‹ Tableau de la Pologne ancienne et moderneChapitre 20 sur 43 · II · texte numérisé non relu

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concile, les autres pour celui des papes. Les docteurs polonais se rangèrent parmi les premiers (i)^ et plusieurs professeurs de Krakovie appuyèrent leurs opinions par des écrits (2).

Maïs la théologie et les affaires ecclésiastiques n'occupaient pas exclusivement le clergé polonais (3); on écrivait des poésies latines , on traitait des affaires politiques du pays (4) > de la législation polonaise des villages , de la législation allemande des villes, de la médecine , des sciences physiques. On enseignait à l'Université Virgile, Euclide (5) y et le nom de Grégoire de Sanok pourrait faire honneur à toute nation fière de sa civilisation.

Telle est la fin de cette époque, qui termina le moyen-âge. Il me reste à repasser successivement, dans une esquisse rapide, les temps qui ont suivi cette première époque littéraire.

6. La Pologne , monarchie slaçe universelle. La langue polonaise triomphe sur le russe et le bohème,

(i) Dlugosz , XII , p. 769. XIII , p. 40.

(2) Jaçob de Paradisio, Detemànatio Theut. in conciUo supra papam, Inter MMss. bibi. Univ. Gracov., et Zaluski, ap. Jamoc.

(3) NicOLAi DE PoLOiriA , Tractatus sarcerdo, peruti/is et sermo. Slip. Evang. Domi. Inter MMss. bibl. Zai^ Janociana, Di.u60SZy XIII, p. a6i. Gbuchard , Chron, sacra,, etc.

(4) Janociana. Inter MMss. bibl. ZAi.U8CiA]rA.

(5) HsssB super evang. Math, a p. Modeste-Watta Kosicki de studio philoso. moralis in Polonia. Krakovie, 1816, p. 6 — 9.

LITT]iRATUR£. INTRODUCTION. 355

Rapports continuels avec t Italie (i45o-i55o).

Wladishs^e-Warnénien , qui périt en i444> occupait les quatre royaumes slaves : la Pologue ^ la Russie y la Lithuanie et la Hongrie. Sous le règne de son frère, Kasimir-Jagellon, outre les trois premiers , les deux Prusses accédèrent à la fédération. Le fils de celui-ci régnait en Bohème et en Hongrie ^ avec la Kroatie , la Dalmatie , etc. , et la Moldavie et la Walachie reconnaissaient depuis le quatorzième siècle la souveraineté de la Pologne , ainsi que tous les bords de la mer Noire et la Crimée, soumise jadis aux grands -ducs de Lithuanie (i). Ainsi Krakovie devint , au quinzième siècle , le centre de la civilisation et de la puissance politique des Slaves. Ce ne fut qu'en 1 5 1 5 que Sigismond P'^ . céda les droits des Jagellons sur la Hongrie et la Bohème à la maison d'Autriche , et j en iSaS, créa ie premier duc en Prusse.

Sigismond V^ refusa même le suffrage du pape, qui lui promettait la couronne impériale d'Allemagne (a), et l'offre du royaume de Suède (3). Son

(z) NAmuszBWicz. Hist, de la Taunde^ i vol. îu-8, deux, édit., daus la Collection des meilleurs écrivains polonais, publiée par Mostowski. i8ox-i8o5. Warsovîe.

(«) OssouHSKi, dans la Fie d'Erasme ritelUo,BuïLeB da 97 mars 1S19» et du 1 3 mai de la même année. François P% roi de France était au nombre des compétiteurs à la couronne impériale. diction, reg.y t. V, p. 48. 49» 60,

(3) Kbombr^ Hist, Pol.yéd. de Bâl«, i568, p. 4^4-

356 T4BLEÂU DE hk POLOGNE.

père, Kasimir - Jagellon , n'avait pas voulu non plus accepter le trône du Bas-Empire, que lui offrait Hassan-Khan , roi de Pei*se , à la seule condi* tion de lui porter des secours (i). Prévoyans et généreux, ces deux monarques préférèrent le bonheur de leur peuple à d'ambitieux agrandisseroens.

Au milieu du quinzième siècle paraissent pour la première fois les diètes. Là, la langue latine est pour les étrangers , le polonais , le russe et le bohème , pour les députés. Dans ce centre de l'esprit national slave, l'élégance et la légèreté des Bohèmes domine avec leur langage, et le latin commence à t<Hnber dans l'oubli. Kasimir-Jagellon, pour prévenir les suites funestes de cet abandon , donna Tordre au clergé et à l'Université de veiller sur son , usage dans les écoles secondaires.

La première imprimerie fut fondée à Krakovie en i474- D^ tous côtés la jeunesse étrangère arrivait dans cette ville , pour y puiser des lumières. Toutes les sciences étaient florissantes. La langue polonaise commençait, en iSao, à être littéraire, et l'influence de la Bohème s'effaçait. Cependant la tolérance régnait toujours , et la sainte-inquisition, qui s'était glissée sur cette terre de liberté, et qui comptait à peine huit à dix sacrifices , fîit supprimée

(i) Krom&r , ut supra, p. 408.

LITTJSRATURB. lUTRODUCTIOW. 357

par les ëvéc|ues. I^ Pologne ouvrk un refuge à toutes les opinions; des milliers d'étrangers^ persécutes pour leurs doctrines, y trouvèrent un astle : l'Angleterre, la Suède, l'Allemagne, l'Italie, T&h pag^e, comptaient des émigrés aux bords de la Wistule.

Mais la religion romaine dominait toujours , et la tolérance lui assurait un triomphe durable. At-* tachée à l'esprit national , die repoussa , au quatoi> zième siècle, les sectes fanatiques Aia^ flageUcuis ; puis la doctrine deWicklef et celle de Jean Hus, qui pouvaient Tune et l'autre unir de nouveau par le dogme la Pologne à l'Allemagne (i). La langue polonaise s'éleva à son point de maturité, et même de nos jours les écrivaias de ce siècle servent de modèle de pureté, de dignité et de piquante originalité. Kentôt l'Université ne put suffire à l'instruction de la jeunesse; on établit de grandes écoles à .Posen, à Léopol, et dans d'autres endroits, pour la seconder. Chaque évêque, disque sénateur, chaque haut magistrat, ne dut alors son élévation qu'à ses talens; fils de gentilhomme, de bourgeois on de paysan, il trouvait le même accueil. Kromer, fils .d'un paysan , Dantiscus , fils d'un brasseur, se succédé-

(i) Voyez les lettres du pape Urbain V adressées au roi Wladistas-Jagellon. Rec, de Mém, surVane, PoLpuh.pikr Niemcewicz, 1. 1, SaS. 396.

rent dans Tëvéché de Warmie avec le titre de princes; Érasme Yîtellio , (ils naturel d'un musicien et d'une cabaretière, obtint l'ëvéché de Ploçk; laniçki^ issu de paysans y reçut la couronne de poète des mains du pape; Stanislas Hosius, cardinal , et l'un des présidens du célèbre concile de Trente, était aussi d'une origine très*obscure. Enfin tout portait alors un caractère de grandeur, et ce n'est point en quelques lignes qu'on peut retracer tout l'éclat dont la Pologne brilla dans cette époque et dans celle qui la suivit.

7. Le progrès de la littérature. La décadence de la cmUsation intellectuelle. V influence funeste des opinions de F Allemagne ( 1 55o-i65o).

Jusqu'ici nous avons vu les progrès intellectuels de la Pologne et de sa littérature; mais comme, dans les époques suivantes , elles s'efFacent l'une et l'autre devant les événemens, l'histoire de notre décadence littéraire, est tout entière dans notre histoire poli* tique.

A peine le dernier rejeton de la race jagelionne , Sigismond* Auguste, eut-il achevé, en iSôg, la grande œuvre de la fédération de la Pologne , de la Lithuanie, des deux Prusses et de la Livonie, qu'il mourut en 157a. C'est alors que se forma la première diète d'élection , où la noblesse représentant tous les peuples des États fédérés se trouva réunie.

LITTiRATURE. UrTROODCTIOïT. 35^

El n'y avait pas là cette turbuleace, ces coups de sabre , ces massacres qu'on trouve au dix-septièin'e siècle. L'esprit de liberté y régnait , les citoyens étaient fiers de la grandeur de leur pays, et dignes de le représenter. Témoin oculaire, le cardinal Gommendoni atteste qu'il n'a jamais vu rien de si beau y, et qu'au milieu de quelques cent mille hommes armés, pas une rixe, pas un accident n'eut lieu; que tout se passa dans l'ordre et l'harmonie la plus parfaite (i). C'est cette illustre assemblée qui proclama. une loi à jamais mémorable, qui garantissait une^ pleine et entière tolérance à tous les rites et toutes les religions (a). La Pologne en avait alors besoin plus que le reste de l'Europe. A l'occident, il n'y avait que deux cultes opposés , le catholicisme et la réforme avec toutes ses sectes; mais en Pologne, outre lune et l'autre, il y avait le rite grec, qui, était professé par le tiers de la noblesse et plus de la moitié des paysans, et qui n'était autre chose que Thérésie de Photius du neuvième siècle. C'est Krakovie qui était pour ainsi dire le point d'union de toute la chrétienté. Le triomphe de la réforme ne pouvait être appliqué qu'au catholicisme, et encore au catholicisme dépravé; tandis qu'aux bords.

(i) Vie du cat-dinal Commendoni, par A. M. Gratiani , traduite par FLécHiBR. Paris 1701. a vol. in-ia.

(s) KoMARSKi. Volumina Ugum, reg, Pol, U, fol. 44i.

36ô TABLEAU DE LA FOLO^BTE*

de kl Wistule ce rite avait conserTe sa pureté primi* tive. D'ailleurs le bon sens éen Polonais méprisait les dogmes, et n'attachait d'importance qu'à la vérite et à la moralité.

Ainsi la diète de i573 , en proclamant une tolérance entière , donna à l'Europe un exemple mémorable et trop peu imité.

La Pologne, qui jusqu'alon marchait en ligne avec les peuples latins dans sa civilisation infellectu^le , et qui dans l'antiquité cherchait ses modèles, d'abord distraite par les guerres que ses ennemis lui suscitaient sans cesse sous divers prétextes ^ se trouva sous la double influence intellectuelle de l'Italie et de l'Allemagne, et sa littérature, prenant aussi ce double caractère , devint tantôt nationale, tautôt religieuse. La première brille de tout son éclat à cette époque: les poètes polonais et latins, les orateurs polonais , les prosateurs sont grands et admirables ; mais ils ne cessent de puiser l^irs lumières en Italie , qui déjà est en décadence sous ce rapport.

L'autre , qui n'a rien enfanté de remarquable , si ce n'est le maintien de la pureté de la langue polonaise, donna naissance, par les misérables disputes des jésuites avec les Grecs et les réformés , à une foule d'écrits dont le nombre seul atteste l'afFaiblissement de l'esprit de leurs auteurs. Cependant les jésuites étaient savans, et triomphaient facilement de ceux qui se bornaient à ia^ lecture de ia

LITTIÂRATtJllE. — INTRODUCTION. 36 1

Bible et des théologiens prcitesuos. C'est donc une psrtie de leurs ouvrages qui appartient à la mivi* t^ble littérature nationale y et elle restera à jamais oomme un monument digne de l'estime delà postérités On peut juger de Tactivité de l'esprit en Pologne, par le nombre des villes où se trouvaient les imprimeries à cette époque, et ce nombre est de quatrevingts (i); mais elles attestent bientôt la décadence de la littératmre , car elles succombent dans les unes par l'activité des jésuites^ et se retirent dans les autres pour disparaître aussi quelque temps après.

Dans l'époque précédente, il y avait moins d'auteurs, moins de beaux esprits, tnoins d'imprimeries, moins de grands hommes sous tous les rapports : et cependant elle est le centre des lumières de la Pologne, et elle est aussi supérieure à celle-là^ que la jeunesse brillante à la vieillesse de l'homme. Tout ce qu'il y a de beau , de grand, depuis i55o jusqu'à i65o, n'est que le résultat de cette époque anté* rieure. Alors tout le monde était savant, la contagion allemande était regardée comme ane niaiserie d'esprit, et toute l'instruction qu'on avait acquise, on la tournait au profit de l'Etat; on renonçait à l'éclat extérieur, on se renfermait dans les bornes

(i) Les noms de ces villes se trou vent désignés dans le TahUau synoptique de la littérature polonaise , publié par MM. Jarrt de Mahct et Léonard Chodzko. Paris, chez Renouard, 1829.

36a TABLEAU DE LA POLOGNE.

modestes d'utilité publique. Ici , la plupart des écrivains ne veulent que briller, on défend des idées religieuses , qui étaient jadis couvertes du mépris qu'elles méritaient.

Le seul règne de Tindolent Sigismond m ( i SSy- 163 a ) compte mille cent quarante -neuf hommes remarquables ; sept cent onze auteurs , bons ou mauvais ; cent dix guerriers distingués (i) ; et cependant ce règne est l'époque de la décadence de la Pologne.

L'Université de Krakovie, si célèbi^, luttait avec les jésuites, qui voulaient s'en emparer ; elle succomba entièrement ; et tout ce qu'elle retira d'avantageux j c'est qu'elle maintint son indépendance.

Mais au milieu de ces calamités politiques et intellectuelles, l'esprit polonais, représenté sous la forme du catholicisme, non-seulement acquiert plus de force à mesure que l'obscurité s'étend rapidement pour lui , mais aussi il domine dans la fédération : la noblesse du royaume de Russie (Gallicie , Wolhynie , Podolie et grand-duché de Riowie ) et de la Lithuanie, qui parlait russe dans l'époque précédente, ainsi que les habitans de ses villes, adoptent le polonais, et deviennent catholiques. Les lois^ les actes de la chancellerie grand'- ducale ; ceux de tous les bureaux publics; enfin les tribu-

(i) SiARCZTirSKi. Dictionnaire eT hommes célèbres du siècle efe Sigismond Ili (ea pol.). a vol. in-8. Lcopol , 1827.

LITT]£rATURE. INTRODUCTIOir. 363

naux abandonnent le russe ^ et tout Revient polonais (i).

Mais d'un autre coté y les deux Prusses , fidèles à leur dogme religieux, s'unissent plutôt à rAUemagne, qui leur fournit des prédicateurs et des théologiens, et un grand nombre de Polonais adopte la langue de cette nation (2).

Quels que soient donc les avantages pour la vérité; quels que soient lej profits politiques des Etats allemands et protestans au dix-septième siècle, nous ne pouvons attribuer à la réforme religieuse aucune influence salutaire pour la Pologne , qu'elle a mise dans cette époque sur le terrain de la théologie, et excita l'opposition du catholicisme et du rite grec; ce qui abrutit l'esprit sous le rapport littéraire , et

(i) Si le célèbre Malte-Brun avait su cette circonstance, s*il avait connu l'histoire du royaume russe , s*il avait su qu'aucun historien ni géographe ne donnait le nom de Russie à la Moskovie avant Pierre 1*^, il n'aurait jamais osé avancer ce qu'il dit dans son Précu de Géographie .* « Le partage de la Pologne fut , de la part « de la Russie, bien moins un envahissement qu'une reprise sur «d'anciens envabissemens. Si les manifestes russes, en 1772$ «avaient développé avec énergie ce grand fait historique, la pitié « de l'Europe pour la Pologne se serait considérablement re- « froidie! » Précis de la Géog, univ, t. VI, p. 6o5. Paris, 1836.

(a) Malgré des circonstances si favorables à l'esprit allemand , il montre aujourd'hui moins de résultats qu'on n*auraitdù l'espérer. La Prusse de Kœnigsberg compte 600,000 Allemands et 480,000 Polonais et Lithuaniens ; celle de Dantzig 33o,ooo Allemands et 3i5p,ooo. Polonais. Platsr, Géogr, de VEst detEw^»

laissa un vaste champ aux conquêtes du fanatisme des trois dogmes du christianisme.

8. La Pologne s*approche du dernier degré de T ignorance. Ses rapports avec la France la retireiU des ténèbres (i65o-i75o).

La prépondérance que TAutriche usurpa dans le gouvernement de Pologne, sous le règne de l'indolent Sigismond III , allait chaque jour «n croissant. Wladislas FV, honnête et brave roi , ne trouvait ' cependant d'autres moyens de servir la patrie qu il chérissait , qu'en suivant les conseils du cabinet de Vienne. Réprimer la licence de la noblesse démocratique , en semant au milieu des plus riches citoyens les germes de l'aristocratie féodale j engager la nation dans la guerre contre les Turcs, la couvrir de gloire, et, profitant de l'instant de son enthousiasme , établir l'hérédité du trône et étendre la puissance royale; voilà ce qu'il méditait, et ces vœux étaient ceux du père de la patrie ; mais les moyens qu'il employa à leur exécution étaient imprudens, car il suivait les conseils de TAutriche.

Ainsi donc ce roi engagea secrètement les Kosaks à envahir de nouveau les frontières de la Turquie, et arma à cet effet Chmielnicki. On connaît les suites de ces guerres, je n'ai donc qu'à donner quelques détails qui se rattachent à la religion.

£n 16499 ce peuple, forcé par la nécessité d'être

rebelle à la Pologne, à qui il devait son existence (i), conclut le premier traité avec elle ^ et se garantit la libre profession de la religion grecque. Mais les jésuites parvinrent h engager le clergé et les nobles, qui presque tous étaient sortis de leurs écoles , à rompre cette convention. Les Kosaks se soumirent doncy en 1654^ du tzar de Moskovie; mais dégoûtés de son despotisme, en i658, ils renouvelèrent Tancien traité, en y ajoutant encore quelques articles très-sages et très-utiles pour la république. Cet arrangement , quoique accepté par le Gouver^ nement, ne fut point exécuté. En 1660, ce malheureux;: peuple renouvela encore une fois ce pacte. M ai« le tzar, profitant des malheurs de la Pologne , lui arracha, en 1667, la cession des Kosaks et d'autres pays russes pour treize ans. Les Kosaks, en 1670, essayèrent encore une fois de retourner à la Pologne. Mais tout était inutile , le clergé paralysait la volonté des diètes. Les Kosaks des Cataractes du Dnieper ( Zaporo viens ) subirent la domination des Turcs, et furent cédés ensuite par eux à la Moskovie. Celleci arracha Smolensk, Tchernigov et la ville de Kiiow à la Pologne , et obligea Sobieski , en 1686 , à lui céder les droits sur ces pays , ainsi que sur les Kosaks. C'est ainsi que l'intolérance du rite grec,

(i) La première colonie de Kosaks date de TanDée i5ai ; elle fut organisée par Sigismond I", et obtint les privilèges d'Etienne Batory.

en Pologne , éleva la Moskovie à ses dépens.

D'un autre coté, le Brandebourg se relève de sa nullité par diverses successions en Allemagne. Jean Kasimir, ex-jésuite et ex-cardinal, ne renonçait pas à ses droits sur le trône protestant de la Suède , et Charles-Gustave n'attendait qu'une occasion favorable pour ravager la Pologne. Il s'unit à l'électeur de Brandebourg , les protestans des villes polonaises lui ouvrent leurs bras ; Jean-Kasimir est obligé de proclamer chaque protestant traître à la patrie, et de les chasser tous de la Pologne. Ainsi , la Suède se tire avec gloire de cette guerre, et le Brandebourg arrache à la Pologne la cession à perpétuité du duché de la Prusse de Kœnigsberg , que son prince tenait d'elle, avec le droit réversible après l'extinction de sa ligne, et sous la condition du tribut, des secours armés et du vasselage.

Enfin l'Autriche, fidèle alliée des jésuites, du pape et de ceux de la grande noblesse qui voulaient se constituer en aristocratie féodale , sème la discorde dans les diètes, achète les votes des sénateurs €t des députés ; et profitant de la guerre de Suède , dans la triste nécessité où se trouvait alors la Pologne, lui donne un secours de seize mille hommes, sous les conditions suivantes (le ay mai 1657^: i*Un des archiducs d'Autriche sera élu roi de Polpgne après la mort de Jean-Kasimir; a* l'Autriche aura toujours la liberté de recruter des soldats en Pologne ; 3* la

Pologne lui paiera, après la guerre, 5,ooo,ooo il. de Rhin; 4^ 1^ salines de Wiëliczka lui seront livrées en gagQ de cette somme; 5* outre la solde et la nourriture de Tarmée autrichienne, la Pologne lui paiera 3,000,000 flor. chaque année de son séjour dans ce pays. Tout cela fut accepté; le général autrichien trahit la Pologne. Cependant l'Autriche conserva le gage reçu par elle en lôSy, et ne le rendit que presque par force, au moment où Sobieski allait au secours de Vienne: les salines de Wiéliczka ne furent restituées que sous Auguste II. C'est dans de pareilles circonstances que le roi , le sénat , la chambre des députés ne représentaient plus les intérêts de la Pologne , qu'ils étaient prêts à soumettre à l'Autriche. Frapper de mort un pareil gouvernement , voilà ce qui restait alors à faire ; et le liberum veto, qui paraît dans ce moment pour la première fois , a rendu ce service à la postérité, en transportant la représentation nationale dans les confédérations armées , où les affaires se décident à la pluralité des voix. SaiE|3 le liberum veto, la diète de 1788- 179a n'aurait peut-être pu jamais se changer en confédération; et c'est cette diète confédérative qui proclama la constitution du 3 mai 1 791, et qui supprima le liberum veto lui-même. Dira-t-on que le liberum veto n'était pas aussi grand dans son principe que monstrueux dans sa forme; aussi utile à l'avenir que funeste pendant quelques années , pendant la plus terrible

révolution , où tout moyen est excusable , quand il s'agit des droits du peuple? Il vaut mieux subir le sort de la Pologne que celui de la Bobème et de la Hongrie. •

On connaît les détails de la délivrance de Vienne par Sobieski ; on sait que c'est à la Pologne catholique que la Turquie doit sa décadence , la Hongrie son esclavage actuel, et l'Autriobe, avec toute l'Allemagne, son salut. C'est ici que cesse Tactivîté de l'Autriche à 'égard de la Pologne, et que commence cellfs de la Moskovie, par suite dçs liaisons du tsar Pierre avec Auguste II.

Mais l'électeur de Brandebourg veut être roi , et ne sait quel nom il faut donner à ce royaume, celui de Yandalie ou celui de Prusse ( i ) ? H préfère le second , car il pouvait plus facilement &ire oublier à la Pologne ses droits sur la Prusse de Kœnigsb^*g, et envahir celle de Dantzig , qui séparait le Brandebourg du pays qu'il a nouvellement acquis» Le tzar Pierre, héritier du despotisme et de la politique d'Ivan-le-Terrible, encouragé par cette démarche, ne veut plus porter le nom de Moskovite , et se proclame empereur de toutes les Russies, pendant qu'il n'a encore que le projet d'envahir la Pologqe.

Telles furent les conséquences d^ l'intolérance du

(l) FaÉDÉbig-lb-Grand. Mémoires potir servira F Histoire tfe ia mtuson de Brandebourg. Berlin et La H8>e, 175 1. lo-ia, p. 10t.

LITTJÉRATDRE. IWTRODDCTIOIT. 36^

te grec et de la réforme en Pologne; la Moskovie pi-it le titre d'une de ces provinces (la Russie )y le Brandebourg celui d'une autre (la Prusse). Mais au milieu de ces pertes ^ Tesprit polonais sortit vainqueur de la lutte contre les maximes et la politique autrichienne; et si le catholicisme gagna par-là avec l'Autriche, la Pologne aura l'éternel honneur de représenter dans cette affaire la chrétienté tout entière. N'est-il donc pas vrai de dire avec un littérateur distingué, M. Nisard, « qu'il y a dans la vie €c étrange de ce peuple, dont le passé confond tou* ce tes les expériences de l'histoire , et dont l'avenir « défie toutes les conjectures , quelque mystérieux ce dessein de la Providence , où la sagesse humaine a ne peut pénétrer. »

Au milieu de tant de malheurs et de cette profdnde obscurité, il ne restait aux Polonais que leurs mœurs et le bon sens national, dont ni le dogme religieux, ni la science des savans, ni les malheurs politiques , ne pouvaient jamais les priver ; ils a vaieq t toujours présens devant les yeux tous leurs droits. Ils détestaient la barbarie asiatique de la Moskovie, les lumières trompeuses du Brandebourg, la légitimité prétendue de l'Autriche. Ils renonçaient à tous les avantages passagers que ces trois puissances retiraient de leur spoliation, par le seul triomphe des dogmes religieux qu'elles représentaient. Fidèles au catholicisme, qui seul était à même de leur II. , 24

promettre un meilleur sort dans l'aTenir, ils étaient intolérans par nécessité; car la tolérance de iSyS n'était que suspendue. Obligés de faire partie de ce corps chrétien si hétérogène, placés dans son centre , ils devaient suspendre toutes les lois pour conserver les droits nationaux. Toute leur histoire, depuis la moitié du quatorzième jusqu'à la moitié du seizième siècle, n'est qu'une révolution intérieure, dans laquelle la noblesse s'empare des droits des autres états du pays , pour être à même d'acquérir des droits à l'extérieur, et communiquer aax peuples barbares les bienfaits de sa civilisation; toute leur histoire , depuis la moitié du seizième siècle jusqu'au milieu du dix-huitième, »'est qu'une révolution dans laquelle cette même noblesse ^ représentant déjà non-seulement la Pologne et la Russie , mais la Lithuanie , les deux Prusses et la Livo' nie , lutte pour conserver ses droits sacrés , avec l'esprit moskovite , qui gagne le cœur d'obscurs paysans parlant russe et professant le rite grec ; avec l'esprit allemand , qui gagne l'attachement de la bourgeoisie réformée ; avec l'esprit autrichien , qui gagne le cœur des riches citoyens en leur communiquant les idées féodales et les titres de princes^ de comtes et de barons du Saint-Empire. Avec une noblesse comme celle de Pologne, oîi , depuis le pins riche sénateur jusqu'au plus pauvre laboureur, tous étaient égaux , où cent et deux cent mille soldats

LlTrÉRA.TURE. — INTRODUCTION. 3'] ï

étaient geotilshommes, et, par conséquent , où presque un million d'individus de diverses fortunes formaient la classe de l'aristocratie; avec cette noblesse, dis-je , il n y avait pas d'inégalité , et si elle existait , ce n'était qu'une nécessité, qu'une loi passagère, et jamais un droit. Nous verrons, dans la diète de i788-'i79a, si c'est là une abstraction ou une grande vérité.

Il De manquait donc rien à la Pologne que de se débarrasser des ténèbres dans lesquels l'esprit de ses habitans avait été jeté depuis un siècle, et c'est à la France qu'elle doit encore une fois son salut. Ses imprimeries succombaient sous les efforts des jésuites; ses bibliothèques périssaient , tantôt par les auto-da'-fé , tantôt dans les incendies allumés par la guerre; ses archives publiques se trouvaient alors en Suède, comme un trophée des victoires remportées sur on pays qui ne lui fit jamais aucun mal. La littérature ancienne tombait dans l'oubli, et les livres qu'on publiait encore ne peuvent être comparés qu'aux moi^struosités des dironiques du treizième siècle. Maû la France brille et avance dans cette époque irers sit véritable grandeur. Le mariage de Wladislas IV et de Jean-Kasimir avec Louise - Marie de Ncvers, celui de Sobieski avec Marie-Kasimire d'Arquien, l'exil de rhonnête Stanislas, qui cherche un asile en France, rapprochent deux royautés entièrement opposées, l'une très-limitée, l'autre illimitée.

La noblesse polonaise visite la France, où elle trouve des mœurs si étrangères à la rudesse de ses voisins d'Allemagne; des milliers d'officiers français servent dans l'armée polonaise; et, encore une fois, deux idées opposées sur l'inégalité nobiliaire se trouvent en harmonie , l'une très >- démocratique , l'autre très-féodale. Le clergé polonais visite aussi la France, où il puise ses lumières théologiques, dégagées du jésuitisme, et voilà les prêtres les plus moraux qui se rapprochent des prêtres les plus in-

StlHlitS.

Cependant, plusieurs émigrés suivent Stanislas en Lorraine , et dans leur nombre se trouvent les deux évêques Zaluski et le prêtre piariste Konarskt. Ils reviennent ensuite dans leur patrie, et tournent à son profit les lumières qu'ils y avaient acquises. Les évêques Zaluski veulent relever la littérature nationale, dans laquelle ils aperçoivent tant de grandeur, tant d'éclat. Us parcourent^oute la Pologne, l'Allemagne, la France, l'Italie, cherchent partout les livres et les manuscrits polonais dispersés; ils consacrent à cet objet une fortune immense, tous les revenus de leurs charges ; ils vivent dans l'intérieur de leurs maisons comme les plus pauvres et les plus misérables de leurs ouailles. Leurs efforts sont couronnés du plus beau succès, ils parviennent à former une bibliothèque de deux cent mille volumes.

LlTTiRATURE. — INTRODUCTION. 873

Konarski , membre de la congrégation des piaristesy ordre dont les principes étaient entièrement opposés à ceux des jésuites , lui donne une nouvelle organisation, envoie les jeunes prêtres en France et en Italie pour y puiser des lumières. Les piaristes luttent avec les jésuites, et triomphent d'eux; ils établissent les nouveaux séminaires, les nouvelles écoles. Les jésuites , de leur côté , envoient aussi leur jeunesse à l'étranger pour ne pas se laisser devancer par leurs antagonistes.

Konarski trouve dans la législation polonaise tous les trésors dont se glorifient les autres pays ; mais là il n'y a pas de contradictions, d'obscurités, tout ce qui est bon est appliqué à la politique. Ici la justice est nulle, des milliers de lois dififérentes Tobscurcissent , et leur quantité est si. grande, que l'étude législative devient impossible en Pologne. Il fait donc un immense recueil des lois de ce pays en huit gros volumes in-folio; il les publie aux frais de sa congrégation , et oblige par-là les citoyens à sonr ger à la réforme législative. Tout promet le meil-^ leur avenir à Ja Pologne, dégagée déjà des obscurités théologiques de l'Allemagne.

Dans cette époque si malheureuse, on ne peut pas dire que l'instruction manquait ni à la noblesse, ni aux paysans; mais cette instruction était pire que l'ignorance, elle consistait à savoir lire et écrire en langue latine, mais, au lieu d éclairer l'esprit, elle

374 TABfiEikU DE LA POLOGNE.

le jetait dans le néant du désespoir. Voici le iëmcMgnage contemporain d'un voyageur français , qui éclairera mon lecteur sur cettç question si importante, tf Ce qui me plaisoit le plus en ce valet que c ce gentil homme m avoit donné pour me con- « duire , est qu'il parloit latin à merveille , ce qui « semble estre quasi naturel aux Polonais, n'y ayant a aucun qui ne scache cette langue , iusques mesœe oc aux enfans de laboureurs et de païsans qui les « envoyent estudier aux villes, iusques à l'âge de « quinze ans, où pour lors ils peuvent aider à leurs « pères , bien qu'ils n'ayent pas le moyen de les « faire estqdier, ce qui oblige les pauvres escoliers « d'aller par les rues demander de quoy vivre en « criant : Pauperibus elemosinam , etc. , ou bien « s'assemblent devant quelque image de Nostre^ ce Dame dans les carrefours, pour chanter quelque « hymne, et quelque autre prière en faux-bourdon, «( durant lequel temps un ou deux d'entre eux ques- « tent avec leur livre ouvert aux passans qui leur «c font des aumônes qui servent à les nourrir pen** « dant leurs estudes , y ayant avec cela des petites ce fondations charitables dans les collèges, pour leur a donner quelque potage, et un peu de pain, dont « la plus part de ces pauvres escoliers vivent, et ce <* qui est de plus merveilleux, c'est qu'ils apprennent « la langue latine en si peu de tems, et avec tant de « perfection, que plusieurs à les voir parler si ieu^nes

L]TT]£rATUR£. -^ INTRODUCTION. 3']5

« et si rhetoriquement , ont cru qu'elle estoit leur «c langue naturelle» (i).

Ce même auteur dit encore dans un autre endroit : ce La langue latine y est si commune, que a. les enfians à l'âge de dix ans^ les laboureurs, ce les bergers, les paisans, les roturiers, les nobles , « les pauvres et . les riches la sçavent parfaite- « ment (a). »

Je me borne à ces citations, que je pourrais encore appuyer par le témoignage du vénérable Niesiecki , membre de la Société de Jésus , qui publia , en 1732 et 1734^ quatre gros volumes in^blio sur les fastes des familles de la noblesse polonaise , où il cite tous les noms de ceux qui léguaient leurs biens ou des sommes en faveur de Tordre des jésuites et pour propager l'instruction dans le pays. Mais revenons à notre sujet.

9. La renaissance de la littératwe en Pologne. Son union a^ec la France, Viies générales sur sa réi^ohuion (1750-1 800 ).

Konarski poursuit ses triomphes. Il trouve les idées politiques désorganisées dans la nation, et il

(i) Le Voyageur d^ Europe où sont les voyages de France , t^ Italie et de Maltlie,d^ Espagne et de Portugal, des Pays-Bas , d'Allemagne et de Pologne, elc. , etc.; par A. Jouvin de Rochkfort , 3 vol. en six parties séparées. Paris, 167a, in- la , t. III, p. 388.

(a) Ibid,, p. 369.

376 TABLEAU D£ LA POLOGITE.

publie des ouvrages sur la réforme de son gouya^ nement; il trouve la langue nationale entièrement corrompue y d'abord parle mélange inou! de mots et d'expressions latines, ensuite par le goût le plus monstrueux de panégyriques^ de phrases enflées, etc. Il publie des ouvrages pour rétablir la pureté , la dignité et la grandeur du seizième siècle; il rend à la langue latine son importance, mais il veut qu'dk soit enseignée comme au seizième siècle, et non comme par les jésuites. Il publie donc une nouvelk gramnlaîre , et renverse l'autorité jésuitique de l'inconcevable Alvarès. Il voit le cœur honnête de ses compatriotes; mais la rudesse du dix-septième siècle étouffe son esprit , il établit donc un théâtre dans le collège des piaristes , fait traduire et traduit luimême quelques pièces dramatiques de la France, qui sont représentées par les écoliers.

Les jésuites^ de leur côté, veulent se montrer aussi dignes çnfans de la Pologne; ils publiept plusieurs ouvrages polonais du seizième siècle; ils s'occupent de rendre sa pureté à la langue nationale; leur Bohomolec écrit des comédies , et s'élève contre les préjugés du peuple.

Mais si les progrès de la civilisation intellectuelle deviennent chaque jour plus grands , le dauber politique s'accroît. L'amant de la tzarine du Nord est proclamé roi par une diète vénale , et soutenu par les baïonnettes moskovitçs. I^e rite gc^

LITTÉRATORE. HTTRODUCTION. 877

et la reforme , qui ne sont plus persécutés , servent de prétexte à cette princesse pour exercer son influence en Pologne. La confédération de Bar, sous la bannière catholique, défend les droits de la nation y et la France lui envoie des secours.

Mais, chose étrange! la tzarine veut réalisei^son titre de princesse de Russie , et occupe une partie de la Lithuanie, car elle porte le nom de la Russie- Blanche. Le Brandebourgeois proclame ses droits sur une partie de la Prusse polonaise. Son exemple est suivi par l'Autriche, qui publie les prétentions de la Hongrie à la possession du royaume de Russie , qui portait jadis le nom de la principauté de Halicz ou de Gallicie, et le premier partage est consommé.

La même année, dans laquelle cette invasion a Heu , l'ordre de Loyola est supprimé , et ses enfans en Pologne, devenus libres, se dévouent avec ardeur au service de la patrie. Wyrwicz , géographe et politique , Bohomolec , historien et biographe , Poczobut, astronome (correspondant de l'Institut national de France), Narwoysz, mathématicien, Naruszewicz, poète distingué, le plus grand de nos prosateurs , et célèbre historien , se placent à la tête de leurs anciens compagnons, et les ex-jésuites rendent à la patrie les services les plus éminens.

Cependant, les écoles de Konarski fournissent chaque jour au pays d'honnêtes et sages ci-^

toyens* Ils vont terminer leurs études en France; îk y puisent lés lumières qui leur manquent , et, libres des préjugés des esprits forts , ils reviennent aux bords de la Wistule réformer leur patrie catholique.

Stanislas-Auguste y de son coté, protège les sa* vans et la jeunesse instruite, n'épargne ni l'argent ni les honneurs à ceux qui se distinguent.

Les vénérables Zaluski offrent leur bibliothèque à la nation ; et elle est ouverte au public de Warsovie.

L'abbé Rallontay réforme l'antique université de Krakovie, et publie des ouvrages immortels sur la réforme de la Pologne.

Karpinski, Kniaznin, Niemcewicz, Skrzetuski, KaminskiyPiramowicz et une fouie d'autres auteurs, instruits dans la littérature ancienne de leur patrie, lui rendent son ancien éclat; et éclairés par les lu* mières de la France ils guident l'esprit national.

Krasicki, prince-archevêque de Gnèzne, publie des poèmes héroï-comiques contre les mœurs d^églées des moines, des épigrammes contre les hypocrites en religion ; plein de l'esprit de Boileau et de la légèreté de La Fontaine , il ouvre à la langue de nouvelles richesses, et aussi fidèle à la religion qu'à la vérité, il ne s'oublie jamais. La morale est son but, la vérité sou moyen de la propager, la religion le bouclier qui couvre les faiblesses humaines, et humilie l'ani-

LITTiRATURE. -^ MTTROPDCTIOîr. 879

bition de son esprit. Grand , beau et admirable, il comprend l'esprit national , il connaît ses moears , il sait quels sont ses besoins; sa voix sévère élève jusqu'aux cieux ce qu'il trouve de bon, son génie léger et flexible ne laisse aucun défiatut sans montret* tout son ridicule, et sa plume ne se souille pas avec les hommes incorrigibles (i).

Cependant le IWerum veto ne cesse de pro«tester contre l'inégalité des diètes et du premier partage du pays , et ne reconnaît la représentation nationale que dans les confédérations armées, où l'on décide à la pluralité des suffrages. La diète constituante est formée, elle se change en confé*dération, et abolit le liberum veto^ qu'elle a le droit de supprimer, et qui ne lui est plus nécessaire*

C'est dans cette diète que le clergé catholique céda à perpétuité la moitié de ses revenus aux besoins de la patrie, abdiqua l'intolérance du rite grec et de la réforme , et un an plus tard , dans un des faubourgs de Warsovie posa les fondemens d'un temple dédié à h, Sainte Prox^idence et destiné au

(i) La nouvelle édition de ses œuvres complètes , qui étaient en dix volumes, est publiée actuellement à Paris par le libraire Barbezat, en un seul volume. Ses fables sont traduites en francs, par M. de VieDoe, et publiées à Paris eu 18^7. Quelques? unes d'entre elles sont parfaitement bien rendues , mais la difficulté de la langue polonaise a empêché le traducteur de saisir la plupart des beautés de cet auteur.

38o TABLEAU D£ LA POLOGNE.

culte catholique y à tous les dogmes du christianistne, et à toutes les religions de l'univers qui reconnaissent l'existence d'un seul Dieu .

La noblesse, de son côté^ outre les impôts qu elle payait jusqu'alors, s'engagea à céder le quart de ses revenus ; elle admit la bourgeoisie non-seulement à tous ses droits, mais elle statua en outre , que chaque bourgeois une fois ëlu député deviendrait arec sa famille gentilhomme; s'il achetait un village, et payait I25 fr. d'impôts, il obtenait ce même honneur; enfin les députés des villes étaient obligés de présenter à chaque diète trente ^milles bourgeoises pour être anoblies, etc», etc. Ainsi même le vain titre de gentilhomme aurait été accordé à toute la bourgeoisie jusqu'à ces jours , si la Pologne était restée libre.

Quant aux paysans, obscurs et abrutis par la misère et les calamités publiques , la noblesse , en suivant le sage conseil de Jean-Jacques , ne pouvait faire rien de meilleur que de les préparer graduellement à cette liberté, qui est si funeste dans les mains dç l'ignorance. Elle étendit donc les bienfaits de la législation sur cette classe ; elle fît faire dans tous les villages les contrats entre les propriétaires de terres et les laboureurs ; elle autorisa les tribunaux à recevoir les plaintes des paysans , et à veiller à l'exécution de ces engagemens; elle leur facilita enfin le moyen de devenir bourgeois ; et pour n'être

pas gênée à Tavenir dans raccomplissement de tous ses projets, elle statua que la constitution du 3 mai 179J serait corrigée tous les vingt -cinq ans, afin que la Pologne pût mettre à profit l'expérience et les lumières de chaque nouvelle génération.

Enfin la royauté, qui ne possédait jusqu'alors aucun droit 9 aucun pouvoir, fut ramenée à sa véritable dignité, mais restreinte par de sages lois; l'hérédité du trône décidée, etc., etc., etc.

Cependant la Moskovie, ennemie jurée de la fédération polonaise, ne songeait qu'à la dissoudre, et à réaliser par-là son titre mensonger d'empire de toutes les Russies. C'est elle qui porta le coup mortel à cet État ; mais il ne faut pas oublier que , dans aucun des trois partages , cette puissance ne toucha même pas aus: véritables trois Polognes des Piasts ( la Grande de Posen, la Petite de Krjikovie et la Mazovie de Warsovie), qui passaient tantôt sous la domination brandebourgienne, tantôt sous celle de l'Autriche, mais seulement les anciennes principautés russes et la Lithuanie , qui fut un instant subjuguée par les princes de Kiiow, aux onzième et douzième siècles. Elle savait que l'union des Russes et des Polonais était indissoluble, et qu'elle ne pouvait la relâcher sans frapper de mort tout le corps politique.

Le but vers lequel tendait cette puissance depuis Ivan -le -Terrible et Pierre P', était de conquérir sur la fédération polonaise tous les Etats

38a TABLEAU JDE LA POLOGlTE.

de rancienne Russie , à laquelle elle était entièrement étrangère, depuis son origine au douzième siècle ( I ) ; de représenter par4à dans sa personne f unité monarchique de Russie ; enfin de conqum à son peuple le nom de Russe qu'il ne possédait pas, et qui appartenait de droit aux deux tiers des Polonais. Cependant c'est l'Autriche qui possède le pays qui représentait dans notre confédération les droits de Tancienne Russie, et dont Kiiow n'était qu'une dépendance»

Etat des connaissaoces historiques en Poîo^e. — Le pian de mes qoeti-e fragdiens sur sa liUératare ancieooe.

Dans le déplorable état où se trouvait la Pologne au dix-huitième siècle, sous le rapport des connais-* sauces sur son histoire et sur sa littérature ancienne) la bibliothèque des Zaluski était l'unique source où Ton pouvait puiser. Cependant , après le partage de la Pologne, Catherine II transporta toute cette bibliothèque à Saint-Pétersbourg, où elle se trouve encore à présent sous le nom de la grande hibUo" thèque impériale ! Ainsi les Polonais étaient priva de leur seule consolation dans la connaissance de leur grandeur passée. Cependant le célèbre Czacki

(i) Voyez plus haut, et Tarticle de M. Alphonse d'Heilbeloï dans k Êtev, SntjcL i83oy cahier du mois de janvier.

LITTliRATURE. — INTRODUCTIOIf. 383

imita Texemple 4es évéques Zaluski , et se {procura un certain nombre de livres et de manuscrits trèsprécieux. D'un autre côté, les débris de la biblio*' thèque de l'université de Krakovie, celle de l'uni*versité de Wilna ^ celle des princes Czartoryski j à Pulawy^et plusieurs autres^ s'augmentaient, quoique lentement et à gi*ands frais. Mais aucun ouvrage n'a paru sur la littérature ancienne avant l'année 1812* C'est alors que M. Joseph Soltykôwicz , professeur de l'Université de Krakovie, publia l'histoire de cette école, oh il renferma des notices très -exactes sur plusieurs savans polonais.

M. Félix Bentkowski, professeur à l'université de Warsovie, fit plus : en i8i4r il publia^ en deux volumes, V Histoire de la littérature de Pologne. C'est un ouvrage véritablement remarquable ^ mais son titre très-pompeux excita les clameurs de toutes parts; on voyait un outrage à la Pologne dans la publication de l'histoire de sa littérature ancienne ^ tandis qu'elle n'était connue alors qu'en &ible partie ^ et qu'elle ne peut l'être que par la publication d'une foule d'ouvrages traitant avec détails ses diverses parties> Quoi qu'il en soit, l'ouvrage de M« Bentkowski , par4à même , devint encore plus utile à sa patrie que son auteur ne le croyait lui-même en le confiant à la presse.Il ne voulait que repi^senter, dans leur ensemble, les connaissances qu'il avait ^recueiU lies lui-même par un travail de plusieurs années^

384 TABLEAU l>£ LA POLOGNE.

et pourvoir aux besoins les plus pressons dans lesquels se trouvait alors le public. Mais il Gt plus; par son exemple , il engagea les autres sa vans , qui travaillaient depuis très-long-temps à Fhistoire de la littérature ancienne y à publier les parties au moins qu'ils avaient achevées. Enfin , il excita l'ardeur bibliographique des autres , qui trouvaient du plaisir à indiquer les détails omis dans l'ouvrage de M. Bentkowski.

Après lui parut l'illustre Ossolinski, conseiller privé de l'empereur d'Autriche. Ge savant , né en Gallicie, ne crut pouvoir mieux servir la patrie, qu^en veillant au bonheur et à l'instruction des Galliciens. Étranger aux affaires politiques, il passa cinquante ans à Vienne pour former une grande bibliothèque nationale^ et s'occuper de l'histoire et de la littérature en Pologne. Il publia donc, en i8ig-2i, ses bio-bibliographies sur quelques-uns des littérateurs du seizième siècle, en quatre volumes , dont deux sont consacrés à la critique des ouvrages du Démosthène de la Pologne, Stanislas Orzechowski. Son ouvrage, dont il ne publia qu'une faible partie, possède tous les mérites qu'on exige de l'historien; érudition profonde, jugement sain et sévère, exactitude sous tous les rapports. C'est lui qui éleva le plus l'esprit de la nation, en lui montrant une partie seulement de sa littérature ancienne, mais dans sa véritable dignité et grandeur.

Quiconque voudrait ou pourrait écrire , comme lui , le recueil de pareils matériaux^ composerait à lui seul une petite bibliothèque.

La Pologne pleure la perte de ce vénérable savant, qui y en mourant, légua toute sa bibliothèque aux Polonais de la Gallicie et eut la satisfaction d'obtenir de Tempereur d'Autriche la confirmation du legs qu'il affecta à son entretien dans la ville de Léopol : déjà depuis quelques années cette bibliothèque est ouverte au public.

Après lui, M. Georges-Samuel Bandtkie, professeur de l'Université de Krakovie et directeur de sa bibliothèque, publia : i* Histoire de la Bibliothèque de rUniuersité de KrcJiovie^ en un volume; a* celle des imprimeries à Krakovie , en un volume ; 3^ celle des imprimeries en Pologne, en trois volumes. Tous ces ouvrages sont importans , non moins par l'éru-'* dition de leur auteur que par l'ensemble des faits qu'ils présentent au lecteur.

L'abbé Jérôme luszynski, chanoine de Kielcé, publia en deux volumes son Dictionnaire des Poètes de la Pologne , dont il donna les biographies avec un jugement critique sur leurs ouvrages : en l'absence de matériaux sufSsans, il se borna à indiquer les noms et les titres des ouvrages. Ce livre , fruit de trente années de travaux , nous donne des notices sur mille deux cent soixante - quatre poètes de la Pologne , dont les ouvrages parurent II. ^5

seulement jusqu'à l'année 1750. Bons ou mauvais , latins ou polonais, il les t^ita tous dans leur ordre alphabétique , et rendit à la patrie un service que le public polonais paya de sa reconnaissance.

Eusèbe Slowacki, professeur de littérature polonaise à l'Université de Wilna , publia en deux volumes son Cours de cette li Itéra teure , où on troave l'appréciation de plusieurs des meilleurs auteun nationaux du seizième siècle.

Joachim Lelewel , ancien professeur d'histoire et de statistique universelle dans la même Université, publia en deux forts volumes ses Observations sur la Bibliographie ancienne de la Pologne , où il retraça aussi l'histoire des bibliothèques dans ce pays.

François Siarczynski, directeur de la bibliothèque nationale d'Ossolinski à Léopol , fit paraître en deux volumes son Dictionnaire des hommes célèbres qui vivaient sous le règne de Sigismond IIL

Luc Golembiowski, membre de la société pour les livres élémentaires à Warsovie, aidé des lumières du savant Lelewel, fit paraître son Traité sur les anciens historiens de la Pologne.

L'abbé Âloïse Osinski , prélat du chapitre de Wilna; Titus Dzialynski, Baczynski, Ignace Sobo* lewski , et T. Chlendowski , conservateur à la grande bibliothèque nationale, àWarsovie; Constantin Swidzinski, Jean-Vincent Bandtkie, professeur à l'Université de Warsovie ; Mathieu Kozlowski , Nicolas Mali-

no^wski, Chyliczkowski , Bohatkiewicz , Sébastien Ciampi , en Toscane ^ et une foule d'autres auteurs distingués, ont publié leurs recherches bibliograpliiques sur l'aucienne littérature de la Pologne, tantôt dans des brochures séparées , tantôt dans divers recueils périodiques.

La nation est éblouie de l'éclat de sa littérature

ancienne, qui se développe chaque jour de plus en

plus devant ses yeux; la bibliographie, la science la

plus ennuyeuse de toutes et la plus ingrate, devient

aujourd'hui une science patriotique, et celle qui fait

le plus d'honneur aux personnes qui s'en occupent.

Mais ces recherches ne sont que commencées au*-

jourdliui en Pologne , et il faut encore attendre le

résultat des travaux de beaucoup d'auteurs, pour

oser tracer le tableau de l'ancienne littérature de ce

pays.

L'histoire politique, si intimement liée à elle, est encore moins connue ; et , par un triste sort, l'indiffêrence des littérateurs actuels à son égard est étonnante. Pas un seul riche citoyen , pas une seule société savante n'a jusqu'à présent publié quoi que ce soit qui puisse servir de matériaux historiques. £t ce^ pendant la Pologne en a besoin , car son histoire est nationale et plus instructive que celle d'aucun autre Étatj On a en manuscrits des milliers de ménioires, des protocoles des diètes, des discours, des lettres des rois et de divers citoyens, des correspondances avec

les cabinets étrangers, etc., etc., et on les garde dans les bibliothèques sans en laisser profiter le public. Il n'y a que deux personnes qui aient osé rendre ce service à la patrie, Julien-Ursin I^iemcewicz, un des plus illustres orateurs de la diète constituante de j 788- 179a, compagnon de gloire et d'infortune de Kosciuszko, célèbre poète, et historien de Sigismond^ III , actuellement président de la Société royale des Amis des Sciences , vénérable vieillard dans lequel la jeune Pologne voit presque le dernier souvenir du passé; ce grand citoyen, dis- je ^ publia uu recueil de Mémoires sur Vancienne Po^ logne en quatre volumes seulement , car la censure en interdit la continuation. Ensuite Joachim Lelewel, si souvent mentionné dans cet ouvrage , publia une partie des anciennes lois de la Pologne en texte latin , avec leur traduction en polonais du quinzième siècle à co^té ; il en fit de même pour plusieurs des diplômes de la Lithuanie, qui sont tous écrits en russe. Voilà tout ce que nous possédons là-dessus. La jeunesse travaille, il est vrai^ éclaire plusieurs points de l'histoire; mais ses travaux sont de très-petite importance, quand aucun riche citoyen, aucune des socifités savantes ne veut se mettre en dépense pour publier les matériaux historiques. Je dois encore citer le recueil mensuel qui paraît depuis quelque temps à Warsovie sous le titre Mémorial de Sandomir (Sandoniierzanin ), et qui est

LITTERATURE. IWTRODUCTIOW. SSg

[consacré spécialement aux matériaux historiques sur FancieDoe Pologne. C'est l'unique journal historique que nous possédions actuellement.

Un recueil complet d'histoire ne se trouve pas non plus. Le célèbre NaruszeM^icz publia e^ sept volumes l'histoire nationale jusqu'à l'année i386,, date mémorable de l'union de la Pologne et de la Lithuanie, et son ouvrage , éclairé par les rechei> elles d'Ossolinski et de Lelewel , est le meilleur qu'on puisse exiger dans un siècle où la critique historique est le fondement de tout;

Mais toute l'époque qui se trouve retracée dans cet ouvrage est celle de la Pologne despotique. Ij'histoire véritablement nationale de la république jagellonne est à, peine effleurée jusqu'à ces jours.

Il nous manque absolument l'histoire de Wladisl^s-Jagelloh et de son fils Wladislas-le-Warnénien. Celle de Kasimir-Jagellon ^ de Jean- Albert et d'Alexandre-Jagellon fut retracée par l'évêque Albertrandy, et publiée par Ignace Onacewicz ; mais c'est un ouvrage qui^ quoique très-important, est écrit à la hâte et sans ce choix nécessaire entre les objets qui exigent un plus grand développement , une simple mention y ou qui n'en méritent aucune.

Le règne de Sigismond P'' et de son fils , Sigis* mo^d-Auguste > n'a occupé jusqu'à présent per sonne, excepté M. Lelewel, qui a publié quelques détails à ce sujet.

Le règne de Henri d'Anjou , qui ne dura que cinq mois , était facile à retracer, et il compte trois ou quatre auteurs.

Celui d'Etienne Batory, écrit par l'évêque Albertrandy, et publié par Ignace Onacewicz ^ quoique plus exact que son premier ouvrage, laisse ^cependant un grand vide dans les connaissances historiques.

Celui de Sigismond III , si important par les malheurs qu'il a amenés par la suite , et par l'éclat ex* térieur de la gloire nationale, a été traité par Niemcewicz et Siàrczynski; mais leurs ouvrages, quoique très-importans , sont loin de satisfaire le public.

Le règne de Wladislas IV a été le mieux retrace par Gaétan Kwiatkowski ; mais la censure retrancha beaucoup de cet ouvrage.

Lie règne de Jean-Kasimir, celui de Michel et de tous les princes qui se sont succédé ensuite, n'ont trouvé personne pour les décrire. Le seul ouvrage de M. de Salvaudy sur l'histoire de Sobieski , qui trouva déjà son historien dans l'abbé Coyer, mérite d'être mentionné. Je ne dis pas cela du tableau de l'ancienne Pologne jusqu'au dix-septième siècle, qui le précède, mais de l'histoire elle-même de Sobieski, à laquelle cet écrit de quelques pages seulement ne sert que d'introduction; et si l'auteur voulait retrancher dans la nouvelle édition tout ce qui est antérieur à ce règne, s'il rectifiait plusieurs idées gêné-

LITTÉRATURE. — ■ INTRODOCTIOW. Sgi

raies y qui ont été combattues dans deux recueils mensuels de Paris (i), son ouvrage, non-seulement serait digne d'attention et de confiance , mais la Pologne serait alors aussi reconnaissante envers l'auteur qu'elle est humiliée aujourd'hui du tableau de son histoire antérieure au dix-septième siècle.

Ainsi, nous devons nous contenter des ouvrages de nos anciens auteurs, qui écrivaient avant que la critique historique fût connue , et le reste nous le puisons dans les résumés de MM. Georges Samuel Bandtkie , Joachim Lelewel , Joseph ]VIiklaszewski , Charles Milewski, la princesse Isabelle Czartoiyska, mademoiselle Clémentine Tanska , depuis madame Hoffmann , mademoiselle Régine Korzeniowska et plusieurs autres auteurs , dont les deux premiers ont semé çà et là mille lumières sur les faits les plus importans. Quant au résumé de M. Léon Thiessé, il est le meilleur et le plus consciencieux qu'on trouve dans toutes les langues étrangères. Cet au* teur fit tout ce qu'on pouvait attendre d'un étranger qui ne connaît pas la langue polonaise, et qUi ne sait pas quel est le jugement actuel sur les anciens historiens polonais qui écrivaient en latin , et dont il se servait dans son travail. Nous lui payons

(i)ParM.ÂlphonseD'HEaBELOT,daDsla^e('.£nç^c. 1829» apût, et dans la Revue des deux Mondes , sous la direction de M. Maurot » 1839, août. Par M , de Warsovie. (Théodore Morawski.)

ZgCk TABIXAU DE LA POLOGNE.

ici UQ juste tribut de reconnaissance au nom de notre patrie, qu'il n'outragea jamais par aucune fausse imputation, et qu'il montra à ses compatriotes telle qu'il l'a vue dans les chroniqueurs, on telle que le spectacle de nos grandes infortunes l'a présentée à sa généreuse compassion.

Le résumé publié en allemand par M. Bronikowski ( dont plusieurs romans ont été déjà traduits par M. Loëve Weimars) est digne d'être lu ; mais son auteur n'est pas au courant des recherches historiques qui paraissent chaque jour en Pologne, et de là vient qu'il commet souvent de grandes erreurs , surtout dans les évéaemens du moyen âge.

Telles étaient mes sources , d'après lesquelles je retraçais , et ce tableau de la vie de la Pologne , et mes fragmens sur sa littérature ancienne. Les bibliothèques publiques à Paris m'ont fourni les auteurs . latins. Pendant mon séjour en Pologne , j'ai recueilli un grand nombre de remarques; et, depuis quatre ans que je suis à Paris , je m'occupe d'un ouvrage assez étendu sur l'ancienne et nouvelle littérature de Pologne , que je publierai peut-être un jour.

Cet ouvrage ne présentera qu'un tableau incomplet, mais exact, et tel que l'état déplorable des connaissances historiques et bibliographiques, dans lequel se trouve la Pologne par suite de ses malheurs politiques , permet de le donner auj: yeux des

LITTÉRATURE. — HTTRODUCTIOIT. 3gi

étrangers. Aujourd'hui je ne livre qu'une portion de mes manuscrits. Je ne veux point retracer l'histoire de la littérature de ma patrie; car je ne veux pas exposer sa gloire à ne recevoir qu'en partie l'hommage qu'elle mërite, et qui n'est qu'ajourné. Dans notre siècle, et surtout en France, c'est par des faits, et non par des idé^s générales, qu'on commence les études historiques. La connaissance d'un certain nombre de faits nous autorise à former un certain nombre d'idées en détail , et nous préférons connaître moins , mais avec exactitude , que tout sans preuves historiques ; car autrement ce sera un système , un roman , une pièce d'éloquence , un 4>aiiégyrique propre à amuser les esprits superfi* eiels , mais nul pour les gens d'un esprit mûr et solide.

Ainsi, je donnerai la préférence au plan plutôt biographique qu'historique , à une faible partie des détails qu'à toute l'histoire littéraire. Si l'auteur est très-remarquable, ou si je connais les détails de sa vie publique, je les retrace en peu de mots» Ensuite, s'il écrit en latin, et, par conséquent, s'il peut être lu et jugé par tous les étrangers , je donne les titres de ses ouvrages, les dates de leurs éditions, leur format, leur lieu d'impression, leurs mérites ou leurs défauts. Si je connais quel fut le j.ugeme];it sur ses ouvrages à l'étranger, je le cite; sinon je me borne à relater ce que nos premiers sa-

394 TAfiLBAU DE LA POLOGNE.

vans Dût dit là-dessus dans le dix-neuvième siècle; s'il n'y a point eu de jugement porté, ou si je suis d'une opinion contraire , au lieu, de discuter sur ] des matières indifférentes pour les lecteurs français ^ je dis ce que je pense moi-même.

J'écarte entièrement de mon plan la littérature moderne depuis Tannée 1750, car la place me manque. D'ailleurs , elle est plus brillante dans soa commencement qu'aujourd'hui après le démembrement de la Pologne, et en voici les causes : d'abord les Polonais sont dispersés ; de vingt«<deux millions qu'ils étaient, on n'en compte plus que quatre millioqs qui composent le royaume actuel de Pologne; o'est-à-dire le duché de Mazovie, sans la Grande^ Pologne, qui appartient à la Prusse, et sans la plus importante partie de la Petite-Pologne, qui est incorporée à la Gallicie. Ce n'est que dans ce prétendu royaume et dans le simulacre de la république de Krakovie , qui sert ,de point central à Tumon géographique de la ci«devant Sainte-Alliance, que l'instruction a son caractère national. Ensuite la censure exerce partout ses ravages. Les lumières nu>rtelles de la Prusse tantôt dérangent les idées ea Grande-Pologne , tantôt frappent d'incapaôté l'es* prit de ses habitans. La preuve en est visible. Le gouvernement de Prusse est le seul de ceux des en^ nemis de la Pologne qui porte l'empreinte de la civilisation ; il est le plus juste et le pliis équitable^

LITTÉRATURE. — IlfTRODUGTlON. SgS

îl établit partout des écoles ; il ouvre aux Polonais tous les trésors de la savante Allemagne ; et cependant pas une seule librairie polonaise n'existe dans le duché de Posea ; outre un journal politique ^ le plus monstrueux sous le rapport du langage , on n'y publie presque rien en polonais ; nous ne comptons jusqu'à présent pas un seul véritable Grand^Polonais au milieu de nos savans et de nos gens de lettres , nous n'avons pas un seul ouvrage de cette portion de nos compatriotes 9 qui nous instruise au moins sur ce qu'il y a de bon dans la littérature allemande. Nous lisons , dans les journaux allemands , que la jeunesse polonaise se distlugue surtout dans lès universités de. ce pays ; nous savons qUe la censure prussienne est la moins sévère ; et cependant nous perdons plus sous le gouvernement de la Prusse que les Galliciena même ; et Warsovie seule aujourd'hui est le centre de nos lumières , comme ^ il y a dix anS) Wilna l'était.

D'autre part, les rapports avec la France ont dérangé aussi les idées dé nos écrivains. Au lieu de profiter de ce qui est essentiellement applicable , dans la glorieuse littérature française, à l'esprit des habitans de tous les pays , ils ont pris les phrases de leur langage et les formes extérieures de leur poésie pour modèle : et ils s'étonnent pourquoi pas une seule tragédie classique ou romantique ne peut sortir de la plume polonaise sans être médiocre !

De là vient que presque aucun génie littéraire n'existe aujourd'hui en Pologne; et si l'illustre Niemcewicz vit encore, si le célèbre poète lyrique "Waronicz, archevêque-* primat du royaume, et quelques autres auteurs appartiennent au dix-neuvième siècle, ils. doivent leur instruction au règne de Stanislas- Auguste. Pour que la Pologne puisse produire des génies , il faut que sa jeunesse , avant tout , apprenne la littérature de l'ancienne Rome; ensuite qu'elle s'instruise dans sa propre littérature ancienne qui sortit de cette source ; qu'on péiniprime les meilleurs ouvrages polonais du seizième si^le-; qu'on traduise ceux qui sont écrits en latin : et la connaissance des littératures étrangères doit tenir la dernière place. Alors la littérature actuelle sera une suite de l'ancienne, et le talent de l'écrivain se trouvera sur le terrain qui lui est propre, sur le terrain national ; il ne sera ni médiocre imitateur de Racine, ni obscur copiste de Schiller ou de Byron,qui tous sont mieux connus en Pologne qu'ailleurs , car il n'y a personne , jusqu'au dei'nier écolier, qui ne sache raisonner parfaitement sur les beautés de ces écrivains; mais peu de personnes savent tirer profit de leurs écrits, comme, au dix^uitièrae siècle, Tarchevêque Krasicki l'a fait pour Boileau et La Fontaine, dont il comprit le génie d'une manière admirable , sans jamais s'attacher aux formes locales de la langue et des mœurs de la France.

Je ne m'occupe donc que de la littérature ancienne de ma patrie. Mou fragment sur les historiens est le plus complet, cai* les étrangers ont le plus besoin de savoir comment il faut lire ceux de nos auteurs qui . doivent les guider dans leurs recherches sur l'histoire politique des États chrétiens de l'Europe. Sur l'histoire de la philosophie et des sciences exactes en Pologne, nous ne savons aujourd'hui que fort peu de chose, car personne encore n'a consacré ses veilles à cette branche si essentielle de notre littérature. Aux poètes latins et polonais je donne peu de place,, car c'est un objet très-étendu et moins important pour les étrangers que l'histoire. Mais , comme la poésie occupe aujourd'hui le public de tous les pays, je me crois obligé de montrer à mes lecteurs ce que c'est que la poésie nationale de ma patrie. J'ai consacré une notice aux langues et aux dialectes de notre fédération, aux mœurs et usages des Polonais, à leurs danses et aux chansons qui les accompagnent; j'ai dit enfin ce qui constitue le caractère moral et intellectuel des Polonais , car sans cela on ne pourrait jamais savoir pourquoi leur poésie est telle que nous la voyons, c'est-à-dire savante. Tous ces détails sont renfermés dans un écrit spécial qui sert d'introduction au fragment consacré aux poètes; et s'il est déplacé au milieu des fragmens sur la littérature ancienne de ma patrie , il ne l'est point dans l'ouvrage qui porte

3g$ TABLEAU J)E LA POLOGNE»

le titre général de Tableau de la Pologiie. Enfin je passe sous silence Téloquence , la littérature législative , la zoologie y la botanique , la médecine y la théologie, etc.; et, sous le titre de fragment consacré aux diverses illustrations littéraires de la Pologne, sans jamais abandonner mon plan de détails , autant que la place me le permet, j'insère les biognh phies de divers auteurs, dont je possède déjà en manuscrits une centaine.

Heureiix si je pouvais rendre quelque service au public français , et ajouter quelques détaib sur ma patrie aux immenses trésors que la France possède déjà dans sa belle langue sur tous les peuples du globe. Je me suis livré à ce. travail avec d'autant plus de plaisir, que c'est un hommage à mes pins chers sentimens, à mon amour pour cette Pologne dont l'existence de dix siècles ne fut jamais fîineste aux autres peuples , et dont l'indépendance renversera peut-être un jour le monstrueux état politique de l'Europe actuelle.

MiGHHx. PODCZASZYNSKI.

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