POLOGNE FLORISSANTE
( a54 ans. )
Dynastie des Jagelloos. — Monarchie consentie et tempérée
par la loi.
Le quatorzième siècle vit cesser en Europe la féodalité proprement dite, et sur ses ruines s'élevait presque partout la monarchie avec des régimes divers. La Pologne^ qui y bien qu'elle eût conservé son allodialité barbare , avait cependant imité l'Europe dans le partage du royaume en plusieurs principautés ou fiefs j et dans la concession des privilèges particuliers y suivit aussi son exemple en rétablissant , presqu'à la même époque, l'unité monarchique dans ses États. De ce moment date sa puissance et cette splendeur qui dura plus de deux siècles et demi.
Kasimir ( 1 333— -1370), fils de Wladislas, fîit un aussi grand roi que son père. Pour asseoir sur
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des bases solides la grandeur future de sa patrie, il s'attacha à conserver la paix avec ses voisins. C'est dans ce but qu'il conclut à Kalisz le traité de 1 343 j par lequel l'ordre Teutonique lui rendit la Kuiavie et le territoire de Dobrzyn^ eu conservant la Pcméranie de Dantzig, qui prit dès lors le nom de Prusse, Pour obliger les rois de Bohème à se désis-» ter de leurs prétentions k 1^ couronne de Pologne et au duché de Mazovie^ Rasimir leur céda à ja^ mais la Silésie. Mais ce qu'il perdit d'un côté , il le gagna de Tautre. Boleslas, duc de Halicie ( i34o), venait de mourir sans postérité. En sa qualité do Piast y Kasimir hérita de son duché , et le réunit à la couropne de Pologne. X^es Tatars^ qui infestaient cette^ contrée, furent battus , et la Podolie avec la Wolhynie f^rent arrachées de leurs mains et incorporées à la Pologne, t^asimir n'eut pas le même bonheur dans son e^çpéditiçii CQntrç les Walaques^ qui formaient une partie de la population du duché de Halicie. Il lui fallut, en outre, disputer la Wolhj*nie à Olgerd, grand* duc de Lithuanie, qui, à cette époque, était le plus puissant des potentats du Nord. Les républiques de Pskow et de Novo-^^ gorod-la-Grande reconnaissaient sa domination ; il 9vait soumis en i363 les Tatars de Pérékop, et irois fois, en i368, 1370 et i373, il vint can^per sous les murs de Moskou. Ses conquêtes de ce côté s'étendirent jusqu'à Mojaisk. Keystut , son frère, un
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des plus grands héros de son temps, secondait 01-* gerd dans ses exploits, et quand l'âge modéra l'àr* deur de ces detix princes , leurs fils, Jagellon et Wi-* towd ouWitold^ menaient les troupes lithuaniennes à la victoire.
Malgré la terreur que les princes de Lithuanié inspiraient dans ces contrées, le courage n'abandonna point Rasimir. Par le traité qu'il conclut en 1 366 , Luçk et ses environs furent cédés , en qualité de fiefs, aux parens de Kasimir et d'Olgerd.
La vie privée de ce grand roi n'était pas fort édifiante; il avait plusieurs concubine^, mais point d'enfans légitimes. Pour assurer la couronne à son neveu Louis, de la maison d'Anjou, roi de Hongrie, il réunit, en iSSg, une assemblée à Krakovie. C'est depuis cette époque que la coufoniie de Pologne fut reconnue élective; car Wladislas-le- Blanc et les autres ducs de Mazovie avaient des droits légitimes à la succession. A la suite de cette élection, Louis garantit aux Polonais, en i355, à Offen, de ne jamais faire peser d'impôts arbitraires sur le pays, et reconnut, en outre, l'inamovibilité de plusieurs magistratures.
Kasimir fut législateur : il convoqua une diète à Wisliça en i347. Un statut universel y fut promulgué en langue latine, et les différentes lois de la Grande et Petite-Pologne réunies en un corps. A l'exemple de son père, qui élevait la petite no-
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blesse pour abaisser les grands, Kasimir, autant par esprit de justice que pour rendre à la couronne quelque splendeur , cherchait à s'unir au peuple, et, fort de cette position, à réprimer l'ambitipu des nobles. Il diminua leui*s prérogatives , et circonscrivit le droit de succession à l'héritage des paysans morts sans enfans, de manière à en exclure les seigneurs. Tout paysan maltraité par son maître pouvait vendre ses biens et se retirer oit bon lui semblerait. Ces lois de Kasimir, ainsi que: beaucoup d'autres, lui méritèrent le surnom de roî des paysans, titre plus honorable que celui de grand que lui décerna la postérité.
Kasimir s'occupa également des habi tans des villes: il institua pour eux, en i365, des cours supé** rienres, et in^rdit l'appel à Magdebourg , que leur accordaient leurs anciennes lois teutoniques. Beau-^ coup de villes furent relevées par lui, et l'université de KrakoviÇ) illustre, dans la suite, par la piM>tection d'Hedwige et de Jagellon, lui doit sa première fondatioi). La civilisation fît des progrès rapides sous le règne de Kasimir, et la prospérité et les richesses de son pays se déployèrent surtout lors du mariage de sa petite-fille avec l'empereur Charles W, qui eut lieu à Krakovie en i363, et qui rassembla dans cette capitale l'Empereur, les rois de Danemark , de Chypre , et beaucoup d'autres princes et seigneurs étrangers.
Kasimir mourut en 1370. Louis de Hongrie (1370-1382)9 n'ayant point de fils, voulut assurer l'héritage de la couronne de Pologne à ses filles. Dans ee but, il convoqua une diète à Koszyce en r374- Il 7 garantit à la Pologne Tindépendance entière de sa couronne de Hongrie. La noblesse et le clergé consentirent à leur tour à payer annuelle <• ment un impôt foncier^ à condition qu'il ne pourrait jamais être augmenté sans leur consentement Loiipiis viola bientôt ses promesses en envahissant la Halicie, qu^il voulait i*eunir à la Hongrie. Une longue guerre menaçait les deux pays, lorsque Louis mourut, en laissant la couronne de Pologne à sa fille Hedwigb d'Anjou. Cette princesse fut couronnée reine en 1384? et bientôt , les armes à ta main, elle cha$sa les Hongrois delaHalicie; Jeune et belle, Hedwige, toute au bonheur de la Pologne, étbufia son amour peur Guillaume, prince d'Autriche, et donna sa main à Iagellor (i 386^x434) ? grandduc de Lithuanie, qui reçut le baptême sous le nom deWLApiSLAS H, et réunit le grand-duché à la couronne dq Pologne. Le 1 2 février de la même année (i386)^ il fit son .entrée solennelle à Krakovie, et la réuqion des deux nations fut alors consommée.
Jagetlon savait bien que ses droits à la couronne de Pologne ne reposaient que sur la tête de son épouse ; aussi voulaib-il se retirer en Lithuanie. Mais les Polonais, convaincus des avantages qui résulte-
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raieût de la joncHoâ de ces deux pays, confirmèrent leur premier chcnz, et maintinrent Jagelion sur le trône. Cette umon de deux peuples long-temps en*^ oemis contrariait l'empereur Sigismond et les chevaliers de l'ordre Teutonique, qui mirent tout en œuvre pour la troubler. Ce but leur paraissait d'autant plus facile à atteindre, que Jagelion , ne consér* vant que la suzeraineté sur la Lithuanie , avait ëlevë au grand-duchë son cousin Witold. Bientôt les chevalins déclarèrent la guerre; mais ils furent com-* plètement battus, en i4io, dans la bataille de Grunewald. Pour détruire finalement leur puissance, une coopération sincère des I^ithuaniens était i^^ dispensable. A cet effet, Jagelion rassembla ies deux nations en diète générale à Horodlo dans la Pelite- Pologne, eni 4 1 3. Uy concéda aux boyars lithuaniens les libertés et les privilèges de la noblesse polonaise. Toutefois la guerre contre l'ordre Teutonique ne discontinuait point; elle fut enfin terminée par la paix de i423, par laquelle la Samogitie fut arrachée des mains de cet ordre.
Cependant les intrigues de l'Empereur ne cessaient point de travailler la Uthuanie. Il invita Witold à une entrevue qui eut lieu à Luçk, en i4^9> sous pr^xte de s'occuper des moyens de sauver l'empire grec, envahi par les Ottomans. Sigismond fit entrevoir au vieux duc la possibilité d'échanger son titre contre cdui de roi de Lithuanie. Witold se II. 3
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laissa facilement séduire , et il faisait déjà à Wilaa des préparatifs pour les fêtes de son couronnement , quand la mort vint le sui^rendre, en j 43o.
Débarrassé des inquiétudes que lui donnait son cousin, Jagellon voulut , avant de mourir, assurer la couronne à Wladislas son fils. A cet efiPet, il convoqua une diète à Brzesc-Litewski. Entre autres garanties qu'il y confirma aux Polonais, il promit que jamais un citoyen ne serait emprisonné avant d'avoir été déclaré coupable par une cour de justice (i43o); c'est la fameuse loi : neminem captwabimus nisi jure victum aut in crimine deprehensum. Quelques aidées auparavant, à la diète de Gzerwinsk en 142^9 et à celle de Warta en i4^3, le statut de Wisiiça avait été consolidé, et complété par une organisation judiciaire.
Après avoir gouverné l'intérieur de saa royaume avec autant de sagesse qu'il montra de courage en repoussant au dehors ses ennemis, Jagellon mourut en 1434* Le règne de ce monarque est remarquable par l'union des deux Églises romaine et grecque en Pologne, ce qui eut lieu dans le concile de Fbrence. Isidore , archevêque de Kiiow, adopta le rite romain avec tous les Russiens de la religion grecque soumis au sceptre de Jagellon. Les boyars russiens furent désormais admis aux droits de la noblesse polonaise (i433).
Wladislas III (i434-i444)> fi's de Jagellon, à
peine monte sur le trône de Pologne, fut invité par les^ Hongrois h venir régner sur eux. En sa qualité de roi de Hongrie , ce prince fit contre les Turcs une campagne heureuse , qui fut suivie d'un traité de paix; mais excité par le saint-siège à le rompre^ et délié par lui de ses sermens y le jeune Wladislas déclara de nouveau la guerre à la Porte. Cette fois^ la victoire l'abandonna. Aussi vaillant qu'impru*'dent, il succomba, à Tâge de vingt'^un ans, dans la bataille de Varna , et l'histoire lui donna le nom de Wladislas-le^Vaménien. La Pologne perdit en lui un prince qui donnait les plus belles espéranceSi Neuf ans après cet événement, en i453, les Tiycs prirent Constantinople.
Tel fut l'effet des discordes que les intrigues de l'é^ tranger semaient parmi les deux nations lithuanienne et polonaise, que, sitôt que Wladislas-le^Yarnénien eut accepté la couronne de Pologne, les Lithuaniens appelèrent Rasimir lY (i444-i49^)9 ^cm frère, au grand-duché. Mais les Polonais , jaloux de conserver cette union, firent de nouvelles avances, et^ après la mort de l'infortuné Wtadislas , ils cherchèrent à réunir sur une seule tête la double souveraineté , et offrirent la couronne à Kasimir.
Vers cette époque les frontières de la Pologne s'étendirent d'une manière remarquable. L'évêque de Krakovie avait acheté, en i44^9 ^^ duché de Sévérie ( Siewierz ). Zator et Oswiécim reconnurent
aussi Kasimir pour leur souverain. Une partie de la Silésie rentra ainsi sous l'ancienne domination de la Pologne. Kasimir racheta Oswiécim en i453; et plus tard, en 1494? ^^ ^9 Jean -Albert, paya le prix de 2^tor. £n 1462, Kasimir hérita du territoire de Rawa et de Belz , après l'extinction des ducs de Ploçk; le reste de ce duché jfiit réuni à la Pologne par Jean* Albert en 149^. Enfin les habi*tan« de l'ancienne Poméranie de Dantzig et ceux de la Prusse de Kœnigsberg, fatigués du joug et des injustices de l'ordre Teutonique, résolurent , en 14^4 9 de se soumettre à Kasimir. Une guerre, qui suivit c^^ démarche des Prussiens , dura douze années j parce que la désunion qui existait entre les Lithuaniens et les Polonais affaiblissait ces derniers , dont les levées générales de nobles , \9l pospoUté'ruszenié , arrière«ban, faisaient pour ainsi dire l'unique force, et qui par là se trouvaient dans l'impossibilité de faire une campagne régulière. La noblesse, qui ne composait qu'une seule arme, la cavalerie, combattait avec un courage inouï , sans s'inquiéter même de l'artillerie opposéle^ mais bientôt après, et particulièrement quand l'hiver approchait, elle rentrait en désordre dans ses foyers , et laissait ainsi à l'ennemi le temps de se rallier. Cependant Kasimir prit à sa solde quelques milliers d'étrangers , et surtout des Bohèmes, qui composaient son iufanterie régulière, et lui offraient même d'excellens
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artilleura. La paix de Thorh , qui ternima cette guerre en ï^66^ rendît aux Polonais une partie de la Poméranie de Dantzig , la Warmie et le territoire de Culm ; le reste de la Prusse proprement dite , institué en fief, fut livré à Tordre Teutonique , avec Tobligatiott de rendre foi et hommage , par son grand-maître y au roi de Pologne.
De cette paix date la vraie prospérité de la Pologne : commerce, agriculture sciences, tout commençait à y fleurir. L'instruction pénétra jusque dans les dernières classes du peuple. Le célèbre laui^i , dont les poésies latines sont connues de l'Europe , n'était qu'on simple paysan; Dantiscua est fils 4'un cordier^ et le prince^vé({ue de Warmie , Kromer, que Solignac appelle le Tite-Lîve moderne, était issu d'une £aimille plébéienne. Des naitions voisines offraient alors leurs cour<Hines aux rois de Pokigoe. Kasimir n'accepta que celle de Bohème, en iJ^jty pour son fils aîné , Wladislas , qui devint ensuite , en 149O1 roi de Hongrie.
Les diètes législatives devenaient plus fréquentes à mesure que les lumières faisaient plus de progrès. Celle de Nieszava, en 1454? statua que le roi ne pourrait déclarer la guerre sans le consentement du sénat : celui-ci formait le conseil du roi, et était composé de la haute noblesse et des magistrats supérieurs. Mais la pins remarquable institution de cette époque , c'est l'organisation des diètes repré-»
sentatives en i468; jusqu'alors elles avaient été convoquées à volonté par les rois, et n'avaient point une forme régulière. Dès lors deux députés de chaque district, nommés nuncU terrestres y doutés territoriaux , furent appelés à chaque diète ; ils étaient tenus de recevoir des instructions précises de leurs mandataires, dont il leur était défendu de s'écarter, et de l'exécution desquelles ils étaient obliges de rendre compte. A la suite de cette institution vinrent nécessairement les diétines ante-comitiales , ou celles d'instruction , dans lesquelles étaient nommés les nonces , et les diétines postcomitiales, ou celles de relation, qui suivaient la tenue de la diète, et 'dans lesquelles les nonces rendaient compte de leur mandat. L'omnipotence parlementaire fut ainsi placée dans la masse des citoyens. Ajoutons que les représentans de& villes étaient admis aux diètes.
L'admission de toute la noblesse, sans exception, aux droits civiques , rendit tous les nobles égaux devant la loi. Dès lors toutes les distinctions aristocratiques furent abolies. A part l'évêque de Krakovie, qui portait le titre de' prince deSévérie; celui de Gnèzne , prince de Lowicz ; enfin celui de Warmie, il n'y eut plus de princes, ni de comtés, ni de barons en Pologne. Cette égalité flattait la petite noblesse nissienne et- lithuanienne : elle y adhéra de plein gré; mais tels n'étaient point les
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sentimeas des grands de ces pays. Possédant seuls les titres des kniaz ou princes, et seuls pendant long-temps admis à exercer des droits politiques dans leur sénat et daus leurs diètes j ils n'étaient pas portés à désirer l'union avec la Pologne : aussi firentils tout ce qu'il était possiblç pour l'entraver.
Nous avons déjà vu les Lithu^iens apporter des obstacles à la conquête de la Prusse , et même entrer, en quelque sorte, en alliance avec l'Empire contre la Pologne; plus tard ils voulurent disputer à celle-ci la possession de plusieurs provinces russiennes , et s'arroger des droits sur différentes parties de la Podlaquie. En 14^3, ils envahirent Luçk, Wlodziroiérz et Horodlo, et, en 1457, la partie méridionale de la Podolie avec la ville de Braçlaw. Cette conduite offensait particulièrement la Petite-Pologne (t), car Jagellon lui avait garanti la réunion de toutes ces provinces, qui faisaient autrefois partie du royaume de Halicie, à l'époque oit l«s Tatars en furent chassés par Kasimir-le-Grand. En vain les Polonais se plaigpaient-ils à Kasimir des hostilités des Lithuaniens ; élevé parmi eux , il semblait leur avoir voué un attachement d'autant
(f) L'ancien duché de Pologne prit dans la 8uî!e le nom de Grande-Pologne; par opposition, on appelait Petite^Polpgnc l'autre partie de l'État. Le royaume de Halicie fut réuni à celuici, comme la Poméranie, et plus tard la Mazovie, firent partie de la Grande-Pologne.
4o TABLJBAU DE LA. POLOGNE.
plus siacère , et il ne s'aperçut du mal (jue son insouciance causait aux deux nations, que lorsque les grands de Lithn iuie complotèrent rélectîon d'un nouveau grand-duc.
Cependant les Lithuaniens ressentirent enfin eux-mêmes les fuQester ' {fets de leur désunion avec la Pologne. Abandonnés par leur alliée , ils perdirent, en 147S9 1^9 .atars de Perékop, dont la Turquie fit la conquête. Et, par suite, la Pologne se vit enlever, en 1 484 f deux ports sur la mer Noire, Kilia et Bialygrod ( Ackerman ). De leur coté , le9 Moskovites envahirent de vastes proviuces lithuaniennes, particulièrement Pskof en 1460, et Novogorod-la-Grande en i479* Bientôt 9iprh$f ils conqui^^ rent même toute la Sévérie Iransboristane, quand les Lithuaniens, persistant dans leurs discordes, nu lieu d'accepter l'élection de Jean-Albert, désigné par les Polonais pour succéder à aoft père Easimir^ préférèrent confier le gouveraeme9.t du grand-'dii" ché à Alexandre, frère de Jean^ Albert, Ce n'est qu'à la mort de celui-ci que, punis de leur aveuglement par des pertes immeuses , les Lithuaniens envoyéreut enfin en Pologne une députation , à la tête de laquelle se trouvait Tabor, évêque de Wilna, qui fit serment que la Lithuanie» n'aurait jamais d'autre maître que le roi de Pologne.
Mais nous avons devancé les événemens. Jean-Albert ( 1 49^*- 1 5o I ) avait été élevé au troue en 1 49^ •
PRECIS HISTORIQUE. III* iPOQU£. 4'
Bapnacorai, surnommé Callimachus^ ancien instituteur du roi, lui conseilla d'attenter aux prérogatives de la noblesse. I^e bruit s'en répandit bientôt dans le pays. Le malheur voulut que vers le même temps (1497)9 un grand nombre de nobles polonais périrent dans une embuscade au milieu des forets de Boukowiue j où les Walaques les avaient attirés. On s'imagina que le roi , guidé par les intrigues de sou confident italien , avait envoyé ses sujets à une mort certaine, pour pouvoir les dompter plus aisément. Alors les prétentions de la noblesse redoublèrent. C'est de cette époque que date l'abaissement des Cmétons et des villes, du bas peuple et de la bourgeoisie, en Pologne. £n 1496, il leur fut interdit de devenir propriétaires de terres ; on les exclut m^e du droit aux prélatures ecclésiastiques, quelques préUiures doctorales exceptées. A la même époque , la constitution promulguée à la diète de Nieszawa ^ ea 1 454» &t interprétée de manière que le roi ne pût désormais dédarer la guerre sans le consentement de la diète et des diétines.
Sous Jean-Albert furent instituées les premières cours de justice en Pologne, cours territoriales de première instance. Jusqu'alors le roi était lui*méme le grand-juge; il ne se réserva depuis que le droit de nommer les juges, un sur quatre candidats présentés par les palatinats. L'appel restait dans ses attributioBs. Il est inutile d'ajouter que le peuple
fut exclu de ce bienfait. Bientôt il tomba dans la dépendance complète des nobles, et peu à peu il fut réduit à la servitude.
Les prérogatives de la noblesse s'augmentèrent encore sous le règne d'ALEXAWDRE (i 5o i-i 5o6), appelé, du grand-^uché de Lithuanie, à la couronne de Pologne en 1 5o 1 .11 promit, au nom de ses successeurs, en 1 5o5, de ne jamais instituer aucune loi sans le consentement général de son conseil et des nonces territoriaux. Les rois ne purent plus dès lors ni distribuer leurs domaines, ni emprunter dessus sans Tautorisatiou de la diète. En i5o6, toutes les lois promulguées jusqu'alors furent rassemblées en un corps, et publiées par le chancelier Laski, qui a donné sou nom à ce code.
Le troisième fils de Kasimir, Sigismokd P' ( i5o6-i548), succéda à Alexandre en i5o6^tt: régna glorieusement pendant quarante-deux ans, malgré les difficultés qu'il eut à vaincre. L'ambition d'un de ses sujets de lithuanie lui suscita d'abord une longue guerre contre les Moskovites. Glinski , issu du sang des anciens ducs de Russie , ayant assassiné un grand du royaume, Zabrzezinski, et ne pouvant compter sur l'impunité de la part de la justice^ souleva une partie du peuple, et voulut ressusciter l'ancien grand-duché de Russie, que les Russes eux-mêmes avaient depuis long-temps considéré comme éteint. Battu par Firley, Glinski se
sauva à Moskou^ conduisit les Moskovites contre la Lithuanie, et leur facilita renvabissemenl de Srnolensk en i5i4- Malgré la grande victoire que le duc d'Ostrog remporta dans la suite sur les Moskovites, Smolensk leur resta. D'un autre côté, Albert, à la fois margrave de Brandebourg et grandmaître de Fordre Teutonique, refusait de prêter rbommage de vassalité à la couronne de Pologne. C'était l'empereur Maximilien qui, suivant la tactique ordinaire de la maison d'Autriche, suscitait à Sigismond tous ces embarras. Il <»iviait aux Jagellons la possession de la Lithuanie, de la Pologne, de la Bohème et de la Hongrie. Mais, ayant bientôt reconnu que la fermeté de Sigismond était au-dessus de ces petites attaques, il résolut de l'inviter, en i5i 5 , à se rendre à Vienne, pour y mettre d'accor^llps princes ennemis. Maximilien profita de cette occasion pour demander la main d'Anne, de la maison des Jagellons , princesse de Hongrie et de Bohème , pour son petit-fils : il pensait dès lors à s'assurer des droits à ces deux couronnes , et il réussit parfaitement dans ses projets.
Albert fut bientôt après forcé de demander grâce. Heureusement pour lui, il était neveu de Sigismond, Frédéric son père, marquis de Brandebourg , ayant épousé Sophie , fille de Kasimir. L'ordre Teutonique avait à cette époque adopté la religion de Luther, et Albert suivit aussi la réfor-
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ination ^ c'est pourquoi Sigismoud , élevant la Prusse au rang de duché ^ lui donna pour maître Albert et ses descendans mâles, en les obligeant à jMrêter foi et hommage à la couronne de Pologne. Albert accomplit le premier solennellement cette obligation à Krakovie en i5a5. Dès lors la Poméranie de Dantzîg prit le nom de la Prusse-Royale , par opposition à la Prusse^Ducale y ou duché de Prusse, qui composait le fief des ducs de Kosnigsberg, comme les appelaient les Polonais.
Une année après , en 1 526^ la iamille des Piasts de Mazovie s'éteignit , et leur duché fut réuni à la couronne de Pologne.
En 1533, Sigismond signa une paix glorieuse avec la Turquie. Le libre commerce sur la mer Noire fiit assuré à la Pologne, qui conserva , en outre, sa suzeraineté sur la Moldavie, et lesj|^ros promirent d'empêcher à l'avenir les incursions des Tatars en Pologne. Il ne manquait aux Polonais que la paix avec Moskou : elle fut conclue en i534- Glinski ne rentra plus dans sa patrie; le traître périt ignominieusement de la main de ses nouveaux maîtres.
Sigismond consolida également la paix à l'intérieur. Sous son règne le commerce , l'industrie et les lumières firent de grands progrès : ce fut le siècle de Kopemik. La langue polonaise commençait à être cultivée et remplaçait peu à peu. le latin.
PIUÉCI8 HISTCmiQUE. III* ÉPOQUE. 4^
Les discordes entre les Polonais et les Lithuaniens furent apaisées par ses soins. Il octroya , en 1029, à la Lithuanie un code civil , connu sous le nom de StaiiU'-Russien (Statut-Ruski), car il était écrit dans cette langue particulière aux Lithuaniens. Sigismond voulut aussi gratifier d'un code pareil la Pologne, qui avait une multitude de lois éparses, promulguées dans la langue latine^ surtout dans les nombreuses diètes tenues sous son règne ; mais sa vieillesse fut trop troublée pour cela. Bona^ sa femme , née des ducs de Stbrza, intrigante et ambitieuse, parvint à s'emparer de son esprit ; avide de riches^ ses, elle trafiquait des charges publiques; elle cherchait à appuyer sa puissance sur la discorde qu'elle semait entre les grands et la petite noblesse, Â cette époque les premiers voulurent se distinguer de leurs frères mineurs ; c'est ainsi qu'on avait habitude d'apPRer les nobles peu riches. A l'exemple des Radziwilly Lithuaniens, qui acceptèrent, en i5i8, le titre de princes de l'Empire romain, que leur conféra Tempereur d'Allemagne, beaucoup de grands cherchaient à acquérir des distinctions semblables ; d'autres formaient des majorais dans leurs familles, malgré les efforts de Sigismond pour les en empêcher. Une lot formelle mit enfin un terme à ces prétentions en abolissant le di-oit d'aînesse , en 1 538. Deux grands surtout rendirent cette époque célèbre par leurs rivalités; ce furent Tarnowski , comte de l'Em-
pire romaÎD , et le palatin Kmita. Le dernier fut appuyé par la petite noblesse, parce qu'il ne portait point de titre étranger.
Le mécontentement général qui éclata à la suite de toutes ces intrigues, suscita de grands emjbarras à Sigismond. Ce roi avait convoqué la pospolite contre la Moldavie. Cent cinquante mille nobles s'assemblèrent à l'instant même à Lcopol ; mais au lieu d'armes , ils y portèrent des plaintes et des récla*^ mations contre le roi, contre la reine ^ contre le se-nat et les grands. Heureusement la révolte n'était pas sérieuse; une grande pluie suffit pour disper* ser les confédérés, qui cependant n'avaient pas négligé de constater leur rébellion par des remontrances solennelles. Ils qualifièrent leur assemblée du nom de RokosZj nom emprunté aux Hongrois, qui appelaient ainsi leurs confédérations , étant tenus, quand le royaume était en danger, àé^ réunir dans la plaine de Rokosz, près de Pesth , sous peine de mort. Nous consignon^s ici ce fait, car tout insignifiant qu'il soit en lui-même, il a dans la suite donné une apparence de légalité aux rébellions dites confédérations. Sigismond répondit avec douceur aux représentations de la noblesse; mais, ne pouvant la calmer, il ordonna à l'assemblée de se dissoudre , et rendit ainsi la paix au royaume. Il mourut bientôt après, affligé de voir les empiètemens progressifs de la noblesse qui écartait des diètes les re-
présetitans des villes, et violait ouvertement les faibles garanties qui restaient encore au peuple.
Telle était la situation de la Pologne quand Si* GiSMOUD-AuGUSXE ( 1 548-1 672 ), couronné du vi* vant de son père, monta sur le trône. Malgré 1 éducation négligée qu'il avait reçue de sa mère Bona , il se montra à la hauteur des grandes circonstances au Hiilieu desquelles il se trouva placé. C'était l'époque oïl par toute l'Europe ruisselait le sang versé dans les dissensions religieuses.
Les premiers jours de son règne furent troublés par les réclamations de la noblesse , suscitées par la reine-mère, contre son mariage avec Barbe Radziwill, veuve d'un grand de Lithuanie, Gastold. Au» guste l'avait contracté secrètement du vivant de son père, après la mort de sa première femme née Autrichienne; mais il ne l'avoua qu'en montant au trône. La querelle devenait sérieuse : le roi était près de sacrifier sa couronne à la foi qu'il avait jurée à son épouse, lorsqu'une manœuvre habile le délivra de toute inquiétude. Il réclama de la diète la vérification des titres de plusieurs grands seigneurs aux charges dont ils étaient revêtus , et aux domaines publics qu'ils possédaient illégalement. Bientôt les clameurs s'apaisèrent ; l'attention de la diète se tourna d'un autre côté, et lorsque Bona, forcée parla fermeté d'Auguste, consentit eofin à reconnaître Barbe pour sa reine, les grands cessèrent
aussi lear opposition. Six mois après ^ Barbe termina ses jours ^ et la vieille reine passa en Italie où elle emporta d'immenses trésors que le roi d'Espagne s'appropria après sa mort : ce sont les fameuses sommes Napolitaines que la Pologne a, dans la suite j tant de fois rëclamëes j mais toujours en vain.
Auguste était inconsolable de la mort de son épouse. Il chercha du soulagement dans les aflGsiires publiques dont il s'occupa avec ardeur. La paix était son premier vœu ; il réussit à l'entretenir en Pologne j quand la guerre désolait le reste de Fëih rope. Bientôt ses États devinrent Tasile de tous les opprimés pour leurs opinions. Les lettres y gagnèrent beaucoup : l'Université de Krakovie parvint à Tapogée de sa gloire , et les lumières trouvèrent ainsi un nouvel Auguste dans le fils du vieux Sigismond.
La première époque de l'histoire de la Pologne n'avait laissé à ce pays d'autre élément de civilisation que le christianisme et les institutions de Boleslas-le-Grand ; la seconde époque avait eu ses chroniqueurs, tels que Martin -Gallus, Mathieu- Cholewa, l'évêque Vincent Kadlubek et autres qui écrivaient en latin ; toutefois ce fut sous les Jagellons seulement que la langue nationale se forma. Dlugoszy l'instituteur des fils de Rasimir-Jagellon, écrivit encore ses chroniques en langue latine, mais dans le siècle des Sigismond la langue polonaise
devint littéraire : la Russie et la Lithuaniê Tadoptèrent gënéralement, surtout quand Sfgismond- Auguste la prescrivit à toutes les juridictions de P(dogne et de Lithuaniê , qui ne s'étaient servi jusqu'alors que des langues latine et rus»ienne ou rousniaque^ Les écoles cessèrent d'être sous la-surveîUa&ce exclusive du clei^gé, ipt on cherchait à y fomïer non^seulement des hommes éclairés , mais aussi des gens de bien et dé vrais citoyens. C'est le siècle des Sigismonds qui produisit des historiens tels que Kromer, Orzeciiowskr, Samicki, Bielski/Paprocki ; Rey, Zimorowicz , Symonowicz et les frères Koclianowski , brillèrent comme poètes; Ocieski, Modreewski , Warszewicki , Groicki , Herburt , se firent un .nom dans les sciences politiques ; Brtidzewski, Kopemik, Grzebski, Spiczyidski, Sietmik, Sendziwoy, s'illustrèrent dans les sciences exactes. Bientôt quatre-vingt-trois villes de Pologne pôssé-^ dèr^it des imprimeries; Krakovie seule e^ comptait einquante 9 iet les prineipauic autèuts, t£lnt aiicîens que modernes , furent traduits en polonais.
Pour consolider la prospéi^ité du pays, il 'était nécessaôrede corriger les abus que la vieillesse* Aé Sigîsmond et la faiblesse de ses frères avaient fait naître dans. la république; maisavaht tout , il fallait adiever l'union de la Lithtianîe à la Pologne. Un éycdement fàchMix aoeéhéra l'accomplissement de ce vccu» L'archevêque de Riga, issu des margraves
5o TABLEAU DE LA IKILOGHE.
de Brhndcbourg^ et cousin^germaÎD du roi de Polo^ gucy fut emprisonne par les chevaliers portes^glaives, établis dans la Livonie ^ comme l'ëtaient autrefois les Teutoniques en Prusse; Ils assassinèrent les députés que leur envoya Auguste pour demander rélargissement de Tévêque. U ÊiUait en finir par une guerre , mais avant que Tépee fut tirée , les chevaliers , intimidés par les seules menaces du rai , vj^olurent de Satisfaire à ses injonctions, et formèrent même avec lui une alliance qui ofiïensa le tzar de Moskou , Ivan Yasilievîtcb. Gelui*ci çnva« hit la Livonie en i558. Les chevaliers , incapables de lui résister ^ appelèrent le roi de Pologne à leur S6cpiirs« Par Iç traité qu'ils signèrent , la Lironîc fut rec<^nnue prorince polonaise , les chevaliers fi>éculamés 9 et Uur grand-maître, Kettler^ obtint le du-" ché deKourlande pour lui et pour sa postérité mâle. Cependant iVan ûe cessait point d4nquiéter lu Livonie ^ et poussait même ses envahisisemensju^u'au f^eia fie laLithuanie, à laquelle il venait d'krracher Poloçk y en 1 563. Pour arrêter s^ progrès , Sigis-* inoQd appejia les Lithuaniens et les Polonais au combat; Ces derniers offrirent leurs troupes , mais sousla çopditiôn que préalablement IWioti de la Lklutanie et de la Pologne, serait oonscHmnée* En ofl^t^ Jk roi d\>(^u|)a sérieusement de consolider cette miQU si .àMirée* U conuneoça par oetiVi^r - à la noblfasse rJitlAUaqienoe tous les. privilèges qui lui manquaient encore , et entre autres il Tautorisa à
I^RÉCIS HISTOllIQim. -— 111* liPOQUE. 5 1
envoyer ses reprësentans à la diète, et institua en Lithuanie d^ cours de justice à l'instar de celles que Jean-Albert avait données à la Pologne. Sigismond se désista encore, en 1 564 » ^^ s®' droits héré* ditaires sur la Lithuai^ie, et en i566, de ses droits seigneuriaux et féodaux sur tous les fiefs de cette province.' Il engageait par cet exemple ses grands* vassaux à admettre , à leur tour, la petite noblesse à leurs privilèges. Après avoir ainsi vaincu les plus grandes difficultés, il rassembla, en 1669, une diète générale des deux nations à Lublin. Nicolas Radziwill , l'adversaire le plus obstiné de l'union , venait de mourir. Les efforts du roi et Texemple des princes d'Ostrog et des Czartoryski prévalurent enfin, et l'union fut consommée. La Livonie fut reccHinue appartenir aux deux nations; la Podla-» (piie, la Wolhynie et l'Ukraine éc];iurent, dans la division politique de l'État, à la Petite-Pologne. Le royaume de Pologne et le grand-duché de Lithuanie («Nrerïl alors proclamés une même république, gouvernée par un même roi , élu en commun par les deux nations. Il fut convenu que leurs reprcsentans respectas s'assembleraient , pour les diètes , à Yarœvie, ville centrale des deux pays et qui , appartenant à la Masovie, n'était alors ni polohaise, ni lithuanienne (i); que les deux peuples n'auraient plus que
(1) CeUe circonstance rendit Warsovie» dans la suite , la
5a TABLEAU DE LA POLOGNE.
ie& lùémeft intérêts , les mêmes prérogatiTeSy les mêmes monnaies ; que tout serait commun entre eux, à cela près qu'ils conserveraient chacun , dans leurs cours judiciaires, les formes de procédure et les règles de droit qui leur étaient particulières.
Sigismond consacra le reste de sa \ ie à corriger les abus qui s'étaient introduits dans la république : chaque diète apportait dès-lors une amélioration dans les lois. La distribution des domaines royaux ou nationaux , comme récompense aux citoyens bien méritans de la patrie, fut réglée de manière que les favorisés ( propriétaires à vie ) étaient tenus de payer un quart de leurs revenus pour Tentretien de l'armée. En i564f là Lithuanie obtint un second statut, en langue russienne, qui servait de complément au premier. Le roi voulut gratifier la Pologne d'un code semblable: les Etats le demandaient; mais il mourut avant de pouvoir réaliser ce projet. Il affligea la Pologne, sur le déclin de ses jours, par un malheureux retour aux vices qu'il avait contractés dans sa jeunesse. Entouré de nombreuses favorites dans son château de Knyszyn, il y vivait dans une complète débauche; il dissipa tous ses revenus et ses trésors, ruina sa santé, et mourut dans une telle indigence, qu'à peine eut-on de quoi re*
capitale d u royaume, sartoat lorsque Sîgîsmond III y eut transporlé sa résidence.
vêtir SCS dépouilles mortelles, pendant que ses concubines regorgeaient d^or et de richesses.
Avec Augiiste s éteignit, en 157a, la race des Jagellons. L'interrègne précéda Félection d'un nouveau roi, objet que les lois n'avaient point réglé jusqu'alors : ce fut ce dont s'occupa la première diète qui eut lieu en t573, et qui reçut le nom de diète de convocation , car elle était destinée à réunir la noblesse pour l'élection du futur chef de l'État. Le droit de convoquer les diètes pendant l'interrègne fut dévolu à l'archevêque de Gnèzne , primat du royaume. Sur la proposition de Jean Zamojski, alors nonce de Belz, on admit toute la noblesse, sans distinction, à l'élection du roi, parce que, disait-on y ce serait la preuve la plus évidente d'une parfaite égalité entre les nobles. Le titre de seigneur et maître, porté jusqu'alors par les rois, fut aboli, et on résolut de présenter à l^venir plusieurs lois cardinales(i)aux sèrmens des futurs monarques. En voici quelques-unes. Le roi ne pouvait désormais nommer son successeur. Il ne pouvait se marier sans le consentement du sénat. Il devait conserver la paix parmi les dissidens en religion et laisser toute liberté à leurs opinions. Il n'aVait pas le droit de déclarer là guerre, ni de traiter avec les puissances étrangères, sans le consentement des États.
(i) Pacta conventa.
54 TABUBAU DE LA POLOGICE.
Un conseil, compose des sénateors et des nonces ^ devait constamment résider auprès du roi qui serait tenu de convoquer tous les deux anipine diète; et s'il manquait à ses sermens, tous ses sujets étaient déliés du serment d'obéissance et de fidélité qu'ils lui avaient juré.
La diète d'élection fîit convoquée à Warsovie. Tous les nobles s'y rendirent en armes, et l'assem^t blée formait un véritable camp, de sorte que les délibérations les plus importantes et l'acte politique le plus solennel eurent lieu au milieu du tumulte des armes'et sous l'influence des sabt^s : c'était un antécédent funeste pour l'avenir. tJne assembla aussi nombreuse ne put se tenir qu'en plein champ^ Une tent^ élégslnte reçut le sénat et les ambassa^ deurs de toàs les princes de l'Europe. La noblesse , à cheval , se réunit en cercle autour de cette tente. Le séna^ après avoir entendu les représentations des ambassadeurs , discutait les prétentions des candidats. Chaque sénateur se réunissait ensuite à la noblesse de son palatinat, lui communiquait lès noms des candidats, et un des évéques parcourait les rangs pour recueillir les votes. Des deuxprëtendans, Ernest d'Autriche, et Hbnbi (1573-1575), duQ d'Anjou, fik de Catherine de Médicis, le dernier fut élu roi de Pologne , et proclamé tel p^r l'inter-roi, primat du royaume. Une députation brillante lui fut envoyée à Paris. Henri jura les lois
PftiCIS HISrOBIQUB. tll* ^OQUB. 55
cardinale»; mais à peine arriTë à Krakovie, il quitta la VolofjOi^ ausiitât qu'il eut conuaissance de ht mort de sonjràre Charles TU: dans sa fiiite prëcîpitëe et secrète^ il se conduisit*plut6t en criminel qui échappe au supplice', qu'en .jm qui renonce à sou trône.
Les Polonais dëdarèvent leur trô^e vacant et s assemblèrent, pour une nouvelle élection, en 1576. L'arcbeféque et primat Uchaaski, sans attendre les votes de la aobtesse, prodama roi de Pologne l'archiduc d'Autriche Maximilien. iZ^amoyski répondit à, son insolenee en proposant Anne, sœur de Sigismond^Auguste, à la royauté- Bientôt Ttinanimilé des votes oonfirma le- choix de Zamoyski. ËTiEisrirs Bàstory ( i576-i58&), duc de TransyN iqanie^ lui ùxt choisi poiir époux. Il ne tarda pas à arriv^er ep Pologne, et le parti de MaximAien. n'osk plua.' i^emuer. Baiory montra ,. dans son règne , de grandea capacités politiques et. mîKtaires. Aùiétih des ^ageUons n'a régné avec autant d'éèérgtéi'Iik première institution qu'il donna à là Poldgne , pôtir se coucilîer. les .esprits, fiiteelle des ti^bùnàux d'appel pour la noblesse, en 2678. Lés li'thùéfmeiis les obtiorefit en i58o« Les membrèé dé ^s' iri^bunaux étaient élus tons les. dent ans par les diél-
tines. Dès Ions la justice fiit obmpièlemei^ iiidépen-^
dante , le roi ne s'étantréseryé queledinrit de grâces
Batory s'attacha à former en corps de nation
56 TABLEAU OS XA POI.OGlfX.
les Kosaks qui, établi» dans les iles du BorysthèDe> couvraient, depuis les Sigismonds, la Pologne contre les incursions des Tatars. Cette idée ët^it digne d'un politique habile : jwr là il opposait une ban-ière à la fois aux Tatars y aux Turcs et aux Moskovites. Quand il parvint ensuite à armer la noblesse, deshabituée de la guerre par un siècle de paix ^nt elle avait joui .sous les Sigisnionds , il résolut de venger sur Ivan Yasilievitch les troubles que celui-ci fomentait eu Livonie. Zamopki suivit le roi eu sa qualité de grand-général. Polock fut donc reconquis en 1679. ^moyski assiégea Pskovi^. Ivan, v^LQCu sur tou^ les points^ implora la paix par l'entremij^ du Saint-Siège. Un jésuite , Possévinus , fat envoyé au roi. C'est Le premier début des jésuites eii Polpgfie. JjGav congrégation n'était encore couuue.qiîMs; par les savans distingués qu'elle renfermait dans son sein. Batory, désireux de répandre les li^mières ^ Pologne, combla les jésuites de ses fajveursj il leur confia, en 1579, l'Académie de Wilna, qu'il Vj^nait d'é^JibUr, et toute l'éducation publique en Lit^uanie. Possévinus avait donc^un accès facile auprès du roi ; aiisst la paix avec Ivan fut-elle conseille jejji x58a. Polpçk et ses environs redevinrent poloQj^s, ^t Ivan se désista de ses prétentions à la T^iyoni^; mais quant à sa promesse de s'unir à l'église roip^ijQç, ii trompa complètement les jésuites ptjfi§aip.t -Siège. , ., ;.
PRiCIS HISTOAIQGB. III* ÉPOQUE. 5']
Un grand acte de justice rendit mémorable le règne de Batory. Il existait en Pologne une famille puissante dont l'aîné , Samuel Zborowski , (bt banni du pays pour avoir été complice d'un assassinat commis dans le palais même du roi Henri. Batory devait en partie son élévation à l'influence de cette famille : cela encouragea Samuel à rentrer dans sa patrie , sans, avoir obtenu la grâce du roi. Zamoyski, en sa qualité de staroste de Krakovie, ayant pris les ordres de son maître, fit saisir et décapiter l'assassin. La famille Zborowski voulut en vain venger son outrage par la rébellion : la diète condamna à mort le second frère de Samuel , Christophe , qui ne dut son salut qu'à la fuite. Cet acte de sévérité de la part du roi prouve, d'un côté, sa grande autorité malgré les prétentions déjà exorbitantes de la noblesse ; de l'autre , son intention ferme de mettre enfin un terme aux exigences toujours croissantes des grands du royaume. En effet , il parait que les derniers soins de Batory avaient pour but de neutraliser la démocratie nobiliaire , en nommant son successeur et rendant le trône héréditaire eu Pologne. Une diète fut convoquée à Warsovie: on devait y déclarer la guerre aux Moskovites, et voter des impots pour l'expédition. Déjà l'armée se rassemblait;la garde hongroise du roi était réunie; on disait tout haut que Batory était prêt à appuyer ses projets par la force des armes. Qui sait ce qui en serait
58 1^4BLS4U DE LA POIiOG9£.
résulte? peut-être les flots de saag qui ont inondé l'Europe daos dépareilles révolutions auraîaat coulé en Pologne. Toute la noblesse était en émoi, lorsque le roi mourut subitement à Grodno, en 1 586.
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