‹ Tableau de la littérature française 1800-1815Chapitre 8 sur 62 · I\ fut nommé le 20 février · texte numérisé non relu

I\ fut nommé le 20 février

3. On a dit qu'en 1816, chargé de réorganiser, à Tlnstitut, la classe dont il était secrétaire perpétuel, il sacrifia neuf de ses anciens confrères à ce grief personnel Nous mentionnons le fait, sans le garantir.

à Thomme de lettres qui vécut si longtemps à crédit sur la réputation de quelques pages maintenant fort oubliées.

Pour achever cette rapide revue des critiques formés à Téœle de Ferney, rappelons encore un esprit irascible et hardi, un républicain de la veille, Marie-Joseph Chénier, qui, en 1808, fut chargé par TAcadémie, à l'exclusion du secrétaire perpétuel, d'esquisser le Tableau de la littérature fî^ançaise depuin 1789, Ambitieux de soumettre Tart et la pensée à une sorte de hiérarchie officielle, dont les cadres auraient eu quelque analogie avec Torganisation du mandarinat chinois, Napoléon avait, comme on sait, demandé à Tlnstitut un vaste rapr>ort dont ce travail devait faire partie. Des couronnes étaient promises aux élus de ce concours. Apprécier des contemporains est toujours un office délicat. Or, en choisissant pour le remplir un poète connu par des satires, et môle aux plus ardentes contentions des partis, les collègues de Chénier semblaient l'inviter, par cette marque de confiance, à se dégager de ses ressentiments, à pacifier son humeur, et à se faire pardonner des violences regrettables. Cette responsabilité bien comprise lui porta bonheur ; car il dépouilla l'emphase qui donnait une apparence de vie à. ses discours; et, pour la première fois, sa prose rencontra l'élégante fermeté que ses vers avaient laborieusement conquise. Mais (vi\ (jui fut surtout méritoire), faisant preuve de mesure et d'impartialité, il substitua l'atticisnic

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(le jugements pondérés à Taigreur des véhémentes diatribes qui transformaient des querelles littéraires en guerres civiles.

En face de noms hostiles, ses rancunes désarment : il redouble d'égards, et n'exagère que des scrupules attentifs à discerner les moindres qualités de ses adversaires déclarés. C'est ainsi qu'il rend justice à Delille, et met en bon rang la « finesse polie » de Suard, les « écrits judicieux » de Morellet, le « talent » de M. Michaud. Mademoiselle de Clermont est admirée « comme un ouvrage posthume de M"*" de La Fayette ». Il propose pour le prix décennal le Lycée de La Harpe, son plus implacable détracteur. C'était réparer généreusement ses torts, et peut-être même avec un excès contraire à ceux d'autrefois.

Mais ce qui manque à ce Tableau^ comme à tous les continuateurs du dix-huitième siècle, c'est une esthétique vraiment libérale. Par un singulier contraste, les ennemis de l'ancien régime étaient les plus obstinés conservateurs de sa religion littéraire. Ceux qui avaient renversé un trône n'osaient toucher à la rhétorique. Ceux qui venaient de fermer les églises s'agenouillaient dévotement dans cette petite chapelle qu'on intitulait le Temple du Goût. Parmi tant de iniines, il demeurait seul debout et inébranlable.

A cette date, la critique professait donc certains dogmes acceptés de tous, auteurs et lecteurs, comme un symbole hors duquel il n'y avait pas de salut.

\/r^ ;»rlîrU'<t (U: at credo ^lUiifrfii U, ^Iar« an talifrrwu'h; ^îH, \^fur (lUirWmf't ïiXfy^H ou fe blâme, il ne <^Un(y^>^Mi i^u^tf', (luf. fVfmyrir le r/f(U: référé, que ^r^îfi a(F(>lîrjMer U:^ htdoowuirj^ k rcjruvrage Jjur l^'qriel itrouour^h Ur tribunal de la tnaulition. Auf$«»i, fliv'ï^' quelle foi îrnfii^rrtijrbable Qi/mîer approuve ou ronrlarune! Voilà (lourquoi Chateaubriand «eul fut iilUu\u^'. p;ir rfi/:rirnonie ble^nant^; d'un intransigeant , et IVurtliodoxie HU(if;rHtitieu.He d'un fanatique. Il énuui/rre touH U^ fUMin dont n'^tni rendu coupable ce f^viiiui r^internpteur de« prmà\fftH connacréH, Il pro- ('h(h iumWt lui k un réqui,Hil^iire méthodique juH- (piViu p/îdanlî«rne ; et mn condunion» ne croient irif;iiHibl**H cormne mn pr/;miHH^5M; car il prétend soumettre len u'uvren de Tintetligence à la rigueur d<î fornujIeH prrîHrjue rnatliérnatiqueH.

(IN'Ht tut pan voir rjue len loin de la pennée ne «ont point coMHtanteH roinme cellr*H du monde pbymque, iîi que le t^niïi p(îut, ave^. Vkuu* elle-mftme, »e modifiiT par reflet de cette liberté morale qui c»t non attribut eHH(tntieK II ne comprenait paH qu'à la longue Tiniitatiou den modMen aboutit à de»

uMivntM niortiîH, lornque Part n'cHt plu» qu'un artidcn.

(!(îlft (levait Mre. I^a poétique de Joneph Chénier rép(jiMlait h na poénie. (l'était le paHfté jugeant rav(uiii\ Quand il lainne échapper ce mot : « Le» talontH (pii nouN nmtoiit », il avoue que Aon idéal ewt m arri/M*e, non en avant. Auhhî la révolution pforjiainiî lui parainMait-elle mie émcMjto ; il était, en

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cela, aussi aveugle que la cour de Versailles traitant (le factieux Mirabeau et ses amis. C'est qu'en littérature comme en politique on se défie de ses héritiers, et Ton n'aime pas ses successeurs. Cet esprit de résistance avait du reste son à-propos, ainsi que le prouvera le chapitre suivant ob nous allons étudier non plus les disciples de Voltaire, mais ses. contradicteurs qui, tout en combattant l'influence du philosophe, demeuraient fidèles aux doctrines de l'écrivain.

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