DEUXIÈME PARTIE
sance. Le torse de l’homme est renversé et comme replié sur le dos du cheval.
Le Centaure, avec ses deux mains, fait de vains efforts pour échapper à la vigoureuse étreinte de son ennemi.
Le profil est remarquable, la poitrine de toute beauté; les muscles tendus sont rendus avec une précision et un art qu’on ne retrouve pas dans le groupe du cheval de Cosme Ier. Autant la monture de la statue ducale est lourde et informe, sans jeu de muscles aucun, autant la partie équestre du Centaure est irréprochable et mérite, à ce titre, un long examen, surtout à cause du fléchissement de l’avant-train et de la résistance qu’oppose la croupe à l’énorme masse du demi-Dieu pesant sur elle.
Hercule est moins satisfaisant. Son aspect manque de dignité. Le geste de son bras droit levé, tenant la massue et s’apprêtant à frapper, est peu élégant. C’est un homme fort, mais nullement un Héros ou demi-Dieu.
Peut-être Jean Bologne prit-il l’idée de ce sujet en restaurant un groupe antique d’Hercule et du Centaure , qu’on voit aux Uffizi. On sait, en effet, que notre artiste était chargé par les grandsducs de présider à la restauration des statues de l’antiquité.
JEAN DE BOLOGNE
Retournons d’une année en arrière pour parler d’une des oeuvres capitales de Jean de Bologne à Florence : les bas-reliefs àe la Chapelle del Soccorso, à l’Annunziata. L’artiste devait y être enseveli, et dès 1594, il s’était mis au travail. Cette chapelle, située derrière lemaître-autel, lui avait été concédée par les Pères Servites. Elle fut inaugurée le 24 décembre 1598. L’oratoire comprend une série de six bas-reliefs en bronze, réplique de ceux de Gênes et représentant des scènes de la Passion. Ces reliefs sont pleins d’ingéniosité et d’un travail excellent. Ils ont, quoi qu’on en ait dit, un style sobre et digne, qui n’était guère de mise à la veille des compositions du baroque. Les jeux de muscles, le raccourci de perspectives, le mouvement des physionomies, l’ensemble des scènes, font, de chacune de ces œuvres, autant de tableaux impressionnants et d’un sentiment esthétique achevé.
Bologna aurait été secondé par ses élèves dans la décoration de sa chapelle. C’est ainsi qu’on remarque sur les parois six statues de Saints, vraisemblablement de la maindeFrancheville. G. Paggi, D. Passignano, Poccetti, G. Ligozzi avaient été mis à contribution pour les peintures.
Au fond de la chapelle est placée l’urne funéraire en marbre noir veiné, à base de marbre blanc et flanqué de deux petits génies en stuc tenant des flambeaux renversés.