‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 105 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Au point de vue esthétique, Part ligurien n’atteignit jamais très haut. Les habitants du golfe de Gênes, habiles et hardis navigateurs, diplomates, commerçants, n’eurent, à aucune époque, un goût nettement accentué pour la culture des arts. « Gênes la Superbe », en dépit de son merveilleux site, de ses richesses, de ses palais de marbre, de ses galeriês de tableaux, a ignoré le secret d’imposer à ses productions un cachet personnel. C’est qu’elle a manqué peut-être de Ces hautes tendances spiritualistes — * Religion, Patriotisme (la cité changea si souvent de maître), Poésie — à défaut desquelles aucune école n’est viable. Il s’est passé à Gênes, à cet égard, en plus accentué, ce qui s’est passé à Naples.

En effet, dans cette ville, on ne rencontre aucun modèle antique, c’est à peine si on en trouve quelques vestiges à S. Maria di Castello ou à SS.-Cosme et Damien. Si un Andreolo Giustiniani forme une importante collection de médailles; un Eliano Spinola assemble des ouvrages byzantins, des étoffes, quelques sculptures et quelques cristaux rares, fruits de ses transactions commerciales : nous n’avons guère à signaler que des arts mineurs, comme les médailles d’Elia Battista (1480) qui fit l’effigie du doge Battista Fregoso, ou quelques orfèvres, que l’avènement des papes

JEAN DE BOLOGNE

ligures : Sixte IV (d’Albescola, 1451-1484), et Innocent VIII (Cibo, 1484-1492) appelèrent à Rome, sans oublier le graveur génois en pierres dures, Battistino Taglia, qui grava, vers 1488, un sceau du roi de Naples.

Louis XII traversant un jour Gênes put bien dire que les demeures particulières des habitants étaient plus riches et mieux décorées que son propre palais. Mais une telle saillie du roi de France ne prouve nullement que les grandes familles desf Adorno, des Fregoso, des Fiesque et des puissantes et importantes communautés religieuses éprouvassent, pour les artistes qu’ils occupaient, , cette admiration enthousiaste rencontrée si fréquemment à Florence, Rome, Urbin, Mantoue et même Milan. La culture artistique séduisait peu le fond de la population. Et l’on se souvient de la terrible invective de Dante :

« Gênes . .... des hommes sans foi, des femmes sans vergogne. »

Il n’y eut guère à Gênes que des maîtres étrangers, tant peintres que sculpteurs.

Ces derniers furent, au xve siècle, Michellozo, Donato Benti di Pietrasanta, Nardo, Ricomano de Sarzane (1452); mais c’est à peine s’il subsiste quelques créations de ces artistes. Nous avons

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