‹ Tableau de la merChapitre 25 sur 57 · LE MAITRE VOILIER · texte numérisé non relu

LE MAITRE VOILIER

Le titre de voilier peut présenter quelque obscurité. Le voilier n’est aucunement chargé de la manœuvre ni même de l’installatioD des voiles, devoirs qui incombent aux ofSeiers, au maître d’équipage et à ses seconds maîtres.

La réparation , l’entretien ou la confection de tout ce qui est en toile à voiles , tel est le département du maître voilier , maître ouvrier , maître de profession et chef naturel de l’atelier de voilerie. Par conséquent, les hamacs et matelas des hommes valides, les cadres des malades , les tentes , les manches , les étuis destinés à tous les usages possibles, sont de son ressort. La voilure relève de son inspection journalière. Il fait tailler et coudre ; ciseaux , paumelles , fil, aiguilles, voilà ses principaux instruments.

Le maître voilier possède, dans les profondeurs du bâtiment, une soute obscure où les voiles déverguées sont roulées et emmagasinées. A lui le soin de leur conservation. Il y loge son matériel et notamment les bancs portatifs sur lesquels, lorsque l’ouvrage donne, ses aides et apprentis restent accroupis depuis la fin du nettoyage jusqu’au coucher du soleil.

Son atelier ne fonctionne pas aussi souvent à beaucoup près que celui du maître charpentier. C’est un camp volant. Son escouade travaille tantôt sur le pont, tantôt dans la batterie , mais rarement dans l’entre-pont, où l’on ne verrait pas assez clair pour coudre avec tout le soin nécessaire. Suivant les ordres de l’officier en second, elle s’installe au lieu où elle gênera le moins.

Le maître voilier en cas d’incendie, met la cloche en branle. Pourquoi lui plutôt qu’un autre? Serait-ce parce que les v&iles sont essentiellement inflammables? La meilleure réponse est je crois : pourquoi un autre plutôt que lui ?

D’ailleurs, en cas d’incendie, le canonnier a fort à s’occuper des poudres et des canons, — le capitaine d’armes de la police générale , — le maître d’équipage de la manœuvre, — le chef de timonnerie des signaux, — le charpentier d’apprêts qui ne sont que trop urgents, — le maître calfat des pompes, on le sait assez , — que resterait-il pour le voilier, s’il ne secouait 1a cloche?

LA maistrance.

Qu’un homme meure à bord, le voilier doit l’ensevelir et le faire coudre dans un sac chargé de sable, de pierres ou de boulets, poids qui entraînent aussitôt le corps au fond des eaux.

Après le combat , tristes et lugubres sont , comme on le voit, les devoirs du maître voilier et de son escouade.

Page 1