‹ Tableau de la Pologne ancienne et moderneChapitre 19 sur 43 · V influence funeste de l'Allemagne ( i iSo*laSol · texte numérisé non relu

V influence funeste de l'Allemagne ( i iSo*laSol

Après le partage de la Pologne entre les fils de Boleslal^ III (en 1 139), disparaît toute la grandeur

(i) LoniAi , SoM. ut supra , t. II , iSg. Ano. ut supra , 178, (3) Mathieu Cholbwa., II , 7.

343 TàBLBàU 0£ LA FOLOGNE.

ancieane de ce pays, L'Allemagne , faible et divisée alors, cessa d'être menaçaote peur les Polonais, et ae leur servit plus que comme modèle de. barbarie. Dans les duchés polonais paraissent (en ii^5^ii5% I j 78 ) les moines allemands à coté des français (i). Les petits ducs polonais imitent les petits ducs allemands, et les hauts magistrats polonais Teuient suivre l'exemple des seigneurs féodaux allemands , quMls voient l'égner sur les terres slaves. M. Lelewel indique parfaitement le désordre qu'amena, en Pologne, la législation allemande; je ne répéterai donc paâ ce3 détails impc»*tans que le lecteur peut juger lui-même.

Kasimir, qui fut roi ensuite , avait demeuré longtemps aux bords du Rhin, chez un comte allemand ^ nommé Lampfrid, eomme gage du traité concla par Boleslas IV avec l'empereur Frédéric Barbe- Rouase, et il emmena. ensuite , est Pologne, le petit*fiU de ce seigneur. Les Piasts de la Silésie se rapprochaient tous les jours des AUemands , et méprisaient leur ancienne patrie. Les calamités du treizième siècle et les invasions des Tatars, des Prussiens, des Podiaques et des Lithuaniens, qui eurent lieu à cette époque , occasionèreut la dépopulation presque complète de la Pologne , et on fut obligé de former des colonies allemandes aux bords de TOder '. ■ II. .. .11 1 ■■■ Il 11 I . I I -

( l) Son. nt supra, t. I , p. 894.

LITTERATUiLE. — INTRODUCTION. 343

et de la Wîrtule. Mais si la Pologne perdit d'un côté, elle profita de Tautre; car, par suite de ses malheurs politiques, elle resta entièrement étrangère aux disputes tkéologiques et à toutes les ab^ surdités savantes du moyen âge. Elle avait des domi* nicains , des fîraneiscains et plusieurs autres ordres religieux j mais ils étaient contraints par la nécessité à tourner l'activité de leur esprit vers un but purement moral et intellectuel, à propager les saines doctrines au milieu de la corruption générale , et à communiquer le christianisme aux païens limitrophes de la Pologne et étrangers aux Slaves. Ainsi , c'est la ccmservation de l'esprit national , des mœurs et de la langue de ses ancêtres , que le Polonais doit aux ministres du christianisme.

Cependant l'Allemagne paralysa bientôt cette saine direction f des miracles , des absurdités et une fausse érudition qui s'empara de l'imagination dépravée- de la race germanique, trouva des imitateurs maladroits en Pologne; et ce qu'on n'avait jamais vu jusque-là , les prétendues lumières allemandes tcmrnèrent la tête de nos écrivains , qui deviennent plus ignorans dans cette époque que dans celle qui l'avait précédée. Il est vrai que ces absurdités étaient connues depuis long-temps en France ; mais ni Gallus ni aucun autre ecclésiastique français ne nous les avait communiquées. C'est donc dè§ cette époque que les miracles remplacent les

faits historiques dans nos écrivains, et que -les copistes de Gallus y de Mathieu Cholewa , de Kadlubek^ corrigent ces auteurs de telle manière qu'une obscurité complète se répand sur nôtre histoire.

4. La Pologne se débarrasse des ténèbres de î Allemagne j et renouvelle ses rapports auec la France et f Italie (i25o-i35o).

Les Polonais se rendent dans les universités françaises et italiennes. A Paris, ils sont comptés au milieu des Anglais (i), et un des Piasts, Conrad , qui y étudiait , est nommé à l'évêché de Bamberg. Mais c'est surtout dans les universités de Padoue et de Bolpgne qu'ils sont bien appréciés. Us remplissent des fonctions académiques; ils deviennent recteurs. A Bologne, on les inscrit au nombre des peuples d'au-delà des Alpes. Us sont souvent arbitres dans les débats des savans des nations ultramon^ taines (2),

Cependant , aux bords de la Wiatule , le clergé travaille à repousser l'esprit allemand. L'archevêque Fulco, son chef y publie une loi où se trouvent ces mémorables paroles : Item statidmus^ ut omnes ecclesiarum rectores seu plebani per unwersam diœcesis Poloniœ gerites çonstitutij pro honore sua-

(i) BuLfUS , Uniç. Paris. Hist, t. III , p. 558.

(a) 4çi(i ap' Faitohis, Hist, archigymn^ Bonon, , p. II> p* yo..

rwn ecçlesiarumyetadlaudem'dominicamj habeant scholas per Ucentiam domirdcam statutaSy nonpo^ nont theutomcam gentem ad regendum ipsas, nisi in polordcâ lingiid ad auctores exponendos in loti'numpolonice informati. L'autre archevêque, Swinka^ renouvelle deux fois cet ordre. Et ainsi , grâce aux progrès des lumières chez les peuples de la race latine, et à l'amour de la patrie qui anime notre clergé, nous parlons aujourd'hui polonais , tandis que nos anciens compatriotes de la Silësie et des Poméranies^ auxqueU nous n'envions point leur sort, sont devenus Allemands.

C'est à cetle époque que vivait notre célèbre Martinus Polonus , et que notre Vitellio enseigna à l'Europe les lois de l'optique qu'elle n'avait pas con* nues jusqu'alors.

Dans l'état actuel des conuaissances historiques ^ à peine pourrions»nous avoir quelques idées vagues sur le treizième siècle ; et tout le jugement raisonnable qui nous guide dans les études sur le moyen âge de la Pologne, nous le devons aux travaux gigantesques et à l'esprit philosophique de notre célèbre historien M. Lelewel. Toujours méfiant et timide à avancer de grandes idées, ce savant préfère surcharger ses écrits d'une foule de remarques appuyées sur les faits qu'il déterre avec la plus grande peine, que de hasarder des opinions qui ne parlent qu'à l'imagination et sont démenties par les faits.

346 TàBUAV DE hÉL FOLOGiri.

Ëo payant un }U»le tribut à ses talens je dois prë* venir mes lecteurs , que là où il défend une ifdée ^ et où il s'efforce de lui donner toute la clarté possible , si elle est démentie un jour, c'est par la décotiverte de nouvelles sources historiques ignorées aujour* d'hui j et non par la faute de l'esprit critique de Fâoteur. Telle est l'opinion de tous mes compatriotes, et il m'est doux d'être leur organe dans ce moment. Ainsi M. Lelewel dit que les Polonais, en TisHant à cette époque les universités italiennes et françaises y remportaient dans leur patrie^ toutes les lumières que l'étude des savans de l'Occident arraciiait alors à l'ignorance; et toutes les haiHes idées qui n'y brillaient qu'an milieu d'obscurités fatigantes ^ se présentaient aux Polonais dans toute leur pureté ^ et dégagées des monstruosités locales. Nous ne trouvons , en Pologne , poursuit ce grand écrivain , aucune trace des débats scolastiques , qui étaient sî généraux dans l'Occident ; et un jour, quand nous aurons plus de matériaux historiques, peut-être pourrons^ous dire^ avec une noble fierté, que notre x^lergé seul dans toute la chrétienté sut préserver son esprit de la contagion universelle.

£n appréciant ensuite les effets de ces sérieuses études de nos ecclésiastiques, M. Lelewel fait un parallèle très-curieux entre le code de Kasimir-le- Grand (en 1 347) et la Bulle d'Or (en 1 356) de l'empereur Charles IV. L'un sert de base à la constitu-

LITTJgRATIIRE. -*- INTBOOUCTIOir. 347

tioa future de ta Pologne; l'autre est un acte non moins iniportajit dans la législation de rAllemagne, Là 9 uous voyons l'assemblée légîslatiTe composée de sages évâques ^ ayant à leur tête le grand roi , père de son peuple^ et son langage sévère ne se souille jamaîs d'aucune absurdité ; tandis qu'ici les législateurs^ VApocalypse à la; main, rédigent la constitution du Saint-Eis^re et de sei sept électorats , qui sont ces sept doiandeliars , lumières ou esprits , dont l'existeBce est prouvée dans le livre des révélations de ^int Jean.

5. Fondation de r Université de Krakoéne à Finstar de celle dé Paris. (i35o-i45o.)

L'Université de Krakovie est la plus ancienne de toutes les écoles de ce genre sur le continent du nord i elle fut fondée par Kastmir-le*Grand en 1 347 > taqdis que celle de Prague en Bohème ne le fut qu'en i36o ou j386, celle de Vienne en Autriche en i365^ celle de Leipzig en i4o4« £lle fut organisée d'apr^ le mode français^ et le pape Urbain Y, Qn 1 364 % l'égala à toutes les autres universités de l'Europe, excepté la seule Faculté de théologie. laroaW Skotniçki, archevêque de Gnèzne, mit tous ses soins à lui donner le caractère national, et cornn^nça par réorganiser toutes les écoles qui se trou^ vaient alors dans le pays. C'est dans ce temps que Ws bibliothèques paraissent de nouveau sur les

348 TABLEAU D£ LA POLOGlfE.

bords de la Wistule , et on voit déjà les auteurs les plus célèbres de l'antiquité cités dans les écrits des plus obscurs écrivains de la Pologne qui renaît de ses débris. L'accroissement de l'Université est lent ; mais les avantages que la nation retire de son existence font chaque jour des progrès gigantesques. Ce ne sont point des écrivains que voulait alors la Pologne , car la connaissance de la langue latine la mettait à même de profiter de tous ses trésors , mais elle avait besoin d'une instruction nationale. C'est donc vers ce but que fut dirigée toute lactivité des savans ecclésiastiques : faire connaître au peuple les droits politiques qu'il avait conquis dans l'espace des cinq siècles , corriger son cœur, développer le bon sens national : voilà son but aussi modeste que sublime. Libres des préjuges qui souillent l'histoire de l'Occident dans cette période, ils repoussent le fanatisme , l'esprit étranger et la barbarie, et, dans les circonstances les plus compliquées et les plus difficiles à vaincre , ils en tirent la Pologne avec honneur. Tolérans à l'égard des autres dogmes et religions, ils ouvrent la Pologtie à tous les étrangers : Juifs, Caraïtes, Arméniens, Grecs, obtiennent des privilèges pour leur ^ulte. On ne voit pas, ni au quatorzième siècle, ni jamais , le clergé polonais prêcher les croisades et inquiéter les peuples païens.

Nous voyons dans ces temps, dit M. Lelewel,

les Polonais attachés à leur patrie, dociles à l'égard de l'autorité légitime, quoique leur gouvernement national soit entre. les mains de rois absolus, enfin tranquilles au dedans, menaçans au dehors. L'assemblée législative de Wisliça fera honneur à la nation dans la postérité la plus reculée. Après la mort du plus honnête des princes (Kasimir-le- Grand), la Pologne est déchirée par les intrigues et les crimes de quelques individus, qui veulent profiter du règne d'un prince étranger (Louis d'Anjou, roi de Hongrie); elle est exposée aux dangers de la domination d'une femme (la reine Elisabeth), et cependant la nation , ses évêques à la tête, repousse toutes les attaques, ne se laisse tromper par personne, et reste fidèle è^ ses sermens. Non, poursuit M. I^lewel, dans de pareilles démarches on ne trouvera une autre source qu'une éducation soignée du cœur et de l'esprit. Si donc le bon sens national repoussait avec dédain les niaiseries de la dialectique, du péripatisme^ de la scolastique; s'il voyait déjà de si bonne heure le but de l'habitant de la terre dans l'amour de la patrie , sans doute ce peuple a le droit d'être fier de son nom.

A peine sorti lui-même de son état précaire dans les douzième et treizième siècles, il communique déjà aux autres peuples son esprit , sa civilisation , ses droits, ses mœurs, ses lois. L'ancienne Russie, déchirée par les discordes des princes de la race

35o TABLEAU DE LA POLOGNE.

conquérante des Russes - Scandinaves , s'était laissé subjuguer par les Tatars^ et restait ensevelie dans ia dornière barbarie , qu'elle ne connaissait pas au temps de son paganisme et de son indépendance slave. Le trône des anciens grands princes de Kiiov, transporté en Gallicie avec le titre de royaiime de Russie 9 passe 9 par le droit d'hérédité, de la famille des Rurik à celle des Piast de Mazovie. Le nouveau roi meurt sans laisser de postérité, et Kasimir-le* Grand, en sa qualité de chef de sa femille et souverain de la Mazovie, réunit le royaume de Russie à la Pologne , chasse les Tatars de Wolhynie, de Podolie et de Kiiovie, qui en dépendent, proclame la tolérance illimitée au rite grec , et les Russes , qui n'avaient aucun droit, aucune législation, aucune civilisation, se trouvent égaux, et entièrement confondus avec les Polonais. Mais restaient encore lés anciennes principautés de la Russie centrale et septentrionale. La Lithuanie les délivre toutes du joug tatar: Novogorod- la -Grande, Pskow, Smoledsk, Minsk, se trouvent réunies sous la domination de leurs libérateurs, dont l'origine est étrangère aux Slaves comme celle des anciens Russes^Scandinaves, mais qui adoptèrent la langue des habitans de la Russie. C'était une conquête! Mais quelle est la différence entre les brigands Scandinaves du neuvième siècle, qui subjuguaient les Slaves orientaux, et les Lithuaniens, qui résistaient seuls par leur valeur

LITTI^RATURE. — • INTRODUCTION. 35 I

au sort de leurs frères, Prussiens et Livoniens , exterminés par les farouches moines armés de TAllemagne I

Ainsi les contestations s'élèvent entre la Pologne et la Lithuanie pour la possession de Kiiow, de la Wolbynie et de la Podolie : Fune montre ses droits de succession et ceux de conquête sur les Tatars; l'autre, qui est aussi libératrice des Slaves, se croit en droit de i*evendiquer la grande principauté de K.iiow. Enfin les inimitiés commencent à cesser par l'union si mémorable de deux peuples si étrangers , union qui ne se termina définitivement que dans l'année 1569. Le seul duché de Moskovie, colonie moitié slave de l'ancienne Russie, et qui ne date que du douzième siècle, étrangère aux Russes , et leur ennemie la plus acharnée dans tous les siècles , reste seule sous le joug tatar; tandis que toutes les principautés de l'ancienne Russie reconnaissent l'autorité des princes qui régnent à Krakovie. Ces princes parlent la langue russe, comme toute la noblesse et la bourgeoisie de la Lithuanie , car ce fut leur langue nationale jusqu'au dix-septième siècle.

Quels services n'a donc pas rendus alors à la civilisation cette Pologne aujourd'hui si mal connue des étrangers, si brutalement déchirée par les mensonges des puissances spoliatrices.

L'Université de Krakovie , organisée sur le modèle de celle de Paris, acclimata sur les bords

35a TABLEAU DE LA POLOGNE.

de la Wistule toutes les sciences connues alors en France; c'étaieùt la grammaire , la logique, la métaphysique y la musique, les sciences physiques et mathématiques y l'astrologie , la morale , la politique 9 la jurisprudence et la théologie. Mais il n'y avait pas alors de ligne tracée entre la théologie et la philosophie; tout était confoadu ensemble, et soumis aux règles barbares du syllogisme. On traitait ces sciences en latin à Krakovie, comme à Paris ; car ni le français ni le polonais ne s'étaient élevés à celte époque jusqu'aux objets scientifiques.

De tous les dialectes slaves , celui de la Bohème fut le plus cultivé à cette époque; et, tandis qu'en Pologne et dans les Russies la langue nationale con^ servait sa rudesse primitive, on voyait déjà en Bo'hème des poètes et des prosateurs. Une singularité remarquable de ce pays était qu'à la cour impériale , au quatrième siècle , la langue bohème était en usage, et que la Bulle d'Or prescrivait sa propagation en Allemagne. D'autre côté , en Silésie , les Polonais, devenus Allemands, donnaient naissance à la poésie allemande moderne. Ainsi il est difficile de ne pas apercevoir l'influence slave sur les Allemands, d'autant plus que le célèbre réformateur Jean Hus était Bohème, et la Lithurgie hussite était slave.

La langue de la Bohème devint à la mode en Po-

iogne y et , eomme l'Université de Prague ne subit point 1^ sort de celle de Krakovie , la Bohème ener-* ^it son influence sur la Pologne.

Mais y à la mort du roi I/)uis, de triste mémoire., sa fille, rîncomparable Hedwige d'Anjou, releva rUni versité 9 la dota, emmena les professeurs de Pk-ague, et, en 1397, obtint du pape B^oiface X un nouveau privilège pour la Faculté de Théologie , qui lui avait manqué jusqu'alors. Les vertus de cette femme admirable, son ardeur pour les sciences, l'union qa'elle établit entre les Polonais et les Busses de la litbuanie , resteront à jamais mémorables. En mourant, elle recommanda par testamant à son mari d'exécuter le reste de ses projets sur l'Université. Jagellon, fidèle à $a volonté , fit tout ce qu'elle désirait, et, en i4oo, ouvrit de nouveau cette école, et lui donna ses privilèges.

Ses nouveaux progrès furent gigantesques, car ses ecclésiastiques ne cessaient de visiter l'Italie. La Faculté de Théologie, qu'on avait obtenue si tard et avec tant de difficultés, devint si illustre, que les docteurs de Krakovie, envoyés au concile de Baie, eurent la première place après <^x de Bologne (i). Le monde tout entier tourna ses regards vers ce concile si célèbre. Les opinions se partagèrent; les uns étaient pour le pouvoir fin

(i) Aetasynod. Basil. , sub a. i43i.

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