‹ Tableau de la merChapitre 15 sur 57 · AMORCEZ · texte numérisé non relu

AMORCEZ

— Un temps.

 la suite de ce brillant début , il passe la langue sur ses lèvres , et, d’un ton doctoral , il déclame comme il suit :

— Le chef de pièce — ouvre la boîte z’à cabzules,

— en prend z’une, — et referme vivement la boîte :

— il introduit z’ensuite la cabzule dans la lumière,

— et la presse fortement z’ avec le pouce!

Puis viennent les commentaires et les réflexions qu’une vieille tradition l'autorise à mêler à la prose euphonique de l’instruction sur le canonnage. Il compte particulièrement sur l’effet de ces observations variées , et ne s’interrompt que pour reprocher à quelque servant un air distrait ou ennuyé :

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— Nédélec, mon garçon, tu as tort de ne pas t’intéresser au détail , tu boiras de l’eau. — ... Dont auquel suffit ! La pièce est donc chargée, détapée et démarrée précédemment ; c’est pourquoi, voyez-vous, que sinon z’au premier tour, on reprend toujours l’exercice au deuxième commandement.

Une seconde de recueillement et de silence précède le signal d’exécuter :

— Xhion! (Action!)

dipbthongue gutturale qu'il jette d’une seule émission de voix.

Au troisième commandement, il rectifie le pointage et multiplie les avertissements de son crû ; au quatrième où l’on doit faire feu , il prescrit l’ensemble :

— Un coup d’œil sur ’avant , les chefs de pièces! pas de précipitation !

Quand vient l’instant de refouler , c’est aux chargeurs qu’il s’adresse :

— Suivez le premier servant de droite de la pièce de gauche ; qu’on n’entende qu’un coup . — Xhion I — C’est mauvais I Autant ! — Le premier servant de droite allonge le bras droit de toute sa longueur ; il tient la main gauche sur la volée , et le corps incliné en avant prêt à refouler. Bien ! vous voilà en position : Refoulez ! — Xhion !

Et ainsi de suite.

Lorsque l’exercice est fini , que le dernier com-

mandement : Tapez , amarrez vos canons I unique comme le premier , a été exécuté , dès que les trente pièces sont de nouveau pacifiquement rangées aux sabords , le chef de batterie fait défiler les hommes devant lui ; le maître ne manque pas de se placer à côté du capitaine, et d’inspecter ses belliqueux canonniers avec une intime satisfaction.

Il est une autre circonstance où notre sous-officier n’est pas moins heureux et fier de son importance ; c'est quand , la figure et les bras noirs de poudre , il vient prévenir l’officier de quart que les travaux de la soute sont terminés , et qu'on peut rallumer les feux à bord. Il se garde bien de se laver avant d'avoir rendu compte de ses opérations , et si quelque matelot, en le voyant passer ainsi charbonné , combustible comme une mèche soufrée , sourit de son accoutrement, il lui rend d’un air digne ce sourire qu’il attribue à une sainte admiration.

Le maître canonnier est orgueilleux de son art ; il s’en glorifie chaleureusement dans le poste de la maistrance où s’entament souvent d’interminables dissertations sur l'utilité respective de chaque profession maritime.

Le maître de manœuvre conserve sa dignité et murmure les mots àe gréement et de navire-, le calfal s’opiniâtre : — Sans lui , ses pompes et ses bringuebales , tout le monde irait boire à la grande tasse ,

LA MAISTRANCE.

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