‹ Tableau de la merChapitre 16 sur 57 · IS · texte numérisé non relu

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^<mr sûr ! Le charpentier dit : — La coque, les mâts, les vergues sont à moi; passez-vous -en pour naviguer , si vous pouvez ; nous sommes de bois !

— De bois ! comme je saute ! reprend le canonnier qui s’échauffe ; nous sommes de fer, entendez-vous : des canons et des boulets ; voilai Demandez plutôt à l'Anglais !

Après cet héroïque ultimatum , il rentre dans son réduit , où les chefs de pièce renouvelleront auprès de lui la scène que nous avons vu les gabiers venir faire au maître d’équipage.

— C’est demain la Sainte-Barbe , maître Beauzœil , notre fête de tout temps ; les canonniers vous invitent pour la présidence de la chose , comme de juste; mais faudrait antérieuremmt avoir, s’il vous plaît, la permission du capitaine de frégate.

— Bien pointé ! En plein bois , les enfants ; je mets mon col, je passe ma capote et action !

Le second ne peut opposer un refus à cette demande, et, le lendemain, la batterie est transformée en salle de festin.

Après un combat , ne demandez pas au maître canonnier, qui s’est mieux comporté ; il vous ferait la même réponse que les modestes héros de Salamine , et vous prouverait que c’est lui qui a battu l’ennemi; car ses canons ou lui , c’est absolument la même chose. Il s'identifie avec eux pendant tout le cours de la campagne, et ne s’en sépare qu’à regret lors du désarmement définitif.

Le jour où , dans une chaloupe à pavillon rouge , il va rendre à la direction d’artillerie les poudres et les boulets creux du bord , est déjà un jour de profonde tristesse , — mais bien plus triste encore est celui oü il fait déposer un à un tous ses vieux et bruyants amis dans un lourd chalan du port. Il les escorte péniblement pour rendre à la terre leur froide dépouille ; à son avis , désormais le navire n’est plus qu’un corps sans âme. Ces pièces , si brillantes naguère , maintenant sans bragues et sans affûts , gisent , hélas ! sur des chantiers terreux , abandonnées à toutes les intempéries de l’atmosphère ; elles sont oubliées dans un coin de l’arsenal : on ne les peindra plus , on ne les graissera plus , on ne les manœuvrera plus ; elles ne seront plus badigeonnées, espalmées, grattées , ni fourbies !

— .4.dieu ! mes pauvres canons , adieu ! dit-il tout bas en les quittant; je ne mérite plus mon noble titre de maître canonnier , et, jusqu’à la prochaine campagne , je vais faire le service d’adjudant à la caserne des marins.

Mais le maître canonnier ne tardera guère à être embarqué de nouveau et à retrouver d’autres mignons qui remplaceront avantageusement les premiers. S’il passe alors d’une frégate sur un vaisseau , il se glorifiera d’avoir une troupe de chanteurs bien plus distinguée que l’ancienne, et gare dessousX L’invention des canons Paixhans et des boulets de 80 lui donna une fièvre de bonheur :

LA MATSTRANCB.

— Du 80 ! du 80 ! s’écriait-il avec enthousiasme ; je n’en croyais qu’en paradis !

Ses plus beaux rêves autrefois s’arrêtaient au 48 ; encore l’enviait-il aux places fortes : et voilà , qu’en une seule nuit, il s’est trouvé avoir gagné 60 pour 100!

Les lignes qui précèdent ont horriblement vieilli. Nous en sommes aux boulets de 450 ; que dis-je de 1,000! * Au train dont vont les inventeurs , ne désespérons pas de réaliser l’artillerie du Paradis Perdu. Les Américains se proposent de transformer la lune en projectile incendiaire.

Le maître canonnier finit ses jours gardien d'un fortin de côte , d’un magasin à poudre ou d’un polygone de la marine. A cette époque , il est nécessairement sourd , père de famille et décoré. Sa croix et ses médailles ont été bravement et légitimement gagnées au service de l’État ; — ses enfants sont les pupilles de la population maritime ; — sa surdité est un don du métier ; mais il n’y croit pas , car il entend encore les cris de sa femme et les coups de canon de diane et de retraite.

Ceux qui l’enseveliront verront sur son bras droit une pièce de gros calibre tatouée en bleu, avec cette épigraphe : « Mort aux Anglais sur terre et sur mer!»

(1) Les projectiles du grand canon Bodman expérimenté au fort Hamilton (New-York) pèsent un demi-tonneau, 1000 livres, environ 500 kilogrammes.

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et sur le bras gauche , une ancre rouge ornée de celle-ci : « Vive la France sur mer et sur terre! o « Signé Beauzceil , dit Lamèche.

» Maître canonnier du vaisseau I'Occéan. »

Enfin le patriotique artilleur a solennellement exigé qu’on inscrivit sur la croix de bois de sa tombe le nom et la date de tous les combats auxquels il a pris part; il veut aussi que ses deux devises y soient placées tribord et bâbord comme sur sa vieille coque qui a toujours pensé de même.

Ces diverses intentions seront fidèlement remplies, à une exception près pourtant. — Le curé du village ne permettra point que le Delenda Carthago du vaillant marin lui survive, pour maudire en toutes lettres , dans l’asile de paix et de pardon universel.

LE CAPITAINE d’aRMES.

«Mousse! appelle-moi le capitaine d’armes! — Timonnier ! allez dire au capitaine d’armes de mettre Kerthomas aux fers et de retrancher Salaün pour trois repas ! — Capitaine d’armes ! il est temps de relever la garde! On va faire l’exercice du fusil! Voici le dîner ! le souper ! le branle bas! l’inspection! la retraite ! — Les permissionnaires reviennent ! De nouveaux embarqués montent à bord ! Capitaine d’armes! on m’a flibusté mon couteau! Capitaine d’armes! on se bat dans le faux-pont! — La cha-

LA MAISTRANCE.

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loupe ou la poste aux choux accostent! — On va hisser les couleurs ! — On a déchiré la consigne des factionnaires. — Capitaine d’armes V en haut ! — Capitaine d’armes! en hasl — C’est le commandant, le lieutenant, l’officier de quart, le docteur, le commissaire qui vous demandent. — Allons , capitaine d’armes , marchez , — courez , — volez!

— Ce brigand de capitaine d’armes , si {je l’empoigne jamais sur le plancher des vaches , je lui ferai passer un drôle de quart d'heure ; il me paiera tout ça en gros , ce voleur de quarts de vin ! ce cabillotlà! D

Quel métier ! quel enfer ! 11 faut être à tous et à tout , nuit et jour , sans trêve , sans relâche !

Vous ne passerez pas une heure à bord sans entendre mander, invoquer et maudire vingt fois cet être exceptionnel sans lequel rien ne marcherait. En vérité, c’est un homme bien important ! Et pourtant, depuis le commandant jusqu’au dernier matelot, tout le monde ignore son nom patronymique ; le commissaire qui l’inscrivit sur le rôle d’équipage l’a oublié, et le mousse qui sert les maîtres ne l’a jamais su. Par compensation, le capitaine d’armes saitles noms, prénoms , surnoms , numéros , professions, pays , domiciles, grades et fonctions de tous les individus, quels qu’ils soient, qui montent le vaisseau.

En l’an de grâce 1840 , nous traçions comme il suit, le portrait du capitaine d’armes :

• Sous un bonnet de police ancien modèle ,

I) enrichi d’un gland d’or , un crâne à cheveux D courts et réglementairement taillés, aplatis sur les » tempes, lustrés comme un bâton de cire à giberne,

)) raides comme des baguettes de tambour ; puis un » front sévèrement plissé de rides parallèles et pro- » fondes, d’épais sourcils constamment froncés, » des yeux vifs, toujours ouverts, toujours au guet, » un nez magistral , parfois une moustache scrupu- » leusement peignée, d’exigus favoris qui ne dépas- » sent point d’un millimètre la ligne menée du pen- » dant d’oreille au coin des lèvres ; enfln , des pora- » jpettes saillantes, une bouche qui gronde et me- B nace incessamment , sourit ironiquement quelqueu fois , mais ne rit jamais. Telle est la tête , sou- M tenue, du reste, par uA éternel carcan de crinoline »' ou de cuir verni. Le corps bien proportionné, »> empesé s’il en fut , et se mouvant à ressort , est » emprisonné dans une capote d'uniforme religieu- » sement agrafée, boutonnée par des boutons de » cuivre astiqués avec amour, neuve ou râpée, mais » toujours d’une propreté irréprochable, et décorée » de deux brides qui maintiennent aux grands jours » des épaulettes d’adjudant. Cette dernière circons- » tance n’est pas d’une absolue nécessité ; le capii> laine d’armes peut n’être que sergent-major ou » sergent, caporal même à bord d'un très-petit » navire. Toutefois , notre type étant plus complet

LA MAISTRANCE.

» sur une frégate ou sur un vaisseau , déclarons-le » adjudant et poursuivons. Son pantalon de drap i bleu , de coutil gris ou de toile blanche , suivant a la tenue du jour , est assujetti par des sous-pieds » élastiques à une botte miroitante, ou bien flottant » sur une guêtre exempte de tâche et de souillure.

» La guêtre, par ses qualités éminemment militaires, » s’est conciliée l’estime et l’affection du rigide sous- B officier; elle alterne heureusement avec la chaus- 8 sure aristocratique préalablement citée. Ajoutons à >■ tout cela des poumons et des tibias infatigables, » et nous pourrons passer sans scrupule de la des- » cription anatomique à l’étude physiologique de * notre sujet. »

" Le capitaine d’armes, — disions-nous encore, 8 — n’est un ci-devant matelot que par accident ; 8 jamais il n’a été mousse. C’est le plus souvent un 8 sous-officier d’infanterie ou d’artillerie de marine 8 qui , pour avancer plus vite , a sollicité sa mission B de soldat-surveillant ; il ne sert à bord que par 8 ambition personnelle , nullement par vocation.

» Toutefois, il y a une grâce d’état pour les ca- 8 pitaines d’armes : la plupart d’entre eux remplis- 8 sent leur pénible emploi avec zèle , nous dirons 8 mieux , avec goût. Le fanatisme de la consigne 8 les domine , les exalte , les absorbe. Du reste , B l’homme , en général , est flatté d’inspirer la ter- 8 reur et de régner par elle : tel est peut-être le

» secret qui rend assez communs les bons capifaines » d’armes.

» Le militaire navigateur occupait un bas ^rade » dans son régiment lorsqu'il embarqua pour la pre- » mière fois sur un petit brig ; un an après il fut » nommé sergent et fît de nouveau campagne à bord » d’une corvette : il est aujourd’hui adjudant sur un » vaisseau et a en perspective un triple débouché. » Il peut tenter les mêmes chances que les auti*es » maîtres et passer l’examen d’enseigne de vaisseau : » il peut devenir officier instructeur, et, par ïa D suite , adjudant major dans les équipages de ligne; » il peut enfîn , et c’est ce qu’il préfère ordinaire- » ment, atteindre à l’épaulette de sous-lieutenant » dans l’infanterie de marine.

I) Dans le cas où le capitaine d’armes est ancien O matelot, voici son histoire : il est né flamand, » Alsacien ou Parisien , s’est engagé ou a été pris » par la conscription à l’âge de vingt-un ans, et, I) par sa bonne conduite, il a mérité les fonctions » de caporal dans le même quartier où les nouvelles » recrues passent toujours quelque temps avant de » s’embarquer, il n’a été matelot que de nom et P s’est formé sous le paletot à son rôle de soldat.

» Les chefs étudient leurs subordonnés ; ils déter- » minent à quoi chacun est propre. Notre conscrit a » été jugé capable de devenir capitaine d’armes. B Maintenant il navigue comme tel. »

LA MAISTRANCE.

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Les nouveaux règlements ont changé quelques-uns des détails qui précèdent. Le capitaine d’armes désormais appartient absolument au^corps des équipages de ligne et ne porte pas un costume différent de celui des autres maîtres.

Ses attributs immuables n’en sont pas moins un calepin , un fanal , une clef et enfin un fusil.

Le calepin est son esprit , son cœur, sa mémoire , son âme entière reliée en cuir de Russie, jadis orangé ou violet , aujourd’hui, gras et culotté. Trois ou quatre cents noms lilliputiens , accolés à des numéros et à des abréviations cabalistiques, y sont placés dans une foule d’ordres et de catégories différentes ; chaque page a son emploi particulier ; l’une représente le combat , l’autre est le rôle des plats , une troisième celui du couchage , etc., et., et l’on y trouve toujours les mêmes noms permutés, arrangés , combinés suivant des formules réglementaires plus compliquées mille fois que le binôme de Newton. Au milieu de ces listes de dénombrement et d’appel dont l’inflexible sous-officier ne se dessaisit ni jour ni nuit , vous remarquerez une peau d’âne qui résume avec exactitude l’incessante activité de son maître. Elle est l’intermédiaire obligé entre la faute et la peine ; c’est là que figurent tour à tour, pour leur malheur, les hôtes du gaillard d’avant. C’est d’après elle que le capitaine d’armes établit le relevé des punitions de la journée ; il la consulte le soir

quand il rentre dans son réduit, efface son rapport, mais l’enregistre auparavant en élégante anglaise sur un livre redouté de l'équipage, h livre rouge, qu’examinent scrupuleusement les autorités du navire lors des conseils d’avancement. Malheur! malheur au calepin s’il s’égarait par aventure dans le vaisseau! mais on n’en a pas d’exemple: Pierre Schlémill a pu perdre son ombre, un capitaine d’armes ne perd jamais son calepin.

Le fanal sourd et portatif, auxiliaire puissant dans les ténébreuses profondeurs du navire ou pendant les heures d’obscurité, témoigne de la vigilance de notre Argus. Après le coucher du soleil , le capitaine d’armes ne marche plus sans sa lanterne à vitre corne ; on le voit alors passer silencieusement , semblable à un tyran de mélodrame qui pénètre dans un cachot; à son aspect , les factionnaires de l’intérieur crient : Qui vive! il répond à demi-voix : Ronde de nuit! fait tourner le cylindre de fer-blanc sur luiméme, se glisse .sous les hamacs, surveille, écoute, examine, et ne se couche que bien certain que rien ne se trame contre l’ordre , la discipline , la sûreté ou la moralité publique.

La clef est celle des fers ou de la prison , l’inquisiteur général en est le dépositaire; elle est une preuve matérielle de la confiance des chefs. Il ne la conhera qu’à ses agents subalternes , au sergent de garde ou au caporal de consigne , qui doivent la lui rapporter dès qu’ils ont écroué un coupable.

LA MAISTRANCE.

Le fusil indique enfin que le capitaine d’armes est instructeur pour les exercices d’infanterie ; il dirige les tête à gauche et tête à droite des recrues ; il commande lui-même le maniement d’armes, les feux de file, de peloton et de deux rangs ; quelquefois même, tranchant du chef de bataillon , il divise sa troupe en escouades et s’efforce de surmonter les obstacles infinis que présente son terrain de manœuvre. Malgré le défaut d’espace, les panneaux, les mâts, les dromes , les caronades et le cabestan , il fait évoluer sa petite armée , la roule sur elle-même comme les plis d’un serpent , la déroule ensuite , la déploie sur les gaillards , la fait marcher de front et en colonne , au pas ordinaire et au pas accléré ; il trouve le moyen de faire rompre par section , et triomphe s’il parvient à rétablir la ligne par un sur la droite en bataille !

Eh bien! ces fonctions militaires sont précisément celles que l'équipage lui pardonne le moins.

Les matelots sentent l’urgence d’un préfet de police à bord , et sont bien aises de savoir à qui se plaindre si leur linge qui séchait a disparu du cartahu , si ' leur provision de tabac a été soulagée du caisson , ou encore si quelque fier-à-bras essaie de tyranniser le gaillard d’avant. Mais , faire des par le flanc et des demi-tour, marcher la pointe du pied basse, prendre la position du soldat sans armes , le corps d’aplomb sur les hanches , les bras pendants natu-

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rellcment, la paume de la main un peu tournée en dehors , le petit doigt en arrière et contre la couture de la culotte : — « C'est il pas rendre l’homme hête ! A quoi ça avance? hein ! à se chavirer le tempérament, voilà! Vois-tu, Grignou, mon vieux matelot, qu’on me donne un fusil et une cartouche, qu’on me montre un blanc, un Anglais ou un Bédouin ! et lorgne après si j’ai l’œil embrumé ; suffit! A-t-on jamais vu des capitaines d’armes de ragoügnasse pareils! Gauche, droite! Une, deux! Une, deux ! De quoi qu’on a l’air?... »

On nous dira que la nouvelle organisation des équipages de ligne et la création de compagnies de matelots-fusiliers a modifié l’esprit anti-fantassin des marins d’autrefois. Mais, en marine , comme on le sait, il y a des modes et des donneurs.de mode. Depuis l’illustre Duquesne , jusqu’à nos jours, on a vingt fois introduit dans l’armée navale, l’élément soldat , vingt fois on a pensé qu’il prévaudrait et vingt fois l’élément matelot a repris le dessus.

Qu’en sera-t-il maintenant, après le triomphe du moteur interne et des encuirassements de vaisseaux? — Le temps seul peut nous l’apprendre.

Le capitaine d’armes est , avons-nous dit , l’homme indispensable du second; il fait exécuter tous les ordres de service intérieur donnés par celui-ci ; il surveille tous les mouvements de l’équipage. Les repas, le couchage, l’ habillement, la tenue du jour,

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les permissions de terre, sont immédiatement sous son inspection. Les offlciers de service ne punissent personne sans le faire avertir ; il répond , vis à-vis du lieutenant en pied et du docteur, de la bonne tenue de l’hôpital, et le commissaire a souvent des renseignements à lui demander. Ses rapports sont précieux, surtout dans les conseils de justice ou d’avancement. Le capitaine d’armes est encore le douanier du bord ; il visite les canots et s'assure qu’on ne cherche à introduire aucune liqueur défendue , aucun objet de contrebande. Sa vigilance doit également s’exercer d’une manière toute spéciale sur les mystères de la cambuse. Chaque jour c’est lui qui, comme un adjudant de place, fait défiler sous scs yeux la garde montante. Lorsqu’on hisse et qu’on amène les couleurs , il est présent et s’assure que les honneurs réglementaires leur sont rendus.

Pendant le combat, il commande en second la mousquetterie.

Les tambours , les fifres et les clairons lui appartiennent depuis la diane jusqu’à la retraite. Enfin , il est chargé de la conservation matérielle de toutes les petites armes , il doit faire entretenir en bon état, fusils , mousquetons , pistolets j sabres et haches d’abordage ; les armuriers relèvent de lui pour ce point de détail dont il a probablement tiré son nom.

On voit que , sans avoir aucun rapport avec la

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manœuvre ni avec l’artillerie , c’est-à-dire avec rien de ce qui frappe d’abord dans le vaisseau , le capitaine d’armes a néanmoins un département des plus étendus , des plus compliqués , des plus nécessaires. Combattre sans relâche la négligence, l’indiscipline et les vices ; être constamment posté sur le seuil du navire, semblable à l’ange des vengeances, prêt à marquer d'une croix noire, les absents , les délinquants et les coupables; ne jamais faiblir , ne jamais plaisanter, tels sont les devoirs de cet homme dont les ordonnances ont fait une condition sine qui non de l'existence morale du bâtiment. Il reparaît à toute heure et partout , avec ses multiples fonctions, tel que la vieille Hécate de la fable, qui se retrouve également dans les deux , astre bienfaisant , — sur la terre, intrépide chasseresse, — aux enfers, sombre déité, effroi des âmes, sinistre introductrice auprès du tribunal que préside l’inexorable Minos.

Bien que le maître d’équipage occupe le premier rang dans la maistrance, le capitaine d’armes est de fait le chef du poste ou carré des maîtres.

Nous avons déjà rencontré ces noms de poste et de carré dans les chapitres précédents ; les aspirants , les seconds chirurgiens habitent un poste , les officiers un carré ; le logement des maîtres tient de l’un et de l’autre. En effet, six d’entr’eux ontdes cabines, mais les autres ne possèdent qu’uùe armoire ou un bureau installé dans l’espace commun à tous.

LA MAISTRANCE.

La fosse aux lions décrite à l’article du maître d’équipage , la Sainte Barbe qui occupe à bâbord l’emplacement symétrique et sert de demeure au maître canonnier , puis des^ chambres plus petites réservées au chef de timonnerie , au capitaine d’armes, au maître mécanicien ou au maître charpentier et au commis aux vivres, circonscrivent le carré de la maistrance. Un panneau qui ne communique qu’avec la batterie et n’a pas de correspondant sur le pont , y répand une clarté problématique , mais y donne au moins de l’air. Une vaste table de chêne en occupe le centre; c’est autour d’elle que les maîtres prennent leurs repas; des bancs ou des pliants leur servent de sièges. Le capitaine d’armes a la haute main sur la propreté et le bon ordre de ce lieu où vivent ses collègues ; car sous le rapport de la discipline intérieure l’autorité du maître de manœuvre ne s’étend pas hors de sa fosse aux lions. Le service relance donc notre sous-ofScier jusqu’aux moments de son déjeuner et de son dîner; il est dans la maistrance, comme le second dans l’état-major ; pour lui , ni loisirs, ni repos.

Il ne fait pas de guart , il est vrai , mais son quart à lui dure du jour de l’armement à celui du désarmement.

La retraite particulière au capitaine d’armes n'a rien de remarquable , ses cloisons blanchies à la

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chaux portent deux sabres en sautoir pour tout ornement; une bibliothèque de registres , de rôles et de consignes est le seul objet d'ameublement qui la distingue de ses voisines.

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