‹ Tableau de la littérature française 1800-1815Chapitre 43 sur 62 · LÀ CHAIRE · texte numérisé non relu

LÀ CHAIRE

menèrent si vivement La Harpe, Saint-Martin, M. de Bonald, Fontanes et Chateaubriand.

Or, le Premier Consul sut tirer parti de ces instincts populaires, qui encourageaient ses vues de rénovation sociale ; et, en dépit des sarcasmes qui raillaient sa « capucinade », il eut Tbabilité de tourner ce mouvement au profit de ses ambitions personnelles. Il serait en effet bien naïf de supposer que ses sentiments furent ceux d'un apôtre. En rétablissant par un coup de théâtre une sorte de religion d'État, il resta ce qu'il était en Italie, lorsqu'il prodiguait au Pape et aux cardinaux des marques de respect public, sauf à s'en dédommager avec ses familiers, en traitant le Saint-Père de « vieux renard », et les vénérables prélats « d'imbéciles radoteurs. » Non, il ne faut point ici se payer d'apparences, et oublier les arrière-pensées de celui qui s'écriait en plein Conseil d'État : » Avec mes préfets, mes gendarmes et mes prêtres, je ferai tout ce que je voudrai. » Il y eut donc là une transaction intéressée, comme l'indique ce mot dit tout bas à La Fayette : « N'est-ce rien que d'obliger le Pape et le clergé à se déclarer contre la légitimité des Bourbons? » ce qui lui attira cette réponse : « Allons, général, avouez que cela n'a d'autre but que de vous faire casser la petite fiole sur la tête*. »

Il est du moins incontestable que la cour de Rome

1. A un général qai lai faisait des représentations au nom de Tarmée, il avait répondu : « Le rétablissement du culte me donnera le cœur du peuple. »

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acheta cette périlleuse alliance par de cruelles déceptions. Sans parler de la captivité de Fontainebleau, la cérémonie du sacre, qui suivit de si pr^s Tassassinat de Vincennes, ne devait-elle pas troubler la conscience pontificale par les plus pénibles angoisses? Quant aux évoques, leur situation fausse ressort de cette circulaire 0(1 Fouché osait leur dire : « Monsieur Tévf'que, entre vos fonctions et les miennes, il y a plus d'un rapport. » Un jour, le 22 juillet 1807, Napoléon écrira : « Peut-être le temps n'est-il pas éloigné 0(1 je ne reconnaîtrai le Pape 'que comme évêque de Rome. Je réunirai les églises gallicane, italienne, allemande, polonaise, dans un Concile, pour faire mes affaires sans le Pape, et soustraire mes peuples aux prétentions des prêtres de Rome. )) Si cette chimère n'était pas encore le rêve du Premier Consul, elle sera celui de l'Empereur ; car la main qui avait ouvett les églises en garda les clefs.

D'ailleurs, quand on examine de près cette pompe extérieure d'un culte ressuscité par sénatus-consulte, on est affligé de voir quelle fut alors la misère d^une milice sacerdotale décimée par la proscription, et recrutée tant bien que mal parmi ces fils de paysans que la peur de la mort précipitait dans un état dont ils ne concevaient ni les droits, ni les devoirs^

1. Dan» la conférence de M. de FrayMinou» »ur les orairUei et leê e$pércmee$ de la religion^ retentit cette plainte : • Église de France, dans quel abîme de désolation je te vois plongée I Ta porte bien sur ton front de nobles cicatrices qui font ta gloire;

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