LA LÉCHIE EN PARTAGE
(194 ans.)
Dynastie des Piasts. — Monarchie aristocratique.
Plus de deux siècles de conquêtes avaient rendu la Pologne si vaste, qu'outre le duché de Pologne proprement dit , dont Boleslas disposa en faveur de son troisième fils, Miéczyslas, il put encore laisser à Henri le duché de Sandomir, à Boleslas-le-Frisé la Mazovie et la K,uïa vie, et à Wladislas II ( f j Sg- II 48), la Poméranie, la Silésie, I^enczyça, Siéradie et Krakovie. Ce dernier obtint a la fois la suzeraineté sur ses frères mineurs; c'était donc la Léchie ressuscitée , à l'exception que cette fois elle reconnaissait une suzeraineté commune. Wladislas, encouragé par sa femme, Agnès d'Allemagne, voulut , Ip l'exemple de Boleslas-le-Grand , déshériter ses frères; il les assiégea dans Posen; mais battu par les grands, qui, diaccord avec le clergé, se décla-
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rèrent pour les jeunes princes , il fut forcé de se retirer en Allemagne. L'empereur Frédëric-Barberousse, imploré par lui, envahit la Léchie, et obtint y par un traité conclu en ii57, que la Silésie serait concédée aux fils de Wladislas ^ qui , à leur tour, se désisteraient de tous leurs droits à la couronne de Pologne. C'est l'origine de la séparation de la Silésie , qui , germanisée par ses princes j ne rentra plus sous la domination de la mèrepatrie.
La couronne de Wladislas fut offerte par les grands à son frère puîné, Bolesl âs IV, le Frisé ( 1 1 46- ï 1 7 3). C'était le premier pas fait vers l'aristocratie. Déjà les troubles que l'anathème lancé contre Boleslas-le- Hardi, et l'interrègne qui suivit, avaient suscités en Pologne 9 avaient augmenté l'autorité des évêques, des palatins , des castellans , et autres grands de l'Empire ; ils profitèrent plus habilement encore de la discorde qui naquit , dans la suite , parmi cette multitude de petits princes avides de suffrages , et jaloux de dominer leurs compétiteurs.
Mi^czTSLA.s Ill( 1 173-1 177), duc de Pologne, parvint à la couronne après la mort de Boleslas; mais Lesa^ek , fils de ce dernier, hérita de son duché de Mazovie et Kuï ivie.Versla même époque, Henri, duc de Sandomir, succomba dans une guerre contre les Prussiens ; son duché fut concédé à Kasimir, det*nier fils de Boleslas-Bouche-de-Travers. Plus tard ,
l4 TABLEAU DE LA POLOGNE.
€e prince çut au$si eo partage la Masovie; car Leszek mourut s^ns postcrité , et loraque Mi^czyslas j voulant rétablir l'ancien pouvoir des rois , fut déposé du trône par les grands , ceux - çî invitèrent K AsiMiR II y surnommé le Juste (1178*11 74)^ à près* dre la couronne. Élevé à la royauté par l'autorité de ses sujets , Kasimir dut se ressentir de cette in^ fluejace. Déjà le nombre des palatinats était cooisi-» dérablement augmenté, car chaque petit prince ea avait eu à Tinstar de son suzerain. Ils briguaient tow lautorîté* Ley» évéques $e rassemblerait^ en 1 1809 à L4enc;^y4;a4 daus uf\ synode général , pour y discuter ies moy^cLs à^ garantir les biens du clergé et ceux des cnràtons (paysans) j conim la rapacité des grands, bientôt les ues et Ifis auti^es, les prélats et les palatins, ainsi que If» ^steUans et outres puissai^s seigneurs, fprmièreiat un sénat qui de*manda à partager la souvç^ai&eté du monarque. Il ne pouvait plus, sans leur consentement, ni déclarer Ja guerre, ni établir une loi, et quelqueÊMs même il dut reponcer à l'eidercice de «a suprjeroe judicature. Ce n'est pas tout. Les pieJj4$ princes , pour gagner les suffrages des uraii^ds , partageaient avec eux de vastes terrains^ dont les pi^opriétaires primitifs ., les cmétons , étaienl: ainsi livrés à l'autorité d'autres maîtres que le souverain. Ils >eoiicë«daient aux prélats et aux barons le droit de juridicti^p dans les mêmes ierres; iis les autorisaient à
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y élever des châteaux forts, et les affranchissaient des impôts et d'autres redevances publiques , qui retombaient ainsi sur les classes inférieures. On pressent facilement les suites de toutes ces conces-* sions.
Kasimir II mourut en 1 194* Leszek I*'^ le Blanc (laoS-jaay), son fils, et Miéczyslas, qui re* iiouvela ses justes prétentions , se disputèrent long* tonps la couronne. Enfin Miéczyslas-le-Yieux mourut en i20!i^ et Leszek, éconduit de nouveau, fut forcé de céder ses droits à Wladislas III, fils de Miéczys* las, que protégeait le puissant palatin de Krakovie, Nicolas. Ce n'est qu'après la mort du palatin que Wladislas , voyant l'attachement de toute la nation pour Leszek , lui céda généreusement la couronne , et se retira dans son duché de Pologne, qu'il légua à ses descendans. Ainsi les deux lignes aînées de la dynastie des Pia^tts, celles de Silésie et de Pologne, furent repoussées de la royauté , qui devint le patri-* moine de la branche cadette.
Leszek-le-Blanc, qui à son duché de Sandomir réunit ainsi la suzeraineté sur le reste de la Léchie , ne garda pour lui que Krakovie, Sandomir et la Poméranie; il céda, à son firère G>nrad, la Mazovie, la Kuïavie, Siéradie et Lenczyça. La Pologne et la Silésie formèrent aussi des fiefs séparés.
A cette époque , les successeurs de Yaroslaf-le- Grand , plus nombreux encore que ceux de Boles-
l6 TABLEAU DE LA. POLOGNE.
las , en Pologne , partagèrent entre eux la Russie , et y formèrent une multitude de petites principautés , quoique j à vrai dire , la Russie ancienne n'ait jamais été constituée en un seul pays ; car en 9^2 elle fut partagée; en ioi5, Wladimir la divisa de nouveau; et Yaroslaf, qui la morcela définitivement, né fît que suivre l'exemple de ses ancêtres. Ainsi Poloçk , Smolensk , Czerniéchow , Wlodzimierz , HaiicZy et bien d'autres territoires, devinrent indépendans. Les souverains de Wladimir (sur la Klazma) prirent, depuis la seconde moitié du douzième siècle , le litre de grands-ducs ou grands princes , et abaissèrent ainsi l'autorité des grands ducs de Kiiovie. Karamzine observe qu'il y avait alors quatre grands-duchés qu'aucun lien n'unissait entre eux. Les ducs de Halicz en profitèrent aussi pour se soustraire à la suzeraineté de ces derniers. Mais bientôt une guerre civile s'alluma parmi les Haliciens. Deux descendans de Yaroslaf se disputaient le trône. Les diverses factions appelèrent à leur secours les Polonais et les Hongrois. Kasimir II protégea Roman, son petitfils, et fils de Mstislaf II, duc de Kiiovie; il parvint à lui assurer la couronne. Mais Roman , aussi ingrat envers son protecteur que cruel envers ses sujets, déclara bientôt la guerre au fils de son bienfaiteur, à Leszek-le-Blanc, quand celui-ci n'était encore que duc de Sandomir. Il fut vaincu et
tué dans la bataille de Zawichost. Leszek voulut alors assurer le trône de Halicz à Daniel , fils de Roman, encore mineur; mais, dans Timpuissance d'accomplir son dessein^ il y plaça Salomée, sa fille, en la mariant à Coloman, prince hongrois, qui fut couronné roi de Halicz. Le règne de Coloman ne fut pas de longfie durée. En persécutant la religion grecque, il se fit détester de ses sujets à un tel point, qu'ils invoquèrent de nouveau le secours de Leszek. Mstislaf, duc de Smolensk, appelé par ce dernier, vint de Novôgorod- la -Grande à Halicz, chassa les Hongrois , et rendit la couronne à Daniel, qui venait d'atteindre sa majorité. C^est sur les titres de Coloman, que^ six siècles plus tard, les empereurs d'Allemagne, en leur qualité de rois de Hongrie, fondèrent leurs droits à la Halicie (GaHicie).
Leszek ne fut - pas moins inquiété du côté de la mer Baltique. Les Danois, alors tout-puis sans sur cette mer/ poussèreùt leurs conquêtes jusqu'à Dantzig. Heureusement ils rencontrèrent enfin un brave qui résista S leurs entreprises ^ et revendiqua, sur eux la Pbméranîe; c'était Swiêntbpelk. Porté par sa vaillance' au coihman dément âe^ Pomécaniens , ît eut Kambition de se rendre indépetidant de la Léchîe. Pbur le ramener à ses devoirs, Leszek convoqua un congrèsà Gonzawa. Swîento-» pelk y vint aussi, - turts en traître. Il surprend II. 2
j8 TABLEA^D de la POLOGITE.
Leszek dans le bain, et vent l'enlever ; ne pou* vant y réussir, il l'assassine, et consolide ainsi son indépendance comme duc de Poméranie à Dantzig. Vers la même époque, Conrad, duc de Mazovie, frère de Leszek, aussi violent qne celui-ci était doux, tua son palatin Christien, guerrier vaillant e^ la terreur des Prussiens , qui étaient eucere barbares et idolâtres. Dès lors, incapable de résistera leurs incursions, il résolut d'appeler à son secours les chevalieA de l'ordre Teutonique, moines chassés de la Terre-Sainte, et qui avaient fait le vceu de combattre les infidèles. Leur grand-maître, Herman Saltza, promit à Conrad de conquérir la Prusse pour lui, et en échange de sa promesse il obtint, pour sou ordre, le territoire de Culm avec ses dépendances. En vain le prévoyant Swientopelb avertissait-il Conrad du danger d'établir des intrigans allemands au milieu de la Léchie; les chevaliers furent reçus ^ et bientôt ils conquirent la Prusse, mais pour eux , et entreprirent d'envahir la Podlaquie et la Lithuauie.
BoLE^LAS V, dit le Pudique ou le Chaste (1227, iii^i'i2'jo)f était encore mineur quand son père^ Lçsze]e fut assassine. Des deux prétendans à la re^ gence , Conrad , 3on oncle , l'emporta sur Henri-le- Barbu, duc de Silésie, qui croyait y avoir droit en sa qualité d!aîné de la famille des Piasts. Le. règne de Boleslas fut long. C'était un prince ^inéant, juge
P]Uk}IS HISTORIQUE^ ïr CPOQUE. IQ
inique et soldat peureux. Il n'eàt pals dé malheur qui
n'atteignit la Léchie soùs son règne funeste. i
Les Tatars^ maîtres dé la Russie yers î^^o^ commencèrent alors leurs incursions en Hongrie et "^
dans la Lëchie. Ne rencontrant aucune résistance delà part du pusillanime Boleslas, qui se sauva en Moravie , ils portèrent leurs armes jusque iiut* l'Oder. Henri-le-Pieux , duc de Silésie^ périt dans la bataille de Liegnitz, livrée contre eux dans leis mêmes champs où, six siècles plus tard, BlUchéi^ gagna son titre de duc à^ Wabistadt ëti combattant les Français. Les Tatars, forcés à la rètraitie , incen^ dièrent Krakovie , dévastèrent une grande étendue de pays, emportèrent les richesses qu'ils purent rassembler, et enlevèrent même un grand botnbre dliabitans qu'ils réduisirent en esclavage^
Aux malheurs dont les guerres étrangères acca*' biaient le pays , la discorde iritériéure vint ajouter les siens. Les ducs de Silésie, de Pologne, de Ktiïavie, et particulièrement Boleslas-le^hauve^ duc deLiegnitz, le plus remuant de touâ, se livraient de fré"* quens combats (i). Les grands faisaient tourner ces désordres au profit de leur ambition personnelle. La
(i) Voici les Doms des différens duchés que renfermait la Léchie : Sîlésie ( Szlonsk ) centrale , basse et haute , duchés de Liegniti (Ligniça), de SchWeidnitï (Swidniça), de Breslau (Wroçlaw), de Glogau (Glogowa), de Sagan , d'OEIs (Olesniça), d'OppeIn (Opawa), de Streit2,de Teschen (Cicsxyn), d'Oswie-
aO TABLEAU Dp LA POU>GNE.
jalousie qui fermentait parmi les prélats et les barons, dont les uns possédaient des privi}^es plus étendes que les autres, augmentait l'embarras des pripoes. Ceux-ci , ei^ acc^rd^nt de n,omt>reux privilèges, diminuaient leurs revenus, et , forcés à fiiire des emprunts, donnaient souvent en gage un vaste territoire. C'est ainsi que les environs de FOder^ près de lembouchure de la Warta , Lubusz, Santok , et ce que la Léebie possédait en Lusace, passa à l'Allemagne. Un danger plus grand encore menaçait le pays. Pour encourager les ouvriers allemands et d'autres gens industrieMx à venir s'y établir, qq leur s^v^it cpncédé une juridiction allemande , des lois teutoniques, et même le droit d'appeler, en seconde instance, à Magdebourg. Des villes et d^ villages entiers se peuplaient ainsi complète^ient d'Allemands, dont les mceurs et les usages se répandaient dans le pays. Bientôt quelques princes appelèrent auprès d'eux des Allemands , adoptèrent leur costume, et commencèrent à parler le^r langue. Les grands, pour se distii^guer du peuple , suivaient l'exemple dç Is^ cour, et les principal^es villes du pays , comme Posen et Krakovie, commeaçaientàse servir wuel-
cîm, de Sévérie, de Zator, etc. ; duché de Pologne ou Grande- Pologne; duchés de Poméraoie et Dantzig; duché de Sandoipir ; Krakovie; duchés de Mazovie, deKuîavie, de Lenczyça, de Siéradi.e» d'Xnowroçlaw, de Brzesc-Kuîawftk! , de Dobrzyn , de Soçhaczew , de Ploçk, de Czersk » de Warsovîe.
lement d^ la langue alienHind^. Le discrédit des usages nattoûaux polivâit etitràîiier la perte de l'iàdépeadance politique : la Silésie en ofint une triste prieuve» Heureusenn^nt 1^ clergé , qui formait à cette époque la pai^tie la plod éclairée de la nation , Têillàit star elle. Admis le ^l^n^ier à participer aux pouvoirs politiques, ît n^étuit pas disposé à perdre sa haute position dsiùs TÉlal. Il etfiploya donc toute son influence dans les écoles pour sauver la langue nationale : ta langue aileâibnde y fut prohibée; rhistoire du pays, écrite en latin, Rît enseignée aux élèves en langue polonaise ; et ainsi , par les soihs des ëvêques , la Léchie évita de devenir ailemande.
La fia du règùe de Boleslas (1264) est remarquable par la conquête de la Podlaquie» Elle eut lieu à la suite des guerres que les chevaliers Teutoniques allumèrent dans ces contrées. Ils avaient prêché une croisade pour les aider à cobquérir le reste de la Prusse , la lithuanie et la Podiaquie. Mendog ou Mindowe, duc de Lithuanie, adopta le christianisme , dans Tespoir que le pape arrêterait les exploits de cet ordre guerrier. De son côté^ Daniel, roi de Halicie, promit de réunir les deux rites, grec et romain, pour s'assurer le secours de sa Sainteté contre les Tâtat*s. Le seul Swiento^ pelk, duc de Danttig, cotnbattit vaillamn^nt et sans s'humilier^ les chevaliers et leurs croisés. Bien-
aa TABLEAU DE LA POLOGNE.
tôt Mindowe abandonna le christianisme , et Daniel ne. songea plus à tenir sa promesse, quand Us s'a* perçurent que les chevaliers et leurs croises respectaient peu l'autorité (lu saint-siège, dont la protection devenait ainsi inutile. Heureusement la conquête de la Podlaquie couvrit la Léchie contre les lithuaniens, et une grande victoire qu'elle remporta, en 1 266, contre les Russiens , lui assura une par£siite tranquillité dç ce coté.
Leszek II , le J\oîr ( 1 a 7g- 1 2189), duc de Sléradie^ succéda à sop oncle Boleslas , qui mourut sans postérité, 5. Â sa mort, I^szek laissa la Léchie dans la plus
grande confusion. Wladislas-Lokiétek , ou le Bref , son frère , était son héritier légitime , mais il fut forcé de s'enfuir devant Henri le Probe ^ duo de Breslau, fort de l'assistance des Krakoviens. Henri mourut bientôt après , en léguant le trône à Pnzié- MTSLAS (1290- 1296), duc de Pologne : en attendant , Griffine de Russie , femme de Leszek - le- Noir, produisit un faux testament de son époux, qui appelait au trône les rois de Bohème, Aussitôt Wenceslas, roi de ce pays, se mit au rang des prëtendans , mais Przémyslas était heureusement ass^ fort pour le repousser. Il venait d'hériter de la Poméranie et de Dantzig, à la mort de Mestwin , fils de Swientopelk , et avec cet appui il triompha de ses compétiteurs. Les évêques s'assemblèrent à
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Gnèzne en i^qS, et le proclamèrent roi; mais il ne jouit que quelques mois du trône , et mourut assassiné par les marquis de Brandebourg. Par sa mort , Wladislas-Lakiétek devenait héritier de toute la Léchie. Toutefois les Polonais , mécontens de ce prince, appelèrent Wenceslas (i3oo-i3o5),roi de Bohème, gendre de Przémyslas, et le couronnèrent roi de Pologne ; leur exemple fîit suivi par te reste de la Léchie, etWL adislas P', Lokiéték( 1 3o6- 1 333), ne parvint à la couronne qu^après la mort de Wenceslas,qui arriva en i3o5. Malgré la légitimité de ses droits, ce ne fut que Tépée à la main qu'il put les faire valoir. Les rois de Bohème conservaient le titre de monarques polonais; les habitans du duché de Pologne s'étaient soumis à Henri de Glogau ; les chevaliersTeutoniques, toujours traîtres envers leurs maîtres, avaient partagé la principauté de Dantzîg avec les ducs de la Poméranie sur-Odérienne , et s'étaient, en outre, approprié le territoire de Michalow, que leur avaient engagé les neveux de Wladisias. Le maire de Krakovie, Albert, Allemand de naissance , suscita une émeute dans cette capitale même. A force de courage et de prudence, Wladislas parvint peu à peu à recouvrer ses droits, surtout lorsque la mort de Henri de Glogau lui eut rendu la Pologne.
Enfin maître de la Léchie, Wladislas résolut de suivre l'exemple ^e son prédécesseur, Boleslas-
a4 TABLEAU D£ LA PULOGIME.
le^ Grand, en se faisant couronner roi de Pologne^ ce qui ent lieu à Krakovie en iSjq. Les formes du cérémonial suivi dans cette solennité furent constamment observées dans la suite ^ et l'archevêque de Gnèzne, qui avait posé le diadème sur le front de Wladislas, acquit ainsi le droit de couronner ses successeurs. L'aigle blanc sur un bouclier rouge, qui ornait le trône de Wladislas, fut désormais Té* cusson national.
. Ces jours de fêtes furent troublés par un évé* pement malheureux pour ie pays. I^ Silésie^ hostile pour Wladislas, venait de se soumettre aux rois de Bohème en leur qualité d'ayant-droit an trône de Pologne; les ducs de Mazovie même se reconnurent leurs vassaux. Le royaume de Wladis<^ las ne consistait donc que dans le reste de la Léchie , mais son génie y trouva de quoi fonder un puissant État. Pour remédier au funeste partage consommé entre les fils de Boleslas UI^ Wladislas rendît l'unité à la Léchie, la reconstitua en royaume de Pologne y et jeta les bases de la splendeur dont ce royaume jouit dans les siècles suivans» Pour réussir dans ses projets, il lui fallut abaisser l'autorité des grands , déjà transformée, par les privilèges particuliers , en oligarchie aristocratique^. C'est ce qu'il fit en appelant toute la noblesse, (c'està-dire toute sa milice, car miles et nobiUs étaient synonymes)à participer aux prérogatives des grands.
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Il anéantit la plupart des privilèges de ceux-ci; les obligea tous , excepté le clergé , à payer un impôt égaly et, pour mettre la dernière main à èon ou* vrage, il convoqua, en i33i9 une assemblée générale à Chenciny. Cest la première diète législative de Pologne. Les prélats, les barons, dont huit palatins , et les nobles , s'assemblèrent dans une chambre, sous la présidence du roi. Plus nombreux, quoique plus nouvellement admis , les nobles devaient bientôt neutraliser laïUorité des grands , car l'aristocratie n'avait point , comme en Angleterre , une chambre à part qui pût opposer son veto* De cette époque date en effet l'influence de la noblesse* £lle formait alors le corps de la nation: il y avait, à la vérité , deux autres classes du peuple , mais la prudence ne permettait pa& de les faire participer aux pouvoirs politiques; car Tune, les habitans des villes, quoique puissante par ses richesses , était composée d'étrangers > en général d'Allemands attachés à leurs lois teutoniques; et l'autre, les Cmétous (paysans), quoique libre, vivait, à certain égard, sous la dépendance de la noblesse dont elle tenait les terres. Les noUes seuls pouvaient donc représenter avec indépendance la nation. D'ailleurs, dans un pays plat, sans défense naturelle, et continuellement menacé par ses voisins, il fallait intéresser les habitans à le protéger et à le défendre, par une per-« spective de gloire et de privilèges.
a6 TABLEAU DS LA POLOGNE.
Wladislas avait soixante-dix ans quand, de h diète de Chenciny, il monta à cheval pour combattre le plus acharné de ses ennemis, l'ordre des chevaliers Teutoniques , qui depuis plusieurs années préparait cette guerre par une alliance avec la Bohème et les marquis de Brandebourg. Le roi de Pologne conclut à son tour avec la Lithuanie , en 13^5, un traité d'alliance offensive et défensive contre cet ennemi commun. Gédymin était alors grand-duc de Lithuanie , et souverain de la plupart des principautés russiennes, le seul grandduché de Moscou et le royaume de Halicie exceptés. Ce dernier devint alors l'héritage de Boleslas , duc de Mazovie. Gédymin donna sa fille Anne-Aldone en mariage à Kasimir, fils de Wladislas, rendit la liberté à vingt mille prisonniers de guerre polonais, et promit un secours contre l'ordre Teutonique. En i33i, la bataille de Plovece termina cette guerre. Les chevaliers y perdirent vingt mille hommes. Wladislas mourut deux ans après en laissant ses instructions à ses fils : ce Si vous mettez^ leur dit-il, a quelque intérêt à votre honneur et à votre repu-» « tation, prenez garde de rien céder aux chevaliers « de l'ordre Teutonique et aux marquis de Brancc debourg. Formez la résolution de vous ensevelir a sous les ruines de votre trône , plutôt que de leur a abandonner cette portion de votre héritage qu'ils ce possèdent, et dont vous êtes responsables envers
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ff votre peuple et envers vos enfans. Ne laissez pas à a vos successeurs un tel exemple de lâcheté, qui suf- « firait pour ternir toutes vos vertus et la splendeur a du plus beau règne. Punissez les perfides; et, plus ff heureux que votre père, chassez-les d'un royaume ce où la pitié leur ouvrit un asile; car ils se sont souiltf lés de l'ingratitude la plus noire. » Ces paroles prophétiques peuvent servir de réponse aux manifestes publiés par la Prusse lors des partages; et sous ce rapport elles méritent d'être recueillies.