II
LE CAPITAINE
FONCTIONS ET DEVOIES.
Aux termes des ordonnances, le capitaine est l’officier chargé du commandement d’un bâtiment , c’est l’homme qui exerce à bord le pouvoir et la justice suprêmes.
Dans le langage vulgaire , dès qu'il est question de marine, le capitaine éveille la même idée; de sorte que , chose vraiment digne de remarque , les gens du monde se conforment plus exactement que les marins à la dénomination réglementaire. En effet, quoique les titres maritimes soient généralement donnés en raison des fonctions exercées sur le navire pris isolément , bien moins qu’en raison do grade obtenu dans la hiérarchie navale, le capitaine fait exception. S’il est officier supérieur, c’est-à-dire capitaine de vaisseau ou de frégate , on le nomme
toujours commandant, et même assez souvent on désigne ainsi les simples lieutenants de vaisseau appelés à commander un navire de l’État.
Dans la marine marchande , on ne se sert jamais que du titre de capitaine pour les capitaines au longcours pourvus de commandements. Toutefois , à bord des bâtiments commandés par des maîtres-caboteurs, le nom de patron est encore employé.
Le capitaine, le vrai capitaine — est un marin consommé, fort de son expérience, hardi sans témérité , prudentsans faiblesse , et qui possède , en outre, l’art de commander aux hommes. Il sait gouverner les masses , en tire le meilleur parti possible , fait plier les natures rebelles, dompte les plus fougueuses, utilise les plus ingrates , rend son autorité puissante et légère à la fois , assimile l'état-major et l’équipage au vaisseau qu’il monte , forme un tout homogène des mille éléments humains et matériels dont il dispose, imprime un mouvement normal à cet ensemble complexe, le domine incessamment , le pénètre de sa volonté , le force à vivre de sa vie et en est l’âme. ,
Tel est l’idéal du capitaine , homme rare comme toute perfection , et qu’on ne rencontre guère plus souvent que l’orateur de Cicéron, l’architecte de Vitruve, l’homme d’État de Platon, ou le guerrier d’Homère.
U faut donc descendre à l’observation des faits ,
LE CAPITAINE
et dès-lors le capitaine sera simplement le marin qui commande on navire- Or, tant vaut l’homme, tant vaut la chose ; ici les ligures se multiplient à l’infini-^ L’on aurait mauvaise grâce à vouloir jeter dans le même moule le jeune officier qui pour la première fois est maître à son bord , le vieux commandant qui monte son dixième vaisseau , l'entreprenant corsaire , le pacifique navigateur, l’ours de mer et le diplomatei le père des matelots et le despote , le commandant habile et le capitaine incapable.
Ces individualités diverses n’ont de commun que leurs devoirs. Ceux-ci les remplissent, ceux-là les négligent, les uns portent légèrement le fardeau, d'une immense responsabilité, les autres en sont accablés et se le rendent plus lourd encore par des craintes exagérées, par des terreurs puériles.
Après s’être informé de l’état du navire qu'il voudrait monter, le passager se hâte de prendre des renseignements sur la personne du capitaine. C’est ainsi qu’on procède à terre : — mais le marin , plus sage , l’expérience l’a rendu tel . tient avant tout à savoir quel est l’homme qui va régner sur lui. Que la coque soit vieille ou neuve, bonne on mauvaise marcheuse, lourde ou légère, molle ou volage, qu’elle soit vaisseau , frégate, corvette, brigoucétre, troismâts ou goélette; ses qualités , sa forme, ses dimensions, importent peu auprès du caractère et' du talent du capitaine.
LES MAHINS.