‹ Tableau de la littérature française 1800-1815Chapitre 5 sur 62 · LA HARPE · texte numérisé non relu

LA HARPE

et qui les recommencent toujours, pour ne les finir jamais. )> Aussi certains morceaux d'apparat figuraient-ils sans relâche, comme un plat de résistance, sur la carte de ces tables d'hôte où des affamés se restauraient à bon marché ^ Si un écrivain trop timide n'osait pas se produire en personne, ou si son œuvre risquait de paraître ennuyeuse, il suffisait, pour la faire valoir, de la confier à tel ou tel lecteur attitré, dont Faction et le débit étaient sûrs d'enlever un succès, entre autres à Luce de Lancival qui prenait pour lui tous les bravos décernés à la puissance de ses poumons.

De ce qui précède il résulte que cette vogue recouvrait le relâchement des études et la décadence du goût. Bien que ces institutions aient profité surtout â la sottise présomptueuse et à l'opiniâtre médiocrité, il serait pourtant injuste d'oublier que nous leur devons un maître et une œuvre, La Harpe et son monument.

En effet, après avoir été la gloire du lycée républicain où il tonna contre les rois et les prêtres, « ces charlatans à sceptre et à couronne, à étole et à mitre, » il devint, à dater du 51 décembre 1794 jusqu'en 1803, le coryphée du lycée Marbœuf, où il fit le procès à la philosophie, du même cœur qu'il mettait naguère à défendre sa cause. Lui que Yol-

1. a M. de Chazet, écrit Dussault^ a lu cet élornel fragmeni d*un poème sur VÊtude qui a déjà été lu et relu dans tous les lycées, et qui tratne depuis deux mois dans tous les journaux. C'est un recueil de lieux communs aussi surannés qu'ennuyeux, ù

H LA CKlTigUB SOUS L'EMPIRB

ima avait haptiné non filleul, lui qui dittumça la ùmUtdk françaine au fanatiHuui de» Jar/^birm, lui qui, Ui 7$ (Ummibrit i70t2, monta dan» 8a chaire, le \Hmmi rouge en tftte, pour déclamer cet hymne révolutionnaire :

Un f<?r!,,. il b< it le «an^, lo «ang nourrit la raflée, Ht la ragf) donne la mort;

lui qui r^)mplimenta la Commune de i)r>, et dont les odes (tiaumi (uiiihtH & vingt-cinq millionn d'exemplairen par le Comité de salut public, maintenant il jetait aux vents les cimdres de ses amiH; et, nouveau Polyeucte, prfet à renverser les idoles, servant Dieu connue on s^^rt le diable, il lançait contre la Hévolutîon (ht UtU anath^mcîs qu'il réunsit à calomnier jusqu'à s(îs crimes. Au benoin, Corneille, Racine et Voltaircî lui servaicuit de i)rétcîxtcîs à (hn ré<|uisitoîres viol(înts contre les doctrines dont il n'aperçut le dang^u* qu'à rhcîure de son propre [>/*riP* Hi*M dénaveux égalèrent donc «on aveuglement pour iiitH fautes dont le njpentir put ressembler à une vfîngeance personnelle.

Ce lut (\\i moins le cri de l'opinion ; mais nous ne ferons point écho à ceH rmruîurs; car on ne lit pas courannnent dans Icîh cx)nsciences, surtout en am époques troiiblé(»s où se dérange l'équilibre des têtes les pins solidcm. Tout en admettant la bonne

1. On fait qu'en Avril 04, il avait été omprinonné au LuxemhiiUfif* Cù fut HUivn qu'il m mniH ranver»é «t retourné pur \e coup Aê fmâm qu'un appfsilo h Orâce.

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