DEUXIÈME PARTIE
L’autel del Soccorso est surmonté d’un Christ admirable de Jean de Bologne et cela nous amène à nous occuper de sa sculpture religieuse.
Cet artiste, qui possédait à un point étonnant le sens de l’antique et qui en reproduisait excellemment les scènes et les figurations, s’est montré, néanmoins, profondément pénétré de l’idée chrétienne dans une série de crucifix d’un mérite exceptionnel. A l’Annunziata (chapelle de la Madone du Secours) ; à S. Lorenzo (chapelle des Médicis) ; au Castello (grand séminaire de Florence), il a donné, à des grandeurs diverses, d’admirables reproductions du Crucifié. On a remarqué avec raison que Bologna représente toujours le Christ au moment où il vient d’expirer, contrairement à la manière de l’Algarde (1602-1654), élève du Bernin, ayant gardé une certaine conscience dans le détail et alliant un sentiment de la beauté à un reste de naïveté. Or cet artiste, qui acquit une grande notoriété par ses crucifix, donne à l’Homme-Dieu une pose animée; il le montre encore vivant, élevant le front, ainsi que les yeux vers le ciel.
Tous les Christs de Jean de Bologne reproduisent le même type. Deux des plus beaux sont ceux de la cathédrale de Pise (maître-autel) et de PImpruneta.
Arrêtons-nous à ce dernier, tant pour ses dimensions (il a im32 de hauteur), que pour sa perfection de forme.
La tête du Christ est inclinée vers la droite ; le profil est d’une grande pureté ; les cheveux, environnés de la couronne d’épines, sont longs ; une mèche, au-dessus de l’oreille droite, retombe jusqu’à l’épaule. La barbe est courte, les bras allongés, les flancs étroits et couverts d’une draperie. Les pieds sont percés d’un seul clou; le droit est placé sur le gauche, ce qui fait remonter le genou droit légèrement au-dessus du gauche et rompt la monotonie qu’occasionneraient des lignes trop droites. L’irréprochable anatomie des genoux n’a d’égale que l’insistance musculaire des poignets et du coup-de-pied, ainsi que le parfait modelé des extrémités. Impossible de trouver une oeuvre plus calme, plus sereine, plus noble et capable de satisfaire plus pleinement la pensée chrétienne.
Une composition de ce genre contraste, d’une façon singulière, avec le fameux Christ de Benvenuto Cellini, placé dans l’Eglise S. Lorenzo de PEscurial, œuvre toute humaine et dans laquelle le corps, malgré sa ligne impeccable, apparaît comme un magnifique modèle de la Renaissance, mais nullement comme l’effigie d’un être au-dessus de l’humanité.