‹ Tableau de la Pologne ancienne et moderneChapitre 32 sur 43 · XVI« SIÈCLE · texte numérisé non relu

XVI« SIÈCLE

KOPERNIK ( Nicolas ), né à Thorn en 1473 , quelques. années après rétablissement de son père dans celte ville : il était

bourgeois de Krakovîe, et sa femme une Allemande-PoloDaiae de la famille de Watzelrod. A l'âge de dix-oeuf ans Kopernik fut envoyé àrUnîversitédeKrakovie, où il passa cinq années, de 1493 à 1497» ^' s'appliqua surtout à la littérature grecque et latine, et aux mathématiques qui florissaient alors dans cette école. Attaché à son illustre maître Albert Brudzewski , il suivit d'abord toutes ses leçons. Mais en 1497» Albert s'étant rendu en Lithuanie et ayant quitté sa place à Krakovie, Kopernik f âgé déjà de vingt-quatre ans , et muni du grade de bachelier, se rendit à Bologne , où il se voua aux travaux astronomiques , plutôt comme compagnon que comme disciple de Dominique-Marie de Ferrare (1). Ses talens lui valurent la chaire des mathématiques à Rome, qu'il obtint dans l'année xSoo, et qu'il abandonna ensuite par l'amour de son pays natal. Pendant son voyage en Pologne , il obtint à Padoue le grade de docteur en médecine, et en i5o4 fut inscrit au nombre des académiciens de Krakovie , titre qui était alors d'un haut prix. Son oncle maternel , évêque de Warmie , l'appela auprès de lui et lui conféra un canonicat dans cet évéché. Frauenbourg devint dès-lors le lieu de sa résidence ; il y mourut en i543.

La gloire de Kopernik reçoit aujourd'hui l'hommage qui est dû à son grand génie; mais les savans étrangers ont été souvent inexacts dans les jugemens portés sur ses travaux. C'est pour rectifier de pareilles idées que la société des Amis des Sciences àWarsovie proposa , en 1801 , le concours suivant: « En payant un juste « tribut à la mémoire de Kopernik , montrer ce que lui doivent « les sciences mathématiques , nommément l'astronomie , au « siècle où il vécut ; quel parti il a tiré des travaux de ses « prédécesseurs ; comment il en a profité ; dans quelles sources il « a puisé; apprécier enfin l'influence de sa doctrine sur Tétat « actuel de ces sciences en Europe. » Jean Sniadecki remporta le prix. Sa dissertation fut d'abord imprimée en polonais en i8o3; la première édition de sa traduction française, faite parTengo-

(i) Telle est ropinion de Rheticus, Ephem. nof'»; Leipiig, i55o.

446 Tà.BLEAU JDE L4 POLOGNE.

bonki» parut à WanoTÎe dam la ménie année, soim le titre fie Disamrt sur Koptrmk; la seconde à Paris en xSsa , par les soui de Bl Adrien Ejrzyianowskif profeaseqr à rnniversité de Wtrsorie (i). Une traduction anglaise parut à DnblÎB , soos oe titre: PiKM estt^ on the iitêraiy ami tàêià^ labort of Copemiau^ tie. TnuuUaedhf Juttin BsniiJr. Plus tard, le conseiller d*ÉUt H: Basile AnaBtaaewica publia à Saint-Pétersbourg une traduction russe (s>

Cet écrit est jusqu*à présent le meiHeur qui se trouve pidilié sur oe sujet. Ainsi plusieurs auteurs étrangers ont profité des

(i) M. Yineent Karct«W9ki^ Jeane ëtodiant ««quel on a eonfié le soiii dt corriger les épreaves, s« tronre cité dans la préface comme éditeur.

(9) Tout récemment a paru la traduction italienne à Florence , ùitc par M. Zaydler^ polonais , sous ce titre : Di Niccolb Copemico astronotno polaccoj ragicnamento del cav. Giov, Sniadecki, rettore delt Vmuersita £ fFilna, tradotto dalla linguapolatca nell' îtaliana, delD. Bemarda ZatdiUi oorrispondente deir I. et R. , Ateneo italiano socio d'altre Accademie litterarie ; già alliero premiato délia R. Universili di Warsavia ; cou aggiuate e rittratto del Gopernico. Poligrafia Fiesolana.

Cette traduction soignée possède encore le mérite d'être accompagnée de notes scientifiques que M* Zajdler 7 a jointes , tant pour l'intérêt de la science que pour d'autres détails , et qui lui ont été communiquées par M. Léonard Ghodsko. Les amateurs d'antiquités y verront aussi avec plaisir la gravure du portrait de Kopernik , &ite d'après le tableau peint en temps même de Kopernik , et que M. Giampi avait acquis chea les héritiers de l'astronome italien Perelli.

La traduction italienne de M. Zaydler est terminée par sa réponse aussi judicieuse que victorieuse adressée à M. le baron de Zach, qui , dans sa Cot^ respondance astron. vol. 5, pag. 460, Gènes, 1821, non-seulement osa douter que Kopernik fât polonais , mais comme le dit la Gaiette de Pologne^ « il «poussa son vandalisme jusqu'à soutenir que le roi Stanislas Lessesyaski, « bien que d'origine polonaise , n'était cependant qu'un Allemand , son cora- « patriote. » A part le ^andalisme^ nous ne pouvons concevoir pourquoi M. le baron se montre aussi malveillant à l'égard de la. Pologne : est-il Prussien ou Autrichien, pour compromettre tellement les sentimens patriotiques des véritables enfans de l'Allemagne que nous aimons et estimons? Un astronome doit au moins cacher ses sentimens qui n'ont aucun rapport avec son objet , pour n'être pas exposé an mépris d'une nation qui ne vit que de ses souvenirs.

klées de Sniadecki sans eo citer jamais la souree. Voici l'extrait d'un ^urnal scientifique de Warsovie (i) : « Nous savons y * d'une source certaine, que le célèbre Delambre a été con- « disciple *de Sniadecki , à Paris , et que ces deux sa vans avaient « cooservé pendant plus de trente ans des relations intimes. « Sniadecki envoya son écrit sur Kopernik à Delambre , quel- « ques années avant la publication de VHistoire de tAstronomie « moderne de cet auteur. Là nous trouvons toutes les idées et les « olMervatîons de Sniadecki fidèlement répétées, sans qu'il soit « mention du nom de leur auteur. Ce n'est que dans les notes « qui accompagnent Touvrage du savant français , qu'il est dit « que M. Sniadecki a publié un éloge de Kopernik pour prouver « qu'il était Polonais, ce qui est une cftose fort douteuse (3). »

Nous n'osons et nous ne pouvons pas affirmer que c'était un plagiat de la part d'un savant si grand ; quoi qu'il en soit, l'écrit de Sniadecki avait paru en français en i8o3, plus de six ans avant celui de Delambre : le lecteur n'a qu'à comparer l'un à l'autre. Nous dirons seulement que ni Sniadecki , ni aucun auteur polonais , n'a jamais écrit un Éioge de Kopernik , et que l'arrière-pensée du célèbre astronome français se fait voir surtout dans ce qu'il appelle récrit de Sniadecki, une dissertation tendant à prouver que Kopernik était Polonais. En effet, Sniadecki ne fait qu'une légère mention de cette circonstance dans une notice biographique très-oourte, qoi renferme à peine quarante lignes , tandis que son écrit tout entier est composé de cent trois pages.

Mais le véritable plagiaire est un certain M. le professeur Ideler. Voici ce qu'a dit Sniadecki lui-même dans la nouvelle édition de ses œuvres complètes ; Wilna , i8ii,t. I, p. i5i. « En z8ix , j'ai lu dans les journaux allemands que le professeur « Ideler envoya à la société philomatique de Berlin (le 4 avril * 18 10 ) un écrii où il retraçait ses nouvelles idées et observa- « tions sur les travaux de Kopernik. Les journaux ont fait le ré- « sumé de ces prétendues nouvelles idées ^ et je trouve qu'elles sont

(1) Dxiennik Warszawski, de Tannée 1825, cahier du mois dejain. (a) Histoire de V Astronomie moderne, 1. 1 , p. 16, dans les notes.

« les mienDes, et qae M. Ideler n'a rien dit qui ne se trouve dans « mon écrit. » 4

Enfin le second plagiaire est M. le docteur Jean -Henri Wesiphal. Son ouvrage, que nous avons sous les yeux, est intitulé: Ifieoiaus Kopermkut, DargesteU von Dr, Johann Heimich JVestphal; Konstantz bei W. Wallis, iSaa, in-is, cent pag. Ici il ne s'agit plus des idées et des observations de Sniadecki , mais de son ouvrage lui-même , qui se trouve presque entièrement traduit en allemand par M. Westphal.

Gomme l'Allemagne est un pays très-fécond en livres , peutêtre existe-t-il encore une dizaine d'autres plagiaires de Sniadecki qu'il nous est impossible de connaître. Quoi qu'il en soit, on peut voir que l'écrit dont il s'agit doit être assez important , et que les ennemis de notre patrie nous veulent même arracher la gloire de compter parmi nos illustres savans cet homme que Frédéric-le-Grand lui-même regardait comme notre compatriote (x). Il ne doit rester aucun doute à cet égard, puisque Koperntk naquit dix-huit ans après l'accession de la Prusse à notre fédération , sept ans après l'incorporation définitive de ce pays à la Pologne, enfin, puisque son père, bourgeois de Krakovie, et par là presque gentilhomme, ne s'établit à Thorn que. comme dans une ville polonaise. Nous ajouterons encore qu'il était aussi très-bon Polonais , qu'il était un des orateurs les plus distingués dans nos diètes, et qu'à celle de Posen , en i5a6 , il présenta un écrit sur la manière d'organiser les monnaies polonaises , où il s'élève contre le grand - maître des chevaliers Teutoniques en Prusse de Kœnigsberg qui lui-même avait faussé ces monnaies. Cet écrit ne fut publié qu'en 1816 à Warsovie , et M. Westphal,

(i) Ce prince tenait Kopernik tantôt pour Polonais,' tantôt pour Allemand; voyei sa correspondance avec Voltaire: Lettre 345 , du ii novembre 1772 ; lettre 378 , du 12 août 1773 ; lettre 379 , du 4 septembre 1773 ; lettre 38i, dug octobre 1773; lettre 383, du28octobre; lettre 387, du iSde'cemhre 1773; enfin la lettre 476, du 25 janvier 1778

LITTÉRATORE. 449

[ue nous avons déjà eu le plaisir de citer , en fit quelques exrails dans son opuscule. Enfin le nouveau duc de Prusse AU >ert fut un ennemi personnel de Kopernik, et ses courtisans , pour lui faire plaisir, représentaient à sa cour des farces théâtrales où ils tournaient en ridicule le système de Kopernik (i).

Nous ne voulons point grossir notre notice par des détails que ■ous avons entre nos mains ; il suffit de dire que Kopernik était aussi un médecin célèbre dans son temps , et Tidemanus Gizeus, évéque de Culm , l'appela VEsculape Je ia Pologne. Il aimait la peioiiire et fit à l'Université de Krakovie le cadeau du portrait de son père qu'il exécuta lui-même. Ce portrait se trouve encore dans la bibliothèque de cette ville. Il publia à Krakovie, sine €uino, une pièce de poésie sons le titre de Sepiem sidéra.

Son monument, exécuté par Thorwaldsen, se trouve déjà à Warsovie. Il a été fait aux frais de la nation polonaise, par le moyen des souscriptions, et les cinquante mille florins qui manquaient ont été remboursés par le célèbre savant et philanthrope le ministre d*État abbé Staszic, que la Pologne a perdu en x8a6. En xSso, on frappa à Paris une médaille en l'honneur de Kopernik avec une inscription qui portait qu'il était Allemand; mais M. le professeur Adrien Krzyzanowski publia, dans le Constitution^ nelf une réclamation , acheta tous les exemplaires de cette médsiille , et obligea celui qui l'avait faite d'en frapper une nouvelle en corrigeant sa première faute.

Enfin, en 1829 , le célèbre Humboldt , en sa qualité de président d'une société savante de Berlin , adressa une lettre à la société royale des Amis des Sciences de Warsovie , où il renonça, au nom de tous les Allemands , à l'honneur d*être compatriote de Kopernik.

MARTIN D'OLKUSZ. On compte deux astronomes de ce nom; le premier dont nous avons déjà parlé, et celui dont il s'agit ici. Condisciple de Kopernik, Martin obtint le grade de docteur

(i) \ojn Journal de fTilna, l8o4- Dissertation de Chrominski sur l'anvienne bibliographit* polonaise.

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