‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 129 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

d’exécuter la statue équestre de Cosme Ier, le grand-duc fit élever à ses frais un atelier, avec fonderie et fourneaux jouxtant une maison, située via di Pinti, acquise peu de temps auparavant par le maître, au prix de 2.600 écus. De la sorte, Bologna pouvait exercer son art sans être contraint de sortir de chez lui, comme au temps où son atelier se trouvait dans le palais ducal L

IPannée 1589, notre sculpteur perdit sa femme. C’était une Bolonaise du nom de Ricca qui ne lui donna pas d’enfant. Elle repose dans la petite église de Saint-Pierre Majeur.

Baldinucci affirme que cette union ne fut pas de longue durée. Bologne se serait donc marié sur le tard, puisqu’il avait 65 ans quand il devint veuf.

Quant à la famille du maître, il n’en est question qu’une fois dans l’étude de Baldinucci, à propos d’un voyage en Italie de la sœur de Gian.

1. Cette donation des ateliers fut confirmée par acte du 24 juillet 1596. La maison de Gian Bologna existe encore. Elle est située entre la via dei Pilastri et la via délia Colonna non loin de l’Annunziata. Cette demeure appartint successivement à Pietro Tacca, élève de Bologna, puis à l’Académie de Dessin. Elle est aujourd’hui une propriété privée. La façade intérieure porte les armoiries du maître. Le buste de Ferdinand Ier surmonte la porte d’entrée. L’atelier a été converti en écuries et en destinations vulgaires.

JEAN DE BOLOGNE

Cette femme passa quelques semaines à Florence avec son mari, nommé Jacques Campana, au sujet duquel on n’a aucun renseignement.

L’an 1593, Ferdinand de Médecis ayant accordé un congé de deux mois à son sculpteur, celui-ci en profita pour faire un voyage dans la ^Haute- Italie. *

Il partit, au commencement d’août, dans une litière mise à sa disposition par le grand-duc et avec des lettres de recommandation pour le vicelégat de Bologne, le duc de Ferrare, le duc de Parme, le duc de Mantoue, Je comte Serbelloni à Milan et Uguccioni, ambassadeur de Florence à Venise. Un de ses élèves, Antonio Susini, l’accompagnait.

A Bologne, le maître, reçu avec honneur, alla contempler sa première grande œuvre. Il retrouva ses impressions de jeunesse. Il revit les palais et les colonnes en briques de leurs façades, avec ces ornements à chapiteaux corinthiens supportant des arcs richement profilés. Il retrouva ces demeures de la première Renaissance aux frises à lucarnes rondes ou carrées, à corniches peu saillantes, à consoles petites et serrées. Il revit S. Petronio, son beau portail où J. délia Quercia avait si déli-

catement fouillé la pierre et où son collègue et ami Tribolo avait donné de jolies compositions. Mais le sculpteur n’était plus un inconnu comme au temps où il travaillait à la fontaine.

Le bruit de son arrivée se répandit rapidement : aussi l’artiste ne pouvait-il faire un pas dans la ville sans recevoir des marques publiques de respect et d’admiration.

De Bologne Gian se rendit à Ferrare, l’une des plus belles villes de l’Italie, au milieu de sa fertile plaine, Montaigne la comparait à Tours. « Elle « est grande comme Tours, assise en un païs fort « plein ; force palais. Les rues sont toutes pavées « de briques ».

A Ferrare régnait alors Alphonse II d’Este ( 1 5 5 9“ 1 5 97)* Le prince était fils d’Hercule II qui avait épousé Renée de France, fille de Louis XII. Cette princesse, qui devait mourir en 1595, avait eu cinq enfants. Laissons ici la parole à Brantôme.

« Elle eut M. le^duc de Ferrare, qui est aujour- « d’huy un des beaux princes d’Italie, et des « sages et généreux, et feu M. le cardinal d’Est, la « bonté, la magnificence et la libéralité du monde; « et trois filles les plus belles qui jamais nas- « quirent en Italie : madame Anne d’Est, despuis

JEAN DE BOLOGNE

« madame de Guise, madame Lucrèce, duchesse « d’Urbin, et madame Eléonor qui mourut sans « estre mariée.

« Les deux premières portèrent le nom de leurs « grands mères, l’une d’Anne de Bretaigne du « costé de la mère, et l’autre, du costé du père, « de Lucrèce Borgia, fille du pape Alexandre, de « mœurs fort différentes, comme de qualités, bien « que ladicte dame Lucrèce fust une gentille « princesse espagnollée, douée de beaucoup de « beauté et de vertu (Voyez Guicchardin). « Madame Leonor porta le nom de la reyne Leo- « nor. Ces trois filles furent très belles, mais la « mère les fit embellir davantage par la belle « nourriture qu’elle leur donna, en leur faisant « apprendre les sciences et les bonnes lettres, « qu’elles apprindrent et retindrent parfaictement,

et en faisoient honte aux plus savants ; de sorte « que, si elles avoient beau corps, elles avoient « l’âme autant belle ».

Renée de France n’exerça qu’une influence secondaire sur la marche de l’art à Ferrare. Portée aux études littéraires et théologiques, cette princesse témoigna plus d’intérêt aux champions de la Réforme, Clément Marot et Calvin, qu’aux artistes illustres qui peuplaient alors l’Italie. Les

Page 1