‹ Tableau de la Pologne ancienne et moderneChapitre 5 sur 43 · DB 1687 V · texte numérisé non relu

DB 1687 V

( 3o8 ans. )

Rois électifs 4e différentes familles. «<* Démocratie

liobiliairct

Avec Elicaaiie Batory 6nirent pour la Pologne jours de puissance et de prospérité. L'histoire de l'^oque suivante renferme bien encore quelques pages glorieuses et quelques grandes victoires: celles même qui jetèrent le plus d'éclat sur ce pays appartiennent à cette nouvelle époque; mais la Pologne, victime d'une anarchie toujours croissante , n'en tira aucun profit. Batory iut le dernier roi qui osa montrer quelque énergie dans l'exercice de son autorité. Ses successeurs abandonnèrent , Tune après l'autre , les prérogatives de la couronne , sans prendre le soin de les remplace par le frein des lois; et l'État sans force j déchiré par les factions , marcha ainsi vers une

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chute immiQente. Toutefois la grande catastrophe qui effaça la Pologne du tableau des nations n'était point préparée seulement par Taffaiblissement du pouvoir royal ; d'autres causes influèrent encore sur ce funeste résultat. Nous allons les grouper dans notre rapide résumé.

La maison d'Autriche, toute-puissante à cette époque, faisait sentir sa suprématie au reste de l'Europe. Une de ses branches régnait en Allemagne, en Bohème et en Hongrie , l'autre tenait le sceptre de l'Espagne et des pays qui en dépendaient. Ambitieuse et redoutable, cette maison voulut alors s'approprier le trône de Pologne. Ce trône étant devenu purement électif, trois princes autrichiens s'étaient déjà offerts au choix des Polonais: l'empereur Maximilien U, Ernest son fils, et Maximilieu , cousin-germain de celui-ci. Quatre archiduchesses avaient en outre épousé l'une après l'autre des souverains polonais. Mais la nation , inquiète pour ses libertés, pressentit les desseins des empereurs d'Allemagne. Dès que la diète d'élection , après la mort dç Batory, fut convoquée, on offrit la couronne à Sigishond III Wasa ( 1 587-1632 ), prince royal de Suède , . issu , par sa mère , du sang des Jagellons, dont le souvenir ne pouvait s'effacer du cœur reconnaissant des Polonais. .Le grand-général Zamoyski appuyait ce choix de toute sop influence. La famjUe Zborowski pi^plégeait^ de.sànicôté, Maxi-

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milien d'Autriche qui, après avoir été repoussé de Krakovie par Jean Zaïnoyski, fut battu, en i588, à Bietschen, en Silésie^ et fait prisonnier de guerre. Détenu à Krasnystaw, il ne fut mis en liberté qu'après avoir renoncé solennellement à la couronne de Pologne. Cependant la maison d'Autriche ne se rebutait point. Une archiduchesse fut * mariée à Sigismond, et avec elle un champ libre s'ouvrit aux iotrigucs de ce cabinet» Les jésuites , toujours fa- Yorables à ses vues, obsédaient la cour de Sigismond : Golynski son confesseur, Pawenski*Skarga, prédicateur de la chapelle du roi ^ jouissaient de toute sa confiance. Nous allons voir combien toutes ces particularités influèrent sur les malheurs de son règne.

D'abord le fanatisme religieux que les jésuites inspirèrent à Sigismond lui fit perdre la couronne de Suède. Charles IX , son oncle ^ l'usurpa en s'appuyant de l'attachement des Suédois au luthéranisme. Cet événement amena une guerre aussi longue que sanglante entre les deux peuples , jusqu'alors amis. En vain le grand*général de Lithuanie Jean-Charles Chodkiewicz remporta-t-il la célèbre victoire de Kirchholm, en i6o5; la guerre ne disconlinua point, et une grande partie de la Livonîe fut occupée par les Suédois. Cette même influence des jésuites devint également la source de dissensions religieuses dans le sein même de l'État.

6a TAMLEkV DE LJL POLOGNE.

Ils déclarèrent la guerre à tous les élablissemeni d'éducation publique qui n'appartenaient pas à leur Compagnie. Bientôt les frères s'armèrent contre le^ frères , dans un pays où la tolérance des Jageiioiis avait jusqu'alors protégé la liberté de conscience contre les persécutions qui déchiraient l'Europe entière. L'esprit du jésuitisme faisait repousser les protestans des emplois publics. Quand Sigismomi vint en Pologne , la majorité du sénat était prêtes** tante; à sa mort, deux membres seuls n'étaient point catholiques. La désunion entre les deux églises^, grecque et romaine , que la sagesse de Jagellon avait conciliées , signala encore la funeste influence des jésuites. Bientôt tous les palatinats russiens furent en feu ; et telle fut l'agitation des es« prits dans tout le pays^ que lorsque, en i6o5) contre le consentement du sénat ^ Sigismond épousa en deuxièmes noces une archiduchesse, la sœur de sa première femme , cent mille nobles montèrent à cheval pour le déposer du trône. Zebrzydovtrski et Janus Radziwill se mirent à leur tête. Cependant les confédérés s'aperçurent que leurs chefs s'agi' taient plutôt pour des offenses particulières que pour le bien de la i*épublique: aussi soixante milk nobles seulement signèrent l'acte de révolte à Sandomir, en 1607. ^^'^ battus par le roi , qui ne dut sa victoire de Guzow qu'à un heureux hasard , ils rentrèrent dans l'obéissance quand les chefs eurent

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obtenu leur grâce de Sigismond. Ce fut la première eonfédëration qui osa prendre les armes contre le roi. Cet exemple servit à légaliser les rébellions des chefe de parti , d'autant mieux qu'à la suite de ces érënemeiiSy en 1609^ une loi formelle autorisa la résistance armée aux empièteroens de la couronne. Cest la source de ces confédérations dont un his^ torien anglais a dit avec justice ^ « qu'elles avaient «c quelque chose de particulier , qui mérite d'autant « plus d'être remai^ué j qu'on ne trouve rien de «pareil che2 aucun autre peuple. On voit^ dît-il , « partout des révoltes contre l'autorité souveraine , « mais l'origine en est secrète , la marche sans ordre « et presque toujours sans suite. £n Pologne, au a contraire j les nobles s'associent publiquement a pour se rendre justice et établir de force ce qu'ils « veulent : au lieu de se cacher , ils publient des R manifestes; ils font des réglemens et les suivent; « et quand on voit une confédération liguée contre « le roi ou contre d'autres confédérations, ou icroît « voir une nation liguée contre une nation voisine, « et non pas des rebelles en armes contre l'autorité « souveraine au milieu de l'État. »

La foiH^e et ia violence étant ainsi une fois ad* mises dans les codes , il fallut désespérer de toute amélioration dans les lois. Au commencement du règne de Sigismond, en j588, la Lithuanie fut gratifiée encore d'une nouvelle révision de son

Statut civil et criminel. La noblesse de la Prusse , qui ne s'était jusqu'alors régie que par des lois teuton iques^ adopta à son tour un corps de lois particulier, en 1598. La Pologne seule réclamait en vain contre la difformité de son anoiesne législation civile. Dès ce moment il devint impossible d'y songer. £n attendant , les fers de la servitude s'appesantissaient de plus en plus sur les paysans (i); les ville/s étaient complètement privées de leur r^ïrésentans ^ et les grands du royaume , ne s'appuyant désormais que sur la force matérielle, peuplaient leurs petites cours de nobles moins ai^és, pour avoir de quoi menacer la couronne et intriguer dans les

(i) En comparant la condition des paysans polonais avec celle des colons romains , on yoit clairement que , sans le statuer par une loi formelle , on a suivi abusivement les lois romaioes à lear égard. G>mme les colons romains , les paysatis , en Pologne , n'étaient point esclaves : le maître n'avait jamais sur eux le droit de vie et de mort; il ne pouvait pas vendre leurs personnes, mais il avait la liberté de les céder, en leur qualité d'àdscriptidi , avec la terre qu'ils poaédaieut. Aussi l'état servile des jcolons romains et des paysans polonais différait peu du pur esclavage , d'aulant plus que, ni les uns ni les autres, n'a vaien|; le droit, excepté en des cas très-rares , de prendre à pattie leurs seigneurs ; leurs propriétés se transmettaient de père en fils, sans que le prix de la ferme, la corvée, pussent jamais être augmentés, toutefois ils n'avaient pas la liberté de les vendre ; des punitions corporelles pouvaient leur être infligées, etc., etc. C'est ainsi que les loi» romaines, partout oà elles pénétrèrent, ont été l'origine de la servitude.

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assemblées publiques. La petite noblesse , au lieu de former un tiers-état qui manquait au pays^ ne servait ainsi qu'à nourrir les factions pernicieuses au repos public. Zamoyski donna le premier exemple d'un majorât : son civisme n'y voyait que le moyen d'entretenir une Université et une forteresse pour le bien de la i*épublique, dans ses terres natales de Zamosc. Malgré la défense expresse de la loi^ il trouva des imitateurs; mais ceux-là avaient plutôt pour but d élever leurs familles au-dessus de 1 égalité établie par la loi. Bientôt telle fut la puissance des grands, quç plusieurs trouvèrent des ressources pour faire | à leurs frais , la guerre à des États ennemis de la république. G est ainsi que Zamoyski pa« cifia, en iSgS^ la Walachie et la Moldavie, en y soutenant la famille des Mohila dans l'hospodarat. Mniszechet Wis^niowiecki parvinrent, en i6o5, à imposer à Moskou Démétrius, époux de Marie, fille du premier. Néanmoins son règne ne fut pas de longue durée : les frères Schouisky assassinèrent Démétrius et délivrèrent Moskou du joug des aventuriers polonais, en 1606. Plusieurs faux Démétrius furent alors protégés par les factieux , car Marie voulait régner, et la noblesse indigente, ainsi que les Kosaks , étaient avides du butin. La république ne pouvait manquer d'être compromise dans une guerre où la plus grande partie de ses sujets prirent part. Le grand-général de la couronne, Stanislas II. 5

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Zolkiewski^ remporta sur les Moskovites, en 1610, à Kluzyn , une victoire éclatante j à la suite de laquelle les Polonais occupèrent Moskou; les frères Scho.uîsky furent livres à la république , et Wladislas , fils aîné de Sigismond , fut proclame tzar par les Moskovites eux-mêmes. Mais pour Sigismond et SCS jésuites y ce n'était point une affaire politique: à leurs yeux c'était une guerre de religion où il s'agisiâit de convertir au rite romain les Russes schismatiqueè. Aussi Sigismond ne trouta^-il rien de mieux que de jeter en prison la députation qui lui fut envoyée de Moskou , et de continuer le siège de Smolensk j tandis que son grand-général triomphait dans la capitale ennemie. Smolensk fut en effet pris parles trôUped polonaises. Mais les Moskovites, désespérés par les procédés du roi, élevèrent au trône la maison régnante des Romanoff ; et après avoir réuni toutes leUfS forces , ils surent profiter des discordes qui régtiaient parmi les différens chefs polonais, et obligèretit ceux-ci à évacuer non-seulement Moskou, mais le pays presque entier, en 1612. Le traité de 1619, qui termina cette guerre , garantit seulement Smolensk et le duché de Sévérie à la Pologqe. Néanmoins avant qu'il fiit conclu , il fallut encore apaiser plu-* sieurs confédérations que formèrent les troupes de la république pour obtenir leur solde arriérée (i).

(i). L'intérêt qui se rattache à Ttiistoire des Démétrius nous

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Gepeadant les intrigues autrichiennes suivaient leur cours. Flatté de Tespoir de recouvrer sa courcmne de Suède , à l'aide de l'Empereur et du roi d'Espagne , Sigismond offrit des secours à l'Empire dans la guerre de Trente Ans. Une flotte fut armëe sur la mer Baltique; l'Empereur eut la permission d'enrôlé des soldats en Pologne , et plusieurs régir-

oblige de jeter ici un coup d'oeil sur leurs nachinations et d'é* ekircir^ leur histoire ftiMileose. La lutte qui eut lieu pour soutenir le faux Démétrius est entièrement étrangère au gouvemenient et à la république de Pologne. Ni Marie Mniszech , ni son père le palatin de Sandomir , ni Wîsniowiecki y ne suivirent en tîela que leur propre impubion ; ib agirent dans leur intérêt particulier, et ce fut nu engagement d'aventuriers plutôt qu'une guerre de peuple à peuple. La famille de Mniszech n'était point d'origine polonaise : son père, émigré de Bohème, homme fier et vil , avait une fort mauvaise réputation comme courtisan de Sigismond- Auguste y et Niemcewicz , dans sa collection des Mémoires ée l'ancienne Pologne, nous apprend qu'il exerçait à la cour l'emploi peu honorable de pourvoyeur de femmes destinées à la couiche du souverain. Jamais la Pologne n'a voulu ni discuter, ni défendre la cause de Démétrius, et elle resta entièrement neutre dans cette affaire. Le tzar voulait épouser la fille (i'uD gentilhomme, et personne ne s'opposa à cet acte, car la loi ne défendait point un pareil mariage. Mniszech en emmenant sa fille à Moskou pouvait prendre autant d'amis , de parens et de courtisans qu'il voulait, car il n'y avait point de lots i^slrictives là-dessus ; chacun était libre d'aller où il désirait. Le bruit d'une nouvelle aussi extraordinaire se répandit bientôt d'nn bout de la Pologne à l'autre, et ceux qui n'avaient rien à &ire, et qui par conséquent étaient prêts à courir les aventures lucratives ^ grossirent le convoi de Mniszech , qui ne fut composé

mens de Kosaks appelés Lissoviens j du nom de leur chef lissowski , lui furent envoyés pour combattre ses ennemis en Allemagne, en Bohème, en Hongrie, dans la Transylvanie et même en France. Les Turcs se vengèrent de leurs attaques en Moldavie , qui dut leur être cédée en 1619. Cependant la guerre re> commença J'année suivante : les Polonais y farent

d'abord que de ses parens, de ses amis et de ses courtisans. Oo sait que chaque gentil homme polouais était soldat, et qu*il De quittait jamais ses armes même daos son intérieur. Aiusi cear qui accompagnaient Mniszech dans cet exploit contre Moskon formaient une véritable armée, sous le titre de Convoi,

Quant au gouvernement polonais , paisible spectateur d*une aventure qui lui était entièrement étrangère» il ne voulut jamais s'en mêler. Zarao^fski disait à la diète, que l'affaire du mariage de mademoiselle Mniszech aurait été un bon sujet pour une comédie dans le genre de Térence, mais qu'il ne voyait point d'boooeur pour la Pologne à y participer. Son opinion était celle de la diète, et l'entreprise de Mniszech conserva son caractère particalier» qui l'isolait de l'intérêt de la Pologne.

Cependant Sigismond, aveugle et opiniâtre champion du catholicisme, fidèle aux conseils de ses jésuites, qui étaient fauteurs de toute cette aventure, dans l'espoir de convertir la Moskovie; Sigismond et les jésuites, disons-nous, cherchèrent un prétexte pour entraîner la république dans cette affaire. Le prétexte était facile à trouver. La Moskovie lui avait enlevé plusieurs provinces, et entre autres Smolensk en i.5t4. Reconquérir cette province, affaiblir par là la puissance chaque jour croissante d'un voisin barbare et dangereux, délivrer les Slaves de l'autorité sauvage qui avait pris sa naissance au sein de la Tartarie ; tel était le projet du grand fiatory , projet qu'il avait accompli en partie. Ainsi la proposition de Sigismond fut accueillie par la diète, et

complètement battus dans la bataille de Ceçora^ où ils perdirent leur grand-général Zolkiewski. Le successeur de cet illustre guerrier, Chodkiewicz, força enfin, en i6'ii , la Turquie à la paix que Sigismond se garda désormais de rompre. Mais il tourna de nouveau ses forces contre la Suède: malheureusement il eut affaire à Gustave-Adolphe,

l'armée assiégea Smolensk. Mais en même temps la révolution ayant éclaté à Moskou, Démétrius fut massacré avec un grand nombre de ses partisans. La Pologne une fois entraînée dans la guerre ne pouvait plus reculer. Le faux Démétrius n'existait plus; elle voulut s'emparer de- la ville de Moskou , et consentit à grossir ses armées des aventuriers qui d'abord avaieqt été des étrangers pour elle. Zolkiewski , donc , à la tête de véritables troupes nationales, entra à Moskou. Alors les Mo&kovites n'ayant plus affaire aux particuliers , et regardant Zolkiewski comme le* représentant de sa nation, offrirent, par ses maias, la couronne des tzars au fils du roi de Pologne , sous la seule condition d'embrasser le rite grec. Rien de plus honorable pour les deux nations ennemies, que leur conduite dans cette affaire; car ce n'était point une humiliation pour les Moskovites , que de livrer aux Polonais l'usurpateur du trône ( Schouîsky ) , et d'offrir la couronne a un prince si éminent , héritier de la couronne de Suède y avec laquelle ib avaient des inimitiés, et d'ailleurs étranger à la Pologne , oîi la couronne était élective , au moment surtout ou il n'y avait plus de successeurs légitimes à la couronne des tzars. Ainsi, autant les Moskovites montrèrent de mépris pour les aventuriers polonais qui formaient le cortège de Muiszech et du faux Démétrius, auUnt ils témoignèrent d'estime au généreux Zolkiewski , qui ne vit dans cette guerre que l'union future de deux peuples slaves. Sans doute il prévoyait qu'après la mort de Si^ismond la couronne de Pologne pourraU

qui occupa bientôt la Livonie, Riga et une partie de la Prusse. Les flottes de Sigismond furent anéanties en 1618. De leur côté les flottes espagnoles n'arrivaient point, et les secours de l'Empire furrait plus coûteux qu'utiles , car ils trahirent plusieurs fois les Polonais. Stanislas Konieçpolski arrêta enfin les progrès des Suédois , qui signèrent^ en 1 629,

êlre offerte au tzar de Moskovie , son fils , et les deux contrées auraient pu, à Texemple de la Lithuanie, se fondre en un seul gouvernement. Zolkiewskî, revenu à Warsoviepar un triomphe inouï jusqu'alors , amena dans la salle de la diète l'ex-tzar et son frère. Cette victoire est une des plus belles pages de Fhisloire polonaise , car elle ne déshonorait point le peuple moskovite, mais plutôt le despotisme représenté par une des factions anti-nationales qui éleva Schoutsky sur le trône des tzars. Nous nous sommes étendu sur cet épisode, car plusieurs auteurs étrangers , et surtout français , viennent de commettre des fautes graves en confondant les Polonais de Mniszech et les Polonais de Zolkiewski. La légèreté de ces écrivains leur a fait commettre des erreurs capitales : par exemple, l'auteur d'une nouvelle Sistoire de SoBieski, soutient que Marie n'était point une fille de Mniszech, mais fille de Wisnio^iecki; un autre, dans une pièce dramatique, donne à Mniszech le nom de Sandomir, tandis qu'il était palatin de Sandomir. Palatinat signifie un département; palatin , titre d'un magistrat : ne serait-il pas plaisant de donner le nom de Seine à l'individu qui serait préfet du département de la Seine ? (Nous nous faisons un plaisir de citer ici un ouvrage remarquable, que publiait le professeur Ciampi. Cet ouvrage est intitulé : Ksume Crîtlco con documentl inedîd deila storia diDemetrio di Iwan TVasiliewitsch ; per Sehastiano Ciampt. R, corrispondente atûvo di scienze e leitere in Italia , del regno dl Pvlonia. Fîrenze. Tipog. de Giuseppe Gallelti , 1827 , in-8°, page 79. )

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une paix, par laquelle la LivQnie et Une partie de la Prusse leur furent cédées.

Tels sont les mallieurs du règne de Sigismond, Quoique signalé par des victoires éclatantes, cç règne fut d'autani plus funeste à la Pologne, qu'il dura quarante^cioq ans,

Wladislas rv Wasa (i63a-i648), son fils, fut élu sans opposition roi de Pologne, à la mort de son père, en j63a* Sa valeur releva pour un moment l'état de délabrement dans lequçl Sigismond l'avait laissée. Il forcer ^^ i633, les Moskovites à la paix qu'ils voulurent troubler, et leur imposa le traité de Yiazma, en i634. Une année plus tard, les Suédois lui remirent la Prusse, par la paix de Stumsdorf. Il voulut également (consolider la tranquillité iniédieure; mais les dissensions religieuses, vallumées^ par l'intolérance des jésuites, n'étaienl ^s &fiiles: à apaisa. .

Les. Kosaks , à l'instigation de la maison d'Autridie, inquiétaient depuis quelque temps la Turquie.. U fallait dompter leur insubordination; mais de leur coté , ib avaient au 9$i à se plaindre des in«justices des starostes et des vexation^ que la noblesse exerçait dans leur pays à l'aide des Juifs. On les convertissait de forcé au rite romain ; c^ les réduisait arbitrairement à l'esclavage et à la corvée. Aussi réclamaient-ils souvent leurs anciens privilèges , et appuyèrentpils par la révolte leurs droits outragés.

7^ TABLEAU DE LA POLOGlfC.

Pour se garder de leur rëbellion , Wladislas fit élever la forteresse de Kudak. Aussitôt les Kosaks prirent les armes ; mais battus par les troupes du roi y en i638, ils furent cruellement punis. On les priva de leur hetman ; plusieurs milliers d'entre eux furent enrôlés dans les armées, et le reste réduit formellement à l'esclavage. Leur chef, Pawluk, fut mis à mort , malgré la grâce qu'il avait obtenue. Dès-lors la paix devint impossible avec un peuple attaché à ses libertés autant qu'à son rite religieux , et Tœuvre patriotique de Batory fut ainsi détruite à jamais.

L'enrôlement des Kosaks eut cet effet, qu'en augmentant les troupes royales il fit craindre à la noblesse que le roi ne voulut également attaquer ses privilèges. Aussitôt des réclamations énergiques s'élevèrent de"tous côtés. La diète de 1646 obligea Wladislas à dissoudre ses armées, réduisit pour toujours les gardes royales a i ,200 hommes , et re-* fusa de ratifier les alliances conclues par le roi. Tous les projets de réforme médités par Wladislas furent ainsi détruits. En vain s'appuya-t-il de l'influence de deux hommes puissans, Jérôme Radzieïowski et George Ossolinski : la défiance faisait échouer tous ses desseins. Le même sort frappa son institution de l'ordre de la Conception de la Vierge Marie. La loi de i638 prohiba jusqu'aux plus insignifiantes distinctions , et les titres contraires à l'égalité parmi la noblesse. Quelques cvêques seulement et plusieurs

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fiiinUleSy issues des anciens ducs de Lithuanie et des Bussies, eurent la liberté de porter le titre de prince, et la famille Ossolinski, celui de comte ^ mais à con* dition que ce titre n'emporterait aucune autre pré* rogative. Aussi ne s'en seryaient-elles presque ja* mais, car à cette époque le simple titre de noble polonais, honoré dans TEurope entière, était sollicité par des potentats étrangers qui y attachaient d'autant plus de valeur, que depuis les lois de 1678 et 1601 , on exigeait le consentement de la diète pour accorder des lettres de noblesse et de naturalisation.

Vers la fin du règne de Wladislas, Czaplinski, homme d'affaires de la &mille Konieçpolski , s'emr para par une violence inouïe des biens et de la femme de Chmielniçki , gentilhomme polonais, dont il fit fustiger le fils. Chmielniçki demanda justice ; mais ne pouvant point l'obtenir, il se réfugia chez les Tatars et les Kosaks , les souleva contre la Po*^ logne , investit à leur tête la forteresse de Kudak , et, ai sa qualité de chef, réclama les droits que leur avait octroyés Wladislas: Ce prince venait alors de mourir. Jérémie Wisniowieçki , cruel ennemi des Kosaks , les battit dans l'interrègne ; mais vengéant bientôt leur défaite , Us attaquèrent les Polonais à Pilawce , les dispersèrent sans combat , et s'avancèrent jusque sur Léopôl et Zamosc. Retirés dans un camp retranché , les Kosaks attendirent i'is*

sue de Tâection. Ce fut Jean-Kasimir-Wasa (i648* 167a )| frère puînë de Wladislas , qui obtint la oduronne, ce dernier étant mort sans postérité. Kasimir s'empressa d'envoyer le bâton d'hetman à GhmieU niçki j qui l'accepta ; mais ses prétentions sur tout oe qui regardait les jésuites, la désunion et les libertés des Kosaks , étaient si exagérées , que la ré* publique résolut de les soumettre par la guerre. Elle fut sanglante, comme le sont ordinairement toutes les guerres intestines : des villages et des villes dis* paraissaient par l'incendie ; des populations entières étaient passées au fil de l'épée , et il n'y eut aucune sorte de cruauté qui ne fut épuisée par les deux peuples ennemis. Chmielniçki perdait beaucoup de monde , mais ses rangs se complétaient bientôt par les paysans dess palatinats russiens, et même par la petite noblesse de Pologne et de Lithuanie. Il assiégea le roi 9 en 16499 dans le camp de Zborow. Cette défaite obligea Kasimir à consentir que le fleuve du Horyn devint pour les Kosaks une frontière qui ne serait jamais dépassée par les jésuites, ni par les Jui£s ; que leurs co*religionnaires ( les Grecs) eussent plusieurs sièges dans le sénat du royaume, et qu'il leur fût permis de tenir 4O9OOO hommes sous les armes. Mais bientôt après , le roi ayant remporté , en 1 65 1 , la victoire de Bersteczko , Chmielniçki dut se contenter de l'affranchissement de la corvée pour les Kosaks, et la noblesse recouvra ses an-

PRECIS HISTOBIQtTE. — IV* ÉPOQUE. 7$

ciennes possessions de l'Ukraine. Cependant les trou* pes kosaques consentaient difficilement à reprendre la culture des terres et à rentrer sous l'obéissance des seigneurs. Ghmielniçki chercha à les disperser sur l'autre rive du Borysdiène. Âkhtyr et Kiiarkov, ëlevës dans ces déserts, doivent leur établissement à ces événemens. Une année après , profitant d'un moment propice , le chef audacieux des Rosaks sur^ prit les armées polonaises à Batow, massacra la fleur de la noblesse, et, appuyé par les Tatars, attaqua le roi à Zwanieç , où il le força de ratifier le traité de 1 649* Mais toutes ces stipulations furent vaines. Les Kosaks , malgré la clause du traité , ne voulurent point réduire leurs troupes à 40,000 hommes. De leur côté, les évéques catholiques menaçaient d'à* bandonner le sénat si les religionnaires grecs y étaient admis , et Ghmielniçki , dont le projet secret était de se rendre souverain indépendant , ne pouvant i^ussir dans ce dessein, prêta hommage au tzar de Moskou^en i654* Dès lors la république eut affaire à un nouvel ennemi , et pour son malheur la Suède lui déclara en même temps la guerre (i)*

Kasimir, à l'exemple de ses deux prédécesseurs, ne se désistait point du litre de roi de Suède. Pro-

(i) V, chapitre XVIII du premier vol. de cet ouvrage, à la pag. 464.

fitaot des embarras où se trouvait la république y et excité en outre par les conseils d'un factieux y de iladziciowski , qui, outragé par le roi, se sauva à Stockholm, Charles-Gustave, roi de Suède, entra par la Prusse, en i655, dans la Grande-Pologne, que les intrigues du traître lui livrèrent sans coup férir. Bientôt Warsovie et la Petite-Pologne furent envahies par les Suédois. Une partie de la lithuaaîe, séduite par la trahison de Janus Radziwill, se readît également à Charles-Gustave, qui garantit Tindépendance de la république et les privilèges de la noblesse. Le reste de cette dernière province fut occupé en même temps par les Moskovites, qui, après avoir pris Smolensk et Wilna, s'avancèrent jusque sur Léopol. Jean-Kasimir , abandonné de tous ses sujets, alla chercher son salut en Silésie. La seule noblesse des palatinats prussiens et la forteresse de Czenstochowa lui restèrent fidèles. Un moine , Augustin Kordeçki, prieur du couvent, prit le commandement de cette dernière, et résista à toutes les attaques des Suédois. Cet événement releva le courage de la noblesse. Stanislas Lançkoronski , la famille Potoçki et d'autres, proclamèrent, en i655, la fameuse oonfédéralion de Tyszowçe. Tous ceux qui s'y réunirent jurèrent de mourir pour la religion , la liberté et la patrie. Kasimir, amené par la Hongrie à Léopol, signa l'acte de la confédération. Bientôt George Lubomirski et Élienne Czarniecki

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réunirent assez de troupes pour eombattre l'ennemi et le poursuivre sur tous les points. Désespérant de pouvoir se maintenir en Pologne , Charles-Gustave conclut des alliances , à la suite desquelles il céda ia Grande-Pologne à Télecteur de Brandebourg, la Petite-Pologne à George Rakoczy, palatin de Transylvanie, et offrit la Lithuanie au cupide Janus Radziwill. Les Suédois, réunis aux. troupes de l'électeur^ remportent, après trois jours d'un combat sanglant , la victoire de Praga , et investissent encore une fois Warsovie. Heureusement le palatin de Transylvanie fut repoussé avec perte de Krakovie , et même rançonné. La république chercha alors à entrer de son côté en alliance avec les ennemis de ia Suède. L'Empereur lui offrit du secours sous condition qu'on assurerait à sa maison la couronne de Pologne après la mort de Kasimir, et exigea ensuite des frais de guerre si énormes, qu'il fallut lui reinoltre en gage les salines de Wiéliczka. Une suspension d'armes fut négociée avec Moskou. L'électeur de Brandebourg signa aussi , en 1657, ^^ P^^^ ^^ Wehiau , qui le rendit indépendant de la Pologne. Mais l'alliance la plus avantageuse pour la république fut celle du Danemark. Charles-Gustave fut alors forcé de retirer ses troupes de Pologne pour combattre les Danois. Czarniecki le poursuivit jusque dans l'île d'Alseo, en Danemark, et signala partout de hauts talens militaires et une valeur sans égale.

JEnfia le traité d'Oliwa termina cette malheureuse guerre eu 1660. Les Suédois abandonnèrent la Pologne. Jean*Kasimir résigna à son tour ses droits à la couronne de Suède, et la république perdit la Livonie y dont elle n'a gardé qu'un palatinat.

Sur ces entrefaites, la guerre recommençait avec Moskou. Chmielniçki venait de naM>urir. Une partie des Kosaks, sous la conduite de Jean Wyhowski, rea-* tra dans l'alliance de la Pologne. Par le pacte de Ha* disiacZ) conclu en i658 , il fut convenu qu'à coté des deux nations catholiques , la polonaise et la Uthua" nienne, une troisième y russienne et grecque, ferait partie de la république , et jouirait des mêmes liberté que les deux premières. Wyhowski, nommé palatin de Kiiovie , s'occupa de créer une noblesse parmi les Kosaks , pour organiser le pays à l'instar du reste de la république. Mais le prindipe d'égalité ayaj!it jusqu'alors prévalu parmi les Kosaks , nécessairement le traité devait leur déplaire. lïéanmoins , Moskou se sentit offensée par ces démarches : il fallut la combattre dans le nord et dans le midi. BeuteusemeUt l'armée polonaise, aguerrie à cette époque par les <3ombats livrés aux Suédois , et débarrassée de ceux-ci, ne pouvait manquer d'être victorieuse. Gzamieçki , sur le déclin de ses jours, et Jean-Kasimir lui-même, remportèrent plusieurs grandes victoires au-delà du Borysthèue; mais les troubles intéri^rs empêchèrent d'en profiter.

Bientôt cette même armée refusa de poursuivre renuemi^en 1663^ et rentra dans le pays pour demao* der sa solde arriérée. Deoxévèquea, Floriân Gzarto*riski et George Bîallozor, se signalèrent honorable*ment en offrant For et l'argent des ortiemens d'é* glise pour satisfaire les rebelles. D'un autre côté ^ les diètes nationales ne ressemblaient plus qu'à des as* semblées de Êictieuz^ depuis que Sycinski, nonœ d'Upita, eut rompu celle de i SSa par le fameux veio qui^ sans devenir une loi formelle , entra dès lors abusi*vement dans les -attributions- de chaque nonce de là noblesse. Il s'introduisit malgré les clameurs et les imprécations de toute la diète , parce que les as«semblées représentatives n'avaient point une police bien réglée. Il paraît d'ailleurs, et la loi de 1609, qui garantissait aux nonces la libre défense des fran*ckises nationales, le prouve , qu'on tâchait dès»lors d'étouffer la voix des citoyens; on se persuada donc Ëtcilement qu'en donnant plus d'autorité à un seul nonce ^ la liberté serait plus entière, et la dignité de l'assemblée plus respectée. Ce qui ai^nenta surtout Tanarchie, ce fut le malheureux usage observé par les Polonais, de délibérer le sabre au côté, mage qui prévalut malgré les lois de 1496 ^^ 1^079 parce qu'il était naturel qu'uu peuple tout militaire fôt attaché à ses attributs guerriers. La reine, Marie- Louise de Gonsague, aimée jadis par le malheureux Cinq<-Mars, et depuis épouse de Wladislas-Wasa, roi

de Pologne 9 el de son frère Jean^Kasimir, profita souvent de la funeste innovation du veto pour parvenir au but de ses intrigues. Elle se proposait d'élever au trône de Pologne le prince G)ndë-d'£nghien , qu'elle voulait faire reconnaître héritier de la couronne du vivant de sou époux. En effet^ ce projet fut présenté à la diète de i65 1 de la part du roi. André-Maximilien Fredro, dans le sénat, et Powalski, dans la chambre des nonces , s'opposèrent les premiers à cette violation des lois du pays. A leur suite, le grandtmaréchal Georges Lubomirdd , le même qui rendit au roi et à la patrie des services si éminens dans la guerre suédoise , se déclara avec fermeté contre la proposition de la couronne ^ et s'attira par ce procédé la haine de la reine. Elle s'unit à 1 evêque Nicolas Prazmowski, chancelier de la couronne , et , avec l'assistance de cet intrigant , elle parvint à calomnier le grand-maréchal , disant , qu'il prétendait au rôle deCromwell, et avait l'ambition de se faire protecteur de la Pologne. I^a diète de 1664 condamna Lubomirski, par contumace, à la destitution et à la mort. Jean Sobieski hérita de ses dignités que Jean-*Clémeut Braniçki eut la noblesse de refuser. Lubomirski, qui s'était dabord sauvé en Silésie, rentra dans le pays dès qu'il apprit que les babitans de la Grande-Pologne s'étaient déclarés en sa faveur. Le roi se mit en marche contre lui , et quoique son armée fût deux fois aussi

PRtoS HISTORIQUE. — IV* ÉPOQUE. 8l

nombreuse que celle de son adversaire, il fiit battu dans la bataille de Montwy , en 1 666. Lubomirski consentit néanmoins à demander sa grâce au roi , qui la lui accorda ; mais la prudence lui conseilla de se retirer en Silésie^ où il termina ses jours, après avoir été rétabli dans son honneur et dans ses biens. La mne mourut aussi bientôt après, de dépit de n'avoir pu réussir dans ses projets.

Tels étaient les embarras où les dissensions intérieures plongeaient la Pologne , poidant qu'une guerre extérieure , celle de Moskou , ne cessait de la déchirer. Aussi , malgré les victoires remportées, il fallut souscrire, en 1667 ,au traité d'Andruszow, à la suite duquel Smolensk, Sévérie, Czemiéchow et rUkraine transborystane , furent cédées aux Moskovites jusqu'aux futures transactions. Kiiow , qui lui fut laissée par le même traité pour deux ans, ne rentra pas non plus sous la domination polonaise.

A la même époque, le reste des Kosaks fidèles à la Pologne, indignés de ce que le pacte de Hadziacz n'était point observé rigoureusement , voyant que leurs frères , nouvellement sujets des Moskovites, ne jouissaient point d'un meilleur sort, résolurent de se livrer à la Turquie. Doroszenko était alors leur chef. C'était encore* un effet de cette intolérance que les jésuites avaient enracinée en Pologne. Par leur influence , les ariens ou sociniens , la secte la II. 6

8a TABLEAU J>£ LA POLOGNE.

plus industrieuse et la plus éclairée du pays, en fur^it bannis en i658. Après avoir long-temps évité les guerres religieuses, ce pays y fut plongé enfin comme l'Empire et TEspagne , et, comme ces deux États 9 il vit ses forces épuisées, ses provinces démembrées, et sa puissance abaissée à jamais.

Abattu par tous ces malheurs, et affligé de la mort de son épouse , Jean-Kasimîr résolut d'abdiquer la couronne. Il le fit malgré les prières et les efforts de la diète de 1 669. Ses adieux touchèrent douloureusement tous les assistans. Le souvenir des maux éprouvés , et la douloureuse idée de se séparer du dernier des Jagellons , furent sentis par itout le peuple; car le Polonais demeura toujours fidèle à ses rois , malgré les révolutions qu'excitèrent sou<^ vent de puissans factieux. Quand , pour la dernière fois , les chambres s'approchèrent du trône pour baiser la main royale, il n'y eut personne «|ui ne fondît en larmes.

Kasimir avait plusieurs fois changé d'état. D'abord général /dt brave , il se fit ensuite jésuite et cardinal. Après être descendu du trône, il redevint prêtre, et mourut en France, abbé de Saiut-Germain<Kles«Prés.

Une diète d'élection fut convoquée. Prazmowski, alors primat du royaume, et le grand-général de la couronne , Jean Sobieski , appuyaient le prince G>Qdé - d'£nghien ; mais la nation était si irritée

par les intrigues que la feue reine avait employ^^ en (aveur de ce prince , que^ sans vouloir l'admettre même parmi les candidats , on proclama roi Michel WiSHiowiEÇKi (1669-1673^ , fils de Jërémie Wisniowie^i ^ la terreur des Kosaks. Michel était pauvre; sa famille avait été totalement ruinée dans les dernières guerres. Il dut surtout son élévation à sa parenté avec les Jagellons , dont il tirait son origine par un de ses ancêtres, Korybut; car, malgi'ë le droit de libre élection , tel était rattachement des Polonais au principe d'hérédité , qu'ils ne s'en écartèrent qu'après avoir complètement épuisé la race de leurs rois.

Midiel accepta la couronne les larmes aux yeux. Il i^neasentait les difficultés de son règne y s'apercevant de bonne heure de l'opposition que la faction française lui préparait. Il fellut, en effet, que la noblesse se ronfédérât à Golomb , pour appuyer son roi contre les mauvaises intentions des factieux. Dans cet intervalle , les Turcs , attirés par Doroszenko, envahissaient la Pologne. Us prirent la fortereme de Ramiéniéo en 1671 , et occupèrent la Podolie et l'Ukraine. Incapable de leur résister, Michel subit à Buczac un traité ignominieux par lequel il s'engageait à payer un tribut au Grand-Seigneur. Heureusement que celui dont les intrigues avaient peut-être concouru à amener ce funeste résultat allait débuter par un talent militaire peu com-

niuu dans rhistoire. Sobieski rompit un traité qui avilissait sa patrie^ et s'illustra par une éclatante victoire à l'instant même où Michel , désespéré de ses malheurs y terminait ses jours en 1673. ha. glorieuse bataille de Chocim conduisit au trône Jean Sobieski ( 1 674* ^ 696). Son élévation fut peu contestée. Des fêtes du couronnement , il courut sur le champ de bataille , et quoiqu'il fût menacé des plus grands dangers dans le camp de Zurawno, en 1 676, les Turcs , par respect pour son nom , consentirent à signer une paix qui ne leur garantit que Kamié^ niée et une partie de l'Ukraine.

Jean III était marié à une Française^ Marie-Kasimire de La Grange-d'Arquien, femme d'un caractère impérieux 9 et qui dominait son mari. Offensée de ce que Louis XIY ne respectait pas assez son diadènae dans la personne de son père , le marquis de Béthune, elle résolut de le contrarier dans ses projets. Voyant que le roi de France cherchait à abaisser l'Autriche, Marie engagea son époux à former une alliance avec cette dernière. Jean fut donc appelé, en i683, au secours de Vienne , assiégée par les Turcs , qui avaient déjà pénétré au cœur de l'Empire. La victoire qu'il remporta sous les murs de cette capitale, et plusieurs autres, qui illustrèrent cette guerre célèbre, non-seulement sauvèrent la chrétienté , mais encore rendirent à la maison d'Autriche la Hongrie, dont les Turcs possédaient la plus grande partie. La

Pologne. Seule ne profita point des conquêtes de son roi. Au contraire , pour pouvoir continuer la guerre, Sobieski^en 1686, conclut avec Moskou un traité par lequel il confirma définitivement la cession des provinces que la paix d'Andruszow ne lui avait cédées que momentanément. Ainsi, trompé par la promesse de la Moldavie pour ses descendans, il oubliait les intérêts de sa patrie pour complaire à rin<» grate Autriclie.

Des divisions intestines vinrent compliquer la situation des affaires. L'orgueil de quelques familles puissantes en Liihuanie suggéra à Sobieski la malheureuse idée de leur opposer d'autres familles qu'il rendit formidables par son appui. Les Sapiéha furent ainsi relevés par lui pour abaisser les Paç : à son tour , la maison Brzostowski chercha à réduire la puissance des Sapiéha. La reine encourageait les factions l'une contre l'autre, et ses intrigues poussèrent enfin les choses au point qu'il fut question un instant de déposer Sobieski. Il eut ainsi à souffrir des mêmes embarras qu'il avait jadis suscités au malheureux Michel. Ce n'est pas tout. Cette femme turbulente faisait naître, par ses caprices, des dissensions domestiques jusque dans sa propre famille : sa haine contre le prince Jacques, son fils aîné, était telle, qu'elle empêcha son élévation à la couronne. Jean III, le cœur navré de tout ce qu'il voyait autour de lui , mourut de regret en 1 696.

L'électeur de Saxe, alors vainqueur des Turcs à Oitach y el le prince de Bourbou-Conti , furent les princijpaux candidats à la couronne. Lelecteur de Saxe^ Auguste II ( 1697-1733 ), arriva le premier; et Coati y faiblement appujé-par la France, retourna dans son pays , sans débarquer même à Dantzig^ oii il venait d'aborder. Néanmoins ^ son parti fut assez fort pour exciter uile guerre iule* Heure , qui ne fut apaisée qu'en 1 700 par la «confédération formée à Olkienniki.

Auguste dut à ses liaisons intimes avec ta maisoii d'Autriche la restitution des salines de Wiélicdia , qui rentrèrent dans les domaines de la république. Le traité général de Carlowitz rendit en outre à la Pologne, en 1699, la forteresse de Kamiéniëc que toutes les victoires de Sobie^i n'avaient pu lui reconquérir. Encouragé par ses succès, Auguste résolut d'arracher la Livonie à la Suède : il comptait sur la jeunesse et Tinexpérience de Charles XII, qui venait de prendre les rênes de l'État. A cet effet ^ une alliance fut conclue entre Mo^ou, le Danem&rk et la Pologne. Mais Charles , après avoir battu aTec une rapidité inoulë les Danois et les Moskovites , attaqua les Saxons sur la Dzwina, en 1701, et envahit en même temps la Lithuanie et la Pologne. Lapospolûé n'était pas prête pour le recevoir, car Auguste avait entrepris cette guerre à la tête de ses Saxons seuls , sans demander le consentement de la

PR]éGI8 HISTORIQUE. -*- Ilf* IPOQinS. 87

diète. Aussi Charles XII s'airança-t4t, sans rencontrer de réàstance, stir Warsovie, investît cette capitale, battit Auguste à KKssow, et prit la ville de Krakovie. Deii:^ oonfëdëratîons se formèrent: Tune à Sandomir pour défendre Auguste » Fautre dans la Grande>Poiogae, qui, dirigée par le primat Radziéîowski , se déclara, en 1704, contre lui. Charles XII, qui avait déjà trouvé de Tappui chez les Sapiéha, en Lithuanie, convoqua une nouvelle élection, et fit nommer roi le palatin de Poznanie, Stakislas LssscrrifaKt ( 1704)* Auguste, poursuivi jusqu'en Saxe, fot réduit, par le traité d'Altransladt, en 1706, à abdiquer la couronne de Pologne, et à reconnaître son rival. Charles partit de Saxe pour combattre les Moskoviles , qui s'étaient approchés de Grodno. La défaite de Polta va renversa, en 1 709, tous ses projets.

Auguste II ( i 709 ) remonta sur le trône de Pologne , qu'avait abandonné Stanislas pour se réfu-* gier en France. Cet événement consolida l'inti^^ mité du roi avec le tzar Pierre I**. Elle eut la plus funeste influence sur le sort de la Pologne , car dès lors les tzars prirent ce pays sous leur déplorable tutelle.

Les armées de Saxe et de Moskou prolongeant leur séjour en Pologne , la noblesse se confédéra h Tamogrod pour en obtenir Tévacuation. Pierre I*' voulut servir de médiateur entre le roi et la noblesse.

88 TAfiLEAU D£ LA POLOG5£<

Enfin, la diète muette j appelée ainsi parce qu'elle ne dura que quelques heures et se passa sans bruit y mit d'accord les partis, en 1717- Les troupes saxonnes quittèrent la Pologne, et les Moskovites les imitèrent en T720. Cette même année, et. en 17121, les traités définitifs furent conclus avec la Suède.

Un siècle de guerres sanglantes qui , quoique illustrées par plusieurs grandes victoires, n'avaient amené que les plus funestes résultats , épuisa enfin complètement la Pologne. Quand on songe que^ pendant soixante-dix ans ( 1648-17 17 ), déchirée par des guerres intérieures , et envahie en outre par les Suédois , les Moskovites, les Turcs, les Transylvaniens et les Brandebourgeois , c'est-à-dire presque par tous les peuples qui l'entouraient, elle se trouva plusieurs fois dans une situation telle , que ses rois avaient à peine quelques pouces de terre à leur disposition, il faut vraiment s'étonner des ressources immenses qu'elle renfermait dans son sein , puisque , malgré les factions intestines , elle parvint à éviter sa ruine totale à cette époque. Elle paraissait même hors de tout danger, des traités solennels lui garantissaient la paix avec tous ses voisins ; toutefois, elle ressemblait déjà à un malade dont l'amputation a assuré la vie, mais qui n'est plus destiné qu'à végéter et languir. L'Europe n'entendit plus parler de ce malheureux pays , que lorsque le myoment arriva où des voisins spoliateurs entrepri-

rent de s'en emparer comme d'une proie facile à saisir.

Un événement funeste signala Tannée l'j^^j sous le règne d'Auguste II. Les écoliers du collège des jésuites 9 à Thoru, se prirent de querelle avec les protestans de la ville : un combat sanglant s'ensuivit 9 à la suite duquel la diète, usant de ri" gueurs salutaires^ condamna à la mort un innocent, le bourgu^nestre de cette cité. L'Europe entière fut saisie d'horreur à la nouvelle d'une pareille injustice. Néanmoins l'œuvre de l'intolérance jésuitique fut complétée dans l'interrègne, en 1733, par l'exclusion formelle des protestans des emplois publics : ce qui* était déjà dans l'usage, prit depuis lors force de loi.

Auguste II mourut en 1733. La nation polonaise se rappela alors Stanislas Leszczynski : ses vertus dans l'infortune lui assurèrent tous les suffrages ; mab il venait de marier sa fille à Louis XV , et les cours devienne et de Pétersbourg ne voulaient point souffrir sur le troue de Pologne un allié de la France. Aussitôt les troupes moskovites entrèrent en Pologne. Le chancelier Michel Wisniowieçki , l'évêquede Posen, Hosius, et plusieurs autres seigneurs suscités par l'ennemi, proclamèrent roiAuGUSTElII( 1733-1 763), électeur de Saxe, fils d'Auguste IL Stanislas n'eut pas le temps de s'établir à Warsovie : il dut se sauver à Dantzig, où l'attendaient de faibles renforts que lui

90 TABLEAU DE LA POIX>GlfE.

envoyait la France. La ville fat atai^ée. Stanislas s'échappa, à la faveur d'un dëguisement , au milieu des plus grands dangers, et soo parti resta sans aucun appui. Une guerre que la France continuait , en sa faveur, sur le Rhin , contre TEmpire, eut pour résultat la reconnaissance d'Auguste comme roi de Pologne^ et Stanislas , n*en gardant que le titre ^ ol> tint à vie la Lorraioe^ où il laissa la mémoire d'un bienfaiteur de Thumanitë et d'un roi philosophe.

Sous le règne d'Auguste III, la maison de Ketller s'éteignit en Kourlande. Selon le pacte que Sigismond<»Aaguste avait confirmé, la Kourlande devait rentrer sous la domination polonaise; mais les tzars commençaient déjà à traiter la Pologne comme une de leurs provinces ': c'était eux qui disposaient à leur gré de ce fief. D'abord Biron, Rourlandais, chambellan et favori de la tzarine Anne, ensuite Charles de Saxe, fils du roi de Pologne , et puis de nouveau Biron, quand cela plut à la tzarine, reçorent tour à tour l'investiture du Êiible Auguste. Du reste , le pays jouissait de la paix. Il apprenait seulement les guerres étrangères par les marcltes .et les contre* marches que les Moskovites y effectuèrent librement pendant la guerre de Sept-Ans, ainsi que par les violentes contributions et les enrôlemens forcés que lui fit subir le grand Frédéric de Prusse , qui faussa les monnaies polonaises pour s'enrichir aux dépens de la bonne foi. Toutefois, telle fut l'apathie

PRiciS HlSTOmiQOB. — - IV* ÉPOQUE. 91

€|ui 8'ëtait emparée à cette époque des Polonais, que, dans leur avilissement , ils s'estimaient heureux de conserver la paix après les calamités qu'ils avaient jadissouffertes. Us s'habituèrent à l'anarchie au point que le vélo y qui fut constitué en loi formelle par la diète de 1 7 1 7, quoiqu'il paralysât toutes les diètes suivantes ^ ne les inquiétait presque plus ; au conlinire, il passa en proverbe : qoe la Pologne n'existait que par l'anarchie. ( Polonia conjushne re^ gùur!)

Le moment vint enfin où cette république s'aperçut de sa situation. Beaucoup de Polonais suivirent Leszczyuski en France et en Lorraine, où plusieurs d'entre eux forent élevés aux frais de leur royal concitoyen. Tous ) à leur retour , rapportèrent des idées monarchiques dans leur patrie. Elles commencèrent dès lors à germer en Pologne : au moins s'apercevait-on que pour la garantir contre l'anarchie et la fortifier contre les ennemis du dehors, il fallait donner plus de force au gouvernement , plus d'autorité au pouvoir exécutif. L'esprit monarchique fit bientôt tant de progrès , qu'Auguste II put distribuer sans opposition son ordre de l'Aigle-Blanc, qu'il avait établi lors de ses infortunes dans la guerre contre Charles XII.

Deux grands citoyens, Zaluski, cvéque de Kiovie, et l'abbé Kcmarski , s'attachèrent à faire renaître les lumières qu'un siècle de loutc-|niissancc avait pcr-

9^ TABLEA.U DE LA POLOGITE.

mis aux jésuites d étouffer complètemeot. Le premier se refusait jusqu'au manger pour avoir le moyen de rassemblera Warsovie une bibliothèque (1745- 1757)9 la plus grande qu'un particulier puisse jamais posséder, et qui bientôt égala les plus vastes bibliothèques de l'Europe : il en fit don à la république. Le second , Stanislas Konarski , de la congrégation des Piaristes, introduits en Pologne en 164^, et qui, depuis long-temps, malgré ses faibles moyens, cherchait à combattre la funeste influence des jésuites , entreprit, en 1740, de réformer l'éducation publique. Comme toute autorité était dans les mains de la noblesse, c'est sur elle qu'il résolut d'agir. Un collège {collegium nobiliurriy scholarum Pùirwri)i\f3L'i\ établit à Warsovie pour la noblesse , à ses propres frais, rendit bientôt d'immenses services à l'État. A force d'émulation, les jésuites eux-mêmes furent forcés d'adopter quelques réformes. Dans ses ouvrages , Konarski déclara la guerre à tous les préjugés religieux, civils ou politiques. L'anarchie, le funeste veto et tous les autres abus, eurent leur tour; et dès ce moment les Polonais purent entrevoir la régénération de leur malheureuse patrie.

Plusieurs grandes familles entreprirent en effet de réformer la république : mais elles n'étaient point d'accord sur les moyens. Les unes voulaient agir promptement et avec énergie ; d'autres conseillaient la prudence. Il y en avait qui prétendaient à de grands

changemens; d'autres enfin ne visaient qu'à détruire quelques abus. Les princes Czartoryski, et entre autres Michel le chancelier j et Auguste le palatin de Russie y ne voyaient de salut pour leur patrie que dans une constitution monarchique forte et vigoureuse. Ils devaient s'attendre aune résistance opiniâtre de la part des Radziwill et des Potoçki , qui gouvernaient le parti républicain. Malheureusement l'envie de réussir, et peut-être l'ambition personnelle^ conseilla aux Czartoryski de chercher de l'appui pour leurs projets auprès du cabinet moskovite : il n'en fallut pas davantage pour rendre funeste la plus utile entreprise.

La mort d'Auguste III ramena sur la scène les deux partis opposés. Les Czartoryski se présentèrent sous l'escorte des troupes moskovites^ qui n'attendaient que le premier signal pour pénétrer en Pologne et jusque dans les murs de Warsovie. Le grand-général , Jean-Clément Braniçki , et le palatin de Wilna, Charles-Stanislas Radziwill , s'opposèrent à eux les armes à la main ; mais tous leurs efforts pour repousser l'influence étrangère devaient tomber devant la force et la violence. Sous de tels auspices et sous l'influence des troupes moskovites^ s'ouvrit la diète de convocation. Son maréchal , Âdam-Nalencz Malachowski ^ assisté du courageux nonce de Biala^ André Mokronoski, après avoir dressé un manifeste solennel contre la violation de

toutes les lois, prc»claina que la diète était dissoute par son autorité. Mais le malheureux veto , toujours funeste à la république , ne put même lui être utile quand on voulut en user pour son salut. La faction mo^ovite, nulle^ient découragée par oette opposition , quelque imposante qu'elle fut , nomma ar« bitrairement à la présidence le prince Adam-Ka- ^mir Czartoryskiy staroste général de Podolie, et n'interrompit point les travaux de la diète. Ses adversaires furent obliges de s'éloigner de ta capitale ^ et quelques-uns même , comme Branîçki , Badziwill et autres, quittèrent le pays, ne pouvant plus lutter contre la force. C'est alors que fut reconnu à l'électeur de Brandebourg le titre de roi de Prusse^ et celui d'empereur de toutes lea Russies aux tzars de Moskou , qui s'arrogeaient ainsi indirecteme&l le droit aux Russies polonaises.

La diète d'élection fut ouverte le 37 août 1764* Il y avait quelques vœux pour la famille de Saxe; mais lasse, en général, des souverains étrangers, la nation désirait vivement que le trône fut donné à un Polonais, à un Piast, car c'est ainsi qu'on appelait y en Pologne , les rois issus du sang polonais» Mais le destin voulut que le citoyen auqud édbut cet hotn* mage devînt un docile instrument à l'aide duquel les puissances voisines de la république sapèrent ses fondemens pour la renverser ensuite.

SxAinsLAs-AuausTE IV Poitiatowski ( 1764-

PRÉCIS HISTORIQUE. — IV* ÉPOQUE. gS

I795)ygrancl-panelier de lilhuanie , fils du célèbre

cooipagnon de Charles XII et de Stanislas Leszczyns»

ki y et q>oux de la princesse Constance Czartoryska^

prc^égë par les cours de Pétersbourg et de Berlin ^

en sa qualité d'ancien amant de Catherine, agi^éable,

par tontes ces qualités ^ aux factieux et aux cours

étrangères y fut élu roi de Pologne à l'unanimité ^

dans la journée du 7 septembre 1 764. Après avoir

reçu les hommages des autorités du pays et ceux

des ministres étrangers résidant ii Warsovie, le

nouveau roi prêta serment sur les paeia commenta.

Les premiers jours du règne de Stanislas-^Auguste

ei£Bu:èrent presque la honte de son élévation. La diète

du couronnement gratifia la Pologne de plusieurs

lois importantes. On réduisit l'autorité du liberum

veto : en l'excluant des matières économiques et de

celles de la justice, on ne la conserva que pour les

questions politiques. Le pouvoir des grands-géné-

raus; et des grandfr*maréchaux fiit également res~

treint. C'était un acheminement vers l'agrandisse-

ment des prérogatives de la couronne. Le mémo

esprit dirigea la diète quand elle honora les membres

de la famille royale du titre de princes. Stanislas

institua bientôt après l'ordre de Saint-Stanislas , et

rendit sa cour très-brillante. Il conçut même l'idée

d'épouser une archiduchesse d'Autriche, mais Ca-

theripe sut traverser ce projet. Stanislas établit , en

1765, conformément Siuxpacta commenta ^ une école

militaire ou corps de cadets à Warsovie^ dont le prince Adam-Kasimir Czartoryski obtint la direction , et qui fut d'une grande utilité pour la république. Enfin la Pologne lui dut l'établissement d'une fonderie de canons et d'un hôtel des monnaies. On établit à la même époque un tarif des droits auxquels furent soumises les marchandises importées , et pour la première fois on entendit le mot de contrebande j jusqu'alors inconnu en Pologne. Stanislas embeU lissait la capitale j présidait lui-même à la renaissance des lettres, et sut, en un mot, inspirer une telle confiance , que Braniçki et plusieurs autres de ses adversaires rentrèrent dans leur patrie pour jouir de sa régénération.

Mais ce n'était point dans ces vues que la Russie avait appuyé les intrigues des Czartoryski et fait monter Stanislas* Auguste sur le trône de Pologne. Repnine, ministre de la cour de Saint-Pétersbourg, était là pour arrêter tout mouvement national capable de réveiller l'espoir des patriotes. Contrarier toute amélioration, fomenter les troubles, diviser les Polonais pour les affaiblir et les opprimer, tels étaient depuis long-temps la pensée et le but des cabinets de Berlin et de Saint-Pétersbourg. Des dissensions relatives aux protestans en furent la suite; et ce premier germe de discorde fut le priemier pas vers l'accomplissement de. leurs odieux desseins.

Déjà, lors de la diète d'élection, les protestans, suscités par les cours étrangères , avaient présenté au roi un mémoire en faveur de leurs droits , injustement méconnus depuis l'inQuence toute-puissante des jésuites. Il s'agissait de leur rendre la capacité d'aspirer à tous les emplois , et d'accorder aux «irchi'^ mandrites ou évêques du rite grec une place dans le sénat polonais. Cette réclamation ne renfermait rien que de très-juste; mais dictée par les cours étrangères , elle devait être odieuse à une nation qui ne cherchait alors qu'à combattre leur influence. Ce dernier but était, à cette époque, celui de tous les partis, et même desCzartorj'ski , qui désiraîent,'aus^ vivement que les patriotes, se délivrer-dësormàis de la prépondérance de Saint-Pétersbourg. C'est dans cette vue qu'ils travaillèrent à faire rappeler le présomptueux Repnine, qui poussait souvent Tiusolence jusqu'à humilier Stanislas par une suprématie aSecr tée; mais leurs efforts à cet égard n'eurent auciin succès.

Dans la diète ordinaire de 1766, présidée par le maréchal Célestin Czapliç , qui fut ouverte le 6 octobre, le roi se proposait de faire abolir complètement le fatal Vberum veto ; il voulait augmenter les impôts et l'armée régulière pour relev€r. la puisr sance nationale; mais Repnine, rappelant l'attention de l'assemblée sur l'affaire des protestons, n'hésita point à déclarer à la république que jamais

sa matlresse ne coosealirait à sancliomier les nouveaux projets* La diète y déjà confédérée ( 1 ) par U$ Czartoryskif fut dissoute , et avec elle s'évanouirent tous les projets d'une réforme salutaire : le veto et l'autorité des grauds-*généraux furent aussitôt re* constitués. Cela ne suffisait point à Repnine e| au cabinet de Berlin. Par leur impulsion, plusieurs oon* fédérations fur^kt formées ; les unes pour rétablir les protestans dans leurs droits, les autres pour satis&ire d'anciennes ainimosités contre le roi et les Czartoryski. Stanislas Brzostowski se naît à la tête de ces demièires. Toutes furrat apqpuyées par Repnine, quoiqu'elles se fussent aronées contre les protégés de la Russie.

(i) Il est utile d'expliquer ici quelques particularités sur les confédérations, inconnues dans le reste d*£urope. Nous en avons déjà indiqué Torigine. Ellea ne s'appehiient ain^ que lorsque la plu» srande partie de la oation. y accédaîl^» e|^ qu'elles avaieDl un but légal, c'est-à-dire le salut de la république; méconnues par le roi et la nation , elles portaient le nom de révolte (rokosz). A l'époque dont nous nous occupons, quand le veto empêchait que les diètes fussent actives , od imagina de remplacer ces dernières par lea confédérations , car elles pouvaient «Jécider toutes les questions à la majorité des voix. Elles tenaient ce droit exceptionnel de cette circonstance, qu'étant ordinairement convoquées en des ca& urgens, elles devaient néeessaîremeot adopter cette meaure pour ne pas être à tout moment ar^ rétées dans leur marche. An mo^eo des con£é.dératiQ09,,on faisait ainsi décider, à la majorité des voix, ce qu'on n'aurait pu obtenir à funanimité. Ainsi , par un contraste bizarre, fanarchîe servait de cootre-poidu à la ficence.*

PRÉCIS HfSTORIQUf:. -— lY* ÉPOQUE. 99

De tout temps le cabinet de Saint «- Péterfibourg chercha à s'attacher ou à corrompre les citoyens les plus populaires ^ pour se couvrir de leurs noms et ne se perdre que le plus tard posaMe daAs 1 opiaion publique. Noij^s vivons plusieurs exemples de aoa adresse infernale à cet égards A l'époque qui nous occupe 9 Repnine réussit à enrôler dans son parti le brave Charles Radziwill , qui , trompé par les insinuations de Brzostowski, rentra dans le pays pour saisir l'occasion de se venger de ses adversaires. Le référendaire de la couronne ^ Gâ^riçl Podoski^ nom en tout tempa odieux à la Pok^nq ^ seconda merveilleusement les vues de Repuioe. A l'arrivée de Radziwill 9 toutes les confédérations partielles s'unirent à Badom , sous le bâton de ce prince e| de Stanislas Brzostowski , en confédération générale^ laquelle accepta néçess^ement la garanti^ de la Russie; le roi lui-même dut y accéder quand l^ troupes russes^ sous le» ordres de Soltykp0^, Nummers et KretschetnikoCTy envahirent le territoire 4e, la république. C'est de ce moment: qn^eoiom^oçe 1^ carrière servile de Poniatowski : son caractère chancelant prévalut sur ses bonnes volontés.

La diète ^ con£édérée par ces moyens , s'ouvrit à Warsovie^ dans la journée du 5 octc^hre 1767 ) mais à une époque de régénération , elle ne pouvait Q)aii-> quer d'offrir une opposition courageuse. Gaétati Soltyk, évéque de Eurakovie; le savant J. A. Zaluski»

lOO TABLEAU DE LA POLOGIXE.

ëvéqoe de Riiowy le palatin de Krakovie Venceslas- Rzewuski, et son filsiSévérin, sUYOste. de Dolin^ se signalèi^nt , entre autres, par ane héroïque ré* sistanee. Ils lômfajèt^ent victimes de leur admirable patriotisme : arréfës daAs la nuit du i3 au i4 oc* tobre^ dans leurs maisons , ils furent transportés , sous l'escorte de Kosaks , au fond de la Moskovie. Cette violence inouïe fit horreur à toute l'Europe , mais ne trouva point des réclamans. Par ce seul acte, Repninti montra à la nation polonaise le sort qu'elle devait attendre de la protection que lui accordait la tzarine. L'illustre Andrë Zamoyski, grandchancelier, protestant contre une violence aussi atroce , déposa entre les mains de Stanislas-Auguste les sceaux dé la couronné. Repnine, débarrassé alors de toute opposition, fit nommer une commission, présidée par le primat Podoski , élevé à cette dignité pour sa docilité envers l'ambassadeur. Une constitution , connue sous le nom de his cardinales et matières d'État , fut rédigée et promulguée le ai février 1 768. Tous les abus, source d'une licence anarchique , qui n'avaient jusqu'alors que force d'usage, passèrent en lois formelles; et le liberum veto particulièrement fut remis en vigueur : tant il convenait aux ennemis de la Pologne de le conserver. Il est vrai qu'on rétablissait aussi les protestans dans leurs droits ; mais n'eût-il pas été par trop maladroit de ne pas masquer par ce moyen le vrai but

PRiGB BISTOBIQUE. — IV* iPOQUE. lOt

qufoQ 96 pmpos9it^ celuî de perpétuer I anarchie? Une influence aussi -directe et aussi malheureu3e dans les affaires de la république , poussa à bout la patience des patriotes polonais. x^dam-Gorvin Krasinski , évêque de Kamiénieç, échappant au sort de Soltyky de Zaluaki ét:des autres citoyens déportés en MoskÔYie, méditait déjà, dans un plan largement conçu, le soulèvement national : mais il ne devait éclater qu'avec l'assurance d'une coopération de la part des puissances étrangères, amies de la Pologne. Les tentatives de Pévéque Rrasinski , en Turquie et en France, étaient à peine commencées, lorsque, dans la journée. du ag février 1768, Joseph Pulawski, staroste de Warka, ses trois fils et ses deux neveux, François Potocki , palatin de Kiiovie , Michel Kra* sinski, chambellan de Rozany, et plusieurs autres patriotes polonais, proclamèrent la célèbre confédé^ ration de Bar (petite ville située en Podolie). Alot^s une lutte mémorable poiir le maintien , de la reU« gion , et dp l'indépendance nationale , contre l'envahissement et le despotisme .des cabin^S' étrangers, s'engagea sur tous les points de la r^ublique de Pologne. C'est cette lutte terrible, soutenue pen-^ dant cinq ans avec un ;déyouement digne d'un meilleur sort, que des plumes vénales ont signalée à l'Europe comme une guerre du fanatisme contre la philosophie , de l'ignorance contre les lumières du dix-huitième siècle !!!! Conservons les noms des pa-

lOU TABLSAU DE lA POLOCTSTR.

triotes qui se sont particulièFenient distingués dans c^te guerre à jamais mémorable. Ce furent j André Mokronoski^ palatin de Mazovie^ par ses négociations auprès des cours étrangères; Joachim Potockî, grand* échanson de Lithuanie^ chef de )a confédération de Halicz ; Simox^ Kossakowski y par ses marches audacieuses entre la Petite^^Pologne ^ la Lithnanie et la Kourlande ; Zakrzewski y chef de la confédé«* ration de Zakroczym: Mionczynski^ Georges Lubomirski dans la Petite-Pologne ; Sawa Calinski^ Zaremba et Walewski, palatin de Sîeradz, dans la Grande-Pologne ^ les Pulawski , sur les b(»ds du Dniester; Jean-Michel Paç^ staroste de Ziolow^ maréchal-général de la confédération de lithimnie; Charles Radziwill, à k tête de son armée ^ aussi en Lithuanie. Le grand-général de Lithuanie, MicheI*Kasimir Oginski y vainqueur dans la première affaire avec les Mosko vîtes , ne succomba dans une autre qu'après s'être vaillamment défendu contré l'ennemi. Enfin Kasimir Pulawski y resté seul de sept Pulaw^i qui commenoèrent la confédération y «'ouvrant un chemin , le sabre à la main y s'enferma dans le fort de Czenstochowa , où il se signala par les faits d^armes les plus glorieux.

La Turquie , embrassant la cause de la Pologne y déclara à cette époque la guerre à la Russie. La France de son côté protégeait les confédérés* Pierre De la Roche 9 agent de la cour de Versailles en Po*

PBjtClS HidTORiQUB. -^ IV® iPOQUE. lo3

logne eC en Walachie, lié d'amiiië avec l'évéque Krasinski et le gëdéral Mionczynski , était chargé particulièrement des subsides ainsi que de la partie diplomatique. Le grand - maître - d'hôtel de Lithuanien Michel Wielhorski ^ (ut reçu en France à titre de ministre plénipotentiaire de là confédération. Dumouriez , Choisy^ Vioménil , et plusieurs autres officiers français, tirèrent l'épée pour Ift cause de rindëpendanee polonaise.

Il y eut un moment où la confédération de Bar se crut assez de force pour déclarer le trône vacant. Elle chargea son secrétaire , Ignace Bohusz , de rédiger l'acte de déchéance de Stanislas-Auguste , dont les troupes, commandées par François-Xavier Braâecki , combattaient , unies à celles de Catherine , les vaillans confédérés.

Cependant tant de sacriBces supportés pour i amour de la patrie devaient s'anéantir devant un concours de circonstances fâcheuses. Les Turcs, malheureux dans leur guerre contre la Russie, n'apportaient aucun secours à la Pologne. Le 9 octobre 1771, mourut le dernier Braniçki (grandgénéral et castellah de Krakovie, Jean-Clément Braniçki), un des plus fermes soutiens de la confédération. Le ministre Choiseul, qui avait fait adopter à la France la cause polonaise, tomba en disgrâce. Les deux autres puissances voisines ( l'Autriche et la Prusse ) , sous prétexte d'une peste qui , à la suite

Io4 TABLEAU D£ LA POLOGNE*

de tant de calanûtés » commençait à se manifester , dirigèrent alors leurs troupes vers les froatières de la Pologne. L'Autriche fut la première qui en* vahit la starostie de Zips, située dans les Karpates^ tandis que le voyage du prince Henri à Pëtersbourg décidait le premier partage de la Pologne aitre la Russie y la Prusse et l'ingrate Autriche (i).

Sur ces entrefaites , les confédérés tentèrent d'enlever le roi Stanislas-Auguste , pour le mettre à la tête du mouvement national et réunir ainsi tous les partis ^ ou de le garder à vue , s'il ne consentait point à cette entreprise patriotique. L'enlèvement eut lieu dans la nuit du 3 novembre 1771 9 mais il fut sans résultat; le roi s'échappa, et les enne* mis de la Pologne présentèrent cet acte aux yeuK de l'Europe comme un attentat régicide. Les patriotes Pulawski, Strawinski, Lukaski et quelques autres, figurèrent à la tête de cette courageuse entreprise exécutée avec un rare dévouement > mais que fit échouer la trahison de Kosinski (Kusma). Dès-lors la confédération présenta le tableau d'une dissolution complète. La généralité , siégeant à Teschen en Autriche, dut se disperser dès que celleci , d'abord liée à la France et opposée à la prépondérance de la Russie, changea de politique. Le

(i) On a vu dans le premier volume, combien peu étaient fondées les prétentions de l'Autriche sur la GalUcie^

paicis BiftioftiQDE. : — iv* époque. io5

confédéré Joseph Zaremba, jadis la terreur des ModioviteSy ternit sa gloire en demandant pardon à l'ambassadeur russe Saldern, et le vaiUant Rasimir Pulawskî fîit enfin forcé d'abandonner sa patrie, pour aller en Amérique défendre la cause des peu* pies dans la guerre de l'indépendance : il y trouva , près de Savannah , la mort d'un brave. Le reste des confédérés réunis à Braunau, en Bavière, dressèrent une protestation , et l'ejoivojèrent à toutes les cours de l'Europe.

La confédération ainsi anéantie , et le premier et inique partage de la Pologne consommé par un simple envahissement , en face de la lâche insouciance des puissances auxquelles l'existence de la république était si utile, les cabinets co-envahissans résolurent de faire sanctionner par une assemblée nationale la spoliation qu'ils avaient déjà essayé de justifier par des manifestes où , avec la plus insigne mauvaise foi, ils établissaient leurs droits sur les territoires occupés par leurs armées.

Stanislas-Auguste , qui , depuis 1 768 , avait joué un rôle purement passif , et semblait seulement attendre que le parti vainqueur vint lui donner des ordres, et lui confirmer ou lui enlever le titre de roi, parut enfin vivement ressentir les maux de son pays et la honte de sa position : il protesta contre tout démembrement de son royaume. « S'il suffisait, « disait-il , d'aller chercher fies titres dans des siècles

lo6 TABLBAU DE LA POLOGNE.

o d'ignorance «t dans des temps de rëvolutioo , la a. Pologne aurait droit de réclamer plusieurs pro- « vinces qu'elle a possédées autrefois, et qui sont c( entre les mains de ces mêmes puissances qui vien- «nent s'emparer des domaines de la république. «t Toutes les transactions anciennes sont annulées « par les stipulations postérieures ; et comme les <c derniers traités entre la Pologne et les pays voi- « sins s'opposent directemeut au partage qu'on méc( dite y les titres qu'on a présentés ne peuvent être « admis sans saper les droits de toutes les nations, « et sans ébranler tous les trônes. »

«t Sans doute ces raisons étaient excellentes , dit a un historien moderne y mais que pouvaient des ce raisons contre des soldats russes, prussiens et aua trichiens (i) ? »Par ordre des ministres étrangers, Stanislas* Auguste convoqua, pour le 8 février 1 773, une diète à laquelle ne se rendit qu'un très-petit nombre de représenlans. Elle fut précédée de diétines orageuses, et ne s'ouvrit à Warsovie que le 19 avril 1773.

Cette journée à jamais mémorable dans les fastes

(i) Pourne releverîci qae la mauvaise foi du cabinet deVîenoe, nous ferons remarquer que ^ quoique ce fut en sa qualité de reine de Hongrie que Marie-Thérèse s'arrogeait des titres sur la Hallicie, ce n'est pas cependant au royaume de Hongrie que cette dernière fut incorporée : Ton ne voulut pas lui concéder des prérogatives dont jouit la nation hongroise.

PRÉCIS HfftrrOBiQUE. — - IV* ISpOQUE. 1 07

de la Pologne allait montrer aux yeux de l'Europe une lutte entre l'infamie et la vertu , entre la trahison et le patriotisme. Ijes députes , réunis dans le seul but de scdler leur honte et la servitude de leur patrie, comptaient heureusement parmi eux quelques hommes dignes de représenter une noble nation. A leur tête se signala Thadée Reyten y hbnore par la pos* térité du surnom de Caton polonais.

Issu d'ilnefemille ancienne de Lithnanie, Reyten naquit dans le palatinat de Nowogrodek, en 174^- Il fit SCS premières études à Warsovie , et lorsque la voix de la patrie en danger se fit entendre à son }enne cœur, il ne songea plus qu'à la défendre j et combattit les Moskovites dans les rangs des confédérés de Bar.- Le premier partage de la Pologne fiit un coup mortel ^our cet excellent citoyen. Thadée Reyten et Samuel Korsak furent élus jSar leurs commettans à la diète de 1773 , comme nonces de Nowo- ^od^. Lorsque ce dernier quitta la maison natale, son père lui dit : « Mon fils , je vous fais accompa- «gner à Warsovie par mes plus anciens servi - « teurs; j'aime mieux qu'ils m'apportent votre tête « que sHls m'apprenaient que vous ne vous êtes pas « opposé de tout votre pouvoir à ce qu'on entreprend « contre votre patrie. »

Pour arracher à la nation polonaise la sanction désirée, il fallait confédérer la diète, car Innanimité n'était point probable. Empêcher la

Io8 TABLSAU BE LA. FQLOGlfE.

confédération était donc Tunique refuge des patriotes.

Dès la première séance du 19 avril ^ lorsque Lestowski y nonce de Rrakowie , osa recommander à la présidence Adam-Lodzia Poninski, vendu aux cours co-envahissantes^ et que ce traîtrç, le bâton de maréchal en main , s'avançait audacieusement pour occuper sa place , sans être élu par la diète , pla* sieurs nonces quittèrent leurs sièges pour protester contre cette usurpation ; et Reyten , saisissant le bâton de l'huissier y s'écria : « Messieurs , le maréchal a de la diète ne se nomme pas ; c'est la chambre a, tout entière qui le choisit; je proteste contre la (c nomination de Poninski : indiquez celui qui doit ce vous guider'. » Aussitôt les nonces s'écrièrent : a Yive le vrai fils de la patrie ^ le maréchal Reyten !» Le mouvement augmentant progressivement ^ et la clameur publique accusant Poninski y ce dernier leva la séance ^ et la renvoya au lendemain à neuf heures du matin. Accompagné de quelques complices, il se retira dans les appartemens du roi. Mais Reyten prit de nouveau la parole; et après avoir, harangué les citoyens, il ajourna la séance pour le lendemain à la même heure.

Toute la nuit fut consumée en intrigues. L'or des ambassadeurs Stackelberg, Benoît et Revitzky, acheta les suffragjBS de la majorité ; mais leur triomphe ne fut pas aussi facile qu'ils l'espéraient.

Les Donces R^ytén 9 R<Mrsak,Oraczewski, Zaremba,

Penczkowski , Tymowski et lerzmanowski , protes-

lèrelit ënergiqueiii^l contre cette vrolence. Ponin-

ski se montra de nouveau , la bâton de maréd^al à

la main ; mais à peine eut-il le temps de prononcer

ces mois: «La séance ajournée au lendemain,» qu'il

disparut, et alla de nouveau auprès du roi , et avec

lui les nonces Lentowski, Staniszewski et Wilczew-

ski. A cette courte apparition, de nouvelles clameurs

partirent de tous les coins de la salle ; on criait à

la trabison^ et on demandait à haute voix la mise

en jugement dePoninski. Reyten etKorsakatiferini^

saient leurs concitoyens dans leurs courageuses dis'^

positions , et Reyten rassembla ce qui lui restait dé

force pour s'écrier: « Que celui qui aime son Dieu ,

« qai est fidèle à là patrie , persévère dans la c|éfen^c(

«de l'un et de l'autre, car irs'agit ici, Messiëi:!^,

c de la destruction totale de nos lois et de notrer

«liberté.»

Le ai avril, Poninski^ appuyé par vingts-cinq hussards prussiens et trente-six grenadiers mosko^ vites y fit placer des factionnaires aux portes des chambres pour en défendre l'entrée au public^ ce qui fut exécuté avant le point du jour. Les nonce^ Reyten , Korsak , Bohuszewicz , Bulharyn , Kurze^ niecki^ Dunin, Kozuchowski, lerzmanowski, furent les premiers qui arrivèrent à leur poste. Bohuszewicz apporta sous son habit le bâton de mare-

et Penczkowski. Reyten , la voix éteinte et fatiguée, ne pouvait se faire entendre; alors ELorsak , debout an milieu de la porte ^ adressa la parole au public, que séparait la garde : « Vous tous, qui êtes ici préa sens, je proteste devant Dieu, devant toutes les « puissances , et en feoe du monde entier, qu'une a violence sans exemple a été commise contre une « nation libre. Je proteste contre la chambreentou- « rée d'armes étrangèreis ; je proteste contre la levée «arbitraire de la aéance. . Je proteste, parce que « nous ne nous sommes pas réunis pour former une « confédération , mais pour une diète libre; que iK Poninski ne pouvait se nommer lui-même au ma- « réchalat. Je déclare que ni moi ni mes collègues flc nous ne quitterons la chambre , quand même nous « devrions mourir de faim : nous périrons , et notre a conseience sera pure env^s Dieu et envers notre « patrie. Ne quittez donc point ce sanctuaire, et « quoique entourés des. satellites, soyez témoins, cia toyens , qu'il est encore des Polonab qui ne savent « pas plier aux menaces. »

A dix heures, l'ambassadeur de la tzarine, Stàckelberg-, envoya un message qui invita lés nonces restés à leurs places à se rendre chez lui. Korsak, Bohuszewic2; , Rurzehieckî et Bulharyn , tous Lithuaniens , s'y rendirent. On les reçut d'abord avec bonté , ensuite on les menaça. Mais , inébranlables dans leur résolution , ils s^écrièrent : a Ceux qui sa-

«crifient leur existence méprisent les dons et la « persécution. » L'ambassadeur, furieux d'une si noble résistance , menaça de confisquer leurs terres. A ce mot , Korsak se leva, et déclara que puisqu'on voulait le dépouiller de ses propriétés, qui, pour la plus grande partie , se trouvaient déjà envahies par les armées de la tzarine, il n'était pas besoin dé tant de détours ; qu'il les cédait dès à présent avec tout ce qui lui appartenait en meubles , en argent, sans en excepter sa vaisselle, et qu'il y joindrait le sacrifice de sa vie, s'il était sûr que sa patrie fût libre et indépendante. £n effet, il remit à l'ambassadeur un état exact de ses biens et même de sommes placées ; il y joignit celui de son mobilier, a Je n'ai ce que cela, poursuivit-il, à sacrifier à l'avidité des <c ennemis de mon pays. Je sais qu'ils peuvent aussi a disposer de ma vie; mais je ne connais point sur « la terre de despote assez riche pour me corrompre, a ni assez puissant pour m'épouvanter. »

Les quatre nonces revinrent dans la salle de la diète ; mais ils la trouvèrent fermée, et au dedans l'inébranlable Reyten. Ils se couchèrent en dehors , et passèrent ainsi toute la nuit.

Le 122 avril , la salle des débats fut entourée d'un double rang de gardes ; on n'avait point admis le public, même dans la cour du château, et lorsqu'on l'ouvrit, les quatre collègues de Reyten fie réunirent à lui. A une heure, les ministres des II. 8

Il4 TA.BLEA.U DE LA POLOGNE.

trois cours arrivèrent et se rendirent chez le roi. Pour achever de consolider la confédération, ils lui demandèrent de la reconnaître. Le roi voulait gagner du temps; il voulut seulement obtenir un délai de deux jours pour donner sa réponse. Les trois ministres s'irritèrent de ce retard. Stackelberg vint lui déclarer au nom des trois cours que si, dans le jour même, il n'accédait purement et simplement, chacune de ces puissances ferait marcher cinquante mille hommes contre Warsovie , qu'ils mettraient la capitale à feu et à sang, et avec elle la diète entière, les ministres et les sénateurs. Stanislas-Auguste demanda alors l'avis du grand-chancelier; mais comme personne n'éleva la voix , il prît ce silence pour un consentement. Cédant aux menaces, il osa, dans un discours larmoyant, déclarer son accession solennelle à la confédération. Les deu]!^ chambres se réunirent alors , et la séance fut tenue hors de la salle , parce que Rey ten s'y trouvait toujours; et ce ne fut que le lendemain, lorsque le soidisant maréchal et la prétendue confédération vinrent occuper leurs postes , que Reyten , étendu par terre, sans connaissance depuis trente-six heures, recueillit ses forces pour rentrer chez lui , après avoir , jusqu'au dernier moment , défendu la liberté dans le temple même où elle allait être immolée.

Le aS avril, Poninski, par ordre de Stackelberg, eut l'impudence d'annoncer à Reyten qu'on avait

daigné casser le décret qui le déclarait infâme, et qu'en outre on lui offrait deux mille ducats pour faire son voyage. « J'apportai avec moi cinq mille a ducats j répondit Fillustre républicain; je vous les ce offre ; mais abandonnez le bâton de maréchal j et « avec lui la corruption et le déshonneur. » Présent à cet acte , le général prussien Lentulus dit à Reyten: Optimevir^gratulortihi: optimerem tuamegisti.

Plus tard, lorsque les trois puissances eurent consommé leur usurpation, et qu'elles furent entrées en possession paisible de la Pologne, Reyten fut si attéré de cette iniquité, qu'il perdit la raison; tous les soins prodigués ne purent rien pour conserver ce grand homme à la gloire de la Pologne. Un jour que sa douleur était portée à son comble , il se saisit d'un verre dans lequel il avait bu , le brisa avec ses dents, et en ayant avalé les débris, il expira le 8 août 1 780 , ne pouvant survivre à la honte de sa patrie.

Pour en finir avec la diète de 1773, nous dirons que , ne pouvant corrompre toute l'assemblée , on forma une délégation composée de quelques individus , qui modifièrent, au milieu des baïonnettes étrangères, le traité de partage. Ensuite, pour restreindre encore plus le pouvoir royal et rendre ainsi l'anarchie perpétuelle, on institua une commission, connue depuis sous le titre de conseil permanent , qui , pendant tout le temps de son existence , gouverna la Pologne sous l'influence de l'ambassadeur

Il6 TABLEAU DE LA POLOGNE.

russe. Alors de nouvelles ordonnances pour le prélèvement des impots furent rendues au gré du bon plaisir de ce conseil.

Poninski , dont la Russie s'était servie comme d'un instrument pour ratifier le premier partage de la Pologne, fut décoré du tilre de prince.

Par le premier partage, la Prusse s'appropria la Prusse royale , moins Dantzig et Thorn , et une partie de la Grande-Pologne jusqu'au Noleç ; l'Autriche se réserva la Russie-Rouge , une partie de la Podolie et une de la Petite-Pologne jusqu'à la Wistule ; enfin la Russie s'empara de Poloçk, Witebsk et Mscislaw jusqu'à la Dzwina et le Dnieper. Le restant du territoire fut solennellement garanti à la Pologne par les trois puissances co-partageantes.

Après de si violentes agitations, le pays resta quelques années dans un abattement qu'on appela du repos , et dont se félicitèrent ceux qui le lui avaient procuré. Les Polonais étaient tellement affaiblis, qu'ils n'avaient plus le sentiment de leurs maux ; mais il le recouvrèrent peu à peu , à mesure qu'ils reprirent des forces.

Un grand événement surprit l'Europe à l'époque de la diète de 1773 : c'était la mémorable suppression des jésuites par la bulle du pape Clément XIV. Après leur exil de la Pologne , l'Etat s'enrichit d'immenses fonds en immeubles et en capitaux : ils furent consacrés au profit de l'éducation nationale par la

diète 9 qui établit en même temps une commission pour l'éducation publique , ministère adopté depuis dans tous les pays civilisés. Des écoles séculières remplacèrent celles des jésuites ; un plan d'éducation fut tracé par la commission ; des savans étrangers furent engagés pour l'exécuter ; et c'est depuis lors surtout que date la régénération des lettres, qui brillèrent d'un si vif éclat vers la fin du règne de Stanislas-Auguste et ont marché depuis dans un cours progressif.

Cette tendance vers les lumières entraîna à sa suite d'autres bienfaits, pour le pays. Plusieurs citoyens puissans rivalisèrent de zèle pour améliorer l'état des paysans , pour embellir le pays par de somptueux édifices , enfin pour créer en Pologne des banques, des fabriques, des manufactures et des canaux publics. Le trésorier de la cour de Lithuanie, Antoine Tyzenhauz, se signala particulièrement par ses entreprises industrielles.

Au milieu de cet état de choses survint l'année 1776, et avec elle le terme d'une diète ordinaire : elle fut présidée pour la couronne par André Mokronoski , et pour la Lithuanie par André Oginski , porte-glaive de cette province. I^a présidence de ces deux hommes éclairés et dévoués aux intérêts de leur patrie, influa sur la gestion des affaires de cette diète; elle restera mémorable par une motion tendant à établir un nouveau code

de lois qui devaient garantir la prospérité de l'État. L'ancien grand -chancelier de la couronne, André Zamoyskj^ rendu à la vie privée depuis l'année 1767, époque où il résigna si énergiquement sa place, attira sur lui l'attention générale. Le roi , prenant lui-même la parole pour annoncer le besoin impérieux de la formation d'un nouveau code , proposa c( de choisir pour cet objet un seul homme auquel « on donnerait plein pouvoir de rédiger, d'abréger, « de changer, d'éclaircir tout ce qui, dans les huit « volumes des constitutions polonaises , lui paraîa trait impropre, obscur, équivoque ou contradic- « toire ; il aurait la faculté d'appeler à son aide telles (c personnes qu'il jugerait à propos de choisir pour « ce travail immense , et serait prié de l'achever en (c deux ans pour le présenter à la prochaine diète « ordinaire, qui l'approuverait en tout ou en partie, <c ou y ferait les amendemens nécessaires. »

Le roi n'eut pas achevé de parler, et prononcé à peine le nom de Zamoyski , qui devait s'occuper de ce travail , qu'on le remercia de ce choix par de$ acclamations universelles. Zamoyski se mit donc à l'œuvre ; et rédigé d'après les avis des hommes les plus éclairés de la nation, son ouvrage fut achevé et imprimé au bout de deux ans. Il s'adressa alors au prince Lubomirski, grand -maréchal de la couronne, pour obtenir que son Code pût être répandu dans les provinces avant d'être soumis

aux délibérations de la diète. Le roi accéda à cette demande , et on remit en conséquence la présentation de ce Code à la diète de 1780. Mais les agens moskovites veillaient sans cesse à renverser les projets qui auraient pu tirer la Pologne de l'abîme de l'anarchie : ils fomentèrent une opposition dans la classe des nobles qui voyaient leurs droits violés par l'émancipation des cultivateurs ^ et ce parti fit échouer cette fois les vues généreuses et salutaires de Zamoyski. Ni son exemple, car le premier, en Pologne, il abolit le servage et la corvée, en 1760, dans ses terres de Biezun; ni celui de Joachim Chreptowicz à Szczorse, de l'abbé référendaire Paul Brzostowski à Pawlow, du prince Stanislas Poniatowski , neveu du roi, dans ses terres, n'eurent la puissance de faire accéder la majorité des nobles propriétaires aux principes que Zamoyski avait consacrés dans son Code. Des pamphlets et des brochures qui condamnaient cet ouvrage furent répandus avec profusion. En conséquence toutes les instructions données aux nonces dans le temps des diétines leur commandèrent l'opposition et la non-acceptation du projet de lois de Zamoyski. A peine la diète de 1780 fut-elle ouverte, et le maréchal Antoine Malachowski, grand-secrétaire de la couronne, eut-il fait motion sur le livre des nouvelles lois , que les esprits enflammés d'une prévention fâcheuse firent retentir des cris d'opposition et de haine à toute

laO TABLEAU D£ LA POLOGNE.

sorte d'innovations. La rage fut poussée au point de proclamer que dorénavant à aucune diète suivante ces projets ne pourraient être représentés à la délibération de rassemblée, et qu'en outre on exigeait que Zamoyski fut reconnu traître à la patrie! Au milieu de ces injures, que la conscience de Zamoyski repoussait avec calme, le prince Kasimir Poniatowski, nonce de Warsovie et frère du roi, fut du petit nombre de ceux qui mirent tout en œuvre pour défendre Zamoyski contre le ressentiment de l'assemblée. C'est ainsi qu'on écarta de sages lois qui devaient, dix ans plus tard, servir de base à la constitution du 3 mai 1791. En effet,, quoique le projet de Zamoyski ne portât pas également dans toutes ses parties ce caractère de maturité que le temps seul imprime aux institutions humaines , il était néanmoins adapté aux besoins du pays , et basé sur cet esprit de justice, de générosité et de noblesse ^ qui devait présider aux institutions d'un peuple avide de liberté et de civilisation.

Toutefois , cette œuvre patriotique ne fut pas perdue pour la république. Des journaux politiques et littéraires , nouveau fruit des progrès de la civilisation en Pologne , et un grand nombre de brochures, relevèrent , dans leur polémique , les projets de Zamoyski , et les vœux de ceux qui, comme lui , reconnaissaient que la situation actuelle de la republique était la conséquence des vices de la constitu-

PRÉCIS HISTORIQUE. IV® lÉPOQCE. 121

tiou, et que, pour prévenir de nouveaux désastres, il fallait remonter à leur cause, et réformer les abus.

Deux points importans d'ans le système du gouvernement attiraient surtout Tattention : l'élection du roi et le droit de liberum veto. La majorité se prononçait de plus en plus pour l'établissement d'un trône héréditaire et pour la suppression du 7}€to , devenu plus odieux encore depuis que l'étranger l'avait pris sous sa protection. Mais il ne suffisait pas d'être convaincu de la nécessité d'une réforme , il fallait pouvoir l'exécuter. On attendait donc un moment propice où des embarras imprévus empêcheraient la Russie et ses complices de s'opposer aux vœux de la nation polonaise.

Dans cette attente passa la diète ordinaire de 178a, présidée par Kasimir Rrasinski, quartiermaître-général de la couronne. Elle s'occupa presque uniquement de l'affaire de l'évêque de Krakovie Gaétan Soltyk , auquel on voulut reprendre la gestion de fonds immenses, en le déclarant incapable de soigner son troupeau à cause de l'égarement de son esprit. Une autre affaire , agitée vivement dans les sociétés les plus élevées et suscitée par une in» trigante nommée d'Ougroumofï, qui avait attenta aux jours du roi et à ceux du prince Adam-Kasimir Czartoryski , occupaient encore les esprits, lors^ qu'arriva la mémorable diète de 1 788.

122 TABLE àU DE LA POLOGI9E.

Cette diète, ouverte le 6 octobre 1788 , a été appelée tantôt la graude-diète , tantôt diète de quatre ans, parce qu'elle dura tout ce laps de temps , ou enfin plus ordinairement la diète constituante. Présidée pour la couronne par Stanislas-Naleocz MaUchowski , et pour la Lithuanie par Kasimir- Nestor Sapiéha , elle se confédéra tout d'abord , et consolida par-là son inviolabilité.

Au milieu des débats de cette assemblée , le développement de l'esprit national se montra dans tout son jour. Et lorsqu'on compare l'immense différence qui existait entre la diète de 1780, où le projet de loi de Zamoyski fut si cruellement repoussé, et celle oîi on allait au-devant des besoins et du bonheur de toutes les classes des habitans , on ne peut s'empêcher de rendre ici un tribut d'admiration spontanée à la commission d'éducation qui avait en grande partie produit cet effet en propageant de nouvelles lumières. Les membres de la diète de 1 780, presque tous élevés dans les écoles jésuitiques, rem* plis de préjugés, avaient dû repousser naturellement toutes les vues généreuses qui avaient pour but la gloire et le bonheur du pays. Au contraire, les nonces de la diète de 1788 renoncèrent sincèrement à ces vieux préjugés : formés soit sous l'influence salutaire des écoles de la congrégation des piaristes, soit dans les écoles séculières , ils abordèrent avec calme et dignité la discussion de nombreuses lois ,

PRECIS HISTORIQUE.. IV^ ÉPOQUE. I a3

et regardèrent comme un devoir de faire participer les autr^ classes d'habitans à leurs prérogatives.

A cette époque, la Russie avait à soutenir la guerre contre la Turquie et contre la Suède. Son accroissement donnant de l'ombrage à l'Angleterre et à la Prusse, toutes deux encourageaient la Pologne à secouer l'influence honteuse du cabinet de Saint- Pétersbourg et à consolider son indépendance par une réforme complète dans son organisation politique. Catherine seule s'opposait vivement à toute innovation , parce qu'elle craignait de voir l'ordre se rétablir en Pologne , et cet £tat reprendre soa rang parmi les nations. Elle s'appuyait sur le traité de déoiembrement conclu par les trois puissances copartageantes , en l'interprétant de manière à y voir Tobligation d'empêcher tout changement dans le gouvernement. La Prusse, au contraire, favorisait les efforts de la nation : ses intérêts étant opposés à ceux de la Russie , elle ne se croyait obligée , par le même traité, qu'à conserver à la Pologne l'intégrité de son territoire.

C'est dans cet état des choses et cette disposition des esprits , que s'ouvrit la dièbe de 1 788. Stanislas- Auguste n'était pas porté d'abord à soustraire sa patrie à l'influence de Catherine : il venait de la consulter dans son entrevue de Rauiow, et pour exciter la Pologne à s'allier avec la Russie contre

la Turquie, la plus fidèle de ses alliées, il élevait un monument à Jean Sobieski, qu'il représentait foulant aux pieds les Ottomans. Mais toujours incertain dans ses résolutions, il abandonna , ou feignit d'abandonner bientôt la faction russe, pour se joindre au parti patriotique qui était celui de la Prusse.

Un des travaux importans de la diète fut l'abolition du conseil permanent, en 1789. L'année suivante , le roi de Prusse proposa lui-même à la Pologne une alliance offensive et défensive, qui fut acceptée par la diète avec empressement. Une assistance effective y fut promise à la Pologne contre la Russie, dans le cas où celle-ci voudrait s'attribuer le droit d'intervenir dans ses affaires intérieures. Quand il s'agit enfin de changer la constitution de ' l'Etat , on procéda si scrupuleusement, qu'un double nombre des nonces députés ad hoc ^ et cbargés'des instructions légales de la part des diétines , fut appelé à statuer à cet égard. C'était donc une diète constituante dans l'acception la plus stricte de ce mot. Mais Téloquence des patriotes tels que Kollontay, les frères Potoçki (Ignace et Stanislas), Wybiçki , Staszic, Niemcewicz , Mostowski , Weyssenhoff, et autres, avait déjà produit son effet, et c'est à l'unanimité qu'on sanctionna , dans la journée du 1 8 avril 1791, la mémorable loi en faveur des villes et des bourgeois , loi qui fut, immédiatement

PRECIS HISTORIQUE. IV® ÉPOQUE. laS

suivie de la constitution définitive du 3 mai de la même année.

Cette constitution devait en effet réunir tous les suffrages : elle réformait les vices des anciennes institutions ; elle offrait une nouvelle existence aux bourgeois et aux paysans , avec de sages ménagemens , en leur faisant entrevoir un avenir plus heureux. Le liberum vélo , et par conséquent toutes les confédérations et les diètes confédérées, furent abolies; les pouvoirs législatif , judiciaire et exécutif ^ sagement organisés; enfin, on constitua l'hérédité de la couronne dans la personne de Frédéric- Auguste j électeur de Saxe, fils du dernier roi de Pologne. La même diète offrit au gouvernement l'impôt d'une dixième de revenu par tête, et l'autorisa à augmenter l'armée jusqu'à cent mille hommes.

Pour empêcher toute récrimination de la part de l'opposition , vu que cette loi fut votée par acclamation, on hi soumit une seconde fois, le 5 mai, aux suffrages de la diète ; et neuf mois après , chaque diétine , ou collège électoral , l'accepta séparément , et jura de la défendre.

Le cabinet de Berlin chargea son ambassadeur de témoigner aux Polonaisoc combien il avait éprouvé « de satisfaction en apprenant l'heureuse révolution «qui avait donné à la Pologne une constitution « sage et régulière. » — « Je me félicite , écrivait

ll6 TABLEAU DE LA POLOGNE.

« Frédéric-Guillaume lui-même à Stanislas-A,uguste, a d'avoir pu contribuer au maintien de la liberté et <c de l'indépendance de la nation polonaise ; et un vc de mes soins les plus agréables sera celui d'entre- « tenir et d'affermir les liens qui nous unissent.»

Tout semblait alors présager à la constitution nouvelle une stabilité parfaite. La Pologne allait se replacer au rang des puissances du premier ordre, et espérait de goûter paisiblement les fruits de ses efforts ; mais l'ambition et peut-être l'amour-proprc de Catherine s'opposaient à son bonheur. Elle venait de terminer la guerre contre la Turquie et la Suède, et la première coalition formée contre la république française lui fournit une occasion favorable pour se rapprocher de Frédéric ; d'ailleurs elle savait que la Prusse avait depuis long-temps envie de s'appro- * prier les villes de Thorn et de Dantzig. Il n'en fallait pas davantage pour indiquer la marche à suivre. Aussitôt Braneçki , ancien confident des amours de Catherine et de Stanislas , chef du parti russe parmi les constituans^ Stanîslas*Félix Potoçki et Séverin Rzewuski , hommes ambitieux , et désespérés de ne pouvoir désormais exploiter à leur profit l'anarchie de leur patrie, furent entraînés tous les trois parles intrigués de Catherine , et se mirent à la tête d'un com* plot formé à Targowiça, en Ukraine. A peine trouvèrent-ils treize complices de leur forfait: mais ils étaient précédés par les meilleures troupes russes, aguerries

PRECIS HISTORIQUE. -T- IV* ÉPOQUE. la 7

dans la dernière campagne. Ces troupes entrèrent en Pologne. Le roi , la diète et la nation parurent animés d'un même esprit ; les mesures les plus sages et les plus énergiques forent prises. Une autorité illimitée fot accordée au roi pour défendre ia patrie. Le prince Joseph Poniatowski, neveii du roi, déjà illustré comme aide -de -camp de l'empereur Jo* seph II dans la guerre de Turquie, obtint le commandement en chef de l'armée polonaise. Sous ses ordres se fit remarquer le célèbre Kosciuszko , disciple et aide-de-camp de Washington. Kftsciuszko signala ses talens militaires dans la bataille de Ziélence, livrée le 1 8 juin 1792, et se couvrit de gloire à Dubienka. Mais ces ressources du courage furent en vain déployées : sa patrie fut de nouveau forcée de ployer sous le joug étranger. En vain la Pologne réclama-t-elle l'assistance de la Prusse , garantie par le traité de 1790. Le loyal Guillaume se disposait au contraire à s'emparer de la portion de proie que lui destinait Catherine, et qu'il envahit bientôt après. Il fallait donc succomber immanquablement. Sans doute ce malheur était inévitable, malgré les grandes espérances que l'union parfaite promettait aux Polonais; mais il n'en est pas moins vrai qu'il fut hâté par la lâche défection du roi. Cet indigne prince, au lieu de se mettre à la tête de l'armée , comme il le faisait espérer à la nation qui l'avait investi d'un pouvoir dictatorial, eut la perfidie.

après avoir fait un appel à son peuple pour combattre l'étranger, d'accéder au complot des Targowiciens, le 23 juillet 179^2. Il ordonna à l'armée de battre en retraite , et dès lors les soi-disant confédérés de Targowiça, marchant à la suite des Russes, établirent partout leur autorité, et renversèrent l'édifice constitutioimel de la conservation duquel dépendait le salut de la Pologne.

Le pays fut d'abord livré à la tyrannie des conspirateurs. Lorsque ceux-ci, après avoir épuisé leurs vengean<9Bs et satisfait leur ambition, s'aperçurent enfin du joug que leur trahison avait imposé à la patrie et voulurent le secouer , leurs inutiles efforts ne servirent qu'à exciter la colère de leurs maîtres, et à rendre plus odieuse la domination étrangère. Le ministre russe ordonna de convoquer une diète à Grodno ; il força le faible Stanislas de s'y rendre, et chargea les commandans russes de désigner les nonces dans chaque palatinat.

Malgré toutes ces précautions, la diète ne fut pas totalement dévouée aux volontés de l'impératrice, et quatre nonces furent déportés; c'étaient Szydlowski , Krasnodembski , Mikorski et Skarzynski. Néanmoins rien n'intimidait l'assemblée. « On nous « menace de la Sibérie! s^écrièrent plusieurs repré- « sentans ; eh bien ! partons, et mourons plutôt que «c de survivre à notre déshonneur et à notre patrie ! » Pour ratifier un nouveau traité de partage, il fallut

PRÉCIS HISTORIQUE. IV^ lÉPOQUE. I29

introduire des grenadiers étrangers dans la salle , et cependant on n'obtint qu'un silence qu'on interpréta comme un consentement (i).

Au moyen de ces actes de spoliation , vainement déguisés sous la forme et le nom de traité, la Prusse enrahit le reste de la Grande-Pologne et une partie de la petite ; la Russie porta ses frontières jusqu'au centre de la Lithuanie et de la Wolhynie. Les puissances co-partageantes garantirent encore une fois à la république ce qui lui restait : c'était annoncer^ comme dit un historien, un troisième et dernier partage. Nous laisserons sans réflexion leurs nouveaux manifestes justificatifs, et l'accusation dirigée contre les patriotes polonais d'être imbus des principes que professaient alors les jacobins de France, et que les rois , disait-on , avaient l'obligation de poursuivre et d'étouffer partout. L'évidence des faits repoussait cette accusation, la révolution de 1791 s'étant faite en Pologne toute en faveur de la royauté.

(i) L'histoire doit recueillir religieusement tous les noms des citoyens distingués qui protestèrent hautement contre les tîolencea étrangères. Dans la faible part d'opposition qui s'éleva dans cette diète , et refusa d'apposer sa signature au fatal traité de partage , nous citerons encore Joseph Kimbar, nonce dlJpita ; Antoine Karski, nonce de Ploçk; Ignace Goslawski et Grelawski , nonces de Sandomir ; Simon Szydlowski , nonce de Lublîn; Ignace Plichta, nonce de Sochaczew; Louis Ghodzko, nonce d'Oszmiana , et quelques autres.

j3o TIBLEAU DE LA POLOGNE.

Aussi l'Europe n'y vil -elle que l'applicatioa de cette fable si connue :

Cur mibi aquam turbulentam fecisti ?....

Une pareille iniquité enflamma tous les cœurs généreux en Pologne : on ne respirait que vengeance et liberté. Le moment était venu où il fallait renaître de ses cendres , ou s'ensevelir sous les décombres de la patrie pour ne pas voir sa honte et son avilissement. Les patriotes de Warsovie, parmi lesquels se distinguaient Kilinski , Sierakowski et Kapustasy préparaient une insurrection générale dans cette capitale. Aussi pensa-t-on que le parti le plus sûr était de licencier les troupes polonaises et de s'emparer des arsenaux. Cette mesure fut le signal de l'insurrection. Le nom du citoyen Thadée Kosciuszko devint le cri de ralliement sur tous les points de la république ; et ^ dans les premiers jours de mars 17949 i^ brigadier Antoine Madalinski^ ayant levé l'étendard de l'indépendance au nord de la Pologne, marcha hardiment sur Rrakovie, où le généralissime Kosciuszko fit son entrée dans la nuit du 23 au 24 mars, commençant par un coup d'éclat cette lutte du désespoir contre l'envahissement étranger. Vainqueur des Mosko vîtes dans la bataille de Raçlawicé , livrée le 4 ayril, il revint d'abord à Krakovie, et longea ensuite la rive gauche de la Wistule jusqu'à Polanieç.

PR]£CIS HISTORIQUE. — IV* BPOQUE. l3f

Les habitans de Warsovie, informés de ces ëvënemens, levèrent de leur côté l'étendard de l'indépendance. Un plein succès couronna leurs efforts, et les Russes furent chassés de la capitale. Un régiment du roi f celui de Dzialynski , appuya courageusement, dans ce combat , ses concitoyens. Zakrzewski fut nommé président de la ville , Mokronoski commandant. En Lithuanie , dans la nuit du a3 au a4 avril , l'intrépide lasinski exécuta l'étonnante révolution de cette province , après avoir fait justice du traître Simon Kossakowski. La Samogitie suivit cet exemple tandis que les troupes polonaises f stationnées en Wolhynie* et en Podolie , conduites par Kopec, Wyszkovrski etLazninski, se réunissaient à Kosciuszko.

A peine fut-on averti à Warsovie de ce qui se passait à Wilna, qu'on fit monter sur l'échafaud Ozarowski, Ankwicz, Zabiello et Joseph Kossakowski, traîtres à leur patrie.

Cependant le généralissime s'occupait, dans son quartier-général de Polanieç, de l'organisation d'un conseil suprême national ; et après avoir expédié à cet effet à Warsovie Ignace Potocki et Kollontay , il alla poursuivre les Russes. Il les atteignit près de Szczekociny^ où, contre son attente, il fut attaqué par le roi de Prusse , qui ne se donna pas seulement la peine de déclarer la guerre à la Pologne. La bataille du 6 juin fut sanglante. Kosciuszko

l3îl TABLEAU DE LA POLOGTCE.

résolut de se retirer sur Warsovie, et l'ennemi n'osa pas le troubler dans cette marche. Vers la même époque y le 8 juin , le général Zaïonczek perdait la bataille de Chelm , et le commandant Winiawski livrait aux Prussiens la ville de Krakovie^ sans coup férir.

Tant de désastres provoquèrent ude nouvelle explosion à Warsovie 9 dans laquelle plusieurs prisonniers d'Etat perdirent la vie. Kosciuszko fit juger les coupables , qui furent condamnés et punis.

Les Prussiens, ayant à leur tête le roi Frédéric- Guillaume II, p, les Russes aux ordres du général Fersen, se réunirent le i3 juillet sous Warsovie et l'assiégèrent. Après six semaines d'efforts inutiles, le siège fut levé , le roi de Prusse étant menacé par l'insurrection de la Grande-Pologne opérée par Denis Mniewski et plusieurs autres patriotes. En conséquence , les généraux Dombrowski et M adalinski furent expédiés au secours des habitans de cette province , oîi ils firent des prodiges de valeur.

Cependant le moment approchait où les Polonais^ écrasés par le nombre, entourés d'ennemis sans cesse renaissans, car l'Autriche envoyait aussi son contingent , allaient payer cher leurs victoires précoces. En Lithuanie, les troupes polonaises ne purent soutenir le choc des Moskovites. D'un autre coté la bataille de Rrupczyce, livrée le j6 septembre contre Souvaroff, qui accourait du fond de l'Ukraine, ne

PRECIS HISTORIQUE. IV* iPOQUE. l33

Tarrêta pas dans sa marche audacieuse et ne put prévenir sa jonction avec le corps de Fersen ; le généralissime Kosciuszko quitta Warsovie, et fut obligé de recevoir la bataille de Macieiowicé, dans la journée du lo octobre 1794 9 qui fut la dernière pour la Pologne, car Kosciuszko tomba entre les mains de Fennemi. Dès-lors tout fut perdu.

Thomas Wawrzecki remplaça le généralissime dans le commandement de l'armée. Les troupes polonaises combattirent encore, le désespoir dans le cœur, en défendant le faubourg de Praga, qui fut emporté d'assaut.Warsovie capitula le 9 novembre, et la dissolution totale de l'armée se fit le 18 du même mois.

Le roi Stanislas-Auguste, spectateur toujoui*s larmoyant du triple partage de la Pologne et de son anéantissement , reçut l'ordre de quitter, au commencement de 1 796 , la ville de Warsovie pour aller à Grodno traîner sa déplorable existence; il y signa l'acte de son abdication le a 5 novembre, jour anniversaire de son couronnement, et au décès de Catherine II, arrivé en novembre 1796, il vint à Pétersbourg, où il mourut le 12 février 1798.

Parle dernier partage , les rives de la Piliça , de la Wistule , du Bug et du Niémen, marquèrent les frontières de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche.

Après dix siècles d'existence, la Pologne fut ainsi rayée du nombre des Etats indépendans. « On a

l34 TABLEAU DE LA POLOGNE.

« beaucoup écrit , dit un savant historien , sur les a causes qui ont amené son partage; il est encore «c plusieurs points sur lesquels il reste de Tincerti- « tude, mais l'opinion publique est fixée depuis «c long-temps sur la conduite des cours co-parta- « géantes. Personne ne doute plus que les trois sou- « verains, en poussant leurs soldats sur le territoire « polonais 9 en s'appropriant chacun les pays à sa « convenance, n'aient]fait un acte qui ne diilere d'un « vol à main armée, que par la nature des objets te injustement acquis, et par la grandeur des moyens « mis en usage ; personne ne doute plus qu'en invo* « quant de prétendus droits au moment où ils vio* «c laient tous les principes du droit des gens, ils « n'aient fait qu'ajouter à la violence la plus odieuse, « l'hypocrisie la moins déguisée. »

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