‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 115 sur 204 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Le groupe de la Sabine (1581-1583). — Le comte Ginori pris pour modèle du jeune Romain. — Admiration universelle pour cette œuvre. — Le bas-relief du piédestal représente un épisode de Y Enlhement des Sabines : travail excellent. — La Vénus des Salviati (1581) (œuvre perdue). — La chapelle Salviati (église S. Marco, Florence). — Lettre de Simone Fortuna à François de la Rovère, duc d’Urbin (octobre 1581). Renseignements sur la vie et les travaux de Bologne à cette époque. — Statue de Y Architecture (1583) (Bargello). — Bologne se rend à Rome sur les instances du cardinal Ferdinand de Médicis, peut-être pour un travail à fournir au cardinal Cesi (1584). — Retour à Florence. — Statue pédestre de Cosme Ier (au-dessus de la grande arcade des Uffïzi). — Mort de François de Médicis et de Bianca Capello (19 octobre 1587).

Comme en 1572 où Jean de Bologne avait, au lendemain de son voyage à Rome, composé le Mercure, de même en 1579, après l’été passé dans la ville éternelle en présence des chefs-d’œuvre antiques, notre artiste va donner une de ses plus importantes compositions : le groupe de la Sabine.

Jean a 46 ans. Sa réputation est en quelque sorte universelle, il a donné des preuves éclatantes de son talent.

Il va maintenant le consacrer définitivement

JEAN DE BOLOGNE

en sculptant dans un même groupe les divers âges de la vie : la vieillesse amaigrie, l’adolescence gracieuse et l’exubérante jeunesse.

U Enlèvement de la Sabine fut modelé sans aucune préoccupation du sujet, et le nom ne fut donné qu’après coup à ce groupe. L’artiste avait voulu tout uniment représenter un jeune homme robuste, arrachant à un ennemi vaincu, une femme qui s’épuise en vains efforts pour résister.

Comme il se disposait à modeler cette figure projetée d’éphèbe, Gian Bologna, un matin qu’il était entré dans l’église S. Giovannino, aperçut un jeune homme qui priait. Il se nommait Bartolommeo di Lionardo, et appartenait à l’une des familles les plus distinguées de Florence : celle des Ginori. Le sculpteur fut tellement frappé de la mâle et virile prestance de cet adolescent, qu’il s’absorba tout entier à le contempler. Le comte Ginori, remarquant l’examen dont il était l’objet, s’approcha de Jean, lui demanda qui il était et ce qu’il voulait. Le sculpteur lui répondit qu’ayant un travail à accomplir, il serait heureux de prendre pour modèle Ginori en personne. Celui-ci consentit à poser pour la figure du jeune homme et il put retrouver ses traits dans le Romain tenant dans ses bras la Sabine.

Pour le remercier de sa complaisance, Jean de Bologne remit à Bartolommeo un de ces crucifix en bronze auxquels il excellait V

Le groupe, commencé en 1581, fut terminé deux ans plus tard. Le grand-duc, enchanté de ce travail, ordonna qu’il fût placé, sous une des arcades de la Loggia de’ Lanzi, entre la Judith de Donatello et le Persée de Cellini.

Cette composition terminée, et avant que le groupe sortît de Batelier, il fallut lui chercher un nom.

L’illustre président de l’Académie de Dessin, l’auteur des Discorsi qui contiennent des dissertations d’un grand intérêt sur les origines de Florence et les villes toscanes, le savant modeste qui consacrait tous ses loisirs à l’étude des antiquités romaines et qui était très versé dans la connaissance des Beaux-Arts : Vincenzo Borghini, baptisa l’œuvre de Jean du nom qui lui est resté : Y Enlèvement de la Sabine.

Mais pour déterminer clairement le sujet, le sculpteur, sur le conseil de Vincenzo, orna le piédestal du groupe d’un bas-relief représentant un véritable épisode de Y Enlèvement des Sabines.

Tout le monde connaît, au moins par des

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