LE COMMISSAIRE
A bord des bâtiments de l État , citadelles et poudrières flottantes , organisées avant tout pour la guerre et plus hérissées de canons que Gibraltar, on ne voit de loin que deux sortes d’hommes : les ofijciers qui président à la manœuvre et au combat; les matelots qui leur obéissent. On admet facilement , à la réflexion , les ouvriers nécessaires à la réparation dVL“acW»e. - maison no soupçonne pas Wn.e une population de bourgeois et àe messieurs, comme les appelle le gaillard-d avant.
Ces navigateurs paciflques ne sont pas cependant les moins intéressants des hôtes du bord ; et même les plus récréatives de nos physionomies maritimes : -le maître-commis, le cambusier, le coq, l’infirmier, le frater , se rencontreront parmi eux .
Le premier personnage de cette bande composée d’éléments hétérogènes, appartient à l’état-major . c’est le commis d’administration ou agent comptable, officier civil et militaire (diseçt les règlements] , le
L'ÉTAT-MAJOR. l-H
commissaire enfin pour nous servir de l’unique appellation qu’on lui donne à bord.
Il est commissaire ; c’est le commissaire !
Il a bien un nom propre , mais ce nom inusité est un hiéroglyphe, un blason, un sceau qui figure sur d’innombrables pièces de comptabilité , et qu’on n’articule jamais Recommandant, les officiers et l’équipage ne le connaissent que sous celui de commissaire ; môme dans l’intimité on ne le désigne pas autrement , si bien qu’il pourrait, sans inconvénient, se passer de voyelles. On a, du reste, des exemples du fait : deux administrateurs bien connus, et qui partagent sans doute notre opinion , traitent depuis longtemps les leurs en objets de luxe et les ont élaguées de leurs griffes. Ils portent de vrais noms arabes. Aussi, malgré les aptitudes gutturales des peuplades du Nord-Amérique , nous mettrions un Huron lettré au défi de prononcer leurs signatures officielle.'*.
Le commissaire a fait ses premières armes comme écrivain dans les bureaux de la marine ; lorsqu’il commence à pos.séder les notions suffisantes pour rem plir son emploi sur un navire , il sollicite un embarquement et abandonne joyeusement son existence monotone pour faire sa première campagne. Qu’il est favorisé comparativement à ses commensaux! Pour lui , pas de noviciat , il n’a jamais vécu dans un poste commun ainsi que les seconds chirurgiens et les as-
na
pirants. Dès le principe , U possède une cabine dont aucune circonstance ne peut le faire déloger , il la choisit après les chefs de quart et avant, tous les autres. Encore a-t-il découvert dans les dédales poudreux de la législation , un petit paragraphe qui interdit de lui donner pour chambre une soute obscure, comme il en est quelques-unes à bord des vaisseaux et frégates :
- Mes travaux , dit-il , exigent que j’aie un hublot; d’ailleurs voici la dépêche, et je n’en démordrai pas !
Un commis de marine susceptible , après avoir lu le précédent paragraphe enctwre inédit , mil en marge avec humeur : — Comment fourrait U écrire^
— Mais comment écrivent les habitants de ces redoutables cellules dépourvues de hublot? Gomment calculent , comme étudient les officiers ou les chirurgiens à qui elles tombent en partage? — ~ a la lueur d’une lampe ou dans la chambre commune. Le commissaire n’en a pas moins raison de s’appuyer sur le texte de la dépêche qui le favorise!
Oh ! nous avions affaire à un rude critique ! 11 trouva si cruel d’être forcé de reconnaître que le commissaire perd son nom en montant à bord qu’il mit encore sur la marge de notre manuscrit : — Le commandant est dans le même cas !
Disons mieux! donnons satisfaction complète à notre censeur • le lieutenant , 1 aumônier dit
LÉTAT-MAJOR.
Vabhé , le cbirurgien-major dit docteur , la majeure partie des premiers maîtres et plusieurs autres gens spéciaux sont également désignés par leurs titres à l’exclusion de leurs noms. Mais cela n’empéche point le commissaire A’ (‘Arc, le commissaire !
Un autre commis de marine, littérateur par occasion , nous servit beaucoup sans le savoir contre la censure de son collègue; nous poursuivions ainsi : a L’on s’est souvent complu à dépeindre le commissaire comme la victime et le plastron des membres
de l’état-4najor » Ces lignes furent biffées comme
injurieuses , malgré les restrictions qui suivaient , quand tout à coup un long article de doléances de l’autre membre du corps de l'administration de la marine , nous tombe entre les mains. Quelle trouvaille 1 quel bouclier! notre transition nous était rendue^
En fait , le commissaire est sur le pied d’une égalité complète avec les autres botes de la grand'cbambre ; ses attributions sont indépendantes des leurs, et chacun des ofliciers est aussi exposé que lui aux traits malins des camarades. S’il est en butte aux railleries, c'est une question toute personnelle ; sa position ne lui en attire aucune; enfin il est évident que les préjugés répandus contre lui sur le gaillard-d’avant, ne peuvent avoir cours sur le gaillardd’arrière.
La loi de l’inscription maritime étant jippliquée
pour les levées de matelots par des commissaires de marine, explique naturellement l'antipathie des geos de mer pour ces administrateurs , mais leur répulsion ne se reporte que faiblement sur l’agent comptable du bord.
Les anciens qui font l’opinion de l'équipage, sont tous soumis au régime exceptionnel des clas.ses ou de l’inscription. Néssur le littoral et enrôlés dès leur enfance , il font partie de ce peuple à part qui est disponible pour le service de l'Etat depuis l’âge dé dix-huit jusqu'à celui de cinquante ans. Ils savent qu'un commi.ssaire peut les cracher d’un moment à l’autre et les envoyer bonrlinguer AdiXis la marine militaire. La loi , très -paternelle à certains égards, protectrice et prévoyante sous une foule de rapports , n’en est pas moins terrible en ce qui concerne les levées, et le commissaire des classes est nécessairement pour les matelots la personnification du joug qui pèse incessamment sur leurs têtes.
Parle-t-on d’armements prochains à faire dans les ports militaires , une terreur profonde se répand le long des côtes. Les femmes font des vœux pour que leurs fils ou leurs maris ne leur soient pas arrachés, elles vont implorer le commissaire de l’inscription maritime, cherchent à l'attendrir ou à le gagner, et l’administrateur a fort à faire pour apprécier la valeur des réclamations qu’on lui adresse. Cependant, la levée a lieu , chaque quartier fournit son contingent ,
L’âTAT.U ÀJOK; ' ' v ' ’ Igl
ïniiueriit se nieUeat ea , route et une'peUle délégation retenue eur leur solde devra désormais^ suiTire / à leurs familles. Qui œaudisscnt'ils en partant ? le commissaire. .... •
Qui leur donne un billet dé destination lorsqu’ils arrivent? — ,un antre, commissaire dont l’aspect \ ,V . . renouvelle leurs douleurs. EnGn qui reçoit et enregistre leurs ordres d'embarquement quand ils mon- ' tent,àbord? --7 un troisième commissaire, l'agent- ' - ... comptable du navire. ^ ’
Celui-ci toutefois n’a plus avec eux que des rap- ' ^ ports fort éloignés, jamais ^n autorité ne les fatigue et il y en a tant d’autres sur le bâtiment qui méritent plus justement leur inimitié. Aussi les lazzi qui se font jour à son endroit ne sont guères que des ;; réminiscences du temps passé. ; /
Membre d’un corps ^ioen^ent utile, le corn- > missaire de marine a été calomnié mille fois par le peuple que son autorité froisse sans cesse, car il est ■ ' ^
, à terre comme à bord , lé représentant né de la loi navale. Mais i ces calomnie ont pris une forme si plaisante dans la bouche des matelots, que les gens d'esprit de l’administration sont les premiers à en ' rire. Si l’agent comptable du vaisseau se rend facilement aux demandes relatives aux délégations et aux procurations , on loi pardonne aisément sa profession et son uniforme ; il passera même pour un bon / enfant:
V LES MAtlINS. - .
’ -i- C’est. étonnant tout de même, dira Barbari en
parlant de lui , e’esl un vrai , pas carottier, pas fier, qui blagiie avec vous comme le premier . venu. Avant cette fois , j'aurais gagé dix quarts de vin contre une pipe neuve , qu’un de ces damnés commissairés ' n’était pas capable d'être honnête homme. Celui de chez nous, tiens', si tu'savais ce que c’est , on né trouverait pas son pareil en enfer , — une peste, une fièvre du Sénégal , un scélérat -morbus , quoi ! si je le tenais ...
■ — Et le nôtre donc , répond Malo , il n’a pas payé ma iélégne à ma femme depuis plus de six mois.
— Et le nôtre donc , dit un troisième , qui vous prend pour le service , si on ne lui porte pas tous les plus beaux morceaux de pêche.
— Et l’autre de Brest , qui vous dit toujours ; Connu ! je sais ton affaire, et qui vous marque à 24 quand on est à 30.
— Et le petit maigre de Rochefort , qni m’a perdu mon livret.
Et l’ancien de Toulon, qui est louche, sans compter celui de Nantes , qu’on ne connaît pas son âge, et qu'on dit qu’il est beau-frère du Juif- Errant. ■ ' ■ ' :
Oh I les commissaires I les commissaires ! s’écrie Barbari , je n’aurai pas tant seulement le plaisir de manger une salade de commissaires !
— Qu’est-ce que tu chantes, matelot? on te
L*âTjH,T^»làJOR. '
prendrait poQr un av^le-royaume ; lea commis^ires, ça n'est bon ni bouilli , ni râti , ni en sauce , j’y préfère le céléri , et voilà ! ...
Il peut y avoir dans l'administration de la marine des esprits chagrins qui ne se dérideront pas à cet amphigouri des matelots déblatérant contre les com-> missaires des classes et les employés des ports qu’ils confondent sous une dénomination commune, mais où ne trouve-t-on pas des gens ridiculement susceptibles ? ,
L’administration de la marine , l’une des pins belles créations de Colbert, est au-dessus des récri-' minations burlesques du gaillard-d’avant ; elle a une grande puissance pour le bien et ne peut presque rien pour le mal , du moins en fait de bnances et de matériel. Quant au personnel matelot , c'est elle qui le régit. Le commissaire d’un quartier, maritime a une mission magnifique, et lorsqu’il la remplit conscien-cieusement , on doit dire de lui qu’il est un des plus utiles serviteurs de l’Etat. . , ^
En analyse, le commissaire fait partie du corpsi essentiellement recommandable de l’administration de la marine, et dès qu’il n’est.plus attaché à nn bâtiment il rentre dans les bureaux des ports , des colonies ou du ministèrei II devient commissaire de l’inscription d’un quartier, chef d’un détail de service v dans les bureaux , chef maritime d’un port de commerce dont il est alors la première autorité , enfin^
Îm- . ' LBS MARINS.-' ‘ '
commissaire-général et quelquefois gouvem tir ou préfet maritime concurremment avec les amiraux. ^ D’autre part , le commissariat est hiérarchiquement composé des grades suivants : ' *
Commissaire général de et V classe — officier général prenant rang après les contre-amiraux.
Commissaire (proprement dit) de l" et a" classe , ossimilé au ^ capitaine de vaisseau. i
Commissaire-adjoint de l'"' et a" classe — au capitaine de corvette ou chef de bataillon.
‘ Sons-commissaire de 1 et a' classe — au lieutenant de vaisseau.
Aide -commissaire — — è l’ensagne de vaiaseau.
Commis de marina — — (sans assimilation)
Écrivain — — idem.
Une arméeou une division navale comporte pour la direction du service administratif un commissaire de l’un des grades supérienrs , lequel iera partie de , l'état-ïnajor général et sera commenral du ctof d’escadre ou de division, ' -
• Sur tout bâtiment isolé , dont l’équipage est composé de plus de quarante-trois hommes l’agent comptable doit, aux termes de l'ordonnance, être un aidecommissaire. '
Qu'il le 'soit de fait, qne commis de marine ou même simple écrivain , il en remplisse l’emploi , ce . cmmitsaire à bord est à la fois notaire , oflicier de l’état-civil , administrateur et trésorier , il dresse les actes de naissance ou de décès , les procès-verbaux et les états de solde ; il assiste le capitaine et le
VÉTAT MAJOR.' liu
second , lorsqu’il s'agit de recevoir un tcstameat ; U est secrétaire des conseils d'avancement et greffier des conseils de justice, et traite avec les agents con-r sulaires et les fournisseurs pour les marchés en pays étrangers , comme membre delà commissipn nommée par le commandant ; il touche les mandats pour les paiements généraux et verse aux capitaines des compagnies les sommes qui reviennent à leurs hommes. Enfin, il tient à jour le rôle d’équipage, y consigne toutes les mutations qui surviennent , et entretient une correspondance active avec les bureaux du port d’armement, qu’il instruit officiellement de tout ce . qui se fait à bord en matière de comptabilité.
Si le commissaire se livrait seul à ces nombreuses occupations , il pâlirait nuit et jour devant, de gigantesques in-folio, il ne vivrait qu’accroupi sur le bureau de sa cabine , et serait le plus esclave peutêtre des habitants du navire. Mais il n’a garde de se dévouer aussi exclusivement à la chose publique , et réclame d’abord un secrétaire particulier. 11 le choisit ' lui-même et le trouve aisément parmi les fils de famille du bord , parmi les Jean-Bart de Paris, qui, semblables à Jean -Baptiste Lavertu , s’engagent dans l'espoir d’un avancement rapide , perdent leurs illusions dès les premiers jours , et acceptent avec bonheur un poste qui les soustrait à la discipline ordinaire. Le secrétaire est bientôt monté à faire l’ouvrage courant et débarrasse son patron des plus
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fastidieuses parties du travail. Celui-ci dès lors se convertit en petit ministre : il inspecte , vérifie et signe. Son existence est assez douce par conséquent. On peut en faire l’analyse en peu de mots. 11 se lève à “neul heures pour déjeôner, descend à terre vers dix ou onze, et est partout reçu en haut et puissant seigneur. Les fournisseurs l’adulent, se l’arrachent, l’accablent ,de prévenances. S’il refuse leurs invitations, il revient à bord vers quatre heures , dîne , va passer la soirée dans une des maisons où on le fête d’habitude , et regagne enfin tardivement sa cabine pour y dormir du sommeil du juste. Chaque jour, toutefois, il consacre une heure ou deux à contrôler les opérations de ses agents , ou bien il se met sérieusement à l’œuvre pendant les cinq ou six derniers jours du mois.
Lés commandants les plus minutieux ne troublent guère sa béatitude ; ils ne possèdent pas les connaissances nécessaires pour inspecter efficacement ses actes administratifs , et pourvu que sa comptabilité ait l’air d’être en règle, le commissaire esta l’abri de tout reproche de la part de l’autorité militaire. A la vérité, si elle ne l’était pas au retour de la campagne , l'àutorité administrative, plus clairvoyante en pareille matière , lui ferait sévèrement regretter sa négligence. Aussi , les derniers mois de mer sont fort pénibles pour lui ! Tandis que l’espoir d'un prochain retour épanouit toutes les physionomies, la sienne se
; • L’âTAT-MAJpR. ' '
rembruDÎt; il pa.«se nuit et jour à mettre ses rôles et ses pièces en état de paraître sous les yeux de ses chefs naturels.
En général à bord , l’on n’osc guère le tourmenter pour les petits détails du service ; la plupart du temps on tolère qu’il y porte l’habit bourgeois, on lui refuse moins qu’à un autre des canots pour aller à terre, en deux mots on le ménage. La cause en est simple : représentant des ordonnances , il doit signaler les consommations abusives et les mesures illégales , ses rapports peuvent compromettre. Il n'a le droit de rien arrêter,^ de rien empêcher, mais dans le cours d’une campagne il trouvera facilement mille griefs contre un commandant , et plus tard , ce dernier risquerait fort d’être compromis , si le corps de l’administration prenait chaudement fait et cause pour l’agent-comptable. — La plume régit l’épée. Les commis de marine embarqués, ceux des ports, des colonies , des quartiers maritimes et du ministère , se prêtent mutuellement appui et protection. Aussi , quand un commissaire ne se trouve pas traité comme il le juge convenable , il se console en murmurant ; s Rira bien , qui rira le dernier 1 » Le mot est historique , bien qu’il ne soit pas officiel.
Ces derniers alinéas étaient des crimes de lèsecommissariat , à ce qu’il parait , car notre épilogueur affligé nous adressa l’apostrophe suivante :
— Âb! que vous nous connaissez peu!— Et comme
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tout le reste du paragraphe tombe bien maintenant que l’épi^e se croit propre à tout !
De telles notes valent leur pesant d’or pour le simple observateur qui , se souciant aussi peu de l’épée que de la plume , est tout disposé à reconnaître ce que ce dernier reproche a de trop vrai. On aperçoit la rivalité intestine des deux corps qui se disputent l'influence ministérielle. — Et tour à tour, comme dit la chanson , Pierre a son tour , Paul son retour, chacun son tourl
Beaucoup de loisirs, une grande liberté à bord , de la considération à l’étranger, des appointements de beaucoup supérieurs à ceux qu’ils recevraient à terre, la perspective d'une gratification s’ils ont géré avec intelligence et régularité, sont autant de causes pour que les commissaires soient souvent d'intrépides navigateurs.
Ils embarquent beaucoup plus que les officiers eux-mêmes, prennent un navire an berceau , le suivent à tous ses armements successifs , font dix campagnes avec loi , et sautent sur un autre , dès qu’il faut abandonner le premier sans rémission. Il est tels écrivains de marine qui, depuis quinze ans, n’ont pas servi trois mois dans les bureaux. Ils sont bien plus les hommes du bâtiment que ceux de l’administration ; habitués à un doux far niente, ils sont peu zélés pour leur service spécial , mais ils ont la manche large , et les camarades les aiment beaucoup. \
L’ÉTAT-MAJOR
Ainsi, l’on ne doit payer, en pays étranger, qu'un mois de solde sur trois ou quatre : sans se faire tirer l’oreille , ils trouveront moyen de payer plus fréquemment. — Si le commissaire bon enfant, est assez mal noté parmi les siens et n’avance guère , en revanche il vit content , se fait gloire de ses longues campagnes , s’intitule : Vieux de la cale , et quoiqu'il n’entende pas grand’ chose à la manœuvre, en émettant une opinion sous forme collective , il ne manquera jamais de dire : « Nous autres marins. »
Il est naturellement une autre classe d’agentscomptables, contraste des précédents , qui se trouvent les plus malheureux des hommes. Ils ont horreur de la mer , du service militaire , des commandants et même des officiers; leur responsabilité les écrase. Quand arrive le moment redouté d’arrêter les feuilles de journées y c’est-à-dire de résumer avec une précision mathématique les opérations financières et les mouvements de solde de l’année , quand arrive surtout l’époque de la reddition des comptes de campagne., iis font peine à voir, ils ne vivent plus. Essentiellement bureaucrates, nécessairement mariés, ils ne naviguent que tout juste les six ans exigés par les règlements pour avoir droit à certains avantages lors de leur retraite. Ils font leur service à bord avec une ponctualité admirable, mais avec répugnance , ne confient à leurs secrétaires que des travaux sans importance, piochent eux-mêmes sans