XII* SIÈCLE
GALLUSest le premier qui ait écrit sur l'histoire de Pologne. Il était étranger, car il dit lui-même dans un endroit: Extd patriœdela» tas est in Po&mam.D'après les recherches les plus récentes, il est constaté qae la France était sa patrie. Il a écrit son histoire entre l'an I z lo à 1 135 ; elle embrasse une période de près de trois siècles , depuis 8a5 jusqu'à 1118. Il rejette presque tout ce qu'il y a de fiibuleux dans l'histoire de Pologne : on voit qu'il possédait de vastes connaissances en histoire et en géographie; toutef(»s, son érudition n'6te rien à la clarté et à la précision de ses récits. Il aurait dû tenir la première place parmi les écrivains qui se sont occupés de l'histoire de Pologne ; mais son esprit supérieur au siècle qui l'avait vu nahre, donna à ses jugemens un caractère de sévérité qui le fit rejeter par ses contemporains , et le fit même tomber dans l'oubli. Dans le temps où les contes mythologiques étaient substitués à l'histofre, il était/ difficile qu'un écrivain comme Gallus jouit d'une longue faveur. On le lut d'abord; il
fut traduit en polonais et mis entre les mains de la jeunesse des écoles, mais cet espèce de règne ne dura pas long-temps; les auteurs moins scrupuleux sur la vérité lui furent bientôt préfé- Té$0 et le mérite de Gallus fut méconnu jusqu'à ce qu'on siècle plus éclairé vint rendre justice à la sagacité de son jugement et à l'exactitude de ses récits.
Selon l'usage du temps, cette histoire est écrite en mauvais vers latins ; elle fut imprimée pour la première fois à Dantzig, en 1749» in-fol., avec l'ouvrage de ELadlubek. La seconde édition fut faite dans l'année i8a4 » À Warsovie ,et elle est préférables la première. C'est là qu'on peut trouver les preuves que saint Stanislas, évéque de Krakovie et patron de la Pologne , non-seulement ne fut point le martyr du patriotisme , mais qu'au contraire sa mort fut une suite de sa trahison, lorsqu'il eut cooça le projet de rendre sa patrie tributaire de la Bohème.
Saint Stanislas périt dans la seconde moitié du onzième siècle^ et l'acte de sa canonisation ne date que de deux siècles après. Tous les historiens nationaux , persuadés de l'infaillibilité des décrets du Saint-Siège , ont répété fidèlement le texte de la bulle qui élevait cet homme au rang des saints. Les copistes des treizième, quatorzième et quinzième siècles , de leur côté, voulant corriger les erreurs de Gallus, rejetaient tout ce qu'il disait sur la trahison de Stanislas , et substituaient à son témoignage des paroles de la bulle, où il est parlé de son attachement à la cause publique. Ainsi, tous les manuscrits de l'histoire de Gallus, postérieurs au douzième siècle , ont été falsifiés sous ce rapport , et c'est d*après ces manuscrits qu'on a jugé Vauteur jusqu'à nos jours. Cependant le savant Czackî trouva par hasard un manuscrit authentique de Gallus , écrit au douzième siècle , et le plus ancien de tous ceux qu'on possédait. M. Bandtkie le publia à Warsovie en texte latin , et c'est cette édition que nous recommandons à nos lecteurs.
LES DIVERS ANNALISTES. Sous ce titre général il faut embrasser plusieurs écrits historiques sur la Pologne; ils appartien- ' nent sans doute aux plus anciennes sources de l'histoire de ce pays, et leui* date restesouvent inconnue. Ils commencent presque
tous deTépoquede rintroductioD du christianisme, et renferment les faits publics ou particuliers des couvens ou des chapitres, «iont leurs auteurs faisaient partie. En se rappelant que c'est le olergéitalien et celui des Gaules anciennes qui s'établirent les pre* miers dans la Pologne païenne, on peut en conclure que l'usage d'écrire lesannalesfut introduit dans ce pays avec le christianisme. Oallus lui-même, en dédiant son ouvrage aux quatre évéques polonais^ avoue que sans leur secours et assistance il n'aurait jamais pu ni entreprendre ni exécuter son travail; ce qui prouve évidenœent que les archives des églises lui étaient ouvertes. La plus grande partie de ces annales a été détruite , d'autres manuscrits demeurent encore cachés , et ce qui a été publié n'est que très-peu de chose. M. Golembiowski , dans son ouvrage sur les historiens polonais, ne cite qu'un seul annaliste du douzième siècle, deux du treizième, six du quatorzième, et cinq du quinzième siècle.
MATHIEU GHOL£WA(i),évêquedeKrakovie, mort en ii65. Gomme Polonais , il tient la première place parmi les plus anciens hisioriens de ce pays. C'était un homme très-instruit , mais peu zélé sous le rapport religieux , et c'est sans doute par ce motif que les écrivains postérieurs à son époque ont cherché à le laisser dans l'oubli et à le dénigrer. Quoique son ouvrage ne nous soit pas connu en entier, cependant nous savons quelle est ta partie de l'ouvrage de Kadlubek qui appartient à Mathieu , et nous établirons ce fait en parlant du premier. M. Joachim Lelewel publia, dans Tannée 1811, un ouvrage très-savant sur cet historien, et prouva que toutes les fables sur Tantiquité de la Pologne, qui se trouvent dans l'histoire de Kadlubek, appartiennent à l'ouvrage de Mathieu; mais il dit aussi qu'après avoir séparé ces deux auteurs, il faut distinguer dans l'ouvrage de Mathieu deux parties distinctes : la première renferme les fables , mais ces fables ne sont point données pour vérité, car toujours on y trouve ces mots : Fama est, ou natroBant grandis natu quidem, qui prouvent au
U) Dana l'époque où vivait cet auteur il n'y avait point de noms de famille , cflai de Gfaolewa iprend son origine dans ses armes héraldiques.