‹ Tableau de la merChapitre 28 sur 57 · LE MAGASINIER · texte numérisé non relu

LE MAGASINIER

Le poste de la maistrance renferme un dernier personnage également soumis à l’autorité du commissaire et comptable des fournitures qui se consomment pour le service du navire. Il porte le titre de magasinier ; les règlements l'assimilent au commis aux vivres; mais tandis que celui-ci jouit à bord d’un bien-être incontestable et roule sur le chemin de la fortune, l'autre, pauvre employé à qui son travail ne fournit que des ressources momentanées, n’a aucune perspective d’avancement ni d’avenir.

Kt pourtant, que de sollicitations, que de démarches pour obtenir un ordre d’embarquement; il a dû, bien souvent, faire unlongsurnumérariat danslesbureauxdela marine où il passait d’interminables journées à recopier des rôles d’équipage ou des états de paiement. Le malheureux n’est parvenu à sa modeste et précaire position que par un zèle, une persévérance à toute épreuve. Des obstacles continuels paralysaient

LA MAISTRANCE.

ses efforts; au moment où il espérait atteindre son bot, un rival prenait la places! longtemps convoitée.

Enfin, il a vaincu toutes les difficultés, il est venu se ranger sous la bannière du commis d'administration Le navire .était dans le port ; il a pris une part active à l’approvisionnement, il a reçu en dépôt dans son réduit qui porte le nom pompeux de magasin général, une foule d’objets de consommation destinés aux maîtres, lien a recueilli d’autres qui restent à sa propie charge; de ce nombre et en première ligne sont les effels d’babillemcnt, qu’il délivre aux matelots pendant le cours de la campagne.

Le magasin général est un espace situé précisément au-dessous du poste des maîtres, c’est-à-dire à la partie antérieure de la cale. Le mât de misaine en occupe le centre, deux cour.«ives qui s’étendent à tribord et à bâbord de la soûte à poudre d’avant, constituent ses dépendances ; un fanal constamment allumé y répand une lumière blafarde: des armoires et des caissons symétriquement disposés en font exactement le tour.

Chaque coffre, chaque tiroir, chaque étagère renferme une provision de ces nombreux matériaux dont on a constamment besoin à bord. Ici des clous , des vis , des pointes , du fil de fer ou de laiton, pour les charpentiers, les calfats et les armuriers; là de l’étamine, du drap, des aiguilles, du papier, des plumes, pour la timonnerie; plus loin de la bougie, de la

craie, de la terre de Corée, du savon, etc.. . etc... Certains ustensiles de dimensions plus considérables, sont placés au milieu de cette sorte de soute ; on v voit des fanaux de signaux ou de Combat appendus aux éponlillcs , des seaux de cuir faisant guirlande autour du mat, des caisses de toutes les dimensions, des rouleaux de corde, des faisceaux de brosses et de balais, des paquets d’éponges , des outils et des ferrures de rechange.

L’un des soins du magasinier a été de tout classer avec cet ordre qui caractérise les installations maritimes; souvent, il rivalise avec le maître d'équipage et le canonnier; le magasin général ne le cède ni à la fosse aux lions, ni à la sainte-barbe.

Le visiteur descendu par un étroit panneau et une échelle verticale dans ce polyèdre bas , obscur , à angles saillants et rentrants, dont l’ouVerture se cache au fond du poste, n’est pas médiocrement surpris du luxe dépensé à son ornement.

Nous avons vu des magisins de vaisseau et de frégate dont toutes les armoires étaient décorées de sculptures en cuivre et de peintures à l’huile passablement faites, glorieusement emblématiques et rehaussées de devises telles que celle-ci extraites du vieux poërae le TabUau de la mer.

— Embarquez, la vertu fleurit pendant la guerre,

La mer a ses lauriers aussi bien que la terre.

ou

Français jdsqü’a la mort!

LA MAISTRANCE.

SU

ou

Du cœur, du fer, de la pondre à canon Voilà de quoi les mettre à la raison.

A tout prendre , cependant , la retraite soas-marine que nous venons de décrire, est triste cooune un cachot; jamais un rayon de soleil n’y a pénétré. L’on entend sourdement gronder à l’extérieur les vagues qui se brisent contre l’étrave dès que le navire est en route. Les caisses d'huile, la provision de suif et les insectes qui ne tardent pas à pulluler en un pareil milieu , y répandent d’ailleurs une odeur infecte. Si l'on sait que les aspirants sont mis aux arrêts dans ce réduit, on prendra en pitié les infortunés captifs.

Le magasinier pourtant n’a pas d’autre domicile ; encore ne l’habite-t-il pas seul. Un vieux matelot, son unique subordonné , est généralement affecté au service particulier du magasin dont il ne bouge presque Jamais. C’est à ce gardien qu’on s’adresse pour avoir les objets emmagasinés , il ne les livre que sur le bon des maîtres qui en déchargent ainsi le comptable.

Celui-ci enregistre régulièrement tous ces mouvements partiels, et chaque mois en présente le relevé an commis d'administration.

Le magasinier partage l’ordinaire des maîtres , ou bien il fait table commune avec le commis aux vivres dont le rapproche sa qualité de bourgeois. Il vit d’ailleurs assez paisiblement , n’a pas de fortes cor-

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