DEUXIÈME PARTIE
(1536); de la loge du Campanile (1540), sous Pierre Lando; des Fabriques neuves (1555) sous Priuli; des Procuraties neuves (1 584), sous V. da Ponte; du Ponte Rialto (1592) sous Cicogna ; et enfin la décoration du Palais des Doges, après l’incendie de 1577, témoignent assez du souci de ces magistrats pour l’embellissement de leur ville.
Et quant aux patriciens de Venise, il suffit de mentionner : Daniel et Marc-Antoine Barbaro (1 5 1 3-1595), pour rappeler des compositions ornementales d’une rare beauté ; le dessin du plafond de la salle des Dix, au Palais Ducal ; la construction de la célèbre villa Maser, près d’Asolo (Trévise), que décorèrent Palladio, Véronèse, Vittoria; et tout un échange de savantes épîtres avec Bembo Navagero, le Tasse et l’Arétin.
Jean de Bologne put encore s’entretenir à Venise avec Tintoret, alors dans tout l’éclat de sa gloire et qui devait mourir l’année suivante. Le vieux peintre était âgé de 82 ans.
Caractère vif, vibrant, fougueux, l’esprit et le tempérament, l’ambition et la dignité formaient chez lui une équation parfaite. Bologna devait, en causant avec lui, retrouver plus d’un trait commun avec Michel-Ange. Taine l’a parfaitement
JEAN DE BOLOGNE
jugé quand il écrit à son sujet : « Des toiles « de 20, de 40, de 70 pieds, comblées de figures, « grandes comme nature, renversées, entassées, « lancées en l’air, avec les raccourcis les plus vio- « lents et les plus splendides effets de lumière, « suffisent à peine à recevoir le jet pressé, « enflammé, éblouissant de son cerveau. Il en « couvre des églises entières, et toute sa vie, « comme celle de Michel-Ange, s’est dépensée là... « Il est démesuré en tout, dans les dimensions « comme dans la conception. Les esprits acadé- « miques, à la fin du xvie siècle, l’ont décrié, « comme outré et négligent ; ce qu’il y a de « prodigieux et de surhumain dans son génie « choque les âmes ordinaires ou tranquilles; « mais la vérité est qu’on n’a pas revu ni vu un « pareil homme ; il est unique en son genre « comme Michel-Ange, Rubens, Titien. Qu’on « l’appelle extravagant, emporté, improvisateur; « qu’on gronde contre les noirceurs de son colo- « ris, contre les renversements de ses figures, « contre le désordre de ses groupes, contre la « hâte de son pinceau, contre la fatigue et la « manière qui parfois introduisent un métal usé « dans sa fonte nouvelle ; qu’on lui reproche « tous les défauts de ses qualités, j’y consens ; « mais une pareille fournaise si ardente, si