DEUXIÈME PARTIE
Place de la Seigneurie, il remporta tous les suffrages. On ne voulut considérer ni la difficulté qu’on avait à saisir d’un coup d’œil l’ensemble du groupe, ni le défaut de simplicité d’un des personnages, ni le travail, quelque peu arbitraire parfois, du détail. On ne constata qu’une chose : l’application entière des principes de la Renaissance :
« L’œil d’un Italien du xvie siècle pouvait y « admirer les formes les plus diverses du nu, les « attitudes les plus variées, le sentiment de la « force, et, en même temps, celui de l’élégance, la « science dans le balancement des lignes et le des- « sin des membres, le mouvement, et de tous les « côtés, une heureuse silhouette. Tout ce que Von « admirait dans les statues antiques revivait dans les « œuvres de Jean Bologne » L
Ajoutons que dans ce groupe, à la fois exubérant et pondéré, les formes, pleines et robustes, ont autant de mouvement, mais moins de passion, que chez Michel- Ange. L Enlèvement de la Sabine est d’un paganisme à souhait.
De là, l’accueil enthousiaste qu’il reçut. Le nom de l’artiste était cité partout, volait dans toutes les bouches. Les Humanistes le célébraient. La foule reconduisait Bologne en triomphe jusqu’à
i . Raymond .
JEAN DE BOLOGNE
sa demeure. Ce fut une vogue rappelant le succès de Cellini après la fonte du Persée. Les poètes se mirent en frais. O11 suspendait, chaque jour, à la statue des sonnets et autres pièces de vers, en si grand nombre, qu’on en réunit tout un recueil L Un ami de Gian, le poète Gaci, alla même jusqu’à considérer la Sabine comme l’idéal de l’art, que le sculpteur, le jeune Romain, au prix d’un pénible effort, ravit au travail représenté par le vieillard !
La donzella
Era l’eterna idea eila bell’arte,
El fabro il predator, che la rapina A lungo studio, il quai volea che fosse Di quel canuto veglio il simulacro...
Quelle touchante allégorie ! 2
1. Le Composi\ioni di diversi autori in Iode del ratto délia Sabina, Firenze, 1583. Martelli.
2. Mentionnons ici ce passage delà Vita de Cellini à propos des éloges poétiques décernés, jadis, au Persee : «La foule se pressait aux côtés de la porte que j’avais garnie « d’une tenture, et le jour même où je la laissai ouverte « pendant quelques heures, on y attacha plus de vingt « sonnets qui tous renfermaient les plus grands éloges. « Lorsque j’eus de nouveau caché ma statue aux regards « du public, il ne se passa pas de jour sans que les « doctes professeurs des Ecoles de Pise et les étudiants « qui étaient alors en vacances y affichassent quantité « de sonnets et de vers grecs et latins. Mais ce qui me « flatta le plus et me donna lieu d’espérer que le duc me ren-