‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 12 sur 204 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Torrigiano, fut, nous le savons, confié à Rovezzano.

A Westminster, Torrigiano serait l’auteur du tombeau de Marguerite, comtesse de Richmond, la remarquable fille de Jean de Gand, dans la chapelle avoisinant celle de son fils Henri VII. La princesse est couverte d’un vêtement de deuil et a les pieds appuyés sur l’antilope des Lancastre. La tête et les mains sont très vivantes, la draperie est sobre; l’ensemble remarquable.

Quant au tombeau du docteur Young, attribué communément à Torrigiano (Londres, chapelle de Chancery Lane), nous ne saurions nous prononcer, étant donnée la différence de facture entre cette statue de terre cuite étendue sur le sarcophage à la manière du style primitif de la Renaissance et le modelé ou le fouillé parfois excessif des mausolées d’Henri VII et de la comtesse de Richmond. Quoiqu’il en soit, l’œuvre est charmante à regarder.

Vers 1521, Torrigiano se rendit en Espagne dans l’espoir d’obtenir la commande des tombeaux de Ferdinand et d’Isabelle. N’ayant pu y parvenir, il partit pour Séville qu’il habita jusqu’à sa mort. Il exécuta plusieurs œuvres dans cette ville : un Crucifix , un e Madone, une statue de saint Jérôme pour l’église des Hiéronymites. Mais

seul le saint Jérôme a été conservé. On le voit au Musée de la ville. C’est une figure modelée avec soin. Jérôme, un genou en terre, tient la croix d’une main et de l’autre une pierre. La difficulté qu’on éprouve à croire que Torrigiano soit l’auteur de cette effigie provient de ce qu’il s’agit d’une terre cuite. Or, pour mener à bien la cuisson d’une pièce de grande dimension comme celle-là, Torrigiano n’a pu, étant donné le peu d’ancienneté de son établissement en Espagne, se passer du secours des potiers maures ou des artistes espagnols gothiques, qui travaillaient dans la Péninsule et dans le Sud de l’Andalousie, à cette époque.

Plusieurs critiques reconnaissent dans le saint Jérôme la main de Becerra, qui imita le style de Michel- Ange en Espagne et dont le célèbre basrelief sur un des côtés d’un autel de la chapelle du Connétable, dans la cathédrale de Burgos, rappelle le même sujet.

Quant à la colossale Charité en haut relief, occupant le tympan d’un des portails de la cathédrale de Grenade, il ne faut nullement y voir la manière de Torrigiano, mais bien plutôt la main de l’architecte de l’édifice, Diego de Ailoe, qui était en même temps sculpteur et dont on peut voir plusieurs oeuvres dans l’intérieur de cette église.

Torrigiano mourut à Séville vers 1522.

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