04-1810)« — LV)pllmliim<i complulMftnt. — l/HunnMo Homrno. — (/«rt do tout dlro avoo rc^tpcot. — Dln^rdco. — Le grand maître de rUntverHité. -- U. L'EtLoQtJKMCK pftATtoUB. — LoConniiil d*i*UAL
— I.ON oratcum d'iiffairoM. — PoaTAUi. — Heg originoit. — 1/avucttt novateur. — 1/advonialre do Mirabeau. — Courage do KON dôbutN polit iquoN. - Ha cuplivit/)« ^ Le â^^ft^nntmr du Droit en 179^». -^ Le DépulA, le Pr^inident du {.OMfïl dên Ancienit. — Le CtierdoN lAuliMn, — Autorité de non curact^ire. — Influence bionfaiwinle. — Kxil nprôj* Kructidor. — Sa corn*»pondante. — UMftfffi M A hua fie l'Ktprit philoMopUiquê. — Hon rôle, aprôN Druinaire. — Le Conseiller d*Ktiit, -^ Le Codé aivU DiNcoum pr^iltminairoK. — Esprit de K';>uvernemont et do irutt' Mction. — l#e n^Kooiiileur du Conaordai. — L'orateur. — IlL L'P.ix)guKNCH DU BAnniAi/. — Le» Avocat» et la ItévolutJon.
— Leur» prlvitr^nii supprima)». — Déchéance. — NiipoU^rm reNtuuro le» étude» juridir|uo», rétablit le tableau de Tordre. — Anliputhle» mutuelle». • - Proc^» do Moroau. — M* Homnrt. — Mercunitlo. — Le Jury monucé. — Uovancho do» Avocat» on IHllL - HoMiouilSHB et le» Cent-Jour». — IV. L'i^^LOOUfNca dk LA CuAlftH. — Sa décttdenco. — La Persécution. — tt^'aclion reliKiouHo. — Le Cunmrdalf acte »o6ial et politique. — Sa rançon. — L'l«!Kli»e «»»ujétJo. — Symptôme» do l)enai»»ance.
— M. UK Dot'LoONK. — M. t)K Kkayniinou», aux Carmo» et à ëuint Sulpice. — Sa vogue. — Silence impo»é. — La philosophie du ehri»tlanl»me.— Une prédication appropriée au temps.
— Lf Clergé nouveau.
\é{\ tabloau (jui prôdulo explique pourquoi nouM iravoiis pas à traiter id de réloriuencc qui aime le
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mouvement, le grand air, et la lumière, de celle qui dirige les esprits, suscite les passions, s'entretient par la lutte des partis, et compte parmi les pouvoirs de rÉtat. Il nous démontre aussi que la faute n'en fut pas seulement à celui qui ne toléra point d'autre tribune que son trône, d'autre publicité que ses décrets, d'autre presse que son Moniteur. Pour que la liberté passe dans les institutions, il faut qu'elle soit le besoin des âmes, et la foi des consciencesi Or, après les attentats commis en son nom, elle n'était plus guère que le remords des uns, et l'effroi des autres. Entre les mœurs et les lois il y eut donc alors un rapport de cause et d'effet concourant à l'avènement d'une dictature.
Dans ces conditions, la parole qui décide et agit devenant le monopole d'un seul, il ne pouvait se produire, en dehors de son initiative, que des discours de cérémonie. Parmi ces politiques de parade, nous distinguerons seulement le chef du chœur, M. de Fontanes, dont le nom brillant et la faconde élégante fut, dans une réunion de muets, comme un drapeau et une fanfare à la tête d'un régiment. Le goût que Bonaparte manifesta pour sa personne et son talent doit remonter à la lecture d'une lettre publiée par lui dans le Mémorial, à la date du 15 août 1797. Sous apparence de badinage, cette pièce spirituellement flatteuse pressentait et saluait l'étoile de César. Nous y lisons : « J'ai déjà dit très haut que je ne vous craignais pas, quoique vous commandiez quatre vingt mille hommes, et qu'on
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motititi. • Èinfin, il terminait en reoummanilanl A Ho n a parle de KUivre ses grands projets, et de ne revenir à t^arls quM pour y recevoir des appiaudissomcnts.