DEUXIÈME PARTIE
Nous avons dit que, pour mieux faire reconnaître le sujet de son groupe, Jean Bologne orna le piédestal d’un bas-relief en bronze représentant un épisode de l’Enlèvement des Sâbines. Cette œuvre, plus brillante, plus agitée que les basreliefs génois se recommande par sa force de mouvement et sa hardiesse.
Nous ne saurions trop insister sur l’habileté de main que décèle ce bas-relief1 trop peu connu et, que le voyageur, sollicité par mille distractions et, par malheur, presque toujours attiré vers les groupes et statues de grandes dimensions, néglige de regarder. Ce sont pourtant des chefs-d’œuvre que ces corps enlacés, ces courses éperdues, ces rapts où Jean Bologne a déployé une science éminente du raccourci, de la perspective et qui ont à nos yeux, malgré leurs dimensions restreintes.
« drait plus de justice, ce fut de voir les gens de l’art, c’est- « à-dire les peintres et les sculpteurs, lutter entre eux à qui « me vanterait le plus. J’étais vraiment fier des éloges du « vaillant peintre jacopo de Pontormo et encore plus de « ceux du Bronzino, son illustre disciple. Ce dernier non « seulement fit afficher plusieurs sonnets, mais encore char- « gea son neveu Sandrino de m’en présenter quelques-uns, qui, « dans un style admirable, disaient tant de bien de mon « Ptrsée que je me trouvai un peu dédommagé de mes « déboires. »
i. D’une hauteur de 73 centimètres sur une largeur de 90.
JEAN DE BOLOGNE
un mérite égal, sinon supérieur, au groupe surmontant le piédestal 1 .
L’Académie florentine des Beaux-Arts possède un modèle de la Sabine en terre verdâtre, de la main même du sculpteur.
Le Musée de Naples en a également un modèle en bronze, haut de 88 centimètres: le Sabin ne figure pas; le Romain est couvert d’une draperie flottante : une jambe de la jeune fille est placée sur le bras de son ravisseur. Ce modèle, provenant de la famille Farnèse, représente peut-être la première idée de Jean Bologne. Mais il faudrait savoir s’il est de sa main, tout comme le petit groupe en bronze qu’on voit auBargello.
Les poses du groupe de Gian Bologne furent plusieurs fois imitées. En France même cette œuvre influença nombre d’artistes. Il est clair que- Girardon, dans son Enlèvement de Proserpine (parc de Versailles); . Regnaudin dans /’ Enlèvement de Cybèle ; Marsy et Flamen dans le rapt d’Orythie; Puget enfin dans son groupe de Persée et d'Andromède (jardin des Tuileries), se sont inspirés des statues de la Loggia de’ Lanzi.
1. Nous ferons la même réflexion à propos des statuettes encastrées dans le socle de la statue voisine du Persée de Cellini. En dehors des artistes et des critiques d’art, combien peu de voyageurs leur accordent quelque attention !