DEUXIEME PARTIE
phénoménale construction, où l’on a réuni le marbre et les matériaux les plus rares et où la grandeur matérielle et la richesse luttent vainement contre l’austère beauté de cette nouvelle sacristie , dans laquelle le Jour, la Nuit, l’Aurore et le Crépuscule veillent sur les urnes de Laurent II et de Julien IL
Le faste prodigieux de ce Panthéon dont François Ier avait jadis étudié les plans avec l’architecte Matteo Nigetti, ne peut faire oublier Brunelleschi, Bramante, Alberti, Michelozzo, Michel- Ange et leurs conceptions géniales. Vingt-deux millions furent dépensés pour la chapelle des Médicis.
Le nouveau duc s’occupa aussi d’administration intérieure. Il remit les lois en vigueur, fit fleurir l’agriculture, dessécha les marais entre le Tibre et l’Arno, prépara la prospérité de Livourne. Fidèle aux habitudes de sa famille, il favorisa les transactions et entreprit en Europe de très actives affaires commerciales.
Commanditaire des principales maisons de banque, ses relations avec les Anglais et les Hollandais furent des plus fructueuses.
Sa politique extérieure ne manqua pas de grandeur et de hardiesse. C’était l'époque des incursions des Turcs et des Barbaresques qui
JEAN DE BOLOGNE
traversaient audacieusement l’Adriatique, bombardaient d’inoffensives cités comme Otrante et ruinaient le commerce du littoral italien. Charles- Quint et Cisneros avaient conduit des flottes devant Alger, Bône, les côtes du Maroc. Ferdinand prit part à ces luttes.
Avec l’assentiment de Clément VIII (Aldobrandini, 1592-1605), il fréta une flotte dont il prit le commandement et, partant de Livourne, cingla vers Bône. Il remporta de nombreuses victoires navales, et ses portraits le représentent souvent en amiral avec des attributs maritimes. Sur le continent, du côté de Pesth et du Danube, il envoyait des secours à l’Autriche harcelée par les Turcs.
Quelques années plus tard, pour commémorer la prise de Bône, Livourne élèvera une statue à Ferdinand de Médicis représenté en costume de guerre, avec trois esclaves turcs enchaînés à la base du piédestal.
Nous avons dit que le nouveau grand-duc se montra protecteur éclairé des arts. Moins d’un an après son avènement, il créait à Florence, en 1588, une surintendance des beaux-arts, à laquelle il réunit tous les artistes employés par lui, même ses favoris Ammirato et Gabriel Chiabrera ; mais
il en exempta Bologna dont il appréciait les mérites et les éminentes qualités.
Le sculpteur à la mort de François Ier restait pauvre. Le feu duc, malgré son énorme richesse, payait, mal, et sans les fréquentes interventions de Bianca Capello, devenue une grande dame, Gian serait resté souvent sans rémunération.
Cellini, dans sa vieillesse, connut ces heures d’angoisses. Le grand-duc Cosme Ier, père de François, mettait une grande négligence à dédommager Benvenuto de ses labeurs.
Dans une lettre du 27 juin 1552, l’auteur du Persée adressait au prince ces supplications : « Mon Seigneur, j’ai travaillé jour et nuit autant « que je l’ai pu dans ma vie avec tout le zèle que « l’on peut demander à un corps robuste comme le mien » ; et il concluait en faisant appel à la libéralité spontanée du prince, pour lui permettre de se reposer quelque peu d’un labeur incessant. Le Persée venait d’être achevé depuis peu.
Or, de même que Cosme se souciait peu de régler avec régularité et promptitude les comptes de son serviteur, de même son fils François laissait Jean de Bologne dans la gêne. Nous en avons la preuve évidente dans trois lettres adressées par le maître, en 1583, 1584 et 1585, pour
JEAN DE BOLOGNE
implorer l’assistance du grand-duc. La dernière surtout prend le ton d’une touchante supplique. Gian Bologne s’abaisse à demander une modeste gratification de 1.500 écus, afin de pouvoir acquérir une propriété, d’environ 3.000 écus, soit à Parolatico soit à l’Impruneta, aux portes de Florence. — « Si son Altesse m’accorde ce que je « demande, explique avec dignité Bologna, je « dépenserai dans son État et ce qui vient d’elle « et ce qui est à moi. Je cesserai de l’importuner « et je n’aurai pas à rougir de n’avoir point, après « tant d’années de travail, acquis les moyens de « vivre. » Il ajoute qu’il craint de devenir la risée de ses élèves, comblés de biens et d’honneurs par des maîtres étrangers, alors que lui a refusé les offres très larges du roi d’Espagne et de l’empereur afin de rester au service du grand-duc de Toscane.
Cette supplique fut exaucée. Le 25 juillet 1585, François de Médicis donnait à son sculpteur attitré une partie des biens confisqués à Giovanni Landi ou Lando.
Ce Lando était un descendant du fameux * Michel, cardeur de laine, qui s’était illustré dans la révolution florentine de 1348 et que la victoire du parti populaire avait fait gonfalonier. Cette révolution, chose étrange, avait été commencée