‹ Tableau de la Pologne ancienne et moderneChapitre 35 sur 43 · II. 3o · texte numérisé non relu

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plus âgée ou la plus estimée de toute la compagnie , qui la choisit souvent elle-même. Après quelques tours de promenade, vient un autre personnage , il presse la main de la dame qui danse dans la première, et soo ancien partner passe à l'antre couple, celui de la seconde au troisième, et ainsi de suite jusqa*an dernier qui doit sortir de la chaîne. Ensuite arrive un troisième, un quatrième vieillard, etc., enfin la jeunesse remplace les vieillards, après les avoir satis&its, et le mouvement dans la chaîne recommence, tandis que les dames sont toujours les mêmes. Par conséquent, l'homme en passant sans cesse d'un couple i l'autre, et en tenant par la main une cinquantaine des femmes, est obligé de s'entretenir avec chacune d'elles, ce qui les divertit extrêmement et facilite les connaissances et les liaisons sonveal les plus intimes.

La Polonaise commence et termine les bals ; elle sert , pour ainsi dire , d'entre-acte aux danses où la jeunesse seule prend part, et fait que la compagnie ne reste jamais en repos. Elle mérita non <• seulement des éloges, mais l'admiration d'un prisonnier de guerre français : plusieurs extraits de son ouvrage ont été donnés dans un journal de Warsovie (i). Il dit qu'il ne connait pas une danse plus sociale, plus morale, plus nationale , plus propre à réjouir la réunion , que la Polonaise. Et il a raison ; nos premiers savans s'accordent sur ce sujet et rim d'eux, le professeur Brodzinski, a prouvé cette vérité dans ooe dissertation qu'il a pi:d>liée il y a quelque temps.

Cette danse peut être accompagnée de chansons, mais ce n^est que dans les occasions qui intéressent toute la nation, on toute la famille. Alors la jeunesse choisit un chanteur, sans distinction ni d'âge ni d'état ; celui-ci se met à la tête de la chaioe, et , s'adressant au roi ou au héros du bal , chante un couplet analogue, et après l'avoir fini, il commence la marche jusqu'à ce qu'il revienne à sa place ; alors il chante un autre couplet, et continue ses marches: ce qui se répète à chaque couplet de la chanson:

(i) La Gazette de Pologne^ i83o, n® 38.

"telle est. la célèbre Polonaise da 3 mai^ et celle de Kosciuszko, qui fut chantée à un bal qu'on donnait à ce héros au moment où il qukta la Pologne (i)* .

Le Maxourek est mieux retracé par le même i^oyageur anglais qui n*a pas pu comprendre la Polonaise; voici ses propres paroles (a) : .

« Lorsqu'on a fini cette insipide figure (la Polonaise), on passe «c généralement au Mazourek. Cette danse, qui a encouru la dis- <c grâce de quelques voyageurs (3), est fort au goût des danseurs: « plus que toute autre ^ elle offîre> en effet, les moyens et le loisir « de conter fielirette aux danseuses. En général, les damés sont « assises en cercle ; leur partner est placé à côté d'elles , ou « derrière elles. Si le danseur n'a pu inviter la danseuse qui lui «* tient i^u cœur, il n'a qu'un mot à dire, soit à l'une des sœurs « de la dame, soit à une autre danseuse qui la connaisse, pour se « faire conduire à elle ; et alors il peut danser avec elle en toute « liberté. Le Mazourek dure quelquefois deux heures, et l'amant « y saisit nécessairement une foule d'occasions heureuses que ne « peuvent lui offrir les Quadrilles et les contredanses ordinaires. • Les dames peuvent également choisir leur danseur à leur gré ; « j*en ai vu souvent qui passaient et repassaient au milieu d'une « multitude de spectateurs, sans autre but que de décider à quel « partner elles donneraient la préférence. La musique du Ma- « zourek est très-vive , et c'est encore une des raisons pour les- « quelles les Russes le préfèrent à toutes les autres danses. Par- « tout où les bals peuvent faire des mariages, le Mazourek doit <« avoir un grand succès. »

Cette danse est celle qui est le plus en usage en Mazovie , d'où elle tire son origine; mais là elle ne peut être jamais dansée sans être accompagnée de couplets déjà connus ou improvisés.

(i) Voyes laeoUection à^% Chants polonais, nationaux et populaires , avec accocspagnement de piano ou harpe , textes et notices , publies par Albert SowiNSKi , et traduits en français par G. Fulgence et Jules de FaÉmoitt y Paris, i83o.

(2) La Refue de Paris j citée plus haut, p. 199.

^3) M. Ancelot. L'ffermile en Russie'

La musique de cette danse conserve toujours son type p» mîtîf t mais change sans ecsse de mélodie. Un de nos plus remarquables compositeurs, M. Mirecki, publia à "Warsoyie, n 1837 on i8a8 » un ouvrage sous le titre de M'Ule Ma^ourtèu^f»'^ donna la clef de la composition de œs danses pour qnehjK thème qu'on veuille choisir, de manière qu'on peut écrire autasldc de Macoureks que Ton en veut, sans jamais leur ôter leur canetère particulier et national. Cest depuis la publicaiion de cd ouvrage , qu*on cessa chez nous d'être particulièremeol d<£ pour avoir composé un nouveau Mazurek pour le caraafaL

Le KrakovMc , qui est surtout en usage parmi le peuple de b Petite-Pologne, sans être moins gaie que le Maeourek , a cef» dant sa musique tout-à-fait particulière, el ses parolea à iuu^ n'est dansée que très-rarement dans les hautes sociétés; cepeodiiiti sous le règne de Slanislas-Auguste, elle était encore très en vogac* Je lis dam un journal de Waraovie, qu'au moment de U péHr cation de la constitution du 3 mai 179 1 , un jeune militaire qv se trouvait au bal chez le roi , s'étant mis à la prendère paire à KrakoiHak , adressa au monarque quelques couplets très-jolis, qui avaient rapport à cette solennité mémorable.

Tdle est notre poésie populaire : ce que nous possédcMK au* delà n'est qu'une acquisition étrangère que notre esprit ai' tional s'appropria par les études. Jamais on n'entend daos b bouche de nos paysans ni des ballades , ni des chansons l^ogoureuses : tout est gai et volage. Pas une seule chanson circolanl aujourd'hui ne remonte à plus d'une vingtaine d'aD0êe& On les change sans cesse, et un joyeux improvisateur de cabarets £Eiit souvent une révolution complète sous ce rapport. Ob répète les couplets, on les défigure, on les corrige, on ks oiv^ rompt, jusqu'à ce qu'un nouvel objet les fasse oublier eitfià' rement. .

Les airs de théâtres sont calquées en général sur les mélodie^ du peuple ; et telle est leur nature, que souvent elles bous atleo* drissent jusqu'aux larmes par la tristesse des paroles , tandis qoc la musique elle-même reste toujours gaie, mais plus lente seole* ment qu'à l'ordinaire. Je n'ai qu*à citer ici les couplets d'Albert

LITTIÉRATURE. 4^9

Boguskmski dans l'opéra Us Krakonens et les mofUagnards, etsureoQt ceux de Dmiiszewskî dans la pièce inti talée Xe roi fVladulms- Lokiétek, Mais pour comprendre ce caractère , il feut être Polonais; tout ce que je pourrais dire ici serait iosuffiflaot.

Les romances chantées par nos femmes sont composées, pour la plupart , d*après la mûsiqu6 de nos airs popolatres.

Le tableau que je viens de tracer de h poésie populaire et nationale ne se rattache qu'aux habitans des trois Térîtable» Polognes (la Grande «• Pologne ^ la Petite «Pologne, la Mazofie) et à la noblesse et à la bourgeoifie c|e toute fiotre fédération. Nos paysans russes ne connaissait paf cette gaieté : la tristesse ^ la douleur^ l'amour malheureux ou la guerre respirent dans toutes leurs chansons, Leur musique et leurs paroles eaistent pour la plupart depuis des siècles | c'est donoiln vaste champ pour nos poètes romantiques, qui déteétent le bon sens et la gaieté frirôle des Mazovtens et des Krakoviens* Vraiment il faut couTetiir qu'il est difficile de trouver quelque chose de plu» beat^ au vÀ-* lieu de tou^ les autres peuples de TEurope. Malczeski et Bohdan Zaleski en polonais , et l'infortané Ryléiéf (i) en moskovite, ont répété en vers corrects plusieurs des chansons de notre peuple de l'Ukraine. A mesure qu'on s'approche de la véritable Pologne^ on trouve moins de tristesse dans les chants des paysans; et tels sont surtout ceux de la Wolhynîe , de la Bodolie el de la Gai Heie actuelle. Mais au milieu de nos papans de lUkraine le feu brûle éternellement y et le savant Brodzinski , profissseur de littérature nationale à TUniversîté de Warsovie ^ assure que le recueil de ces poésies une fois fait et corrigé en polonais, op «ura quelque chose dans le genre de Vllimde (s).

Quant à la race hérule , les paysans de la PruHQ ^ Kiewigs^ berg, ceux de ia Samogitie, de la Kouvlande , et de quelques en* droits de la véritable Litbuanie, possèdent aussi un^ foUle de chansons , dont nous devons la traduction de quelques-unes à MM. Émerie Staniewicz, Léon Rogalski et Gaétan Niezabi-

(i) Exécute en l826&Pé(crtboarg.

(2) Journal de Warsovie ,^91^ y cahier da mois de juin.

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