LA CHAIRE
A peine dégrossis par deux ou trois années de préparation hâtive, ces conscrits enrôlés au pas de course composèrent une autre armée qu'un maître voulut faire manœuvrer selon ses convenances. La parole évangélique pouvait-elle donc prendre son essor, parmi les contraintes qui imposaient aux curés des sujets de sermons, et à tous les diocèses le texte d'un catéchisme revisé par le ministre de Tintérieur*?
Il se produisit pourtant plus d'un symptôme de renaissance ; et, animé par Tardeur belliqueuse des écrivains qui entrèrent en campagne contre la philosophie du xvm® siècle, le clergé de Paris secoua une longue torpeur. Revenus de Fexil, quelques prêtres instruits cherchèrent aussi à créer un centre d'études sous la direction savante du vénérable M. Emery, qu'un favori de l'Empereur, l'évêque Duvoisin, secondait de son crédit. Dans leur voisinage, nous devons citer encore l'abbé de Boulogne, dont la réputation datait de loin. Dès
mais 068 marques de ton courage le sont aussi de tes malheurs.... Hélas 1 aujourd'hui, je te vois comme une veuve désolée, assise sur des tombeaux, pleurant tes ministres qui ne sont plus , et tremblant qu'ils n'aient pas de successeurs. Église de France, autrefois si belle entre toutes, serais-tu donc réservée à cet excès d'opprobre et de stérilité? Ah! messieurs, que ceux qui forment des vœuxpour l'extinction du sacerdoce tremblentd'étre exaucés ! » 1. Dans le catéchisme ordonné par décret du 4 avril 1806, on lisait : « Dieu qui crée les empires, et les distribue selon sa volonté, en comblant notre Empereur de dons, soit dans la paix, soit dans la guerre, Va établi noire souverain. Va rendu le ministre de sa puissance^ et son image sur la terre; honorer et servir notre Empereur est donc honorer et servir Dieu même. »
Tannée 1782, il s'était fait connaître par le Panégyrique de saint Louis, prononcé dans l'église de l'Oratoire, devant l'Académie des Sciences et des Belles- Lettres ^ Payant tribu à l'opinion libérale, il avait dit, aux applaudisssements de l'auditoire : « Le peuple seul a des droits ; les rois n'ont que des devoirs. » Pressentant même une révolution prochaine, il s'était écrié dans sa péroraison : « Malheur à nous, puisque le règne des lumières est devenu le règne de la dépravation, et que les vices, dans un temps éclairé, supposent plus de corruption que les vices de la barbarie ! Tremblons de toucher à cette heure fatale où la nation incurable ne peut plus trouver son salut que dans une crise violente, et capable de la replonger au chaos d'où elle était sortie. »
Les événements ne prirent donc pas au dépourvu un homme de bon vouloir qui avait mérité les éloges enthousiastes de Beaumarchais et les critiques acerbes de Fréron*. Dans l'épreuve où tant d'autres chancelèrent, il ne montra pas moins de fermeté que de modération. Emprisonné en i 792, pour refus de serment, et traduit devant un comité révolutionnaire, il plaida sa cause avec tant de talent que ses juges lui rendirent la liberté. Arrêté de nouveau en
1. Après Texorde, un académicien s'écria : ■ Voilà un sot! • Mais bientôt après, surpris par la noblesse du langage, il se reprit, et ajouta : « Le sotj c'est moil » L'abbé de Boulogne était né en 1747, à Avignon, dan^ une famille très humble.
2. D'AÏ embert entendant son éloge de saint Louis, avait dit que « le premier point du discours valait un cvêcbé, et le second la Bastille. »