‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 131 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

« avait place pour les controverses savantes, pour « les agréables conversations, et au sortir d’un « carrousel, l’oreille encore étourdie du fracas des « armes, des clameurs des combattants, du piéti- « nement des chevaux, on recourait à la musique « et aux beaux vers pour se rafraîchir le sang et ■« l’esprit. Lisez les sonnets du Tasse; il y a « dessiné d’une main légère bien des portraits de « femmes qu’il avait rencontrées à Ferrare, et « que la diva Vittoria Colonna n’eût pas désa- « vouées pour ses petites-filles. La comtesse de « Scandiano, la comtesse de Sala, Tarquinia « Molza goûtaient vivement la poésie et lelo- « quence ; cette race d’Aspasie se plaisait aux longs « raisonnements : elles mettaient aux prises les « doctes ; une couronne ou un sourire étaient la « récompense du vainqueur. Aussi savantes en « métaphysique qu’en madrigaux, on pouvait cirer « devant elles Aristote etPlotin; la grande ombre « d’Augustin lui-même' ne les effrayait pas.

« Et quant au duc Alphonse, bien qu’il fût « quelque peu sergent de bataille, et qu’il préfé- « rat à tout le reste un destrier richement carapace çonné, une cuirasse d’acier doré, un chapeau à « panache, de beaux pages vêtus de brocart, et « ses fameux arquebusiers avec leur cottes d’armes « en velours bleu rayé de jaune, il ne laissait pas

JEAN DE BOLOGNE

« de sentir le prix des muses, et aux heures de « loisir, il prenait rendez-vous avec elles dans les « beaux jardins de son Belvédère... Vous savez ce « qu’était ce Belvédère ? Une charmante île entou- « rée de murs crénelés et ornée de palais, de « pavillons, de jets d’eaux, de forêts, de vergers, « d’un parc où paissaient cent animaux exotiques « et d’escaliers de marbre par où l’on descendait « se baigner dans le Pô. C’est dans ce paradis « terrestre, comme l’appelaient les contemporains, « qu’Alphonse allait se délasser des fatigues du « gouvernement. Assis sous un arbre, tout en « regardant bondir ses daims et ses gazelles, il «‘faisait réciter des vers a ses poètes et raisonner « ses philosophes 1 . »

Parme reçut ensuite Gian Bologne. Cette ville, située sur les deux rives delà Parma, était, à cette époque, l’une des places de guerre les plus fortes de la Péninsule. Parme avait embrassé pendant le moyen âge le parti guelfe jusqu’au moment où, pour éviter les dangers d’une guerre désastreuse avec l’Empire, elle se lia étroitement à la papauté.

Après avoir subi successivement la domination de plusieurs familles patriciennes, puis le joug des

i . Le Prince Vitale. Cherbuliez.

Français et des Espagnols, elle se vit menacée par Paul III Farnèse (1466-1549) qui la revendiquait comme annexe du domaine pontifical. Paul III investit son fils, Pierre-Louis, de ce duché et de celui de Plaisance. Les Farnèse, les occupèrent jusqu’à extinction de leur race, c’est-à-dire au 20 janvier 1731, époque où Antonio Farnèse, dernier du nom, étant mort, don Carlos commençait à Parme une nouvelle dynastie.

Au moment où Jean de Bologne arrivait à Parme le duc actuel se nommait Ranuce Ier (1 569-1 622). Il était fils du vaillant Alexandre qui s'était illustré par sa bravoure à Lépante (1571), et Audenarde (1582). A la mort de son père Octave (1520- 1565) qui fit édifier le beau palais ducal de Plaisance sur les plans de Vignole, puis épousa Marguerite d’Autriche, fille naturelle de Charles- Quint et veuve d’Alexandre de Médicis (1538), Alexandre Farnèse avait voulu aller prendre possession de ses duchés, mais Philipe II d’Espagne lui ayant refusé tout congé, il dut continuer la guerre en Flandre et fut défait par les troupes du roi de Navarre, contre lequel il combattait en faveur des catholiques de France. Ce prince mourut sans avoir jamais revu le pays dont il était souverain.

Ranuce Ier ne ressemblait en rien à son père.

JEAN DE BOLOGNE

Caractère sombre et défiant, voyant des ennemis partout, il mit à mort les chefs des principales familles de sa noblesse dont il craignait les complots et alla même jusqu’à emprisonner son fils naturel Octave, favori du peuple et qui succomba, dit-on, dans son cachot. Ranuce devait épouser, en iéoo, Marguerite Aldobrandini, petite-nièce de Clément VIII (i592-i60))et dont il eut trois fils: Alexandre qui mourut en bas âge, Odoard son successeur, François-Marie qui. devint cardinal et deux filles qui furent duchesses de Modène. Chose étrange, ce prince cruel était un lettré. Il s’occupa activement des embellissements de Parme. Sous son règne un grand théâtre fut construit dans cette ville, sur le modèle des théâtres romains. Ranuce appréciait les artistes et regrettait de n’avoir pas connu le Corrège, le peintre enchanteur, qui, de 1518 à 1530, avait couvert de ses fresques immortelles les murs du couvent de S. -Paul, de l’église S. -Jean l’Évangéliste et de la Cathédrale1- .

Après un courtséjour à Parme, Jean de Bologne partit pourMantoue, la ville de Mantegna (1463- 1506) et où Jules Romain s’était illustré en déco-

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