M. DE FRAYSSINOUS
instructions interrompues par les cris de Vive le Roi, le zèle politique se pressa beaucoup trop de coniparer ses triomphes à ceux de Bossuet ou de Bourdaloue*; car, aujourd'hui, nous ne voyons guère que des amplifications dans ces discours limpides et bien ordonnés, mais diflus et monotones, froids et ternes, où la dialectique manque de force, et la conception d'originalité*. Pourtant, le nom de M. Frayssinous mérite de figurer dans une histoire littéraire, ne fût-ce que pour avoir fait honneur au clergé nouveau, qui s'était formé dans la pauvreté, en face de la prison et de Téchafaud. Aux vertus qu'il devait à de longues épreuves s'allièrent aussi chez l'évèque d'Hermopolis l'urbanité de l'ancien régime, la culture de l'esprit, et des principes de tolérance qui pouvaient réconcilier avec le siècle une Église régénérée par ses malheurs.
1. Telles sont ses Irais conférences sur la Révolution qu'il considère : 1* dans ses causes; 2" dans ses ravages; 3<> dans ses suites et sa fin, c'est-à-dire le règne de Bonaparte.
2. A une grande dame qui admirait fort le talent du prélat, et le pressait de solliciter un fauteuil académique, M. de Frayssinous écrivait : « J'admire votre admiration. Mon nom n'est pas un nom et ne le sera jamais : pour en être convaincue, lisez une page de Bossuet ou de Massillon. Si vous me survivez, comme cela doit être, vov^s verrez qu'un an après ma m^rt je serai oubliéj excepté de quelques amis, j> Ce jour-là, M. de Frayssinous fut bon prophète.
CHAPITHK 111
I. L'ÊLOQUENCX d'opposition. — Les intransigeanU. — M"** de Stabl. — Un Mirabeau de salon. — Son génie ezpansif et sympathique à toutes les causes généreuses. — Son influence sous laRévolution et le Directoire. — Après Hrumaire, due! de deux principes. — Persécution, angoisses. — Dix années d'exii. — La haine est m&uvaise conseillère. — Excuses de certains écarts. — Son patriotisme pendant les Cent-Jours. — Sa lettre à M. Craufurd. — Elle plaide en faveur de la paix et de l'Empereur. — Conversion à la monarchie parlementaire. — Ses Considérations sur la Révolution française. — Elle inaugure ce sujet de controverse pa:isionnée. — Indécision du plan. — Logique émue, raison impartiale, conciliation. — Elle suscite TËcole doctrinaire. — Sonsiyle; sa conversation. ^ La tribune de l'Empire. -^ II. M. DE Chateaubriand. — L'article injurieux du Mercure (4 juillet 1807). — Clémence de l'Empereur. — Il ne craint pas son ennemi. — Un solitaire. — Ses contradictions. — Guerre à outrance, en 1814. ~ BijLonaparle et les Bourbons. — Un pilori. — Réflexions politiques, — Rapport sur Célat de la France, 1814. — Instinct des situations. — La monarchie selon la CharlCj 1816. — Manque d'équilibre. — L'imagination et la passion. — Les effets de style. ^ Un poète dans un homme d'Êiat.
Quand le pouvoir n'encourage pas directement les talents par la liberté, il les stimule encore, malgré lui, par la contrainte des sentiments qu'il refoule; car elle provoque des regrets, des vœux, des colères et des révoltes, sous lesquelles fermente un levain d'éloquence. C'est ainsi que l'Empire eut sa part dans la gloire que M"® de Staël conquit à
ses dépens. Si nous voulons retrouver des accents vi'aiment émus, il faut donc revenir à ce génie fait pour Faction, et qui ne se résigna point au rôle ingrat de spectateur impuissant. Ce fut sa secrète blessure; mais cette souffrance lui devint un aiguillon, et ses ardenrs eurent d'autant plus de force explosible qu'elles étaient comprimées. Voilà pourquoi les œuvres où elles se dégagèrent furent d'un orateur qu'on pourrait appeler un Mirabeau de salon.
Ce qui caractérise éminemment cette personne illustre, c'est la cordialité d'une âme généreuse, expansive et sympathique. Aussi prit-elle tout d'abord au sérieux les idées nouvelles qui, dans le monde où elle naquit, n'avaient été jusqu'alors qu'un passe-temps et un plaisir de conversation. Loin d'avoir peur de leur avènement, comme tant d'autres qui, ayant semé le vent, s'étonnèrent de recueillir la tempête, elle fêta ces espérances avec un enthousiasme qui ne connut jamais ni langueur, ni repentir, parce qu'il fut l'élan d'une raison clairvoyante, supérieure aux partis, et toujours prête à prévenir les fautes, à flétrir les crimes, ou à consoler les malheurs. Durant ces années d'angoisse où nulle voix n'osait porter secours aux victimes, ne s'empressa-t-elle pas de faire entendre un cri de pitié? Dès que le 9 Thermidor permit enfin à la France un peu de relâche, ne fut-elle point la première à conseiller la justice et la concorde? Au milieu des défaillances et des trahisons, elle ne
862 L'ÉLOQUfiNGE SOUS L'EMPIHE
cessa pas de relever les cœurs, d'éclairer les esprits, de raniiner les courages, de rallier tous les bons citoyens sur un terrain légal, de tendre la main aux vaincus, et de les convier à guérir les maux de la Patrie. Ne l'accusons pas d'illusion parce qu'elle en chercha le remède dans l'idéal d'une République aimable, étrangère à la violence, ouverte à tous les progrès, embellie par les arts, les sciences et les lettres. Ce programme aurait pu devenir une réalité, si le Directoire n'en avait pas fait un mécompte. Mais, désabusées par tant de déceptions, les âmes ne croyaient plus qu'à l'intérêt, ou au plaisir. En opposant à ces lâchetés du doute l'exemple de ses convictions, et à cet égoïsme d'une société licencieuse la doctrine du devoir, M""* de Staël s'aperçut bientôt que les événements lui donneraient tort ; mais, avec le stoïcisme du point d'honneur, elle n'en persista pas moins à rester fidèle aux principes qu'elle purifia de toute souillure, comme un trésor qu'elle tenait en réserve pour le salut de l'avenir.
N'ayant pas absous le 18 Fructidor, comment eûtelle pardonné au 18 Brumaire*? Ce fut alors que commença ce duel inégal où nous voyons d'une part la force déclarant la guerre à l'esprit, de l'aulrc la dignité morale représentée par une femme qui.
t. Le Premier Consul disait : a; M"* de Staël ne parle ni de poliiique, ni de moi, à ce qu'on prétend; mais je ne sais comment il arrive qu'on m'aime toujours moins quand on l'a vue. Elle monte les taies dans un sens qui no me convient pas; »
seule, dans le silence universel, osant défier le maître de l'Europe, répond à un persécuteur par l'insaisissable et victorieuse protestation de la conscience*. Ce ne furent d'abord que de furtives hardiesses dénonçant à voix basse dans la dictature consulaire les germes du despotisme impérial. Puis, à mesure que ces pressentiments s'accomplissent, sa plume devient une arme dont les coups sont redoutables, même lorsque, paraissant déserter la politique, elle se réfugie dans les questions philosophiques et littéraires.
Il vint pourtant un jour où Corinne sembla non pas certes renier, mais oublier un instant cette patrie qui n'avait plus la liberté, ni peut-être la volonté de l'entendre. Au lieu de revendiquer directement les droits d'une nation qui s'abandonnait elle-même, elle prit alors sous son patronage ceux de la pensée humaine ; et ses ennemis purent accuser l'exilée de Goppet d'avoir le cœur d'une émigrée. Mais ce fut une méprise; car c'est encore à la France que s'adressent, dans son livre de VAllemagne^ ces plaintes douloureuses où le respect et l'amour se cachent sous des reproches qui ont l'autorité d'une leçon.
Cette inimitié qui divisa deux intelligences dignes de se comprendre, faut-il, comme on l'a fait, l'expli-
1. Même aux plus mauvais jours, elle eut foi dans la Liberté; car elle semblait dire comme Polyeucte :
Ce bienheureux moment n'est pas encore venu, n Tiendra, mais le temps ne m'en est pas connu.
fifr'nny )iwi> /tsii inum i. «t*> «(tvorsaiivs qui t^ur«ul ' amt •■n) li.uift )»inr (uw iw mni))i('h fnÙHHtniHUils (' «nnur «iviMT-T «itMi t*4t ii. nuist IriMïlf dr leur viuiru. Su)^ ii»o' 1?^ nnmni?»y it^inmnirs qui Ht* m^ lt»-vn < uHî n\t»rsiin (it uuum., i. t»m plus jusir d ) \'i\v î«tnMt'ni?Mi. îi inîit nitnuahit ut^ (ltni\ priiïcipfîs ou î*t viuuiKU.aitMi (it')un> K>'. t^ uhuuMU tmct^TT w^ i"iH'vt'* uï:\ )rjst*s. sous n. Vus;aurn:.i(nu jusqu'à l'iitur^t ni (lî^vaï. ^*lnu»^*sîr t. ! uv, w u i milvr la m^i'î^**si.t r mit ;vunsH'.^;un. I.Hih! .Ih*s(uii d'ftjouuw* Oï tM îM.*t r nut \ initMiv'r on. )»?>vdi: louir nu»sure\ in»v s^ un*:» liit^ von. d'-nu fc ji« x irimit' rounipt^une on» v.M an, a. rnn;ju:«in' IH soi) niiiiviunr uUtVmdre î4**î- Ti»tMlitMr> anus, s ?nr'au* vtvtK mn' si U»uolHiul.t* Hni:'t^"nt- < \\y ut îiiur^nutiUi nu- ouuHor uiïe jxlus r**au»it <i.>u«tnr aur ik irv^tv. !<^\ii ]Kuir nir eau-
Ou Cl. MIC 1M ;'.nuuîtvr'ai. îias j4 ss viOi.ivsnr, tw liswil V'.\it i*xr\ ?\it^*\UK eu. t'Iir <unv\ui:., tn\ I^JI, à
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vir jf^M?»sj.uî ,;.. nit ;it^\'a!r. Jt ur c.VvU^ pu^ qiw* ^^ n. ?n î'tiirxr ^jKîîiass Ki?n ur Ti.'u.»t^î\*HS4t^ plus. La >ie t'Mî ;»vK,î r.Kï. (\ui.mr uîî .Imi d.n»i l« .nku<w»ju<' «
s)Vviv (M..(o;,r ,V ^^v,^^ nss./r .ut^ si \\>us lisit'ii i^HOi» x:t.>v u\\\i\ H X'vVjv fovuiv p...K' Irt^ pîus cîTiiid 5ï«nioe
n'ai pas un hasard pour moi. Tout ce que je redoute est ce qui m'arrive.... Je me contiens à Texterieur; une sorte de fierté me conseille de ne pas laisser voir mes larmes : celles des autres se sèchent si vite! Quand on leur demande ce qu'ils ne peuvent plus donner, on a l'air d'un créancier importun. Je n'ai plus de recours qu'en la prière. »
Ces angoisses lui ont inspiré le journal qu'elle intitule Dix années d'exil. Impatiente d'échapper à ses geôliers, elle ne songeait plus alors qu'à s'évader de sa prison : ses vœux tendaient vers l'Angleterre, mais elle dut s'y rendre par Saint-Pétersbourg. Dans le récit de ces vicissitudes, tout est mouveinent, chaleur et lumière. Jamais sa causerie n'eut plus de naturel ou d'entrain. Et pourtant, il y a là des pages que peut à peine excuser le cas de légitime défense ; car elles sont écrites par la femme irritée qui invitait le général Moreau à revenir d'Amérique pour nous combattre, et appelait Bernadotte le véritable héros du siècle. Mais, tout en condamnant ces murmures d'une colère qui eut trop d'échos à l'étranger, la France qui est magnanime sera clémente pour une œuvre improvisée par un blessé sur un champ de bataille, dans le délire de la fièvre.
Cette indulgence n'est d'ailleurs que justice : car, pendant les Cent-Jours, M"*'' de Staël prouva bien qu'elle était française, avant tout. En apprenant le débarquement de l'Empereur, elle s'écria dès l'abord : « C'en est fait de la liberté, si Bonaparte triomphe, de l'indépendance nationale, s'il suc-
266 l'éloquence SOUS L'EMPIRE
combe. » Devant cette allernatîve, elle n'hésita point; et, malgré ses griefs, son premier mouvement fut un élan de patriotisme, comme l'atteste, en dépit de vaines dénégations, l'incontestable authenticité de la lettre qu'elle fit parvenir, le 23 avril i8i5, au ministre des États-Unis, M. Craufurd, pour être communiquée à lord Castlereagh. Elle le priait ardemment de conjurer l'intervention armée de l'Angleterre. Nous y lisons : « S'il y a une guerre, toute la France se réunira contre l'invasion étrangère; et, si l'Empereur a un premier succès, comme il Vaura, l'orgueil national fournira à son vengeur toutes les ressources d'hommes et d'argent qui lui seront nécessaires. » Puis, appréciant les chances de la coalition, elle affirmait que « la France serait pour les alliés ce que fut l'Espagne pour nous. » Enfin, garantissant les intentions pacifiques de l'Empereur qui, disait-elle, ne changerait pas une virgule au traité de Paris, » elle suppliait le Princerégent (( de se porter médiateur, et d'être le Dieu de la paix, »
Ce cri du cœur est d'accord avec un autre témoignage, celui de Sismondi qui écrivait, le 26 mai, à la comtesse d'Albany : « Dès que les Allemands ont passé le Rhin, M™* de Staël n'a plus désiré que la paix avec Bonaparte ; et tout ressentiment personnel, toute haine a cédé au devoir : elle n'a plus considéré que l'indépendance et l'honneur de la France. » Aussi pouvons-nous affirmer qu^elle partagea les nobles inconséquences de Chateaubriand ,
qui, dans la journée de Waterioo, l'oreille contre terre, « écoutait le bruit lointain du canon, en fsdsant des vœux pour Napoléon. » Cette attitude n'estelle pas le plus sûr éloge de celle qui disait un jour d'elle-même, sans craindre un démenti : « Pour ce qui est de la dignité morale, les circonstances me placent aussi haut que possible.... Dieu m*a fait la grâce de penser que je donnais un grand exemple à mon siècle! »
Le rôle qu'elle allait jouer, au lendemain de nos désastres, ne fut pas moins salutaire. Pacifiée par tant d'épreuves, et instruite par les événements, la républicaine de l'an VIII était déjà convertie aux idées de son père; et, revenant aux convictions de sa jeunesse, ainsi qu'il arrive souvent au déclin de la vie, elle acceptait d'avance la monarchie constitutionnelle comme un asile contre les inconstances d'une nation qui avait trahi la liberté pour la gloire. Mais, en se ralliant à la Charte de Louis XVIII, elle continua de conseiller le respect du droit populaire à ceux qui rêvaient encore le règne du bon plaisir.
Telle nous la montre, dans cette dernière station, le livre où elle étudie les besoins et les actes, les bienfaits et les écarts, les principes et les conséquences d'une crise politique dont elle avait suivi de si près toutes les phases. De 1800 à 1815, on parlait fort peu de la Révolution : ce sujet eût gêné bien des jacobins anoblis qui cachaient des taches de sang sous leurs uniformes de courtisans. D'ailleurs, après sa fièvre chaude, la France avait perdu
26B l/ÉLOOUENCE SOUS I/EMPîRR
la méinoiro; ou plntAt, les tragMies et les meiTeilles (lu pi'^seiU occupaient trop une sociiHé renaissante pour quVlle ofit le loisir de donner audience à des souvenirs stériles, importuns, ou sinistres, qui eussent rendu bien des fronts soucieux ou sombres. Mais, lorsque d'éclatant s revers et dos dest Inées sédentaires nous firent une paix humiliée, aloi*s le pasnô put revenir sur la scène, évoqué d'al)ord comme une revanche par les vaincus de la veille, ensuite comme unelevon parles vainqueurs du jour, ardents A maudire des crimes qu'avaient expiés les calamités de la France. A ces anathèmes devaient i-épondre les ripostes d'une génération étrangère aux excès commis, hostile A l'ancien régime, fière de ses droits, et qui voulut réhabiliter ses pères, ou tout au moins les connaître.
Or, cette curiosité prochaine, M"**" de Staël la pressentit, et l'excita par un ouvrage qui invitait le pays h faire son examen de conscience, et h méditer sur ses malheurs, pour en tirer un enseignement. Dans ces Considi^rations^ qui furent un signal, s'annonce un double dessein. Elle commence par célébrer la vie publique de son père; puis, le cadre s'éKugissant, cette apologie se tourne en un jugement porté sur les causes, le caractère et l'avenir do la Révolution. Il en résulte que l'ensemble manque de suite et de proportion. D'un côté, M*"" de Staël »so comptait trop dans un hommage filial qui devient un paradoxe, lorsqu'elle met tout un siècle sous le patronage d'un homme d'h^tatfort honnête, mais très
secondaire aux yeux de la postérité*. D'autre part, quand la biographie se rapproche de l'histoire, les faits, les sentiments et les idées se pressent avec la précipitation inquiète d'une plume déjà défaillante qui craint d'être surprise par la mort, avant d'avoir achevé son monument. Mais l'indécision du plan profite à l'agrément du détail ; et une méthode plus stricte aurait pu nous priver de la variété qui associe le charme des mémoires et les surprises d'une convei*sation aux vues profondes du patriote et du philosophe .
Ce qui recommande surtout ce manifeste de l'école parlementaire, c'est la logique émue d'une raison impartiale. On ne saurait guère prononcer des arrêts plus sages sur une époque si sujette aux controverses. Voilà du pur bon sens relevé par l'enthousiasme d'une foi militante qui ne sépare jamais la morale de la politique. Admirons donc cet équitable discernement des erreurs et des vérités, des fautes et des mérites. Que de pensées seraient dignes d'être les proverbes des honnêtes gens, notamment lorsqu'elle dit : « Persécuter ne mène à rien qu'à Ja nécessité de persécuter encore. Tuer, ce n'est pas détruire. On a prétendu que les morts seuls ne reviennent point. Or, cette maxime n'est pas même vraie ; car les enfants et les amis des victimes sont plus forts par les ressentiments que
1. Un malin lecteur a dit que tout l'ouvrage pouvait se réduire à ces deux mots : a Mon père el moi » .
«70 t/f'A/MjVMCZ «Orj» CKMPiM
w; IVîtiK/Tit par lcnjr«t opmUmn cj^n fn/;nieM qu'on a fait f>/Tir« Il faut /ff^^indre le» haineiv, et noïi Ich r/nnjirirrMîr* « — - w |/« hommen en révolution ont plii« /i rraindre U^ur» »iirr>» fjuc leur» revers* « — Darm un pay«» où il n'y a point rie liberté, on ne trouva rlVînerj(îe que chez le» factieux. » — « On ne peut juger un parti que par la doctrine qu'il pratfr|ue quarirl il ent le pIuH fort ; car, dan» le combat, on MianKe souvent »e» anne». n — « H ne faut pa» forr^îr la Libert/î & »e poignarder comme Lucrèce, p«rr4î qu'elle a Hé profanée. » — « Une manière infaillible! de ne janiai» »e tromper sur ce que veut la rrïrtjoïjté d'urie nation, c'est de ne suivre qu'une marche légale pour parvenir au but qu'on croît le plus utile. iWs qu'on ne se pcnnet rien d'injuste, on ne contrarie jamais violemment le cours des ('lioses. n
Ces maximes, la Bestauration eût mieux fait de l(!S écoïifcîr (|ue d'entrer avec Jose[)h de Maistre dans les voies de l'intolérance. Entre une théocratie qui menait aux ablmeH, et ce spiritualisme libéral qui voulait Hauver (hm écueils les légitimes conquêtes do la llévolution, cpiel choix pourrait héniter? Ici, nulle arrogance, nulle ironie contre l'humanité. Tout est sociable et conciliant. Tout concourt À rapaisemcnt, à la JtiHtice, m bien général, & la charité vraie, par consé((uent aussi aux truvres de l'amour, et non de la haine.
lUîgrettons stniloment que les pages consacrées ati priHonnler do Suinte-Ilélèno soient d'un pamphlô-
taire plus que d'un historien. Si, de Brumaire à Waterloo, les représailles d'une exilée furent un droit ou même un devoir, convenait-il, après une défaite qui était la nôtre, et dans le voisinage de la Chambre introuvable, d'attaquer avec tant d'amertume un vaincu dont le souvenir nous valait encore le respect, sinon la crainte de l'Europe coalisée? Mais n'insistons pas sur des rigueurs trop cruelles : louons plutôt ces derniers chapitres où, traitant de l'égalité civile, de la souveraineté nationale, de la liberté de conscience, des rapports de l'Église et de l'État, M"® de Staël fixa des règles de conduite qui, observées par Charles X, auraient prévenu sa chute.
Elle exerça du moins par cet écrit une influence décisive sur une élite dont elle fit l'éducation parlementaire. Croyons-en M. de Rémusat déclarant qu'il fut pour lui « comme une vue radieuse de la terre promise, w M. Royer-Collard lui-même, jusqu'alors si défiant, rendit enfin les armes, et s'avoua vaincu. Elle inaugurait ainsi une école qui, durant trentetrois ans, sera l'honneur de la tribune française, et dont les défaites n'auront pas moins d'éclat que les victoires . Seulement , ses disciples , raisonneurs altiers , hériteront de son zèle plus que de sa flamme, et de cette vertu communicative qui, partant du cœur, donnait une âme à la politique.
Dans ce livre, qui n'eut contre lui que les ultramontains et les Jacobins*, le feu intérieur ne s'est
1. Joseph de Maistre a dit de cet ouvrage : « Toutes les erreurs de la Révolution y sont concentrées et sublimées. 9 {Lettre au
272 lY:loquknci<: houb i/kmp]iu<;
paH ùuûnt. A TuaMMit (runc voix qui pénètre on rc- (U)nnuU lu Uunp/TaiiHiiit (ruii orateur* J'etiteiulH par là que touteH ach ponnAes viHent à Taction, et qu*elle y en^aKo Ha coimcienœ plu» que hou autour-propre. I)e I& r/;Kult(*ut <lcH téni/u'it^H de diction, et les outralnonuMitH aventureux d'un Htyle qui n'a pas le tini d'une facture patiente. D'autres ont mieux su les HccretH d'un art définitif. Mais nul n'égale M"** (l(^ Sta^J par la sûreté de l'intuition, le cx)urant d'un souffle contintJ et la candeur vaillante des sentinuMits. La vertu de son discours est donc surtout dans Tintensité de l'éniotion, daîis le mouvement d'une parole^ ingénue, |)roinpte & éclater au dehors, (*t (|ui si inhie déborder d'une source bouillonnante. De là ces fougueux élans qui enlèvent la vérité d'assaut, sans avoir besoin des lentes démarches du raisonnement^ Klle méritait bien de la posséder, parce (|u'(*lle l'aimait par dessus tout. Aussi ne nous Mtons pas de censurer les imprudences ou les hasards d'une vcu've tunmltueuse. Il est plutôt surprenant que sa véhémence soit toujours si maltresse d'elle-même, et (pie la raison pratique n'ait presque rien à désavouer parmi tant de pages écrites, dans le feu du combat, sur tant de (piestions suggérées
primi* Kohmki^ 20 août IHIM). U no voit dftni M*»* de Slal4 qu'uno c iinpnrtinonto fcmmoloUo qui no oomprond pas uno dos quoHlions qu*ollo truite. »
t . Dam uno lottro 4 M"** Hortonio Allard, Sismondl la jugo Avco V(Wil(^, lomquUl dit : « //ôi/t/n'ma'on était rn pIU^ imtan* if%né« : tout un ordro «ridi^oM «« présentait à la fols à son esprit^ ot U travail n'y ajoutait vim. ».
par le contre-coup des passions contemporaines. C'est que le cœur fut, avec la raison, le foyer de ce talent viril qu'attendrissaient des grâces féminines, et qui, renouvelé par un progrès constant, a toujours été le guide éclairé de son siècle \ Si vivants que soient encore quelques-uns de ses livres, ils ne sont pourtant qu'une image affaiblie de l'éloquence qu'elle déployait dans ce salon de Coppet, où son fauteuil, devenu plus tard le canapé des doctrinaires, fut, pendant quinze ans, la seule tribune de la France. C'est ce qui explique pourquoi M*"' de Staël, comme la plupart des orateurs, a perdu sa popularité d'autrefois, et n'a laissé que le grand souvenir* d'une renommée aristocratique. C'est dommage ; car aujourd'hui, ses conseils retrouveraient encore tout leur à-propos.
1. En mai 1796, M*»* de Beaumont^ qui pourtant ne partageait pas les idées politiques deM'^'de Staël, la jugeait ainsi dans une lettre & Joubert : a J'ai été bien touchée de la revoir^ après deux années d'absence, el des siècles de malheur. Quand elle ne serait pas aussi remarquable qu'elle l'est par son esprit, il faudrait encore Vadorer pour sa honlé, pour son âme si élevée, si noble, si capable de tout ce qui est grand et généreux. Elle est ce que Madame Roland se croit, mais elle ne songe point à en tirer vanité; elle croit tout le monde aussi bon, aussi généreux qu'elle. Combien cette simplicité est aimable, et ajoute encore à son mérite, tandis que l'orgueil de M"'* Roland m'a presque rendue injuste 1 J'ai besoin de me rappeler sans cesse qu'elle est tombée sous le glaive pour lui pardonner; et, malgré sa mort, elle ne sera jamais pour moi que la Providence du 10 Août. Elle m'a rappelé des intrigues qui ont réveillé en moi bien des ressentiments. Cependant, je rends justice à son caractère^ et je suis sûre de sentir toute la beauté de sa mort. 9
T. ni. — 18
274 L'ÉLOQUENCF; SOUS L'BMPIRE
Le 4 juillet 1807, tandis que des acclamations saluaient le retour de Napoléon rentrant à Paris en triomphateur, au milieu d'un peuple prosterné, le Mercure publiait un article qui débutait ainsi : a Lorsque, dans le silence de l'abjection. Ton n'entend plus retentir que la chaîne de l'esclave et la voix du délateur, lorsque tout tremble devant le tyran, et qu'il est aussi dangereux d'encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l'historien parait 'chargé de la vengeance des peuples. C'est en vsdn que Néron prospère : Tacite est déjà né dans l'Empire. Il croît inconnu auprès des cendres de Germanicus, et déjà l'intègre Providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du monde. Bientôt, il ne fera voir dans le tyran déifié que l'histrion, l'incendiaire et le parricide; semblable à ces premiers chrétiens d'Egypte qui, au point du jour, pénétraient dans les temples de l'idolâtrie, saisissaient au fond d'un sanctuaire ténébreux la divinité que le crime offrait à l'encens de la peur, et traînaient à la lumière du soleil, au lieu d'un Dieu, quelque monstre horrible. Si le rôle de l'histoire est beau, il a souvent ses périls; mais il est des autels comme celui de l'Honneur qui, bien qu'abandonnés, réclament encore des sacrifices. Le Dieu n'est point anéanti, parce que le temple est désert. Partout où il reste une chance à la fortune, il n'y a point d'hé
roïsme à la tenter. Les actions magnanimes sont celles dont le résultat prévu est le malheur et la mort. Après tout, qu'importent les revers, si notre nom prononcé dans la postérité va faire battre un cœur généreux, deux mille ans après notre vie? » Jamais M"" de Staël, dans Y Allemagne^ ni M. Laine blâmant la campagne de Russie au nom du Corps législatif, ne se permirent des éclats aussi outrageants que cette invective signée par le vicomte de Chateaubriand. Et cependant, il en fut quitte pour la confiscation de la part qu'il avait dans la propriété du journal ^ La rancune de Napoléon ne fut même pas de longue durée; car, bientôt après, il exigea de l'Institut un rapport sur le Génie du Christianisme y et voulut que la succession académique de Joseph Chénier fût attribuée à l'auteur de cet ouvrage : ce qui n'empêcha pas l'élu de l'Empereur de composer un discours si scabreux qu'il ne put être prononcé.
Mais, cette fois encore, « la Foudre en personne » se contenta de gronder, sans frapper. Son courroux s'exhala seulement dans cette apostrophe lancée
1. L« 1" septembre 1807, Joubert écrit à M. de ChônedoUé : t Le pauvre garçon a eu pour sa part d'assez grièves tribulations. L'article qui m'avait tant mis en colère est resté quelque temps suspendu sur sa tête; mais, à la fin, le tonnerre a grondé, le nuage a crevé, et la foudre en propre personne a dit à Fontanes que, si son ami recommençait, il serait frappé. Tout cela a été vif, et même violent, mais court. Aujourd'hui, tout est apaisé : seulement, on a grôlé sur le Mercure^ qui a pour censeur M. Legouvé et pour coopérateurs payés , dit-on, par le gouvernement MM. Lacretelle aîné, Esménard et le chevalier de Boufflers. »
contre un absent : « Il vous faut donc de Teffet, Monsieur, toujoui's de TeSet ; et vous ne craignez pas d'en produire un qui renverse la règle maîtresse de mon gouvernement, la conciliation des partis, Toubli d'un passé où chacun a des fautes à se reprocher. Eh bien! Monsieur, sortez de mon Empire, si mes lois ne vous conviennent pas. » Or, il n'en sortit point, du moins par contrainte, et ne vit jamais la censure mettre ses ouvrages au pilon.
D'où vient donc que cet intransigeant n'eut pas le sort de Corinne? Pourquoi, défiant avec audace la colère du lion, n'a-t-il réussi qu'à l'impatienter mi mstant? Peut-être le promulgateur du Concordat se souvenait-il d'avoir eu pour allié un écrivain dont le talent chevaleresque et théâtral ne lui déplaisait point. Mais la principale cause de cette indulgence fut qu'en fait de persécution Napoléon n'aimait pas le superflu, et se réduisait au strict nécessaire. Sa haine, il la réserva contre ceux qui évoquèrent sérieusement les traditions de 89, et dont l'activité remuante ne se borna point au fracas de quelques phrases inoflensives*. Quant aux feux d'artifice d'un brillant rhé-
1. Le tempérament littéraire, voilà ce qui prédomine toujours, même dans les œuvres politiques de Chateaubriand. C'est ce que prouve, entre autres témoignages, une lettre de M. Mole qui, en 180)f venait de soumettre ses Essais à Pi 1 lustre écrivain. Or^ le jeune publiciste fut aussi surpris des éloges que des critiques dont sa plume était Tobjet : car les observations faites ne portaient que sur la forme. 11 écrivit alors àJoubert : a Urne semble que votre ami n*a pas lu Touvrage. Rien de ce qui en fait le
teur plus soucieux d'éblouir les yeux que d'agir sur Topinion, ils parurent d'autant moins redoutables que Chateaubriand se tenait volontiers à l'écart, dans l'orgueil d'une attitude indépendante et farouche. S'il traversa les salons, ce fut en effet sans s'y arrêter, pour y recruter des admirateurs, et non des partisans : il mettait même une certaine coquetterie à se montrer rarement, pour être plus sûrement regardé. Nul esprit de propagande ne se mêla donc aux hostilités innocentes d'un poète qui recherchait la solitude, afin de se grandir par l'isolement.
Il évitait surtout le voisinage des célébrités contemporaines, et en particulier celui de M"*' de Staël, dont l'opposition n'arborait pas le même drapeau : car il y eut entre ces deux noms la distance qui sépara l'école républicaine et philosophique du camp légitimiste et religieux. Ces dissidences naturelles se trahissaient jusque dans les hommages qu'ils échan-
fond ne paraît avoir été jusqu^à lui. Ses regards rCorU été frappés que de ce qui y fait feu^ pour ainsi dire. Je vous jure que j'en ai Tesprit troublé. Si cet écrit n'est remarquable que par ce que M. de Chateaubriand a aimé, c'est-à-dire par des tours heureux, et quelques expressions frappantes, je n'y veux plus penser. Je méprise «e genre de mérite, lorsqu'il est isolé : il me ferait autant de peine d'être seulement cité comme artiste, ou pour quelques saillies, qu'il me ferait plaisir d'être mis au rang des esprits d'une certaine force et d'un jugement sain. » Dans ce fragment de lettre, nous surprenons comme en flagrant délit la différence profonde qui sépare deux esprits peu fdits pour s'entendre; car l'un, tout pratique, a l'étoffe d'un homme d'Êlat, môme quand il se réduit à la littérature; et l'autre, esthétique avant tout, ne cesse pas d'être un littérateur, même quand il croit traiter les affaires, et gouverner les hommes.
gèrent de loin, et Hans la moindre efTuHion. Cependant, nous poijvoim rapprocher aujourd'hui œs i'îcrivainn rivaux qui, par des voies difTérentes, tendirent vers le rnt'^.me but, à savoir le spiritualisme libéral.
Mais, si Ton exœpte une protestation indignée contre Tassiissinat du duc d*Knghien, Chateaubriand ignora jusqu'en 1814 les ambitions de la politique militante. (In article daté de 1800 prouve même qu*il professait alors la doctrine de Tabstention ; tout en déclarant que « les gens de lettres sont propres au maniement des aflaires, » il ajoutait : « A Dieu ne plaise que je leur conscûlle jamais d'envier hts p^emi^res placum de leur paysl La majorité des houirncis bien nés peut faire vAi qu'ils feraient dans un ministère public; mais personne ne pourrait remphuTT les himix ouvrages dont ils priveront la postérité en se livrant à cfautres soins. Je voudrais ({ue les grands talents connussent mieux œ qu'ils valent. On ne hnir fait point une grâce en les investissant des charges de TÉtat ; ce sont eux au contraire qui, en les acci^ptant, font à leur pays un très grand sacrifia;... Dans une carrière étrangère à leurs mœurs, hiurs vcîrtUH sciraient plus périlleuses que des vic<;H, et leur génie I(îs précipiterait dans des piègcjs qu'évite la médiocrité... Ne nous plaignons pas de notre destinée... La gloire des lettres est la première de toutes nos gloires. Klle marche de pair avec celle des Rois et dcîs Héros. »
Mais dit engagement qu'il semblait prendre fut (•ncore ime de ses illusions; et, dès ([U(î l'agonie de
l'Empire eut commencé, désertant les régions sereines où habite la Muse, René se jeta, Tépée à la main, en pleine mêlée, avec la violence d'une haine qui; longtemps contenue, porta ses coups droit au cœur : témoin son pamphlet de Buonaparte et des Bourbons, qui, selon le mot de Louis XVIII, valut à la cause royale « plus qu'une armée de cent mille hommes, » Devant ce libelle implacable,, on dirait Chactas redevenu sauvage, et scalpant son ennemi vaincu ; ou plutôt, ce déchaînement de fureur rappelle l'attentat de Maubreuil attelant ses chevaux à la statue de la colonne Vendôme. Il clouait au pilori le nom de l'Empereur, et ne voulait voir en lui qu'un « parvenu, un faux grand homme, un Moloch, un Genseric, un Néron. » Il osa même l'accuser « d'avarice et de lâcheté^. » Ces injures, qui offensaient les douleurs de la Patrie, et dont il se
1. Plus tard, dans ses Mémoires, Chateaubriand semble avoir regretté ces violences, comme Tatteste cette page qu'il faudrait citer tout entière : « Des peuples vaincus ont appelé Napoléon un fléau. Les fléaux de Dieu conservent quelque chose de l'Ëternité, et de la grandeur du courroux dont ils émanent... Né dans une lie, pour aller mourir dans une lie, aux limites des trois continents, jeté au milieu des mers où Camoëns s'^mble le prophétiser, en y plaçant le Génie des tempêtes, Bonaparte ne pouvait remuer sur son rocher que nous n'en fussions avertis par une secousse. Un pas du nouvel Âdamastor à l'autre pôle se faisait sentir à celui-ci. Si Napoléon, échappé aux mains de ses geôliers, se fût retiré aux États-Unis, ses regards attaches sur l'Océan au • raient suffi pour troubler les peuples de Tancien monde; sa seule présence sur le rivage américain de l'Atlantique eût forcé l'Europe à camper sur le rivage opposé...
« La solitude de l'exil et de la tombe de Napoléon a répandu sur une mémoire éclatante une autre sorte de prestige. Alexandre ne mourut point sous les yeux de la Grèce, et disparut dans le loin-
a. .1. ir*'... -^r. ^*r-. - ^-rf. .:.:.■.*: '>: «:*.:.■ llli'.îon eut 'i -.-i.'.*; :, ^- fr ^i-r!:-: ':-r: a cl -r l-t lui en sa\ajt a..<.,r. r^ : ^ ^/v-vz-i ,•-.-. :.^i.: Jr F ■:, d'admettre c;. ^•:*r.«r 'iJ.-.^ i /* a.Ti^r«r* : I: j^^rrira loul. Ces ;r'-f-— ^i r-^ V,;.: i/,:-.^ a r>r«. -* La nrL^^'uiuée de C'^t.Vra.-'.-ii-'-i j/Vij--.': r»r'>:r-«ii': '.::; {/^xn^nage utile, 'i*r^'-'. >:s '^r-vJ'. .r^. I^r>;i-r. n/:.l^;re ÎD'.érimaîre «i*; la 'i}:.-i<.'r: f.z'.tl'k*:. il r*r*i'z*^ iéja Rapport »ur [état de la France.
Ipjp coa.;,.'iiîa:it p^j-sr LfjiA< XVIII, il fut alors
Uio ^.z^':,*:^x de B;ir.}.,c^. b. essarte x.'est pont mort tous les ;«ai ^ .& f'^r.'re: L. §«-«( ^«e^ii (U&s le fustueui horizon des i.uf'i 'j."^ >»... I s^rrf éi^forv. i >i rijm.^-e d'un songe. Sa v.e '; *i 4-^: ^•: tu: a. /l >* ..re \'tc< exr-x «^ d*:Lj li po*5 e de sa mort. K d t 4 'ft'.ut.i V. i.s on «aa.«. da::k$ us étroit va!lon, entouré de rv-.'.çf* t-y:^ri-T*, au Uru*. d aa «r:.*. er d :>4:rt... La grandeur du ^..<f.ce *^ui .« prfr>se é^le ; ..':.'x.«::.sié di tri l qai l'environne. I>r> f.atîo:i5 s.t*: iôseLte*: .«.ur Toile s'est retirée. LViseau des t'^'/j .'{-i^ att4;.é. dit BurTy;.. ;iU c;>ar du ^At.Xj se précipite de Filtre d^ luuiiere. et se rep^^se seul, un m^meut^ sur les cebdres dunt le poids a fait pencher le g ot>e.
« Il travers r<J:é4't p<^ur se rendre à »^n dernier asile... Coucbé à la p<^upe du vaisseau, il ne s'apercevait pas qu^au-dessus de sa tête étincc'iaient des constellations inconnues... Que lui faisaient des astres qu'il ne vit jamais de ses bivouacs, et qui n'avaient pas brillé sur son £mpire?... Et néanmoins, aucune étoile n*a manqué à sade»tinée : la moitié du firmament éclaira son berceau; l'autre était réservée pour illuminer sa tombe. »
trop amer contre Napoléon. Ne disait-il pas : « Son but est au dehors d'endormir les puissances par des assurances de paix, comme au dedans de tromper la France par le mot de liberté. Il ne veut que gagner du temps, et rassembler ses légions*. » Non; mieux vaut admettre avôc M. Thiers la sincérité d'une âme qui ne fit jamais petitement les grandes choses, et avait assez de gloire pour ne point marchander son repentir. Mais l'erreur de Chateaubriand était celle du pays tout entier qui ne crut point à une métamorphose si tardive. En se trompant sur les intentions de l'Empereur, il ne prévit que trop le dénouement prochain, quand il écrivait avec une joie mêlée de tristesse : « Les Français sont une seconde fois séparés du monde, comme des hommes atteints d'une maladie contagieuse. L'Europe se tait; et, dans ce silence effrayant, on n'entend retentir que les pas d'un million d'ennemis qui s'avancent de toutes parts vers nos frontières.
] . Napoléon ouvrait-il son cœur, lorsqu'il disait : a Je viens de demeurer un an à Tîle d*Elbe : et là, comme dans un tombeau, j'ai pu entendre la voix de la Postérité. Je sais ce qu'il faut éviter, je sais ce qu'il faut vouloir.
« Ce n'est pas seulement la paix que je veux donner à la France, c'est la liberté. Notre rôle est de faire résolument, et bien, ce que les Bourbons n'ont pas su faire. Il faut donner franchement la liberté, qu'ils offraient d'une main, essayant de la retirer de l'autre. Qu'on me laisse apaiser oa vaincre l'étranger, et je me contenterai ensuite de l'autorité d'un roi constitutionnel. Ce serait bien assez pour moi de l'autorité d'un roi d'Angleterre. Sans tarder, nous rendrons dès demain la liberté de la presse. Pourquoi la craindrais-je désormais? Après ce qu'elle a écrit depuis un an, plie n'a plus rien à dire de moi, et il lui reste encore quelque chose à dire de mes adversaires. »
282 L'ÉLOQUENCE SOUS L'KMPIRE
Chaque peuple a pri.s Bon poste dans cette armée rie nations qui n'attend que le dernier signal. » Malgré ses préventions de parti , le publiciste se distingua surtout par Tintelligence de» situations, et une sorte de don prophétique. Aussi Popinion lui fit-elle fête comme à son fidèle interprète. Mais on peut dès lors pressentir qu'étant plus habile à démêler les instincts populaires qu'à les diriger, il aura beaucoup de prestige et peu d'autorité, parce qu'il se livre trop à la fougue de l'imagination, et aux premiers mouvements de la passion. Journaliste éminent, il manquera donc de ce sang-froid qui sied à l'homme d'État, et de cet équilibre qui est sa force.
Ce défaut de mesure 'se manifesta dans la brochure qu'il fit paraître en 1816, sous ce titre : la Monarchie selon la Charte. Destinée à faire l'éducation des émigrés, elle se divisait en deux parties dont il est malaisé d'accorder les tendances; car, autant Tune expose correctement les doctrines constitutionnelles, autant l'autre s'obstine dans des rancunes irnpolitîques contre les principes et les hommes de la Révolution. Ecoutons d'abord l'optimiste qui prétend ouvrir les yeux aux aveugles, et les convertir à un nouvel évangile. Avec quel bon sens ne leur conseille-t-il pas d'obéir à Tinévitable, et de ne point viser à l'impossible! Prenant les nobles par l'intérêt et la vanité, il leur dit : a Autrefois, quelle était l'ambition d'un gentilhomme? De devenir capitaine après quarante années de services, de se retirer sur ses vieux jours avec la croix
de Saint-Louis et une pension de six cents francs. Or, maintenant une immense carrière s'ouvre pour vous; car, élus membres de la Chambre, vous pouvez être redoutables à ces ministres qui vous repoussaient autrefois, et seront aujourd'hui les premiers à vous courtiser. » Puis, expliquant les rouages du mécanisme parlementaire, il en accepte toutes les conséquences, entre autres la liberté de la presse ; car « le gouvernement représentatif s'éclaire par l'opinion, et est fondé sur elle. » Il va même jusqu'à supprimer la censure, et le ministère de la police, « ce monstre né dans la fange révolutionnaire de l'accouplement de l'anarchie et du despotisme. » Un roi « qui règne et ne gouverne pas », l'initiative des lois dévolue à la Chambre, des ministres responsables dont le devoir est « de changer l'esprit de la majorité, ou de s'y soumettre », voilà l'idéal qu'il désira transformer en réalité. Pour démontrer les inconvénients qui résulteraient de la confusion des pouvoirs, il n'a pas moins d'esprit que de clarté, comme l'atteste cet ingénieux apologue : « D'ans le Kiang-nan, province la plus polie de la Chine, existe un usage. Deux mandarins ont une affaire à traiter ensemble; le mandarin qui a reçu la première visite de l'autre mandarin ne manque pas, par politesse, de l'accompagner jusque chez lui. Celui-ci, par courtoisie, se croit également obligé de retourner à la maison de son hôle, lequel sait trop bien vivre pour laisser aller seul son honorable voisin , lequel connaît trop bien ses devoirs pour ne pas reconduire encore
2Hk L'i':r/)onKNCB sons iJemp\i\k
uu pnvHouDtmr. h) important, lequel. «. Ouelr|uefoiH, IcH deux mandai iuH meurent darmœ cximbat de bieri- H/*anceH, et l'aiïaire avec eux. w Bref, on ne saurait fain; pluft franchement la théorie d*un r/^gime en d(;horH duquel (Ihateaubriand ne voit que des périls. Kt a^ietidant, après ces préiiiisses dévouée» h la (!harte« ce manuel dégénère en fanatique intolérance. On (m jugera par ces maximes : « Fùt-il vrai qu'il uy eût pas de royali.stfîH en France, le d(;voir du ministère est d'en faire. P'aites-en donc, ou je vous acxuse de n'être pas royalistes vous-mftmes. » Kst-c^ à dire qu'il veut opérer la fusion des parti»? Non, cert(îs : car il déclare qu'il faut avant tout renoncer à gagner les ennemis de la veille : on n'en f(Tait que des ingrats ou d(;s traîtres. « La vipère est faible et rampante : vous pouvez l'écraser d'un coup d(; pied ; mais elle vous tuera, si vous la mettez dans votre sein. » Ooire rpi'on enchaîne les passions par les intérêts, c'est envenimer une plaie mortelle. Aussi propose-t-il un syst<;me d'épuration radicale. Tout ménagerrjent, tout compromis serait faiblesse ou sottises. Il prêche la guerre à outrance c(;ntre « une fa<lion hiche, et poltrorme, qu'on peut faire rentrer sous terre d'un seul mot, mais qui, après avoir tout gangrené, lèvera subitement la t^îte, quand il n'y aura plus danger pour elle, et, prenant alors le bonnet rouge pour diadème, offrira cette pourpre à Tillégitimité. » Kn un mot, pour sauver la France, il lui suffit de six hommes par département : un i^vèque, un préfet, un procureur du roi,
un président de cour prévotale, un commissaire de police et un colonel de gendarmerie. « Que ces six hommes, soient à Dieu et au Roi, s'écrie-t-il ; et je réponds du reste. » Or, le Censeur lui fit cruellement remarquer qu'il en oubliait un septième, le Bourreau, Voilà les extrémités auxquelles se portait celui qui, plus tard, aigri par sa disgrâce, minera, sans le savoir, les derniers appuis du trône, et ouvrira la brèche à une révolution, sauf à se consoler par cette forfanterie naïve : « Qu'on détruise la monarchie! et, en huit jours, avec la liberté de la presse, je Taurai rétablie. »
Sans le suivre au-delà de Tépoque où s'enferme notre Hvre, nous le voyons déjà tout entier dans ces préludes de sa vie publique. Partagé entre ses affections et ses haines, aventureux et romanesque, très clairvoyant sur les fautes de ses adversaires, mais fort exposé à en commettre lui-même par coup de tête, saillie d'amour-propre ou caprice d'humeur, susceptible, quinteux, peu capable de suite et de calcul, toujours prêt à sacrifier h raison d'État à la passion, plus ambitieux du grand que du possible. Chateaubriand n'aura pas le sens pratique, ou du moins la constance et le sang-froid nécessaires à la conduite des affaires. En les approchant, il croira que son génie déroge, et ne saura ni tenir la première place, ni souffrir qu'elle soit occupée par un autre. Malgré les travers et les inconséquences d'un caractère fantasque et chagrin, mais généreux et loyal même lorsqu'il se vengeait sans trahir, on re-
286 L'ÉIiOQDENCE SOUS L'EMPIRE
connaîtra pourtant qu'il fut toujours, dans les heures de crise, le premier au poste du patriotisme, de la fidélité, de Tindépendance et de Tho^neur*. Sous le Consulat comme sous la Restauration, n'a-t-il pas été un de ces éclaireurs qui montrent la route à leur siècle, et dont le nom s'associe aux intérêts de l'avenir, à la cause du progrès, à l'espoir d'une renaissance? A plus forte raison louerons-nous sans réserve l'éloquence d'un publiciste qui égale souvent Tacite, Montesquieu et Jean-Jacques, avec moins de gravité soutenue, mais avec des traits plus amers, des images plus vives et des sarcasmes plus hautains. Oublions donc des contradictions qui
1. Ne soyons pas aussi sévères pour Chateaubriand qu'il le fut, à son insU; pour lui-même, dans ses Confidences d'oulre^tombe. Pourquoi n'a-t-il point alors justifié ce qu'il disait à Joubert dans cette lettre datée de Rome, décembre 1803 :
« Mon seul bonheur est d'attraper quelques heures, pendant lesquelles je m'occupe d'un ouvrage qui peut seul apporter de l'adoucissement à mes peines : ce sont les Mémoires de ma vie.... Soyez tranquille; ce ne seront point des confessions pénibles pour mes amis.... Je n'entretiendrai pas la postérité du détail de mes faiblesses ; je ne dirai de moi que ce qui est convenable à ma dignité d'homme, et, j'ose le dire, à l'élévation de mon cœur. Il ne faut présenter au monde que ce qui est beau; ce n'est pas mentir à Dieu que de ne découvrir de sa vie que ce qui peut porter nos pareils à des sentiments nobles et généreux. Ce n'est pas qu'au fond j'aie rien & cacher ; je n'ai ni fait chasser une servante pour un ruban volé, ni abandonné mon ami mourant dans une rue, ni déshonoré la femme qui m'a recueilli, ni mis mes b&tards aux Enfants-Trouvés ; mais j'ai eu mes faiblesses, mes abattements de cœur : un gémissement sur moi suffira pour faire comprendre au monde ces misères communes, faites pour être laissées derrière le voile. Que gagnerait la société à la reproduction de ces plaies que l'on trouve partout ? On ne manque pas d'exemples, quand on veut triompher de la pauvre nature humaine. >
furent la faute de son temps ; et ne soyons pas trop durs pour celui qui^ après 1830, annonçant une République prochaine, écrivait d'un cœiu* sincère : « Que la France soit libre, glorieuse et florissante, nlmporte par qui et comment ; j'en bénirai le ciel. »
CHAPITRK IV
I. Napoléon I'^ — Ses origines. — Premiers essais dejeancsse.
— Trente-buit cabiende notes. — Lettre à Matteo Buttafuoco,
— Accessit académique. — Inflaonce de Rousseau. — La Révolution, les leçons de choses. — Le Souper de Beaucaire, 1793.
— Pronostics. — L'Oiatiob hilitaxbe. — Proclamations d'Italie. — Allusions classiques. — Il connaît le cœur du soldat. — Bonaparte et César. — L'Expédition d*Égypte. — L*art de parler aux peuples. — Le 18 Brumaire. — Le Consulat. — L'Oratror d'appaihes. — Le Conseil d'fitat. — Brusqueries familières d'une éloquence pratique. — Imagination et géométrie. — Napoléon et Pascal. — II. Le Dipu>if ate. — La Corse et ritalie. — Séduction et intimidation, grâce féline et brutalité. — Siratégie et coups de foudre. — Le novateur qui déconcerte la tradition des Cours. — Menaces et violences calculées d'un Despote. — Lettres aux souverains. — Sa Corres^ pondance. — Le génie du détail et de l'ensemble. — III. L'HisTORiEir. — Précis des guerres de Jules César, — Impassibilité scientifique. — Il est plus patriote que Césarien. — Ju* gement sur Caton. — Turenne et Napoléon; sentiment de rhonncur. — Campagnes d^ Egypte et de Syrie. — Waterloo. Le Mémorial. — Apologie, aveux, regrets. — IV L*Icrivaix. — La parole et l'action. — L'imagination au service de l'idée. — Le peintre. — Le poète. — L'homme, — Rêves grandioses et aventureux. — Un génie sans équilibre. — Les lettres et la liberté. — Le goût littéraire chez Napoléon . — Un Mécène trop zélé. ~* V. Conclusion. — La prose dans la poésie. — Rechute. — Cette décadence date du xviir siècle. — Bonne volonté. Pressentiments d'avenir. — La poésie dans la prose. — Les grands noms. — Chateaubriand. — Affinités sympathiques de René et de son temps. M** de Staël réhabilite la Révolution, inaugure l'Ecole doctrinaire. — Napoléon et la France.
Si puissante qu'ait été la voix de M"* de Staôl et de Chateaubriand, elle risque de nous sembler un
jeu de virtuoses, en comparaison de cette éloquence dont TEoipereur se servit aussi sûrement que de Tépée, pour conquérir et gouverner le monde. Avant de clore l'histoire d'une époque littéraire à laquelle préside son souvenir, il convient donc de consacrer un dernier chapitre à ce génie merveilleux qui, suffisant à toutes les affaires sans être jamais possédé tout entier par aucune d'elles, mena de front la pensée, la parole et les actes, dans une sorte d'impravisation incessante où le soin minutieux du détail s'associait à la conduite des plus vastes entreprises. Bien qu'il soit malaisé de séparer le politique de l'orateur et de l'écrivain, nous essayerons pourtant d'étudier surtout dans l'homme d'État un maître du bien dire, par conséquent une gloire supérieure aux controverses, et digne de rallier tous les suffrages d'un pays où les beaux discours sont aussi populaires que l'héroïsme. En circonscrivant ainsi notre examen, nous resterons encore au dessous de ses exigences : car les monuments qu'il embrasse sont aussi nombreux que divers ; et, dans quelques pages, on peut à peine effleurer un sujet qu'un volume ne saurait épuiser.
Originaire de l'Italie où sa famille avait déjà couru les chances de la guerre civile, né le 15 août 4 769 dans une île vaincue sans être domptée, Bonaparte assista tout enfant aux dernières convulsions de l'indépendance nationale; et, à l'âge de l'insouciance ou du plaisir, il ne connut que des passions sérieuses. A Brienne, nous le retrouvons
290 L*ÉLOQUENCE SOUS L'EMPIRB
sombre et concentré, mais appliqué, docile, épris d'un goût très vif pour les mathématiques et l'Histoire, surtout celle de l'Antiquité, qu'il admire à travers Plutarque et César. A l'Ecole militaire de Paris, où il entre en octobre 1784, se révèlent chez lui un caractère à la fois positif et romanesque, un esprit tranchant et frondeur, une activité inquiète, et des accès de misanthropie ombrageuse. Bien que le français ne fut pas sa langue maternelle, Domairon, son professeur de belles-lettres, disait de ses amplifications : « Cest du granit chauffé au volcan. » La première échappée de ses instincts pratiques est un mémoire ou il signale, comme une fâcheuse initia^ tion à la vie militaire, les habitudes de luxe que permettaient aux cadets de noblesse des règlements trop relâchés. Dans les années obscures qui suivirent, il s'affine et s'assouplit au contact du monde : d'ardentes lectures étendent le cercle de ses idées ; c'est toute une phase d'étude et de méditation, attestée par des essais qui composent trente-huit gros cahiers entièrement écrits de sa main. Tandis qu'un dialogue sur V Amour le montre désintéressé des troubles ordinaires à la jeunesse, il se plonge dans les théories économiques de Mably, de Necker et d^Adam Smith, réfute l'hypothèse d'un contrat social primitif, rédige une géographie terminée par ces mots : Sainte-Hélène, petite île^ fait un rapport sur la nécessité d'occuper la Sardaigne, et esquisse l'His toire de la Corse en un récit qui trahit l'éveil d'un ambitieux ; car ce pays à demi sauvage lui semble
un théâtre où ses rêves se complaisent à la vision d'une fortune imaginaire.
Lorsque l'Assemblée législative décrète définitivement l'annexion de sa terre natale, le jeune lieutenant d'artillerie exprime par un pamphlet les rancunes de son patriotisme, et stigmatise Matteo Butlafuoco dont les intrigues ont préparé cette conquête. A cette heure d'exaltation passagère, il subit l'influence de Jean-Jacques, comme le prouve un Discours sur les vérités et les sentiments quHl importe d'inculquer aux hommes pour leur bonheur. Dans cette dissertation qui n'obtint qu'un accessit devant l'Académie de Lyon * , l'emphase de la Nouvelle Héloïse se combine avec une philanthropie sentimentale, des élans d'enthousiasme, de l'ironie, un spiritualisme hautain, le mépris des sociétés établies, et les saillies d'une humeur réformatrice.
Cependant, la Révolution poursuivait ses destinées orageuses. En elle il vit moins des principes qu'une puissance dont le mystère sollicitait sa curiosité. Mûri par cette expérience précoce, il apprend ainsi à manier les hommes, à se servir de leurs vertus ou de leurs faiblesses, à connaître leurs besoins ou leurs intérêts, à épier les événements, à en tirer parti, à manœuvrer parmi les factions, et à observer les courants de l'opinion. Spectateur qui ne demande qu'à devenir acteur au moment propice, il n'assiste
1. Ce futDaunou qui remporta le prix. Retrouvé par Talleyrand, le manuscrit fut jeté au feu par Napoléon ] mais H. d'Hauerive en avait conservé une copie.
292 I/ÉLOQUENGE SOUS L'EMPIRE
pas sans répulsion aux excès de la victoire populaire, car il aime la discipline et Tautorité; mais le sua'.èH l'attire, et il entre plus de calcul que de conviction dans les avances faites aux idée» régnantes. Voilà ce qui ressort d'un opuscule qu'il réussit à faire publier aux frais du Trésor, en 1793, sous ce titre, le Souper de Beaucaire. Hardie, mais circonspecte, cette apologie de la Convention est d'un habile qui a du sang-froid, se pique de civisme et d'impartialité, se propose comme lin médiateur, évite de se compromettre, accepte les faits accomplis, et plaide la cause du plus fort, pour se désigner à ses regards*.
Le trait commun de ces préludes est la prédominance de rimagination s'alliant à une raison qui, avide d'espace et de lumière, se porte d'un domaine à l'autre, plane sur les sommets, sonde l'horizon, mais revient de ces explorations morne et farouche, lançant comme des cris de détresse sous lesquels se cache l'orgueil d'une vague mélancolie. Dans ces monologues où Bonaparte s'interroge lui-même, on ne rencontre guère les mots de droit et de devoir; mais il croit à la force, à l'ordi-e, à la loi, à la vérité. Parmi ses tristesses, il éprouve un besoin irrité d'indépendance, de haute fortune, de pouvoir et de renommée. Bien qu'il s'isole dédaigneusement de la foule, il a des affinités sympathiques à toutes les
], (a'chI un dialogue ou il démontre aux IVdéré» du midi lu folie do rinsurrcction, U légitime les journées du 31 Mai ci du 2 Juin.
émotions qui Tagitent. Impatient de prendre enfin son essor, il semble se dire que la Destinée lui ménage un rôle souverain dans une crise sociale qui attend son ministre ou son dominateur.
Durant cette période encore indécise qui suivit une éducation littéraire fort négligée, ou du moins très inégale, l'écrivain ne pouvait manquer de payer tribut aux modes du jour. A l'exubérance d'un tempérament méridional s'ajouta donc la contagion d'un milieu où, toutes les voix forçant le ton, il fallait bien déclamer pour être entendu. Mais, si le candidat qui disputait une couronne académique fut un instant le disciple de l'abbé Raynal, le vainqueur d'Arcole et des Pyramides sera bientôt inimitable dans ces proclamations qui sentent la poudre et vont électriser la valeur française.
Ce ne seront plus, comme sur les lèvres d'Henri IV, des bouffées de verve gauloise dont l'entrain aiguillonne spirituellement la bravoure de quelques gentilshommes; mais ces harangues de tribun militaire sont faites pour des légions sorties du peuple et visent droit au cœur de ces volontaires accourus à la voix de la République,
Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, Tous à sa gloire allant du même pas.
Brèves, graves, familières, retentissantes au loin, elles ont je ne sais quoi de monumental qui sied à l'audace des desseins. Directement inspiré par le champ de bataille, leur à-propos grandiose devine
tout ce qu'il faut savoir, emprunte à Thistoire des motifs appropriés à la situation, anime les courages par des stimulants généreux, donne pour ainsi dire une voix à la Patrie, et, faisant passer son âme dans toute une armée, lui communique d'irrésistibles élans.
Écoutez les accents par lesquels s'ouvre cette série d'étapes triomphales : « Soldats, vous avez remporté en quinze jours six victoires, pris vingt et un drapeaux, cinquante-cinq pièces de canon, plusieurs places fortes, et conquis la plus riche partie du Piémont : vous avez fait quinze mille prisonniers, tué ou blessé plus de dix mille hommes; vous vous étiez battus jusqu'ici pour des rochers stériles, illustrés par votre courage, mais inutiles à la patrie ; aujourd'hui, vous égalez par vos services l'armée de Hollande et du Rhin. Dénués de tout, vous avez suppléé à tout. Vous avez gagné des batailles sans canons, passé des rivières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans eaude-vie et souvent sans pain . Les soldats de la Liberté étaient seuls capables de souffrir ce que vous avez souffert. Grâces vous en soient rendues! La Patrie reconnaissante vous devra sa prospérité; et si, vainqueurs de Toulon, vous avez présagé rimmortelle campagne de 1793, vos victoires présentes en présagent une plus belle encore. Les deux armées qui naguère nous attaquaient avec audace fuient épouvantées devant vous ; les hommes pervers qui riaient de vos misères et se réjouissaient dans leur pensée
des triomphes de nos ennemis, sont confondus et tremblants.
«Mais, soldats, vous n'avez rien fait, puisqu'il vous reste à faire. Ni Turin, ni Milan ne sont à vous. Les cendres des vainqueurs de Tarquin sont encore foulées par les assassins de Basseville ! On dit qu'il en est parmi vous dont le courage mollit, qui préféreraient retourner sur les sommets de l'Apennin et des Alpes ; non, je ne puis le croire. Les vainqueurs de Montenotte, de Millesimo, de Dégo, de Mondovi, brûlent de porter au loin la gloire du peuple Français. » — Si des philosophes humanitaires ne retrouvent point leur morale dans ces éclats de foudre, et s'ils reprochent à Bonaparte d'offrir l'Italie comme une proie aux convoitises d'une armée indigente, nous respecterons leurs scrupules. Mais il est juste pourtant d'ajouter que la faute en fut au Directoire qui, obéré de dettes et menacé de la banqueroute, pratiquait effrontément l'art de spolier les nations, sous couleur de les affranchir. Ces émancipateurs d'esclaves ne voyaient donc dans l'Italie qu'une ferme à exploiter; et, en face de la pluie d'or qui venait des Alpes, la rigide probité de Camot se montra tout aussi accommodante que la corruption d'un Barras.
Nous ne souscrirons pas davantage aux griefs d'un scepticisme qui raille la rhétorique de ces discours vibrants comme les strophes d'une Marseillaise. En juger ainsi serait oublier l'émotion de ces heures tragiques où fermente la fièvre des batailles.
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Sans doute, Bonaparte fut rarement dupe des moyens oratoinîH par lesquels il voulut saisir les imaginations. En I7ÎI7, n'écrivait-il pas à un de ses officiers, le Kéni'M.il Gentili : « Si les habitants du pays sont portés à l'indépendance, ayez soin de flatter cette manie, et pariez-leur de la Grèce, d'Athènes, ou de Rome. » Mais, tout en avouant ces artifices, peut-on cx)ntester Tenthousiasme sind're de tant de souvenirs anti(|ues spontanément évoqués par le théâtre même oix se jouaient de si mémorables aventures. Outre que ces allusions furent conformes au gofit du temps, elles convenaient à la majesté du drame, et surtout au génie de Tacteur dont Beaumarchais avait (lit : « Ce n'est pas pour l'Histoire, mais pour riîpo|)ée que travaille ce jeune homme. Il est hors du vraisemblable. » Si vous en doutez, relisez cette page où le prisonnier de Sainte-Héifenc exprime, à distance, les premiers transports d'une ambition qui était encore innocente, et se confondait avec le patriotisme : « Quels souvenirs me rappelle cette belle Italie! J'étais jeune, vif, ardent, j'avais conscience de mes forces; je bouillais d'entrer en lice. J'avais donné des gages, on ne cont(istait pas mon aptitude ; mais mon âge déplaisait à c(;s vieilles moustaches (jui avaient blanchi dans les combats. Je m'en aperçus et sentis la néc(îssité de racheter ce désavantage. Il me fallait de» actions d'éclat pour m(î concilier l'affection et la confiance du soldat : j'en fis. Nous marchâmes : à notre approche, tout s'éclipsa. Mon nom était aussi
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cher aux peuples qu'aux soldats. Ce concert d'hommages me toucha ; je devins insensible à tout ce qui n'était pas la Gloire. L'air retentissait d'acclamations sur mon passage : tout était à mes pieds ; mais j> ne voyais que mes braves, la France et la postérité, » Voilà le rayon qui éclaire la grandeur idéale de cette entrée en scène. Au lieu de la dénigrer, disons donc avec un jacobin d'alors, M. J. Chénier : « Bonaparte ne créa pas seulement un nouvel art de la guerre, mais une éloquence dont il sera toujours le modèle. »
Pour en offrir un autre exemple, citons encore cette véhémente apostrophe adressée à un ministre de la République française qui demeurait à son poste, après des attentats commis contre nos compatriotes : « Quoi ! le sang français a coulé dans Venise, et vous y êtes encore! Attendez-vous donc qu'on vous en chasse? Les Français ne peuvent plus se promener dans les rues, ils sont accablés d'injures ou de mauvais traitements ; et vous en restez simple spectateur! Depuis que l'armée est en Allemagne, on a, en terre ferme, assassiné plus de quatre cents Français ; on a assiégé la forteresse de Vérone, qui n'a été dégagée qu'après un combat sanglant ; et, malgré tout cela, vous demeurez à Venise! Quant à moi, j'ai refusé d'entendre les députés du Sénat, parce qu'ils sont tout dégouttants du sang de Laugier, et je ne les verrai jamais qu'au préalable ils n'aient fait arrêter l'amiral et les inquisiteurs qui ont ordonné ce massacre et ne les
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aient remis entre mes mains. » Ne croirait-on pas entendre ici la voix consulaire d'un Romain de Tite- Live?
Que serait-ce donc si nous avions le loisir d'analyser ces bulletins fermes, clairs, et rapides, qui Calent la précision et la simplicité de César, mais le surpassent par le relief de l'expression et l'éclat de la couleur? En les lisant, on comprend l'ardeur invincible de ces soldats si sûrement conduits et si cordialement célébrés par un chef qui est moins leur maître que le premier de leurs compagnons d'armes; car il les traite en égaux, et parfois les associe à ses pensées, leur expose d'avance ses plans comme à un conseil de guerre, semble presque partager avec eux son Pouvoir. « Quand, au fort de la bataille, disait l'Empereur, parcourant la ligne, je m'écriais : « Soldats, déployez vos dra- « peaux, le moment est venu, » ils trépignaient de joie, je les voyais se centupler : rien alors ne me semblait impossible. » De simples traits, lancés à la volée, méritent de durer autant que ses plus belles harangues. C'est ainsi que, deux jours avant léna, passant en revue le second régiment de chasseurs à cheval, il demande au colonel : « Combien d'hommes présents ?» — « Cinq cents, répond l'officier, mais la plupart des recrues. » — « Qu'importe? dit Napoléon ; ne sont-ils pas tous Français? » Puis, se tournant vers eux, il ajoute : « Jeunes gens, il ne faut pas craindre la Mort : quand on ne la craint pas, on la fait rentrer dans les rangs ennemis. » A
ces mots, s'éleva comme un frémissement d'armes, et une soudaine explosion d'allégresse martiale, pronostic de la victoire qui allait bientôt après renverser la colonne de Rosbach,
En Egypte comme en Italie, chaque pas du général est marqué par un de ces coups de clairon qui sonnent la charge, et font autant de bruit dans l'histoire que dans la légende. Le chef-d'œuvre du genre est cette proclamation où, sans révéler le secret de l'entreprise, il en donna le signal par des appels et des promesses qui eurent l'attrait d'un mystère. Tel est le prestige de cette figure : « Vous êtes une des ailes de V armée d'Angleterre ! » Quelle perspective d'espérances infinies dans cette péroraison, qui ne fut point une hyperbole : « Soldats, le monde a les yeux sur vous... Le génie de la Liberté qui a rendu, dès sa naissance, la République l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations les plus lointaines! » En dépit de ceux que scandalise une apparente apostasie, nous ne louerons pas moins le politique avisé qui, sans être ni sectaire ni impie, empruntait au Prophète des accents capables de rassurer les alarmes des croyants, et sut plaire aux muphtis ou aux imans comme aux rabbins et aux cardinaux. Nous aimerions à suivre encore l'aigle ' impériale de capitale en capitale, et parmi tant d'autres batailles dont les bulletins, ne s'adressant plus seulement à l'armée française, devenaient des manifestes écoutés avec transes par tous les souverains et tous les peuples- Mais, en
feuilletant ce concioneft dont la gloire a coûté tant (le laiinfîs, nouH ne retrouverions plu» h; charme m pur d'une Iliade dont les premiers chants ont pour conclusion cette lettre écrite au Directoire : « J'ai mérité par mes services lapprobation de la nation; j'ai reçu des marques réitérées de son estime. Il ne me reste plus qu'à rentrer dans la foule,... et à donner un exemple de respect pour les magistrats et d'aversion pour le régime militaire qui a détruit tant de Républiques et perdu plusieurs États. » Pourquoi faut-il qu'en fêtant ces jours mémorables, l'Histoire répète tristement avec M. Thiers : « Ce ne fut là qu'un moment, mais il n'y a que des moments dans la vie des peuples comme dans celle des individus? »
Le 18 Brumaire ouvrit un champ libre à celui qui dés lors eut seul le droit de tout dire. II en abusa souvent pour déguiser les choses par les mots. Chaque usurpation sera mise sous le patronage d'une phraséologie qui avait encore sa vertu magique. Des euphémismes voileront les actes les plus contraires aux principes de la Révolution, et aux hommages dérisoires qu'on aiïectait de lui rendre. Une démocratie indifférente à la Liberté sera du reste complice de ces impostures : car, toujours prête à se payer de vaines apparences, elle acceptera volontiers les prétextes qui donnaient à sa soumission une ombre de dignité. La France se livra donc rx)ips et âme à l'homme qui, s'annonrant comme un libérateur, fit ainsi l'apologie de son coup d'État :
« Lorsqu'une déplorable faiblesse et une versabilité sans fin se manifestent dans les conseils du Pouvoir ; lorsque, cédant tour à tour à l'influence des partis contraires, et vivant au jour le jour sans plan fixe, sans marche assurée, il a donné la mesure de son insuffisance, et que les plus modérés sont forcés de convenir que TÉtat n'est plus gouverné ; lorsque enfin à sa nullité au dedans, l'administration joint le tort le plus grave qu'elle puisse avoir aux yeux d'un peuple fier, je veux dire l'avilissement au dehors, une inquiétude vague se répand dans la société, le besoin de sa conservation l'agite; et, promenant sur elle-même ses regards, elle semble chercher un homme qui puisse la sauver. Ce génie tutélaire, u e nation le renferme toujours dans son sein; mais quelquefois il tarde à paraître. En effet, il ne suffit pas qu'il existe : il faut qu'il soit connu ; il faut qu'il se connaisse lui-même. Jusque là, toutes les tentatives sont vaines, toutes les menées sont impuissantes ; l'inertie du grand nombre protège le gouvernement nominal ; et, malgré son impéritie et sa faiblesse, les efforts de ses ennemis ne prévalent pas contre lui. Mais que ce sauveur impatiemment attendu donne tout à coup signe d'existence, l'instinct national le devine et l'appelle; les obstacles s'aplanissent devant lui, et tout un grand peuple volant sur son passage semble dire : « Le voilà^l »
1 . « Une sorte de consomption sentie rongeait le Directoire. La France, si redoutable par ses armées, sembUit à l'intérieur affaissée sur elle-même. S'il est un document utile à consulter
302 L'ÉLOQUENCE SOUS L'EMPIHE
Cette illuftion que partagent la France^ le Premier CoriHuI faillit en faire une réalité ; car, s'il eut le tort (le n'impofler aucune limite & son pouvoir, il est du moin» certain qu^il excella dans ce» œuvres civiles dont la plupart sont encore debout. Habitué à vivre au milieu des camps, il répugnait au régime des assemblées populaires et & leurs débats tumultueux; mais il fit du Conseil d'État son Parlement privé, où, « se permettant tout & lui-même, il permettait tout aux autres', » pour que la lumière pût
sur cette fln da la Révolution, c'est le Bulletin de» Lois, Jamais on n*avalt t<int léf^ifér^, et jamais les lois n^avaient autant parlé dans le vide. On en était arrivé par exemple, le 17 Thermidor an VI, à interdire le travail et Touvertare des boutiques le jour des Décades ou de certaines f<*!tes civiques, comme cellea de la Jeunesse ou des Vieillards, ou de la Souveraineté du peuple. On obéisMit, mais le mépris gagnait, en mémo temps que les ressorts abusaient,
« Pendant qu'elle se détachait de sa forme de gouvernement, la nation restait au contraire plus passionnément attachée à la Révolution elle-même^ et aux résultats qu'elle avait produits. La haine de Taiicien régime s'était tellement enracinée dans les coturs qu'elle tenait lieu de toute autre conviction. Pourvu qu'on pût garantir d'un retour en arrière la masse des acquéreurs de biens nationaux et les offlciers qui avaient conquis leurs grades, ou se souciait peu des libertés publiques,...
« Ni jacobin ni émigré^ tel était le cri publie; on était mûr pour im chef militaire : on VappHait, Depuis la triomphante campagne d'Italie, un nom passait do bouche en bouche. FiévéC) retiré en province, à Bu/ancy, chez M. de Pu ységurf raconte que, pendant l'expédition d'Kgypte, une seule observation le rappelait & la politique. Tout paysan qu'il rencontrait, dans les vignes, dans les champs, V abordait pour lui demander de» nouvelle» du général Bonaparte^ et pourquoi il ne revenait pa» en France, Le 18 Brumaire était fait. La nation, loin de s'effaroucher de Pautorité 'que Bonaparte s'arrogeait, semblait s'irriter de ce qu'il ne s'en arrogeât pas davantage ». M. Bak- DotJX (Revue de» Deux Monde»), 15 septembre 14)83 •