DEUXIÈME PARTIE
par une chaîne de montagnes. Le Serchio, au cours paresseux, serpente non loin d’elle. Le site est agréable. « Si la Toscane est le jardin de l’Italie, Lucques est le jardin de la Toscane ».
Son origine est ancienne. Pillée par les Goths et les Lombards, Charlemagne la soustrait au joug de ces derniers.
Elle reste depuis lors fidèle à l’Empire ; aide, en 1173, Frédéric Barberousse à marcher contre Florence; mais les Pisans, alors alliés des Florentins, s’avancent à leur tour contre Lucques. Il faut se défendre, au moment même ou des dissensions intérieures minent le gouvernement et mettent la République à deux doigts de sa perte. Guelfes et Gibelins se disputent le pouvoir. En 1316, Castruccio Castracani, gentilhomme lucquois, est reconnu seigneur de la Principauté et donne à la ville un grand lustre par les victoires qu’il remporte sur Plaisance, Pistoie, Florence et Pise .
Castruccio mort, l’empereur Louis de Bavière, sous prétexte de protéger le fils de Castracani, entre dans Lucques et s’en empare. Il la vend à» Gérard Spinola, de Gênes, auquel succède un certain Pierre Rossi, qui la cède à Martino délia Scala, lequel, à son tour, la vend aux Florentins. L’empereur Charles IV la fit gouverner par un
JEAN DE BOLOGNE
vicaire qui lui donna la liberté, moyennant 25.000 florins d’or. A partir de ce moment, la République de Lucques, plus heureuse que ses voisines Florence et Sienne, devait maintenir son autonomie jusqu’au début du xixe siècle.
C’est pour commémorer la victoire que Charles IV de Bohême leur avaient aidé à remporter sur les Pisans, qu’en 1369, les habitants de Lucques élevèrent un autel en bois, à gauche du maître-autel de la cathédrale de S. -Martin. Cet autel de bois, qualifié d’autel de la Liberté, la République résolut, deux siècles plus tard, de le remplacer par du marbre. Jean de Bologne était appelé, en 1579, à le surmonter de trois statues de marbre : le Christ ressuscité , S. Pierre et S. Paulin.
Notre artiste exécuta l’œuvre suivante. L’autel, en marbre de Carrare, est surmonté de trois niches, séparées par deux colonnes violettes, et abritant les statues. La statue de gauche (S. Paulin) est correcte est froide ; celle de droite (S. Pierre) a de l’énergie et du caractère. Le Christ est remarquable avec ses regards et son bras droit élevés vers le ciel. Le corps, presque entièrement nu, est d'une perfection de forme très grande; le linceul, à peine assujetti aux épaules, forme une draperie volante, souple, à masse flottante et. d’une plastique achevée.
DEÜXIÈME PARTIE
Dans ces trois effigies, plus belles que chrétiennes, Gian Bologna se montre bien un sculpteur de la Renaissance, c’est-à-dire un maître passionné pour les formes accomplies et plus porté à donner aux effigies pieuses des traits d’Hercule ou d’Apollon que des visages ascétiques ou des attitudes méditatives.
Après avoir achevé les statues pour la cathédrale de Lucques, Gian Bologna se rendit à Rome afin d’y faire, au nom du grand-duc, de nouvelles acquisitions d’œuvres antiques. Pas n’est besoin de dire qu’il mit son séjour à profit pour étudier encore, comme en 1572, les modèles de l’antiquité et approfondir davantage la science qu’il en avait déjà.
De retour à Florence, et tout en projetant son groupe de là Sabine , il s’occupe à sculpter la statue monumentale de Y Apennin pour la villa de Pratolino, élevée par Buontalenti à l’intention de Bianca Capello, maîtresse de François de Médicis, dont la femme était morte en 1578.
François, qui avait fait un si magnifique accueil à la princesse Jeanne d’Autriche, son épouse, ne lui était pas resté longtemps fidèle. On connaît sa passion pour la fameuse Vénitienne Bianca
JEAN DE BOLOGNE
Capello qui devait parvenir au rang de grandeduchessede Toscane à la mort de Jeanne. François avait eu de cette princesse trois filles et un fils nommé Philippe ; tous moururent, sauf Marie, la dernière, qui devait épouser Henri IV, roi de France.
C’est un curieux épisode de l’histoire de Florence que cette fortune d’une étrangère, échappée du palais de son père, qui vient échouer à la cour de Toscane et finit par atteindre les plus hauts honneurs. Orpheline de mère, Bianca, dont le père Bartolommeo Capello, patricien de Venise, se remaria bientôt, grandit sans surveillance.
Elle s’enfuit, un soir du 28 ou 29 novembre, avec un jeune Florentin, Pietro de Zenobio Bonaventuri, de passage dans la ville des Doges.
Une fois à Florence Bianca épousa Bonaventuri (1563). Peu de temps après son mariage, elle rencontrait le grand-duc François qui en devint éperdument épris. On acheta le silence du mari en lui donnant un emploi au Palais. Un jour Bonaventuri fut trouvé mort, au lendemain d’une rixe avec des gens de mauvaise vie dont il faisait sa société habituelle.
Il n’y avait plus d’obstacle désormais à l’union de François et de Bianca, puisque Jeanne d’Au-