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LES GENS DE MER

Jka% Hntelots.

Saldt a yods , braves gens , hommes généreux et modestes , nobles cœurs , bons matelots ; salut !

A vous , mes vieux camarades , salut et bon quart !

La barrière qui nous séparait est franchie , je suis au milieu de vous sur votre gaillard d’avant , comme autrefois. Comme autrefois, je viens vous regarder, vous écouter, vous admirer, mes pauvres et obscurs amis , vous dont la rude écorce cache tant de sensibilité méconnue , tant de résignation , d'abnégation et de dévouement, tant de grandeur!

Je dois maintenant rendre hommage à votre simplicité primitive, à vos belles qualités , à vos vertus pures et limpides à l’égal du diamant , à peine ter-

LES NLYRINS

nies à la surface et que le moindre frottement fait étinceler. Mission douce dont je suis fier, car je me fais gloire de vous avoir estimés à votre inestimable valeur. Qu’il me soit donc permis d’évoquer mes souvenirs les plus chers , de vous suivre dans vos mouvements et dans vos gestes, de me mêler à vos groupes , de sourire à vos contes poétiquement fantasques , à vos chansons consolatrices et touchantes malgré leur trivialité, à vos rondes joyeuses et fran ches comme vous-mêmes. Qu'il me soit permis de prendre part encore à vos plaisirs et à vos douleurs Vous le savez, lorsque la nuit enveloppait le navire, que vous veniez de suspendre vos hamacs et que vous vous délassiez au commencement du premier quart, vous voyiez surgir d’un des panneaux de l’avant un homme à la démarche bien connue qui se glissait, sans rien dire , à travers vos masses compactes. Enveloppé dans un épais norouâ, il se dirigeait vers le petit gaillard où apprend le baril de la mèche , et , quelques instants après, il allait s’asseoir sur les droraes, contre les flancs de la chaloupe. Si les devoirs du service ne le retenaient pas dans une autre partie du vaisseau , vous étiez sûrs de le retrouver à son poste accoutumé. 11 ne renonçait que par force majeure à sa station solitaire dans votre foule. C’était son habitude favorite; il aimait vos jeux naïfs, et , comme s’il y eut présidé , il était content. Son aspect ne vous blessait en rien ; si quelque conscrit

LÉQUIPAGE.

effarouché heurtait sou ancien du coude en lui disant à voix basse : « Défions-nous, défions-nous, il y a là, dans l’ombre, quelqu’un. . . qui a l’air de... — N’y a pas soin , moussaillon , interrompait l'ancien en haussant les épaules. » ht le novice se taisait sans trop comprendre ; et le récit commencé continuait à marcher sans changer d’allure ; la chanson ne se ralentissait pas , elle ne modérait pas ses élans et ne cessait de bondir follement du grand étai au mât de misaine.

Tous les soirs, qu’il ventât brise carabinée ou qu’il fît calme plat, que la pluie tombât à torrents ou que les étoiles fussent à se balancer dans les cordages, sous la ligne ou dans les latitudes glacées, le même homme arrivait à cette même place. Et alors, — chose rarel car vous êtes discrets, si 1 un de vous l’accostait pour lui demander un petit service , pour lui faire une question ou un aveu, la conversation n’était pas longue , mais ordinairement le solliciteur revenait parmi ses camarades en se frottant les mains.

Qu’il fallait peu d’efforts pour vous satisfaire ! et combien ces légères faveurs étaient loin de payer l’hospitalité qu'offraient vos visages rayonnants au silencieux témoin de vos veillées 1 Aussi vous en sera-t-il toujours reconnaissant, et il est heureux de pouvoir vous témoigner hautement sa gratitude, car c’est à lui de révéler ce que ses observations lui

firent reconnaître de beau et de noble en vous , à lui de faire votre portrait, c’est-à-dire votre éloge.

Arrière donc, boudoirs guerriers de l’amiral et du capitaine, arrière les sabords aux rideaux de soie, et les meubles d'acajou massif, et les tapis et les glaces de la somptueuse galerie !

Arrière la grand’chambre de l’élat-major, la cabine de l’officier, le poste rieur des aspirants, et même l’antre enfumé delà maistrance!

En hautl au grand air! sur le pont! sous la ralingue de grand’voile ! auprès de la grande amure ! sur ces passavants oü piétinent les gens de service I Et maintenant, pour la seconde fois : Salut a vous , bons matelots , mes vieux camarades , salut à vous et bon quart I

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