‹ Tableau de la merChapitre 4 sur 57 · KK · texte numérisé non relu

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— . J'ainierai.<( mieux, dit le matelot, naviguer dans une chaudière percée avec le capitaine Peun , que dans un Louvre d’or el de perles avec le commandant Lorgnon.

Ll I oflicier subalterne , quand il reçoit l’ordre d’embarquer sous un tyran célèbre, préférerait rau' contredit, avoir reçu celui de risquer sa destinée sur un méchant bateau , comme la Lilloite de néfaste mémoire, si toutefois ce méchant bateau était monté par un capitaine brave, loyal et digne en un mut de la mission de commander, ainsi que l'était du reste l’infortuné Jules de Dlosseville.

0«e de ruses n’a-t-on pas mises en usage pour fuir certains capitaines ! Que de moyens héroïques ont été employés en pareil cas ! Afin d’obtenir un congé , on fait valoir des affaires de famille pressantes , ou une santé délabrée: on sollicite une mission plus désagréable en apparence; on se rend véritablement malade pour être mis à l’hôpital; on remue ciel et terre ; le député de l’arrondissement fatigue le ministre de la demaude de faire appeler à Paris un protégé qui débarquerait ainsi, et laisserait sa place à une autre victime. Mais si rien n’a réussi, une dernière ressource reste; toute cruelle qu’elle est on l'emploiera: — On brise son avenir, on renonce à son grade , à sa carrière , à son gagne-pain quelquefois , mais on ne partira pas. >

Tel capitaine est redouté an point que personne ne

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le suivra que par force majeure. Tel autre, renommé pour son expérience , pour la noblesse de son caractère et l’égalitéde son humeur, est accablé par les demandes d’embarquement à son bord. Une moitié de son équipage est composée de gens de bonne volonté , tous ses aspirants de marine sont venus le prier de les prendre avec lui, et si les règlements lui laissaient la faculté de former son état-major d’officiers dévoués à sa personne , il n’aurait que l’embarras du choix. Mais le capitaine . qui jouit à bord d’une multitude de prérogatives, n’a le droit de désigner, le jour de l’armement , qu'un seul de ses officiers ; tous les autres lui sont imposés par les règles du service. Il ne peut même que par exception, choisir l’officier en second qui sera l’agent direct de son autorité , la cheville ouvrière du navire. — Ainsi, un bon capitaine est exposé à souffrir par ses subalternes, cequ’ailleurs les subalternes souffrent sous un mauvais capitaine.

On conçoit cependant que plus un homme est capable, plus sa position est belle à bord du vaisseau qu’il dirige et gouverne en maître souverain.

De loin, c’est toujours sur le capitaine que s’arrêtent les regards; aussi la carrière maritime semble t-elle pleine de charmes; elle doit séduire les esprits élevés , les cœurs généreux , les imaginations enthousiastes.

Od voit le commandant d’un vaisseau de haut

bord, faisant agir d'un mot son peuple et sa machine de guerre , il est en présence de l'ennemi , son front resplendit d’une auréole de gloire; il observe froidement les manœuvres de son adversaire; il les déjoue par des manœuvres plus adroites, il exalte le courage de ses compagnons , il déploie l'énergie , le sang-froid . les talents les plus dignes d’admiration.

On le voit ailleurs entouré par des périls d’un autre genre , etles conjurantavec une égalehabileté ; c’est la mer furieuse , les vents déchaînés battant en côte son noble vaisseau ; il est là , il soutient la lutte , il ne cède pas, il n’hésite point; — des rochers se dressent autour de lui , c’est la perte totale , la mort de mille homme, la ruine d'un chef-d'œuvre, l’une des richesses de l'État; il est maître de lui , sa voix brève indique le seul moyen de salut qui reste encore ; la moindre erreur serait irréparable. Mais mille .hommes insouciants, tant ils ont de confiance en lui , obéissent à son geste , et le vaisseau double triomphalement les récifs qui le menaçaient. Une voie d’eau , un incendie se déclarent-ils , il vaincra de même !

Le capitaine apparaît encore comme un navigateur aventureux qui sonde des mers inconnues à travers les plus imminents dangers.

Il se montre enfin exerçant journellement son pouvoir prestigieux , et l’on bat des mains 1 — Mais on ne sait pas que sa couronne , si fleuronnée qu’elle

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paraisse , est bien souvent , hélas ! comme toutes les antres, une couronne d’épines.

En montant à bord , le capitaine doit commencer par se dompter lui-même ; il faut qu’il dépouille entièrement l’homme privé, qu’il renonce à ses goûts, à ses affections, à ses sentiments personnels. Pour lui , pas d’égaux , pas de camarades , pas d’amis ; jamais de naturel , jamais d’abandon.

Quand il sera triste , personne ne viendra frapper sur son épauleel lui direlralerncllement ; — a Allons ! vieux I courage ! pas de bêtises ! Voyons! le métier est le métier, et viens t’en fumer une pipe! » Le dernier matelot a un consolateur, il n’en a point. Quand il sera gai , qu’il se garde de le laisser trop voir. Sa dignité lui défend la joie, plus encore que le chagrin ; car la joie est expansive.

Le commandant c’est le comédien qui entre en scène, — le juge qui s’assied à son tribunal, — mhis la pièce dure trois ans , — trois ans entiers il préside sur une sellette de fer ! Pas de distractions ! Acteur, à votre rôle ! Quoi ! vous osez rire , pleurer, vous reposer, vous interrompre ! A votre rôle , vous dis-je.Oubliez-vous ce parterre inexorable qui ne veut en vous rien d’humain? C’est un automate ou un Dieu qu'il demande.

Le parterre du commandant doit lui obéir, le craindre , le vénérer, — triple but si difficile à atteindre et qu’un instant d’oubli éloigne à jamais.

La familiarité, l’indulgence qu’on pourrait prendre pour de la faiblesse , et le ridicule , le ridicule surtout, tels sont les écueils qu’il devra éviter avec une vigilance extrême. Quelques hommes, senlant mal les exigences de leur position, se sont tout à coup retranchés dans une sévérité cruelle. Sans être naturellement méchants , ils ont cru nécessaire de vexer leurs subalternes; ils ont recueilli la haine uü ils voulaient une crainte respectueuse. Us ont dépassé le but , et nécessairement leur navire est mal tenu.

L’obéissance complètement passive ne supplée pas au zèle intelligent ; elle répond volontiers comme le gars de Falaise: — o On ne l’a pas dit. » — Tout ce • que le capitaine n’a pas formellement et positivement ordonne est négligé à dessein. On sert mal , en un mot , parce qu’il ne sait pas commander.

Aussi, quel tact! quel jugement.! quelle persévérante énergie ! quelle activité intellectuelle et morale 1 quelle puissance de volonté ne faut-il pas pour çmitenir chacun dans les bornes du devoir, pour obtenir de tous du bon vouloir, de la subordination et de l’ardeur, sans froisser les susceptibilités, sans choquer les amours-propres, sans soulever les passions mauvaises ?

Un vaisseau est bien difficile à bien conduira , mais qu'il est plus difficile de bien gouverner un équipage, et surtout un état-major. Le commandant a sans doute le pouvoir de faire plier tous ses subal-

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ternes , mais encore faut-il qu’il soit doué de la fermeté nécessaire. Enfin, supposons-Ie tel qu’il devrait toujours être : — Il possède à la fois ces grandes facultés de l’àme , sans lesquelles ou n’est qu’un chef médiocre ; il n’ignore aucun des secrets du métier, il manœuvre et administre également bien ; sera-t-il dignement secondé? — Par une sorte de fatalité, n’arrivera-t-il point que l’incapacité de l’officier chargé de l’e.xécution de ses ordres , détruira tout le bien qu’il veut faire? Parmi les membres de l’étatmajor, n’y aura-t il aucune de ces méchantes natures dont la présence seule engendre la zizanie ? Ne faudra-t-il pas sévir exemplairement , lorsqu’on voudrait être indulgent et paternel ? — Tout bomme a des instincts d’opposition contre le pouvoir établi; les efforts du commandant iront peut-être échouer devant la malignité de ses inférieurs ; car si les petits sont exposés à l’injustice des grands , les grands ne sont pas à l’abri des sarcasmes des petits. Et des interprétations perfides peuvent détruire l’effet des plus sages ménagements.

Le capitaine de frégate Cornet-Dusseuil , qui a été connu dans la marine de l’Empire et de la Restauration par scs éminentes qualités , disait un jour devant un cercle de jeunes officiers :

— Vous pariez à votre aise du commandement , mes bons amis ; quoi de plus charmant , n’est-ce-pas ? Commander, c’est, selon vous, être libre de toutes

ses actioDs , choisir ses heures de service ou de repos, avoir un canot à ses ordres, jouir du confort et du luxe maritimes , être bien logé , bien servi , bien installé, pouvoir représenter fort largement, et ne jamais manquer de rien , car on est maître de se faire payer quand on veut, on n'a qu’à dire un mot et le commissaire obéit. Vous vous comparez au capitaine, et vous enviez son sort , comme les matelots envient le vôtre. Vous trouvez que le capitaine a toutes les roses du métier, et que vous en avez toutes les épines; les matelots, il est vrai, en disent autant quand ils se comparent à vous; mais passons! Je veux vous déclarer ici , sur l'honneur, que , commandant une belle frégate, il y a une quinzaine d’années, il m'est arrivé d’envier le sort du dernier mousse.

On se récria de toutes parts ; on fit des questions. Le marin en retraite souriait ; mais à la fin , fronçant les sourcils , il s’écria brusquement ;

— Mon second étaitun âne, mes officiers prenaient à rebroussé -poil tout ce que je faisais, l'équipage gâté par le mauvais exemple, se conduisait à la diable !

Quelques exclamations se firent entendre.

— Dans mon état-major, poursuivit le commandant retraité , se trouvait un certain Valentin , bel esprit et railleur, qui me faisait passer pour un sot. Je n’ignorais rien de ce qu’il disait, je l’avais maintes fois entendu de mes propres oreilles , vous savez

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qu’on se touche à bord. Je me fatiguai de patienter, et lui adressai en tête à tête des observations modérées. Il en Gt des gorges chaudes, et les autres d'applaudir!... J'aurais pu, j'en conviens, user de violence , le traduire devant un conscH comme ayant teuu des propos de nature à fomenter le désordre; mais cela me répugnait, je ne voulais pas être juge dans ma propre cause ; je tâchai d'endurer encore ses sarcasmes perpétuels. J'eus beau faire; un mois après, il fallut en venir aux dernières extrémités. Je me posai en barre de fer : les arrêts , la consigne , les ordres de service les plus durs, une surveillance excessive , le régime de la terreur, furent mes ressources envers les ofûciers. Les aspirants et l'équipage s’en ressentirent. La fosse aux lions ne désemplissait plus; les matelots passaient au bloc un temps considérable , les coups de corde roulèrent fort et ferme. Cela dura six mois. Je matai mon monde , le service marcha; mais mon caractère s’était aigri, mon physique s’en ressentait , je tombai malade , et j'eus besoin de deux ans de repos pour me rétablir. Depuis, j’ai commandé plusieurs fois. Je n'ai jamais puni un ofGcier ; pas un matelot n'a subi de peine corporelle , et j'ai mérité la réputation que vous connaissez tous.

Ces paroles d'un vieil ofGcier, désormais impartial, puisqu’il était retiré de la marine, nous donnèrent à réfléchir. Il ajouta , du reste , quelques mots

sur les ordonnances el nous prouva qu'elles sont plus sévères pour le capilaine que pour personne à bord.

Elles exigent de lui une foule de soins rainulieux , elles lui imposent une effrayante responsabilité materielle et morale. Elles lui commandent l’héro'isme ou l'abnégation avec une impassibilité parfois sublime; puis à chaque instant , elles le menacent du conseil de guerre.

Lesordonnances , comme lessubalternes, attendent de lui plus que des qualités , elles veulent qu’il ait des vertus; ses faiblesses sont des crimes que le Code naval punit de la destitution , de la mort , de l’infamie.

La grandeur des devoirs si impérieusement tracés au capitaine en compense le poids; mais encore faut-il un noble cœur, lorsqu’on a la conscience de toute leur étendue, pour les accepter sans hésitation , sans craintes , sans regrets , sans arrière-pensée de lucre ou d'ambition, mais simplement parce qu’un tel rôle est un rôle de dévoûment , magnifique de difficultés et de périls.

Pendant l’armement , le capitaine doit se montrer organisateur habile , installateur adroit , connaisseur expérimenté en fait d’hommes , et parfois vigilant comptable; tous les esprits ne sont pas également aptes à ces soins divers ; l’on comprend qu’un vaillant manœuvrier puisse n’y entendre que peu de chose. Et cependant, si l’armement ou l’établissement des

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rôles de combat ou de manœuvre pour lesquels il a fallu juger de l’aptitude de chacun, laissent à désirer, on s’en ressentira durant toute la campagne.

A peine en rade , le capitaine réglera le service. Ici c’est d’un autre genre de tact qu’il devra faire preuve. Du jour où l’on sort du port, la discipline maritime change ; les ordres du capitaine vont donner à juger de sa capacité comme chef.

On le jugera, comme marin, dès le moment de l'appareillage qu’il commandera en personne , car dans toutes les grandes opérations il dirige les mouvements du vaisseau. Lorsqu'on lève l’ancre pour s’élancer en plaine mer, lorsqu’on approche des côtes, lorsqu’on arrive au mouillage, il est sur le banc de quart et dicte ses commandements à l’ofiicier de manœuvre qui les transmet à l’équipage. En escadre , pendant les grandes évolutions, il commande; il commande au fort de la tempête ; il commande quand a sonné l’heure du combat. C’est lui qui doit sauver le navire en danger, c’est lui qui doit vaincre pour l’honneur du pavillon.

Nous voici donc ramenés à l’instant solennel où le capitaine a devant lui la gloire, derrière lui le déshonneur !

Ouvrons les ordonnances , et nous verrons comment elles veulent qu’il se comporte en présence de l’ennemi.

Depuis longtemps elles lui ont prescrit de se préoc-

cuper spécialement de l'instruction militaire de l’équipage el de la répartition des hommes aux postes les plus convenables pour l’éventualité du combat; aussi commencent-elles en ces termes :

<f Dès qu’une voile aura été aperçue, et que la » rencontre de cette voile sera jugée prochaine ou » seulement probable, le capitaine naviguant isolé- » ment ordonnera toutes les dispositions nécessaires » pour le combat.

» Après s’ôtre assuré de l’exécution de ses ordres, » il manœuvrera de manière à pouvoir prendre la » position la plus avantageuse pour combattre s’il y I) a lieu. »

Suivent quelques détails techniques ; mais l’ordonnance voit surtout dans le navire un combattant faisant partie d’une force navale, aussi elle ajoute peu après ;

(( En armée, en escadre ou en division, aucun » capitaine n’engagera le combat que sur le signal » du commandant en chef, ou par suite des instruc- » tions qu’il aura reçues.

» Cependant , si l’ennemi commençait le feu , ou » si la nuit, la brume, ou la position de l’armée, » ne permettaient pas la transmission des signaux , » le capitaine attaqué devra riposter sur-le-champ.»

Après cette mesure d’ordre, le règlement va déterminer le cas où il faut vaincre ou mourir. Il n'y a pas de milieu ; l'article suivant n’admet pas la possi-

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bililé de se rendre ; capitaine, équipage, vaisseau, seront sacrifiés.

. a Tout capitaine défendra de tout son pouvoir I) le pavillon du commandant supérieur, dont il est » le matelot (') , soit d’avant , soit d’arrière, et il se » fera plutôt couler bas que de l’abandonner. » L’ordonnance vient de commander d’être héroïque; dans d’autres cas , son style sévère enjoindra tour à tour la bravoure , l’habileté, le sang-froid, la grandeur d’âme. •

a Tout capitaine accusé par le commandant en U en chef ou par son chef direct de désobéissance à U ses ordres , de l’avoir abandonné ou faiblement U soutenu dans le combat , et de n’avoir pas pris au » combat toute la part possible , sera traduit devant » «» conseil de guerre. »

« Si l’ordre prescrit pour le combat est rompu , » etc... tout capitaine s’efforcera de rallier un bâti- B ment portant un pavillon supérieur engagé au feu.

» S’il y a impossibilité, etc..., il manœuvrera de » manière à prendre la plus grande part au combat.

O Le capitaine qui ne se sera pas conformé aux B présentes dispositions , sera traduit devant un con~ * seil de guerre. »

« .... Si la ligne est coupée, les capitaines des V deux bâtiments entre lesquels l’ennemi aura péné-

(1] Matelot, en ce sens , signifie voisin.

» tré , seront traduits devant un conseil de guerre. »

« A moins que le bàliment ne soit hors d’état U de manœuvrer et de combattre à son poste , aucun O capitaine ne cessera le feu et ne quittera son poste U que sur un ordre du commandant en chef ou de son 1) chef direct.

» S’il s’écarte de cette disposition , il sera traduit » devant un conseil de guerre, o

N’est-il pas vrai que ces articles brefs et arides comme une consij^ne , sont sublimes de froide impassibilité ? — Car dans la plupart des cas, le conseil de guerre sous-entend la condamnation. Pleins d’une sombre énergie , ils rappellent cette phalange macédonienne placée au dernier rang pour percer de ses lances tout soldat qui tenterait de fuir.

« Si malgré ses efforts , la perte du bâtiment est û inévitable , le capitaine s’occupera d’abord de » sauver l’équipage : il veillera ensuite à laconser- 0 valion des rôles et autres pièces relatives à la » comptabilité , et au sauvetage des effets de l’équi » page , des approvisionnements et objets d’arme- » ment qu'il pourra faire extraire du bâtiment.

» Il ne quittera son bâtiment que le dernier.

» Il justiflera de sa conduite devant un, conseil de » guerre. »

L’ordonnance , en Bxant les devoirs du capitaine de brûlot , dit textuellement ; o II mettra lui-même le feu au brûlot et ne le quittera que le dernier. »

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Le vaisseau qui coule sous le-feu d’une escadre, le navire naufragé que la mer emporte par morceaux , ou qu’elle attire tout entier dans ses profondeurs , le brûlot qui va dévorer un bâtiment ennemi, ne seront jamais abandonnés par le capitaine que si les autres gens du bord sont déjà partis.

Tout cela est beau. Ces lois superbes placent le capitaine sur un glorieux piédestal. Les subalternes n’ont qu'à obéir, quoi de plus simple! mais il commande lui , et dès que l’heure du danger est venue , il sait que tous ses compagnons , officiers , maîtres , matelots , entièrement soumis aujourd’hui à sa volonté souveraine , sont autant de témoins à charge ou à décharge. Il sait que son avancement , sa réputation , ses capacités , son honneur même , seront compromis, si la fortune lui est contraire.

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