TROISIÈME FRAGMENT
Sur les langues de la.fédératioD polonaise. -^Sikr les mœurs des Polouàis- — ^ Sur leurs dansés el ehansons nalionaies, pmik- wrtir d'iintrodwetioa nu fragment (consacré au^ poètbs dte ce pajs«
Avant de dire quelque chose sur les poètes de la Pologne , j^ est indispensable de les faire précéder par quelques détails sur la poésie nationale, qui résulte des mœurs et de la nature des, langues cbes tous les peuples» Hais cette poésie nationale ne sera jamais comprise, si les sources dont elle sort sont aussi mal connues qu'elles le sont aujourd'hui en France. Ainsi donc je suis forcé de retracer un tableau , quoique très -incomplet, des langues et des mœurs de la Pologne , pour mettre à mé«ie mes lecteurs d*en tirer les conséquences qui leur conyiendrofit le mieux.
La fédération polonaise fut divisée en trois races différentes : 10 slave; so hérule ; 3* germanique : et le petit nombre d'auti^ peuples n'y jouait aucun rôle politique.
La race tlave embrasse les peuples des trois Polognes » oà il n'existe aucune division en dialecte , où on ne connaît pas de patois i car les paysans de quelques districts, et ^irtout ceux de laroslaw^ parlent si parfaitement, que notre célèbre écrivain , Jean Sniadecki dit que « les campagnards et les simples paysans des environs de la ville de laroslaw peuvent nous apprendre plus^ sur la pureté et la douceur de notre langue que toutes les disputes savantes et toutes les dissertations (i). >
(i) Dtverrecrif5<f« Jean Sm A oïCKi, publies à Wilna en 1818-1819 ^ en 4, vol. iD-8, t. lUf p. 18.
456 TiLBLEAU DE LA POLOGNE.
D'ailleurs veut-ou savoir si cette langue est belle et riche? Il n*y a pas de genres de beautés qu*elle ne soit susceptible d'eiprimer. Tacite est traduit presque mot à mot en polonais par Narusaewicz , et cette version est tellement fidèle , que, malgré quelques erreurs philologiques , on y trouve tous les mérites cl • tous les défauts de l'original. Niemcewicz a traduit quelques poésies anglaises d'une manière si parfaite, que M. Bowring (1)9 en les citant à côté du texte anglais, ne peut ccmcevoff comment on peut rendre dans une langue étrangère Bon-seulement toutes les beautés de l'original, mais traduire l'auleor ligne par ligne» et presque mot par mot.. On peut dire la même chose de la traduction de quelques pièces de Ck>rneille et de Voltaire par M. Louis Osinski ; de tous les ouvrages de Molière, par François M. Kowalski , etc. , etc.
Si d'Alembert disait la vérité, qu'une langue qui permet Hoversion donne plus de facilita pour l'harmonie qu'une antre où elle n'est point permise, cet avantage appartient au polonais, la liberté est poussée au plus haut degré sous ce rapport, et qui offre le plus de moyens aux véritables talens. Enfin , il ne connaît point d'articles, il possède les déclinaisons, it a des diminutifs et des augmentatifs ; rien n'arrête sa liberté que le seul goût de l'écrivain. Ainsi autant cette langue peut être belle sous la plume d'un Gornicki, d'un Skarga, d'un Sniadecki, autant elle a été monstrueuse au dix-septième siècle, autant elle l'est aujourd'hui sous la plume d'obscurs imitateurs de la Kttératore allemande ou française, qui ne comprennent les mérites ni de l'une ni de l'autre.
Les peuples russes appartiennent aussi à la race slave. Le caractère de leurs langages est la division en divers dialectes , tellement que le nom de la langue russe désigne une idée aussi géuérale que celui du slavon, qui n'existe point. Les anciens Krivitche», Drégovitches, Drev liens, Lutitches, Polaniens, Crevâtes, etc., parlaient jadis leurs propres dialectes aux jours de leur indépendance; mais une fois subjugués par les Russes-
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(1) Polish Alnthology. "Londres^ 1827,10-12.
L^TTERATURf. 4^7
Scandinaves, ils prirent le nom général de leurs oonquéransy ei leurs langues se distinguent aujourd'hui par les noms de dialectes des Russies Blanebe , Noire et Rouge » de -WoUiyuie» etc. (i). La langue qui s'appelle aujourd'hui russe est moscovite; elle date son origine depuis l'année iii4; ^1^ est un mélange de diverses autres, comme de celles des Yougres-Ostlaks , des Pétcfaores, des Mourouiiens» des Tatars, etc., auxquels se aoot mêlés les colonistes slaves , comme le dit Karamzine ( 1. 1 , p. 4^) , et n'a avec les dialectes russes qu'une source commune. Elle diffère autant du polonais, que celui-ci du bohème ou du morave ; tandis que les dialectes russes à peine possèdent quelques mots particuliers étrangers au polonais , auquel ils ressemblent beaucoup plus qu'au moskovite,
La race hérule. La Litbuanie, la Samogitie, la Prusse de TLat^nigsberg , la Podlaquie , la Kourlande , la Semigalle et une partie de la Livonie composaient jadis an seul pays , habité par les peuples d'une origine commune des Hernies. Longtemps on ignora leur parenté avec le peuple d'Odoacre ; mais aujoiwd'hui on est presque sûr que les Hernies n'étaient point une autre nation , et s'ib en étaient, leurs liaisons avec «s peuples ont été très«intimes (s). Leur union exista jusqu^n trei^ème siècle , où la plus grande partie d'eux subit le joug aUe* mand, en Prusse, des chevaliers Teutoniqoes; en Livonie,: des chevaliers porte-glaive. Cétait aussi l'époque de la conquête de plasieures desRussies par les Tatars. La Lithuanie resta seule indépendante par l'union de son intérêt avec celui des Slaves de la
(i) Bahstkib. Bist. dé Poi.^ 1. 1, p. 25.
(a) KoULOwiGB. ITist. LUhuania. P. I. Dantisei i65o, in-^. P. Il, Ant- ▼orpiœ, 1669, in-4* Habtehogb, Seleçta disserta : historia de variis reèUf Prusicùj 1679. BoBvsz Essais sur Vorigine du peuple et de la langue Lithuanienne { en pol.), Warsovle, 1808. LelevtEL, Coup d'a{l sur l'antiquité des nations Lithuaniennes (en pol.), Wilna, 1809. Denis PaszkiewI€z, Essais sur le peuple lÀth. et sur sa langue ( en pol. ), Warsovie, 1819. Gaëlan IfiBBABiTOwSK.1, Grammaire delà tangue samogitienne { vn pot.). WarsoYie^ i83«o.
RameMNiclw» à IW, «t d« k Aussie-Noire , au swL Ai ifcoinl oà elle s'élève ^ m nàlKté» elle éftt slave , teHfenieat, qnè aèd-seolemeiil lës-priueies (sadfr doute dèrorigiHedes Bbsio- ScuidiMves;.pareKeHii|iley Éingold, Skomondy Svairno , èie.)i k neUeiêe e| la ixHiFgeoisie {Hirieût «cette langue, mais aussi ki vîUeé et les fleuves de ce pays changèUt leurs noms. Witet •elle«(iéive s'appelle en hérUle 19\M; Wilia, Néiti, Aujourdln de n'est qu'en Samagitie , qui n'était qu'une dépendance de h Lithnanie, et qui resta long-temps sous le (oug aMemand, es Prusse et en Konrlande , que le peuple parle le hérule ; car dua la véritable Litfauanie œtte langue est étrangère , et n'appartiest qu'à quelques villages seulement. Le dialecte de la Russie-Blanck y est dominant , et j'ai déjà démontré comment il céda la place sa polèaéiS' parmi ik noblesse et la bourj^ceisiev
£b mw HvmuuMjrat*. Ua république lithutoo-»poloDai8e s'étsit QÉiie'ppir dés liens fédèratife avec les Allemands, exterminateors «ks péruks. En i4S5, la Prusifé; éb iS64y \k Livonie, datent leur «icaiMk onigine bérâle et llâlve. Ainsi donc lés Allemands et CCS pays>font Polonais parles droits poliliquen ; et c'est de là qoe ;mnt>uD si gnind nombre de nkyms alkmands au kiiilieu de h véritable Bobksse polonaise ^ qui est elitiètemeht étrangère à TAlleringnet tels «ont les DénhofT, le» Platëi*, léè Hohier, les WeissenbofF*: une foule d'autties di^s tettlfonâ de la Pologne.
Si bous voulions parler des moburs dé ces trois racés , noa& serions obligés d'avouer qUe, eu eodiparaison des j^olonaîs , ib étaient tous plus ou moins barbares » et que c'est l'esprit et la mœurs de leurs frères qui étendaient chaque jour leur dominttion. Les mœurs polonaises étaient purement slaves ; mais en quoi consistaient-elles ? Voilà une chose digne d'attention.
J'ai prouvé, je crois , assei suffisamment , que la civiiîsatioo de la Pologne était morale. La morale donc était la base des mœurs chez ses habîtans, et la liberté sa suite et sa conséquence. Si je parle de la morale , je la vois dans les rapports des hommes avec les femmes, des enfaqs avec leurs parens, des voisins avec leurs voisins , de l'État avec les puissances limitrophes. C'est elk que tous les historiens du moyen âge trouvaient toujours au mi-
liea àm ftkvés paioi»; i^t dUe qiijè toilft l«& v^rfttgënk HM»iMMa admindcnl tonjpars , mètoê ,att iKiflkri 4tt 'âéèi^ràrè te ^Ids «IfreùxioUmi k VMff^véftiktétîéûû^. Fàa^a MUl téiâiôiglMigè di|^ de €m ne dément cette ôpiniob ; eta^il y eut dfts eatéhi{iieft^ de Jba'rb«rife parmi les grands ftèif^eors^ il tie fâttt pas biaibller qu'ils ne représenfèrebt iamais la aa'tiôti. {k>k>iiai8ey qtt-ik voulaieiàt somaèttfe à rAwtriohe pour prik 'ée Mk Utre». léoidaux. Nos femmes fureàt toujours d«8 modèles de probité, et jamais dbas Attcan pays elles ne reçurent autant, non pas d'hommages et d'adulations, mais d'estime et de k-ésp^ct qui leur iOBt dtasi Tonte sorte de éorru^tion des mtûBurs nous vint àta ssizième sliole d'Itatie par Bona , duchee^e de Sforze, et femme dé Siginaond I«^» et ai| dix-se^ième de la eour dépravée de Louis XIV; Nojtrfe célèbre Gomiùki , en traduisant (i 563) il Oài^ tigmno du marquis de Qasti^lîdne, a^ué ^vec naïVété dùié ëà préfacé :« Ouligliont épHvft pôUT lés italîtiis , dont l«s mœurà^ « sont dépravées ; et il devait se déchâflnërcontre là démoralisa-». 4 lion des fennliiési quant à .fltfâs^ Dieu nous a préservée de' tette « contagion) nous l'ignorons, et nos mère» , nos ue^Sn , hùà ■ épbnsés, n'ont pas ménke idée de pareils scandales. Ainsi j'ai « retramhé tout ce qui y avait rapport. *
La catiéè de ee fmt particulier est visiUe. Ce sont las villes qui Mmten général le siè^ de la coriruption deé mmurs. GheE- nous ,. kl villevltirànt étrangères pendant assez long-tem^s à la langue aationale^ et jusqu*an 18 avril 1791 elles se régirent d'après les lois hllemandes. Les villages étaient le séjour de noe parés, c'est là qu'ib vivaient au sein de leur famille; ë*«st fette vie , oesont les femmes qui conservaient chcs noUS et notre langue et nos mœurs au milieu de la tribulation du dix-septième èfdu dix** Mtième siècle* D'aUleurl» chaque résidence des évéques» des sédatiars, ou de tous les personnages du hatot rang quels qu'ils soient,. fat eii même temps l'école de la jeunesse, qui, aprèd avoir fait sst éludes dans les villes , ne pouvait obtenir aucune charge publique sans passer quelques années à la cour d'un citoyen plus, ricbe. C'est là qu'elle écouUit ce qu'on disait des aÛaire$ public quas; c'est là que la sévérité des mœurs régnait; car le sénateur,,
46o TABLEAU DS LA 1K>L0G]IE.
père de fainîUe , était obligé de donner reiemple Ud^Maèrne k m enikiis et à cette jeunesse qui, riche ou pauvre, obtenait ensini sans distinction , les évèchéa et toutes les charges de la répiEàA que. Cest là qu'elle apprenait à révérer Tâge et les serricses rendi à la patrie ; c'est là enfin que nuit et jour elle n'entendait d'antm mois que ceux de patrie y de bien public.
Il est difficile de retracer le tableau exact de la liberté qm régnait chez nous sous la sauve-garde de la morale la plus sévère; car souvent » au dix-septième siècle , la morale elle-même a éié remplacée par la liberté, et alors ce n'était ni l'une ni Taiiln, mais la licence, les scandales. L'état des lumières décide seal sous ce rapport; et plus les Poloiufis étaient instruits, plus ib étaient sages ; plus ils étaient obscurs , plus ib devenaient absurdes, coupables. L'histoire de nos mœurs est jasqa'à présent intacte» il est donc difficile de la retracer avec toutes ses nnaneei, ses qhangemens; et je nxe borne à quelques-uns des. détails que je vais fournir à mfi* lecteurs.
Un auteur fi^n^ais, très -« distingué , a dit îL ]( aqnaiqaB temps ces mots, en parlant de nos mœurs : « Chez eux , rien a'a- « vait rompu la chaîne des traditions et des usages. Aussi la lan- « gue ^ les mœurs , les vétemens mêmes y sont restés, jusque dans « le dernier siècle , semblables aux temps antiques , différensde « tout ce qui était ailleurs. Les fourrures , les pelisses flottaoles, « les bonnets.de peaux de bétes fauves , C absence du liage!!! etc. *■
Cet auteur n*a pas même consulté un seul ouvrage où il pouvait trouver des renseignemens là-dessus; car tout ce qu'il dit est démenti par Tbistoire. Cependant je ne peux lui faire aacune objection ; car c'est l'opinion généralement répandue en Fraoce sur les Polonais.
Quant à moi , je ne connais pas un seul peuple moins constani dans ce qui a rapport aux formes extérieures de sa langue , de ses mœurs et de ses usages, que mes compatriotes. Au seizième siècle, on s'élevait contre eux parce qu'ils imitaient souvent la langue bohème et italienne; au dix-septième, ils ont entièrement co^ rompu leur langue par le mélange du latin ; et aujourd'hui , on n'entend que les cris des sévères savans qui s'élèvent contre Ta*
LITTÉRATITRE. 4^1
sage d!iiniter les formes allemandes et françaises. Pour montrer lear inconstance dans les usages, je n'ai qu'à citer quelques témoignages historiques; et comme j'écris en français et pour les Français , il m'est le plus agréable de parler de cette époque où leur histoire touche à la nôtre , c'est-à-<iire depuis le règne de Henri III. ij
La diète d'élection s'était réunie en iSy^ sur les plaines de Warsovie , où , outre les députés et les sénateurs ecclésiastiques et laïques, presque toute la noblesse de notre fédération fut présente. Voilà ce que dit là-dessus un Italien (i) : « Il y avait déjà dans Warsovie plusieurs gentilshommes at'més, plusieurs seigneurs accompagnés d'une troupe nombreuse de leurs amis » ou de leurs vassaux qui étaient venus de tous les endroits du royaume. La plaine où ils avaient déjà fait dresser leurs tentes , et où se devait tenir la diète , avait toute la figure d'un camp. On les voyait se promener çà et là avec de grandes épées à leur côté. Ils marchaient quelquefois en troupes, armés de piques , de mousquets, de flèches ou de javelots. Quelquesuns même , outre les gens armés qu'ils avaient pour leur garde , avaient fait traîner des canons , et s'étaient comme retranchés dans leurs quartiers. On eût dit qu'ils allaient au combat plutôt qu'à la diète ; que c'était là un appareil de guerre et non le conseil d'État; et qu'ils étaient venus pour conquérir un royaume étranger, plutôt que pour disposer du leur. Au moins Ton pouvait s'imaginer, à les voir, que cette affaire se déciderait par la force et par les armes , plutôt que par des avis et par des suf-
« Mais ce qui me parut extraordinaire , poursuit le même auteur, ce fut que parmi tant de compagnies de gens armés , dans une si grande impunité , dans un temps qu'on ne reconnaissait ni les lois ni les magistrats , il ne se tira pas une seule épée ; et ces grands différends, où il s'agissait de donner ou de refuser
(i) La VU du cardinal Commendonij^ écrite en latin par A. M. Gratiani^ ëvêque d'Amélie^ et traduite en français par PLicHiER , évêque de Ntsnics ; troisième édition, 2 vol. in-iz, Paris, 1702, tom. Il , pag. 24^.
46a TABLEA.U DE Là POLOGNE.
« un royaume » n'abouticeot qu'à quelques paroles : tant im\ « nation épargne son sang dans ees oontcstations civiles. >
Mon lecteur sera sans doqte curieux de savoir qn^ls èà alors Topinon des Polonais à Paris ; voici donc les paroles prepia d'un auteur firançais , qui furent adressées au roi Henri ni (i):
• Et certes sans les Palaques > il y a desia lonf^en^ qie
les Turcs » les Tartares et ka Moscouites eussent faiet un terrible eschec à la chrestienté » et fuissent biea avant en ptjK Mais ils ont esté tooiours le vffay et unique renapart, qvt soustenu leurs courses, invasions et surprises » voire tant mi qu'mie forte et pnissante digue et leuee ont arresté le court, k desbordemment et inondation de ces enrages et cruels eomoÀ qui autrement eussent peu submerger me bonne partie de b
chrestienté Vous commanderez doncqnes , tiè»-valereiir «f
invincible monarque , issu de tous caustea du plus illostre sai^ qui ait iamais esté sur la face de la terre, à un si noble peaf^, si bon y si fidèle et obéissant, et quant et quant si brave et s belliqueux. »
La diète choisit enfin Henri , et envme à Paris ses ambassideurs. L'effet qu^elle aviiil produit sur l'esprit des Parisiens a éf^ fidèlement retracé par de Thou (a).
Voyons maii^tenant le ^>ectacle qui se. présent au coi Baà, lors de son arrivée en Pologne, où des milliers de nobles soitîrtit à sa rencontre.
« ...Pour rhabillement» dit l'évêcpie Gratiani (3), les uns étâieit « vétns à la mode de leur pays , les autres à la hongroise, qad- « ques-oDs à la turque, plusieurs à l'italienne, et quelque»-tiis « même à la française : tant cette nation se plait à imiter les « étrangers.
« l\ n'y avait pas moins de variété dans le^a armes. Les xm
(i) La Description du royaume de Pologne, par Biaise de ViGEivÈiiE«Parâ, 1S73., in^, pag. I et 5.
(2) Voyei page 83 du premier volume de ce Tableau de la Pologne^ et Dï Thou, édition de Londres, 17^4* ^' ^^^ P' ^9^-
(3) Vie de Commendoni, ut supra, t. II, p. 499-
l.ITT£]||ATURE. 4^3
« 4laî^n( armés à U turque, d'un ^r^ , d'une trousse et d'un sabre. « Lies autres portaient 4^ longs bpuçUers çt une lance. Quetques- « uns avaient pris le casque et la cuirasse. Il y en avait peu' qui « eussent des armes peintes ; car ils n'aimefit pas tant de variété « qu*ils ne songent aussi à leur commodité. Pour la façon di» % corps, les uns avaient des cheveux courts , les iiutrei étalant « tout-à-£Biit rasés ; les autres portaient une longue chevdure. Le& « uDi^ avaient la barbe longue , les autres n'avaient que la mouf -«^ « lacbe; chacun s'ajnstant presque à |a niode de sef voisina. On. « voyait une compagnie bleue, une verte , une rouge, toutes or* « néef de fourrures, avec des broderies d'or et de soie. JËnfin c#tte ^ yariété était très-agréable et bien divertissante.
« Le roi fut ravi de voir tant de braves guerriers ; et ce gr^nd « appareil, accompagné de inille trompettes et des cris de joie qui « résonnaient de tous côtés, et qui témoignaient le plaiair qu'on « avait de le recevoir, qu'il avoua qu'il commençait à connattre et « à sentir qu'il était roi. »
Peut-être le temps viendra où un nouveau rejeton d'une race étrangère répétera ces mêmes paroles aux bords de la Wistule.
Je crois nécessaire de compléter ce récit par quelques autres citations encore, qui n'ont plus rapport au. règne de Henri III.
« E^ Pologne, dit Starowolski (i), tout {e mqnde swahilie «comme il le veut, et il n'y a rien de fixe (à-dessus. Cependatit « les habits étrangers plaisent surtout à la noblesse, et les mill- « taires sont en général auteurs de tons les changemens de mode. « Ainsi, quand nous avons eu la guerre en Moscovie, ceux qui.en « retournaient introduisirent la mode de porter les bonnets four- «rés très-hauts, et les togues très-longues fourrées, des pelisses « précieuses, des zibellines, des panthères, etc. Après la guerre « contre les Tq^cs et les Tatars, on s'habillait à la turque et à «la tatare. Après celle de la Suède, en Prusse, tout le monde «portait des habits courts, des pantalons serrés, des boites ■ extrêmement' grandes ; de manière que sous le règne de Sigis-
{\) Polonia sive Status rvgni Poioniœ descripHo, publie k Cologne en i632, in-i6.
464 TABLEA.U DE LA POLOGJfE.
« moud m, dans l'espace de dix umées seolenimt , on a trots fis « eotièreineiit renouvelé la mode. Les dames polonaises fom fa « même chose.... .
Sur les femmes, Charles Ogier nous laissa le témoignage s» Tant (i).
> Les femmes mariées et les demoiselles étaient habillées è «diverses manières: la seule peinture pourrait reiKlre ceqv « présentait œ spectacle, car il n'y a pas de paroles ni en fin* «çais ni en latin, par lesquelles on poisse décrire la cfivcniif ■ de leurs habits. »
Ainsi, nous n'avons ni habits, ni rien qui soit à vrai direi nous; et ceux qui connaissent nos dames et nos petits-maîtres <{■ arrivent si souvent à Paris pour y perdre leur temps , leur argest et leurs mœurs, trouveront facilement que rincoostaoce poussée an plus haut degré sous le rapport des formes extérieures des moBurs, est le caractère dominant des Polonais. Ce n*est ria autre chose que la liberté. Voyons maintenant si elle se trosTC dans les rapports d'hommes avec les femmes , et si la morale est sa base. Je veux parler des danses et des chansons natiopales polonaises.
Toutes nos danses sont vraiment nationales, car elles sont ce usage depuis le château royal jusqu'au dernier cabaret de village. Plus la compagnie est polie, plus elles présentent de dignité; plus elle est obscure , moins ce caractère est visible. Maïs aoi bals elles ne sont pas accompagnées des chansons, tandis qu'in milieu des paysans cette condition est indispensable : ainsi il fiml les regarder dans les classes les plus élevées et les plus basses pour comprendre leur destinée et leur nature.
Nous avons surtout trois danses dominantes, dont tontes sont
accompagnées de chants : la PohnaUe, le Mazaurek et le Krakowà.
la Polonaise reste aujourd'hui presque exclusivement av
miliea de la noblesse et de la bourgeoisie, car les paysans ne li
(i) Caroli Ogbbii Ephemerides^ sife lier danicumj suecicum, poionieumy «te. LutetUt Paris. i656, in-8. Le 3o septembre, p. 406.
LITTÉRATtJRE. 465
dansent que trèa*rarement. Elle consiste uniquement à se promener avec plus ou moins de grâce avec les dames. Sa musique est très- belle et très-noble. Voici le jugement que porte 6Ur cette daose un voyageur anglais (t).
« Dans la soirée, le gouverneur de Moskou donna un bal. En « Russie , le bals'^ouvre toujours par une Polonmse, la plus sotte « de toutes les danses imaginables, selon moi, et à laqueUe pren- « neût part les jeunes gens et les vieillards. Ce n'est à propre* « ment parler qu'une promenade avec une dame , dans toute * la longueur des appartemensi au grand déplaisir des joueurs «de whist et d^écarté, et de ceux qui se réduisent au simple « rôle de spectateurs. »
Mais ce voyageur n'a rien.compris à la nature de cette danse; je lui oppose donc le jugement d'un voyageur français (i).
« La vdlle de mon départ de Warsovie, on donna un bal « public, auquel je pus assister ^ puisqu'on payait les billets. Je « vis enfin les physionomies polonaises : quelle douceur dans les «regards! quel voluptueux abandon dans la tournure , quelle <« finesse aisée, négligée même, mais pour cela plus attrayante! «Que ces promenades (la Polonaise), qu'on fait autour de la «* salle en conversant avec sa danseuse, sont préférables à nos « froides contredanses ! combien elles vous mettent plus en rap- « port avec celle que vous avez choisie! »
Il faut savoir qu'en Pologne tout le monde danse; la jeunesse, les enfans, les vieillards , le roi , les sénateurs , les plus hauts magistrats se mêlent avec plaisir à la foule; et c'est à la grave Polonaise qu'ils le doivent. Cette danse, qui ne consiste qu'en une promenade» est a^^liquable, à tous les âges et à tous les états; c'est là cependant que l'âge et l'état reçoivent le plus d'honneurs. La Polonaise ne peut être commencée que par la personne la
(i) JVetv Montly magazine. La Retfue de Paris j 1829, t. IX , pag. igg. (2) Edouard de MoNTULÉ. ^o^age en ^ng/eferre et en Bussie. Paris , chez Arttaus-Bertrandf i825, ia-8, 1. 11^ p. 3ii.